Modulation du microbiote par la FMT : des résultats controversés16,17

L’efficacité de la transplantation fécale pour traiter la dysbiose semble prouvée, mais son impact sur les TFI est en revanche plus discutable.

EFFICACITÉ RÉELLE CONTRE LA DYSBIOSE

Une étude danoise de 2016 a mis en lumière l’efficacité de la transplantation fécale sur la dysbiose des patients SII et une amélioration significative de la diversité de leur microbiote digestif. Des collectes d’échantillons fécaux à chaque visite (inclusion, 1, 3 et 6 mois) ont permis une caractérisation des populations bactériennes par séquençage. L’analyse à 3 mois du microbiote des patients transplantés révèle la présence de 11 espèces d’intérêt. Deux espèces présentaient des corrélations faiblement négatives avec l’IBS-SSS – ou Irritable Bowel Syndrome Severity Scoring System – (toutes deux appartenant au genre Blautia, associé à un microbiome digestif sain) et trois modérément positives (deux appartenant au genre Bacteroides et une de la famille des Ruminoccocacae). Pour l’heure, la transplantation fécale apparaît donc comme une technique de traitement de la dysbiose chez les patients SII, et potentiellement l’ensemble des TFI, même si elle nécessite des études à plus large échelle pour préciser son efficacité clinique.

DES RÉSULTATS DIVERGENTS

La question est toutefois posée : une transplantation fécale est-elle également à même de corriger les phénomènes pathologiques liés à la dysbiose ? La réponse est délicate à apporter pour les TFI, principalement du fait d’un nombre réduit d’études cliniques randomisées. Les rares essais issus de la littérature scientifique portent sur le SII et ne permettent pas encore de trancher en raison de conclusions divergentes. 

"PRO" ET "CONTRA"

En Norvège en 2015, 83 participants âgés de 18 à 75 ans ont participé à une étude : après lavement intestinal, 2/3 d’entre eux ont reçu un transplant fécal et 1/3 un placebo (leur propres fèces) par voie colique, dans les deux cas. La réduction des symptômes à trois mois a été évaluée grâce au score IBS-SSS. La différence était significativement en faveur de la transplantation : 65 % d’amélioration contre 43 % pour le placebo – un écart non confirmé à 12 mois. La « perte d’efficacité » pourrait s’expliquer par une forte action post-administration du microbiote transplanté, mais une difficulté à se greffer durablement chez son hôte sous l’effet de facteurs exogènes et/ ou endogènes. Un an plus tard en 2016, une autre étude infirme pour sa part l’intérêt d’une transplantation fécale : après lavement intestinal, 52 patients modérément ou sévèrement atteints ont reçu un greffon (par voie orale) de donneurs sains (n=26) ou un placebo (n=26). Puis score ISB-SSS et qualité de vie ont été évalués. À trois mois, une amélioration significativement supérieure en matière de symptômes comme de qualité de vie était constatée… pour le bras sous placebo. Hypothèses évoquées : la transplantation fécale pourrait contrer un effet positif du nettoyage intestinal ; certains micro-organismes pathogènes pourraient être évacués lors du lavage intestinal puis réintroduits par la transplantation ; la durée du traitement ou la quantité de bactéries fécales réimplantées seraient insuffisantes.

TFI-Modulation-image2

16 Halkjær S, Christensen A, Lo B, et al. Faecal microbiota transplantation alters gut microbiota in patients with irritable bowel syndrome: results from a randomised, double-blind placebo-controlled study. Gut. 2018 Jul 6
17 Johnsen J, Hilpüsch F, Cavanagh J et al. Faecal microbiota transplantation versus placebo for moderate-to-severe irritable bowel syndrome: a double-blind, randomised, placebocontrolled, parallel-group, single-centre trial. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2018 Jan; 2017 Nov 1