Une antibiothérapie prophylactique péri-partum appauvrit le lait maternel en Bifidobacterium

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Un traitement antibiotique péri-partum à visée préventive modifie la composition bactérienne du lait maternel. Les concentrations en Bifidobacterium, bactéries bénéfiques au développement du nouveau-né, sont notamment réduites les jours suivant l’accouchement.

 

Les prophylaxies antibiotiques sont indispensables pour réduire les risques d’infection péri-partum, à l’origine de 10 % des décès maternels et associées à celui d’environ 1 million de nouveau-nés par an, selon l’OMS*. Ces antibiothérapies s’accompagnent toutefois d’effets indésirables, dont des altérations des microbiotes de la mère, susceptibles d’impacter la colonisation précoce de l’enfant. Un contexte qui a mené une équipe brésilienne à étudier les variations de populations bactériennes du lait maternel, en se focalisant sur les Bifidobacterium. Les principales représentantes du genre (B  breve, B. adolescentis, B. bifidum, B. longum, et B. dentium pour le lait maternel) sont en effet connues pour leur action bénéfique chez l’homme, notamment via la production d’acide gras à chaîne courte.

Appauvrissement significatif en Bifidobacterium à 7 jours

Les chercheurs ont comparé des échantillons de lait de 55 femmes ayant accouché par voie basse : 21 traitées préventivement par antibiotique à spectre large (céfazoline, pénicilline ou clindamycine) et 34 naïves de tout traitement. La concentration bactérienne totale ainsi qu’une numération spécifique des Bifidobacterium a été réalisée par PCR quantitatives dans les prélèvements réalisés à j + 7±3 et j + 30±4. Les analyses ne font pas ressortir de différences notables du nombre total de bactéries selon le bras de l’étude. Un constat qui pourrait s’expliquer par un « repeuplement » par les bactéries non sensibles aux antibiotiques employés. Une réduction significative du nombre de Bifidobacterium est en revanche observée dans le lait des femmes sous traitement préventif. Marquée à j + 7±3, cette dysbiose se résorbe avec le temps et n’est plus perceptible à un mois.

Correction progressive de la dysbiose : hypothèses

Les chercheurs avancent une possible recolonisation à partir du microbiote intestinal, par l’intermédiaire d’une voie endogène entéro-mammaire impliquant les cellules dendritiques maternelles capables de capturer les bactéries commensales dans le lumen. Autre hypothèse : les oligosaccharides présents dans le lait maternel agiraient comme substrats et favoriseraient la multiplication des Bifidobacterium. Seule certitude : en cas d’allaitement, une antibiothérapie prophylactique péri-partum amoindrit l’apport en bactéries bénéfiques à l’enfant. Un premier constat qui appelle à préciser l’impact de ce déficit temporaire sur la constitution du microbiote intestinal du nourrisson et le développement des fonctions corrélées, en particulier immunitaires et inflammatoires.

 

Sources :

Padilha M, Iaucci J, Cabral V et al. Maternal antibiotic prophylaxis affects Bifidobacterium spp. counts in the human milk, during the first week after delivery. Beneficial Microbes, 2018 online. ISSN 1876-2883 print, ISSN 1876-2891 online, DOI 10.3920/BM2018.0046

* https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/186171/9789241549363_eng.pdf?sequence=1