Haro sur le staphylocoque doré !

Déséquilibre microbien - ou dysbiose - de la peau, dû en particulier à Staphylococcus aureus, et dermatite atopique sont étroitement liés. On sait désormais que la rupture d’équilibre précède l’apparition de la maladie chez certaines personnes. Un pas important pour la recherche fondamentale, et encore davantage pour l’élaboration de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Depuis la moitié des années 1970, il est établi que la peau des personnes atteintes de dermatite atopique est généralement colonisée par Staphylococcus aureus – autrement appelé staphylocoque doré. Hautement pathogène, son nom renvoie souvent à d’épineux problèmes d’infections41 - la bactérie est en particulier responsable du plus grand nombre d’infections nosocomiales en milieu hospitalier, mais également d’infections cutanées ou alimentaires à la gravité variable. On sait également depuis peu que plus ces bactéries sont nombreuses et appartiennent à certaines souches spécifiques, plus l’infection est sévère42. Entre temps, les progrès techniques réalisés en génétique ont permis de mieux décrire la composition de la flore cutanée des personnes atteintes, et notamment de révéler une diversité bactérienne diminuée43. Mais jusqu’à présent, on ne savait pas si l’abondance de Staphylocoques dorés était à l’origine de la dermatite atopique ou une conséquence de la dysbiose du microbiote cutané observée.

Staphylococcus aureus, annonciateur de la maladie

Un récent essai clinique prospectif vient de montrer que la colonisation par Staphylococcus aureus précède l’apparition de la maladie chez les enfants44. De quoi conférer à la bactérie son rôle causal dans la survenue de la pathologie, ce qui vient en partie contredire la conclusion d’une autre étude récente45, qui incrimine pourtant elle aussi des souches de Staphylococcus. Pour arriver à cet épilogue, deux années d’étude ont été nécessaires : les chercheurs ont régulièrement analysé des échantillons de peau prélevés dans les plis du coude et sous les aisselles, des zones classiquement touchées. Premier résultat : un enfant sur quatre a développé une dermatite atopique. Deuxièmement : la proportion de Staphylococcus aureus augmente nettement dès l’âge de trois mois chez les nourrissons qui ont déclaré une dermatite atopique par la suite. A contrario, d’autres bactéries, moins abondantes chez les nourrissons atteints de dermatite atopique, semblent avoir un rôle potentiellement protecteur46.

Des méthodes d’éradication

Des expériences précliniques et in vitro ont montré que le Staphylocoque doré pourrait favoriser la maladie chez des personnes prédisposées génétiquement en provoquant des réactions de toxicité et/ou inflammatoires dans les cellules de la peau directement exposées aux microbes47. En prolongeant ce raisonnement, les chercheurs ont pensé que la suppression de cette bactérie pourrait être bénéfique dans le traitement de la dermatite atopique. Des traitements relativement efficaces existent déjà - antimicrobiens topiques, antibiotiques, bains d’eau de javel diluée… - mais paradoxalement, on ne sait pas s’ils éliminent vraiment la colonisation par Staphylococcus aureus ni quel est leur impact sur le microbiote cutané. C’est pourquoi, à l’instar de la greffe de flore fécale, la transplantation de microbiote cutané48 à base de bactéries connues pour agir contre Staphylococcus aureus est un protocole émergent. Les premiers essais réalisés sur la peau de personnes atteintes ont entraîné une réduction considérable de la colonisation par le Staphylocoque doré. Gageons que les suivants valideront des débuts encourageants sur une plus longue période et s’accompagneront d’améliorations thérapeutiques.

Vignette

41 Leyden JJ, Marples RR, Kligman AM. Staphylococcus aureus in the lesions of atopic dermatitis. Br J Dermatol. 1974; 90:525–30
42 Byrd AL, Deming C, Cassidy SKB, Harrison OJ, Ng WI, Conlan S, et al. Staphylococcus aureus and Staphylococcus epidermidis strain diversity underlying pediatric atopic dermatitis. Sci Transl Med. 2017; 9(397):eaa14651
43 Kong HH, Oh J, Deming C, Conlan S, Grice EA, Beatson MA, et al. Temporal shifts in the skin microbiome associated with disease flares and treatment in children with atopic dermatitis. Genome Res. 2012; 22:850–9
44 Williams MR, Gallo R. Evidence that Human Skin Microbiome Dysbiosis Promotes Atopic Dermatitis. J Invest Dermatol. 2017 December; 137(12): 2460–2461
45 Kennedy EA, Connolly J, Hourihane JO, Fallon PG, McLean WH, Murray D, et al. Skin microbiome before development of atopic dermatitis: early colonization with commensal staphylococci at 2 months is associated with a lower risk of atopic dermatitis at 1 year. J Allergy Clin Immunol. 2017; 139:166–72
46 Meylan P, Lang C, Mermoud S, Johannsen A, Norrenberg S, Hohl D, et al. Skin colonization by Staphylococcus aureus precedes the clinical diagnosis of atopic dermatitis in infancy. J Invest Dermatol. 2017; 137:2497–504
47 Nakamura Y, Oscherwitz J, Cease KB, Chan SM, MunozPlanillo R, Hasegawa M, et al. Staphylococcus delta-toxin induces allergic skin disease by activating mast cells. Nature. 2013; 503(7476):397–401
48 Nakatsuji T, Chen TH, Narala S, Chun KA, Two AM, Yun T, et al. Antimicrobials from human skin commensal bacteria protect against Staphylococcus aureus and are deficient in atopic dermatitis. Sci Transl Med. 2017; 9(378):eaah4680