La vaginose bactérienne est-elle une maladie ?

Bien qu’elle affecte environ 20 % des femmes françaises1 et des millions de femmes chaque année dans le monde, la vaginose bactérienne reste sous-diagnostiquée et mal prise en charge en raison de la définition qui en est faite.

Tantôt décrite comme une maladie infectieuse ou inflammatoire, tantôt comme une dysbiose (déséquilibre du microbiote), tantôt comme un syndrome ou une situation parfaitement normale, la vaginose n’en finit pas de se chercher une définition ni de créer la controverse dans les milieux scientifiques ! Alors que la maladie est découverte en 1954 et définie comme une infection due à Gardnerella vaginalis, le terme de «  vaginose bactérienne  » n’apparaît qu’en 1983, rappelle le microbiologiste canadien Gregor Reid2. Problème : le fait que la bactérie en cause puisse aussi être présente chez des femmes en bonne santé sans provoquer de vaginose met à mal cette théorie. Six ans plus tard, la vaginose est décrite comme «  un changement complexe des microorganismes vaginaux, associé à un écoulement malodorant sans inflammation apparente  ». Quelques temps après, des chercheurs observent justement une augmentation des marqueurs de l’inflammation et lui attribuent le statut de maladie inflammatoire  ; une définition qui sera réfutée en 2010, faute de preuves. Plus récemment, le terme de «  dysbiose  » s’est ajouté à la liste. Bref, près de 65 ans n’ont pas suffi à trouver un consensus.

Mal définie, mal traitée

Selon la littérature, la vaginose n’est pas une maladie au sens où on l’entend couramment, à savoir une altération de la santé caractérisée par des signes bien spécifiques. Elle se manifeste davantage par un éventail de symptômes (inflammation, mauvaise odeur vaginale, augmentation de la diversité bactérienne…) variables d’une femme à l’autre, voire parfois par l’absence de symptômes. Or de sa définition dépendent son diagnostic, sa prévention et sa prise en charge. Et jusqu’à présent, seule l’approche médicamenteuse bénéficie du soutien financier des autorités sanitaires, au détriment des approches destinées à restaurer et entretenir la flore, comme les probiotiques et les prébiotiques. Une aberration aux yeux de Gregor Reid, qui plaide pour l’abandon du terme « vaginose » au profit d’une désignation plus juste des différents troubles qu’elle recouvre. Selon lui, « dysbiose vaginale » ou « inflammation vaginale » permettrait un traitement plus adapté.

Vignette

1 Source : Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF).
2 Reid G. Is bacterial vaginosis a disease? Applied Microbiology and Biotechnology (2018) 102:553–558 https://doi.org/10.1007/s00253-017-8659-9