Accouchement prématuré : des bactéries placentaires incriminées ?

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Principale cause de morbidité et mortalité infantile dans le monde la prématurité qui affecte 5% à 18% des grossesses est un véritable enjeu de santé publique. Une équipe anglaise a tenté de mettre en évidence le rôle du microbiote placentaire dans les différents types de naissance anticipée.

 

La prématurité spontanée connaît de nombreuses causes et les infections intra-utérines semblent particulièrement impliquées. Cette hypothèse infectieuse - qui s’appuie sur les données de la littérature - entrainerait une réponse inflammatoire de la mère et/ou du fœtus, provoquant ainsi la rupture prématurée des membranes. Afin de confirmer cette hypothèse, les chercheurs ont comparé par séquençage les compositions bactériennes placentaires d’une large cohorte de femmes selon le type d’accouchement : délivrances prématurées spontanées, induites et à terme.  Autre point important : cette équipe a aussi estimé l’impact des contaminations durant la préparation des échantillons

Deux genres bactériens suspectés

Mycoplasma spp. et Ureaplasma spp., deux bactéries précédemment décrites comme pathogènes opportunistes intra-utérines et fortement associées à l’accouchement prématuré, ont été identifiées en forte abondance chez les femmes ayant accouché prématurément de manière spontanée. Une troisième bactérie, Capnocytophaga, - qui colonise habituellement le microbiote oral et rarement le tractus génital – semble également associée à l’accouchement prématuré spontané.

Des obstacles méthodologiques majeurs

Bien que des travaux récents aient suggéré l’existence d’un microbiote placentaire spécifique à un type de délivrance, l’étude menée ici n’a pas permis de confirmer cette hypothèse. Le séquençage d’une aussi petite quantité de biomasse comme le placenta est un défi méthodologique et statistique, comme le rappellent les auteurs : le risque important de contamination des échantillons durant la manipulation ou lors de l’accouchement complique l’analyse. Par ailleurs, il ne permet pas de mettre en évidence des clusters bactériens en lien avec la prématurité. Malgré tous ces enjeux, l’étude du microbiote placentaire ne fait que débuter et son implication dans les naissances anticipées reste à éclaircir.  

 

Sources :

Leon, L. J. et al. Enrichment of clinically relevant organisms in spontaneous preterm delivered placenta and reagent contamination across all clinical groups in a large UK pregnancy cohort. Appl. Environ. Microbiol. (2018). doi:10.1128/AEM.00483-18