Escherichia coli ou l’influence du microbiote intestinal sur l’infection urinaire

Pour des raisons anatomiques, les femmes sont bien davantage sujettes que les hommes aux infections urinaires. La forme la plus fréquente chez la femme est la cystite, une inflammation de la vessie due à sa colonisation par la bactérie Escherichia coli.

Naturellement présente dans notre microbiote intestinal, Escherichia coli devient pathogène en utilisant certaines de ses propriétés d’agent infectieux comme la capacité à adhérer à la vessie. On parle alors d’Escherichia coli uropathogène (UPEC). Les infections urinaires surviennent lorsqu’il y a contamination de la région urogénitale par la flore fécale. Les bactéries peuvent infecter l’urètre exclusivement (on parle alors d’urétrite), atteindre la vessie et provoquer une cystite aiguë, ou infecter les reins  : c’est la pyélonéphrite. Cette migration bactérienne de la région anale à la sphère urogénitale soulève deux questions  : les souches en cause sont-elles différentes sur le plan génétique ou ont-elles besoin de s’adapter lors de leur passage du réservoir intestinal à la vessie  ? Dans un but préventif, peut-on prédire le risque d’infection urinaire à partir des Escherichia coli fécales  ?

Pas d’adaptation

Plusieurs travaux4,5 d’une équipe danoise apportent des éléments de réponse. Les chercheurs ont constaté que les souches fécales d’ Escherichia coli des patientes infectées ne diffèrent pas de celles des personnes saines, pas plus qu’elles ne diffèrent des souches identifiées dans leurs propres urines, si ce n’est au travers de quelques variations génétiques sans conséquences. En d’autres termes, Escherichia coli est capable de transiter de l’intestin vers la vessie sans besoin d’adaptation particulière. Les faits sont là  : la composition du microbiote fécal ne permet pas de prédire le risque d’infection urinaire. Mais alors, quelle est la cause ? L’infection de la vessie par Escherichia coli uropathogènes résulte probablement d’une combinaison de facteurs liés à la fois aux bactéries (capacité à s’accrocher aux cellules de l’intestin, virulence…) et au statut immunitaire de l’hôte, créant un environnement propice à la survenue de l’infection.

Vignette

3 Microbiote vaginal, la révolution rose Jean-Marc Bohbot & Rica Etienne.
4 Nielsen KL, Stegger M, Kiil K, Godfrey PA, Feldgarden M, Lilje B, Andersen PS, Frimodt-Møller N. Whole-genome comparison of urinary pathogenic Escherichia coli and faecal isolates of UTI patients and healthy controls. Int J Med Microbiol. 2017 Dec;307(8):497-507. doi: 10.1016/j.ijmm.2017.09.007. Epub 2017 Sep 14. PMID: 29031453.
5 Nielsen KL, Stegger M, Godfrey PA, Feldgarden M, Andersen PS, Frimodt-Møller N. Adaptation of Escherichia coli traversing from the faecal environment to the urinary tract. Int J Med Microbiol. 2016 Dec;306(8):595-603. doi: 10.1016/j.ijmm.2016.10.005. Epub 2016 Nov 4. PMID: 27825516.