Parole d'expert : Pr. Laurence Zitvogel

Le Pr. Laurence Zitvogel dirige le Laboratoire immunologie des tumeurs et immunothérapie contre le cancer, une unité mixte de recherche (Inserm, Gustave Roussy, Université Paris-Sud). Avec son équipe, elle a découvert que l’efficacité des thérapies anticancéreuses serait influencée par le microbiote.

Par quels mécanismes le microbiote influence-t-il l’efficacité d’une chimiothérapie et d’une immunothérapie ?

Nous avons montré que la chimiothérapie provoque une perméabilité intestinale favorisant la diffusion des bactéries vers le système immunitaire. Cet inconvénient, à l’origine d’effets secondaires (nausées, diarrhées, vomissements), s’avère paradoxalement très utile puisqu’il stimule le système immunitaire et booste l’effet du médicament antitumoral.

Quant à l’immunothérapie, qui consiste à mobiliser le système immunitaire contre les tumeurs, son succès semble également dépendre du microbiote intestinal, qui agirait selon trois grands mécanismes  :

  • Sa composition influence la répartition des lymphocytes (globules blancs) dans le tube digestif, et donc le système de défense de l’organisme, comme l’ont montré certains articles récents  ;
  • Certains de ses métabolites activeraient le système immunitaire, ce qui reste à démontrer  ;
  • Les mécanismes de réparation de la barrière intestinale qu’il active contribueraient à l’efficacité des traitements.

En quoi ces découvertes vont-elles modifier la prise en charge des cancers traités par chimiothérapie ou immunothérapie  ?

Utilisés en complément, les probiotiques pourraient étoffer l’arsenal thérapeutique existant (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie) et constituer une sixième modalité thérapeutique contre le cancer. En l’absence d’infection, nous éviterons de recourir à l’antibiothérapie en prophylaxie (en prévention) et repousserons l’immunothérapie dans le cas contraire. Notre objectif est d’identifier les patients ayant une dysbiose intestinale et de restaurer leur microbiote avant de leur prescrire une immunothérapie ou une chimiothérapie.

Quelles sont les pistes envisagées pour moduler la composition du microbiote intestinal  ?

L’administration de probiotiques et la greffe fécale (transplantation du microbiote d’un individu sain dans le tube digestif du malade) sont les principales pistes envisagées pour restaurer un microbiote susceptible d’entraver un traitement. Ces bactéries, appelées « oncomicrobiotiques »,n’ont pas pour vocation d’accroître l’efficacité d’une chimiothérapie ou d’une immunothérapie par eux-mêmes, mais de préparer l’organisme des patients présentant une dysbiose à répondre positivement à ces traitements immunomodulateurs. De plus en plus d’entreprises de biotechnologie consacrent une partie de leur recherche au développement de probiotiques « anticancer ». Mais seules des recherches pluridisciplinaires suivies de grands essais cliniques permettront d’identifier les bactéries « bienfaitrices » et de s’assurer de leur efficacité dans un contexte de chimiothérapie ou d’immunothérapie. Cet avenir est proche.

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