Cancer de la peau : l’effet protecteur de certains Staphylococcus epidermidis

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Une équipe américaine a découvert une molécule anti-tumorale produite par certaines souches de Staphylococcus epidermidis, bactéries commensales du microbiote cutané. De quoi envisager de nouveaux moyens de traiter, voire de prévenir, les cancers de la peau.

 

S. epidermidis fait partie des espèces dominantes du microbiote cutané, de même que d’autres espèces du genre Staphylococcus à coagulase négative. Ces bactéries commensales combattent les bactéries pathogènes, mais elles ont aussi la capacité de renforcer les défenses immunitaires cutanées en déclenchant la production de peptides antimicrobiens par les kératinocytes pour détruire les pathogènes comme les Staphylococcus aureus (colonisant fréquemment les peaux atopiques) ou les Streptocoques du groupe A (SGA).

Ciblage des cellules cancéreuses

En voulant préciser l’effet antimicrobien des souches de Staphylocoques à coagulase négative, des chercheurs américains ont découvert dans des échantillons de peau humaine saine une nouvelle molécule bactéricide contre les SGA : la 6-HAP (6-N-hydroxyaminopurine), une base azotée de structure similaire à l’adénine. Elle bloquerait la synthèse de l’ADN en perturbant l’appariement A-T (adénine-thymine). D’autres analogues de bases azotées, déjà utilisés, ont une action similaire, comme la 6-mercaptopurine dans le traitement de la leucémie aigüe. Dans cette étude, la 6-HAP s’est effectivement montrée active sur des cultures cellulaires murines de mélanomes et de lymphomes, et ce sans dommage pour les cultures de kératinocytes non-cancéreux (NHEK). Cette protection des cellules saines contre la cytotoxicité de la 6-HAP s’expliquerait en partie par l’action de certaines enzymes réductrices mitochondriales intervenant dans les processus de détoxification cellulaire.

Un effet anti-tumoral marqué

Après avoir vérifié l’absence d’effet mutagène in vitro de la 6-HAP et sa non-toxicité systémique apparente chez la souris, l’équipe a testé son efficacité anti-tumorale sur des modèles murins de mélanome à croissance rapide. Avec succès : la taille des tumeurs était réduite de plus de 60 % par rapport aux souris témoins. Chez des souris prédisposées au cancer cutané induit par les UV, une application topique de S. epidermidis - dont la densité bactérienne mimait la colonisation d’une peau humaine saine - a même permis de réduire significativement l’incidence et le nombre de tumeurs (des papillomes squameux) comparativement à l’effet observé chez des souris colonisées par une souche de S. epidermidis non-productrice de 6-HAP. D’autres expérimentations devront confirmer l’effet protecteur des souches de S. epidermidis productrices de 6-HAP contre différents cancers de la peau et leur intérêt éventuel en prévention primaire. Mais ces résultats, estiment les chercheurs, sont la première description de l’effet protecteur d’une bactérie commensale de la peau contre une prolifération cellulaire anormale, à l’instar des bactéries intestinales productrices d’acides gras à courte chaîne. Ils ajoutent également que l’aspect délétère de la dysbiose serait peut-être davantage dû à la perte de la fonction protectrice du microbiote plutôt qu’à l’acquisition d’une communauté bactérienne altérée.

 

Sources :

Nakatsuji T et al. A commensal strain of Staphylococcus epidermidis protects against skin neoplasia.Sci Adv. 2018 Feb; 4(2): eaao4502.