Antibiotiques et grossesse : quels risques pour les microbiotes de la mère et de l’enfant ?

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La prise d’antibiotiques pendant la grossesse pourrait provoquer, voire aggraver, une dysbiose vaginale chez les femmes enceintes, non sans répercussions sur leur santé et celle de leurs enfants. Démonstration en trois études portant sur les MICI et l’accouchement prématuré, études qui corroborent de récents travaux attestant d'une transmission du microbiote maternel in utero au fœtus. Une donnée importante dans la prise en charge des grossesses, dont 42 % incluent des antibiotiques en France.

 

3ème trimestre à haut risque

Menée par des chercheurs suédois, la première d’entre elles s’appuie sur le lien établi entre microbiote et MICI. Elle vise à déterminer si l’exposition aux antibiotiques pendant la grossesse a un impact sur le risque pour l’enfant de développer une Maladie de Crohn (MC) ou une Colite Ulcéreuse (CU). Sur une large cohorte de plus de 800 000 enfants et bâtie sur des registres nationaux très détaillés, aucun résultat significatif n’a émergé dans le cas de la CU. En revanche, les scientifiques ont observé un quasi-doublement (93 %) du risque de développer une MC précoce (avant 6 ans) chez les enfants dont la mère avait pris au moins un antibiotique pendant sa grossesse, avec un risque maximal au troisième trimestre.

Un héritage aggravant

D’autres travaux explorent cette transmission intergénérationnelle de dysbiose chez des souris déficientes en IL10, modèle murin de CU spontanée. En leur transplantant un microbiote préalablement exposé à des pénicillines, des chercheurs américains ont pu vérifier que la flore altérée s’était implantée fidèlement chez les femelles, qui l’avaient transmise à leurs petits. Puis ils ont examiné différents marqueurs histologiques et immunologiques de la colite chez les souriceaux jusqu’à leurs 21 semaines : tous indiquaient une nette majoration du score HAI* (55 fois plus fort que celui observé chez les souris contrôles), suggérant l’aggravation de la pathologie.

Des antibiotiques moins automatiques

Une étude britannique, enfin, incite précisément à revoir la prophylaxie systématique recommandée contre les infections néonatales induites par la Rupture Prématurée des Membranes Avant Terme (RPMAT). Menée sur 250 femmes enceintes, cette étude a démontré que l’administration d’érythromycine ne permet pas de corriger une dysbiose préexistante ; elle aurait plutôt tendance à provoquer une dysbiose vaginale, notamment chez les patientes à flore dominante en Lactobacillus, en diminuant justement ces derniers. La prophylaxie s’est avérée particulièrement délétère juste avant l’accouchement : non seulement l’érythromycine n’a pas prévenu l’accouchement prématuré dans 80 % des cas, mais elle augmenterait aussi le risque de chorioamnionite, d’inflammation du cordon et de sepsis précoce du nouveau-né. Pour autant, les chercheurs ne contestent pas ses bienfaits constatés en pratique clinique, liés selon eux à un effet anti-inflammatoire sur le placenta plutôt qu’à une action antibiotique dans la mesure où elle ne cible pas les bactéries pathogènes à l’origine de la rupture des membranes. Mais ils insistent sur l’urgence à réajuster les protocoles établis concernant l’administration d’antibiotiques durant la grossesse.

 

*HAI : Histology Activity Index

 

Sources :

Örtqvist AK et al. Fetal and early life antibiotics exposure and very early onset inflammatory bowel disease: a population-based study. Gut 2018; January

Schulfer AF et al. Intergenerational transfer of antibiotic-perturbed microbiota enhances colitis in susceptible mice. Nat Microbiol 2019; 3(2):234-242

Brown RG et al. Vaginal dysbiosis increases risk of preterm fetal membrane rupture, neonatal sepsis and is exacerbated by erythromycin. BMC Med 2018; 24;16(1):9