Microbiote intestinal : un rôle central dans l’immunothérapie anti-cancéreuse

Vignette

Deux études (l’une française, l’autre américaine) dévoilent l’importance du microbiote intestinal dans l’efficacité des traitements anti-cancéreux par immunothérapie. En cas de résistance au traitement, une recolonisation par transplantation fécale pourrait s’avérer un moyen simple d’améliorer la réponse thérapeutique.

 

L’immunothérapie est une voie de recherche innovante en oncologie. Le principe ? Inhiber les « points de contrôle immunitaires » qui freinent les défenses de l’organisme lors d’un cancer de façon à accentuer la destruction tumorale. Les principaux inhibiteurs points de contrôle immunitaires (ICI) ciblent notamment la liaison entre le récepteur PD-1 des lymphocytes-T et le ligand PD-L1 des cellules tumorales, connu pour inactiver les leucocytes.

Le microbiote intestinal, optimisateur d’ICI

Prometteuse, l’immunothérapie se heurte toutefois à un fort taux de non-réponse : entre 60 % et 70 % des cas, selon la littérature. Une proportion qui pourrait être réduite par un microbiote intestinal favorable, ainsi que l’ont démontré deux récentes études. L’équipe française a dans un premier temps confirmé que la prise d’antibiotiques, responsable de dysbiose, a un impact négatif sur la survie des malades sous immunothérapie. Des résultats obtenus via l’étude de deux cohortes de 249 et 239 patients, traités pour un cancer avancé du poumon, du rein ou de la vessie. Dans un second temps, l’analyse métagénomique du microbiote intestinal de 140 autres malades a permis de corréler l’abondance relative de la bactérie Akkermansia muciniphila à une réponse positive au traitement.

Akkermansia en France, Fecalibacterium aux USA

Pour sa part, l’équipe américaine a étudié le microbiote intestinal de 112 patients atteints de mélanome. Là encore, une corrélation entre richesse bactérienne et efficacité des ICI a été observée. Cette fois, ce sont les bactéries de la famille des Ruminocaccaceae et du genre Fecalibacterium qui se sont révélées être les principaux vecteurs de réponse positive au traitement. L’équipe avance que les patients avec un microbiote intestinal favorable pourraient développer une meilleure réponse immunitaire grâce à une présentation antigénique accrue et une activité renforcée des lymphocytes-T effecteurs au niveau de la tumeur.

Recoloniser l’intestin

La relation entre microbiote intestinal et efficacité des ICI anti-PD-1 établie, les deux équipes ont travaillé sur la souris pour étudier l’effet d’une recolonisation chez les populations résistantes à l’immunothérapie. La conclusion est identique de chaque côté de l’Atlantique : la réponse anti-tumorale est améliorée de façon significative après une transplantation fécale provenant des patients répondeurs au traitement. Les mécanismes en jeu ne sont pas encore élucidés, mais ces découvertes laissent anticiper une possible optimisation des immunothérapies anti-cancéreuses par modulation du microbiote intestinal.

 

Sources :

B. Routy et al.: Gut microbiome influences efficacy of PD-1-based immunotherapy against epithelial tumors, Science 10.1126/science.aan 3706 (2017)

Gopalakrishnan et al.: Gut microbiome modulates response to anti–PD-1 immunotherapy in melanoma patients, Science 359, 97–103 (2018)