Asthme : quels liens entre phénotypes et microbiote des voies respiratoires ?

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L’asthme de tempérament neutrophile s’accompagne d’une modification du microbiote bronchique. Une observation qui pourrait mener à une meilleure prise en charge de la pathologie et une meilleure prédiction des crises.

 

La stratification des patients asthmatiques, caractérisés par le degré d’inflammation des voies respiratoires, est cruciale pour identifier leur phénotype1. Une équipe australienne s’est intéressée au microbiote des voies respiratoires pour voir s’il variait en fonction des phénotypes asthmatiques et s’il permettrait une personnalisation du traitement. 167 patients (84 éosinophiliques, 14 neutrophiliques, 60 paucigranulocytiques et 9 mixtes) souffrant d’asthme sévère - mais stable - ont été inclus à l’étude.

Interactions variables selon les phénotypes

L’analyse des populations microbiennes a été réalisée par amplification et séquençage génomique de l'ARN ribosomique 16S à partir d’échantillons recueillis via des expectorations induites. Les résultats ont mis en évidence une perte de diversité et une plus forte hétérogénéité dans l’asthme neutrophilique comparativement aux autres phénotypes, et en particulier à l’asthme éosinophilique, phénotype le mieux documenté à ce jour.

Neutrophilie et abondance pathogène

Les modifications du microbiote bronchique dans l’asthme neutrophilique se traduisent par une abondance de bactéries pathogènes, tout particulièrement les genres Haemophilus et Moraxella. À l’inverse, une nette réduction des populations bactériennes commensales est observée, qu’il s’agisse des genres Gemella, Porphyromonas ou Streptococcus. Une dysbiose qui pourrait expliquer les types de phénomènes inflammatoires retrouvés dans cette forme d’asthme, même si aucun lien de causalité n’a été démontré jusqu’à ce jour.

Une voie de personnalisation des soins ?

Pour les chercheurs, ces premiers résultats méritent d’être étoffés pour clarifier les liens entre phénotype inflammatoire et microbiote. Avec à la clé une possible personnalisation des traitements antiasthmatiques en fonction du phénotype et de la composition du microbiote bronchique. Autre intérêt : le suivi de l’évolution des populations bactériennes pourrait également servir à prédire la survenue d’une crise aiguë.

 

1. On distingue quatre grands phénotypes asthmatiques, liés aux taux sanguins des différents granulocytes circulants : éosinophilique, neutrophilique, paucigranulocytiques et mixte (éosinophilique-neutrophilique). Chacun correspond à des mécanismes physiopathologiques, des symptômes, des évolutions et des prises en charges différents.

 

Sources : 

S. Taylor, L. Leong, J. Choo, et al. : Inflammatory phenotypes in patients with severe asthma are associated with distinct airway. J Allergy Clin Immunol, volume 141, number 1, january 2018.