Allergie aux œufs : le microbiote intestinal précoce en jeu

Juste derrière l’allergie au lait de vache, celle aux œufs figure sur la deuxième marche du podium des allergies alimentaires de l’enfant. Elle touche près de 10 % des enfants allergiques de moins de trois ans. Si les variations du microbiote intestinal précoce ont d’ores et déjà été associées, dans la littérature scientifique, à la sensibilisation ou au développement d’allergies à certains aliments, qu’en est-il pour celles aux œufs ?

La hausse très rapide de l’incidence des allergies alimentaires, incompatible avec la temporalité de l’évolution génétique, oblige les chercheurs à élargir leur réflexion pour mieux comprendre les processus en jeu. Alors que les allergies, comme d’autres pathologies, sont revues à l’aune des connaissances croissantes sur le microbiote ces dernières années, certains travaux récents portent spécifiquement sur le lien entre microbiote intestinal précoce et allergie aux œufs . Une première. En étudiant des enfants âgés de trois à seize mois au recrutement, 46 % d’entre eux se sont révélés allergiques aux œufs11 exclusivement et 71 % avaient une sensibilisation aux œufs. Des analyses de selles ont permis de caractériser leurs microbiotes intestinaux et ont été complétées par des tests sanguins et cutanés pour suivre l’évolution de leur sensibilisation/allergie. Régulièrement suivis jusqu’à l’âge de huit ans, la plupart des enfants allergiques n’étaient plus malades quelques années plus tard.

Le microbiote intestinal des allergiques : entre surprise et continuité

Ce suivi au long cours montre que le microbiote intestinal précoce des enfants allergiques aux œufs est plus diversifié que celui du groupe témoin. A priori étonnant au regard de ce que dit la littérature, relais de la thèse parfois inverse sur d’autres pathologies comme l’obésité. Mais de précédents résultats concernant l’asthme et le microbiote respiratoire étaient comparables12. De quoi alerter les chercheurs, qui connaissent les origines communes entre les deux allergies, et qui ne se contentent pas de la seule diversité microbienne pour expliquer le rôle du microbiote dans la maladie. Le microbiote intestinal des enfants allergiques aux œufs est par ailleurs composé de familles de bactéries distinctes par rapport à celui des enfants sains, certaines (Lachnospiraceae et Streptococcaceae) étant plus importantes chez les premiers. D’autres, comme des bactéries lactiques dont les effets protecteurs vis-à-vis de l’allergie ont déjà été observés chez l’animal, étaient plus présentes chez les seconds. Des analyses génétiques approfondies ont aussi permis aux chercheurs de relever que certaines des bactéries présentes dans le microbiote intestinal des allergiques aux œufs modifiaient le métabolisme de la purine - des molécules présentes dans l’organisme très impliquées dans certaines réactions biologiques et déjà associées à l’allergie aux arachides chez les enfants13.

Le rôle des bactéries résidentes à éclaircir

A l’issue des huit ans de l’étude, l’allergie aux œufs avait disparu chez 60 % des enfants initialement touchés. Les chercheurs n’ont toutefois pas relevé de différence significative dans le microbiote intestinal précoce selon que l’allergie s’est éteinte ou a persisté. Ce résultat reste à confirmer par des études plus larges, qui devront aussi explorer le rôle des bactéries résidentes. Quoi qu’il en soit, les découvertes déjà réalisées ouvrent déjà la voie à une stratégie préventive ou thérapeutique de cette allergie très répandue.

Vignette

11 Fazlollahi M., Chun Y., Griechin A. & al. Early-life gut microbiome and egg allergy. Allergy. 2018;1–10
12 Huang YJ, Nelson CE, Brodie EL, et al. Airway microbiota and bronchial hyperresponsiveness in patients with suboptimally controlled asthma. J Allergy Clin Immunol. 2011;127:372-381. & Marri PR, Stern DA, Wright AL, Billheimer D, Martinez FD. Asthma associated differences in microbial composition of induced sputum. J Allergy Clin Immunol. 2013;131:346-352
13 Kong J, Chalcraft K, Mandur TS, et al. Comprehensive metabolomics identifies the alarmin uric acid as a critical signal for the induction of peanut allergy. Allergy. 2015;70:495-505