Cancer du pancréas : la piste du microbiome pancréatique

Actu PRO Cancer du pancréas : la piste du microbiome pancréatique

Les microbiotes de l’intestin et du pancréas, tous deux liés, auraient un rôle prépondérant dans le développement de l’adénocarcinome du pancréas, l’un des cancers les plus mortels. Des résultats aux retombées thérapeutiques potentiellement majeures.

 

L’adénocarcinome canalaire pancréatique (ADP) est le plus fréquent et le plus grave des cancers du pancréas, avec un taux de survie à 5 ans de 20 % seulement après chirurgie suivie d’une chimiothérapie. Une sombre statistique qui pourrait être améliorée par la prise en compte des microbiomes intestinal et pancréatique dans la stratégie thérapeutique globale de l’ADP, selon les résultats d’une équipe new-yorkaise.

Des populations bactériennes pour marqueurs

D’après les observations des chercheurs, il ressort que la population bactérienne pancréatique des patients atteints d’ADP est plus riche en Proteobacteria. Chez ces sujets, le microbiote intestinal est également perturbé, avec une présence plus marquée de Proteobacteria, Actinobacteria, Fusobacteria et Verrumicrobia par rapport aux échantillons de selles contrôles. Ces deux microbiomes sont d’ailleurs liés : l’étude démontre la translocation possible des bactéries de l’intestin vers le pancréas, probablement via le canal pancréatique qui relie les deux organes. Chez des souris présentant des tumeurs agressives, Helicobacteraceae, Bacteroidales et Mogibacteriacae étaient surreprésentées dans le microbiote intestinal ; Elizabethkingia, Enterobacteriacae et Mycoplasmatacae l’étaient chez des souris dont les tumeurs progressaient plus lentement. Le degré de dysbiose intestinale pourrait donc servir de marqueur d’évolutivité de la maladie.

Une antibiothérapie pour booster l’immunothérapie

Enfin, le microbiome pancréatique se trouve être au cœur du processus physiopathologique de la maladie. Les chercheurs ont découvert que certaines bactéries du pancréas, en particulier Bifidobacterium pseudolongum, inactivent les lymphocytes T (par fixation aux TLR - Toll-like receptors), protégeant les tumeurs de toute réponse immunitaire. Or l’administration d’un cocktail antibiotique à des souris atteintes pour éliminer leur microbiote pancréatique a effectivement permis de ralentir la progression de leurs tumeurs. Selon les auteurs, un traitement antibiotique préventif pourrait être envisagé chez certains patients à haut risque ayant des susceptibilités génétiques ou présentant déjà des lésions avancées, de même que l’utilisation de probiotiques pourrait corriger une éventuelle dysbiose intestinale. Autre résultat concernant le volet curatif cette fois : la suppression des bactéries pancréatiques par cette même antibiothérapie a permis d’améliorer l’efficacité des inhibiteurs de checkpoint, une forme récente d’immunothérapie visant à lever les freins immunitaires vis-à-vis des cellules tumorales, et dont l’efficacité reste très limitée dans le cancer du pancréas. Du diagnostic au traitement en passant par la prévention, le ciblage des bactéries de l’intestin et du pancréas semble donc des plus prometteurs dans la prise en charge de l’ADP.

 

Sources :

S Pushalkar et al. The Pancreatic Cancer Microbiome Promotes Oncogenesis by Induction of Innate and Adaptive Immune Suppression. Cancer Discov. 2018 ; Apr;8(4):403-416