Une transplantation fécale autologue contre les dysbioses post-antibiothérapie ?

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Selon une étude américaine, une transplantation fécale autologue chez les patients traités par greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques entraîne une complète restauration du microbiote intestinal affecté par l’antibiothérapie concomitante au traitement.

 

Une greffe de cellules souches hématopoïétiques allogéniques s’accompagne d’une antibiothérapie visant à prévenir ou réduire la survenue d’infections. Incontournable, ce traitement appauvrit le microbiote intestinal et accroît le risque de complications (infection systémique, réaction du greffon contre l’hôte…) et de décès. La sur-fragilisation des patients a incité des chercheurs à étudier les bénéfices éventuels d’une transplantation fécale autologue visant à corriger la dysbiose post-antibiothérapie. La diversité du microbiote intestinal de 25 patients (14 traités par auto-FMT et 11 contrôles) traités par antibiotiques après avoir reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques a été analysée au fil du temps.

Restauration complète sous transplantation fécale

Résultat : les sujets ayant subi une transplantation fécale autologue ont tous présenté une restauration de leur microbiote intestinal originel à J+100 après greffe de cellules souches. Avec notamment un ré-enrichissement en bactéries appartenant aux familles Lachnospiraceae et Ruminococcaceae ainsi qu’au phylum des Bacteroidetes, des bactéries commensales connues pour leur participation à la régulation immunitaire. A contrario, les 11 sujets témoins n’ont que partiellement récupéré leurs populations bactériennes d’origine. Un constat qui vient corroborer les résultats de travaux antérieurs réalisés sur plus de 700 patients, soulignant qu’une lente récupération de la diversité bactérienne débute vers J+50 après une greffe de cellules souches hématopoïétiques allogéniques et n’est pas complète à J+100.

Rétablissement des fonctions bactériennes

Une analyse métagénomique a confirmé que la restauration des populations bactériennes commensales s’accompagne de la récupération de leurs fonctions bénéfiques à l’organisme et de la réduction des effets négatifs liés à la dysbiose induite par l’antibiothérapie : résistance aux peptides anti-microbiens, stimulation des voies associées à la virulence microbienne, formation de biofilm, épuisement de certaines voies métaboliques microbiennes… En luttant contre les effets disruptifs de l’antibiothérapie, la transplantation fécale autologue présente donc un bénéfice thérapeutique qui pourrait être mis à profit pour améliorer la survie des receveurs de greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques.

 

Sources :

Y. Taur, K. Coyte, J. Schluter, et al. Reconstitution of the gut microbiota of antibiotic-treated patients by autologous fecal microbiota transplant. Sci. Transl. Med. 10, eaap9489 (2018)

Crédit photo :

Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Saint-Antoine)