Rotavirus : le microbiote intestinal pourrait booster la vaccination

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Des résultats préliminaires suggèrent que des modifications ciblées du microbiote intestinal pourraient permettre d’améliorer l’efficacité de la vaccination contre le rotavirus, qui chute dans les pays en voie de développement, également les plus touchés.

 

Performante dans les pays occidentaux, la vaccination contre le rotavirus l’est beaucoup moins en Afrique sub-saharienne et en Asie, où les diarrhées infantiles mortelles provoquées par des gastroentérites sévères se chiffrent encore par dizaines de milliers. Le microbiote intestinal pourrait être impliqué dans ce phénomène : une faible proportion de Gammaproteobacteria et un fort taux de Bacteroidetes seraient associés à une médiocre immunogénicité du vaccin. La vancomycine ayant précisément pour effet d’inverser ces deux variations de populations bactériennes, des chercheurs néerlando-américains ont étudié les effets d’une antibiothérapie adjuvante à la vaccination.

Meilleure réponse avec la vancomycine

Pendant 16 mois, une cohorte de 63 adultes néerlandais a été suivie. Divisés en trois groupes, les participants ont reçu soit 7 jours de vancomycine, soit 7 jours d’antibiotiques à large spectre (vancomycine, ciprofloxacine et métronidazole), soit aucun antibiotique. Tous ont ensuite été vaccinés 36h après l’antibiothérapie par l’un des deux vaccins vivants présents sur le marché, la réponse immunitaire étant évaluée selon le taux d’IgA sanguins et la quantité d’antigènes éliminés dans les selles. A baseline, le taux d’IgA était haut chez tous les sujets. Un léger pic d’IgA à 7 jours a été observé chez 38 % des volontaires du groupe « vancomycine ». Plus significative, l'élimination fécale d’antigènes rotaviraux était davantage marquée dans ce même groupe. La vancomycine aurait donc bien induit une réaction immunitaire accrue suite à la vaccination, estiment les scientifiques.

Des composants bactériens immuno-modulateurs

À l’échelon microbiotique, et indépendamment du type d’antibiothérapie administrée, l’immunogénicité du vaccin était associée à un enrichissement en Enterobacteriacae (groupe des Proteobacteria) et à un appauvrissement en Prevotellaceae (groupe des Bacteroidetes). Selon les auteurs, les virions pourraient être stabilisés par les lipopolysaccharides (LPS) bactériens, ce qui favoriserait leur réplication – et donc une plus forte réaction immunitaire. De plus, la structure des LPS des Proteobacteria tend à stimuler les cytokines, contrairement à ceux des Bacteroidetes. Plus globalement, les antibiotiques agiraient en réduisant le nombre de bactéries promotrices d’une tolérance immunitaire et/ou en augmentant la part de bactéries favorisant l’immunité mucosale intestinale.

Alternatives à l’antibiothérapie adjuvante

Ces résultats sont à tempérer : la population incluse dans l’étude (participants adultes, de type caucasien, déjà exposés au rotavirus) diffère de celle ciblée par la vaccination contre le rotavirus (nourrissons séronégatifs*). Mais si elles venaient à être confirmées, ces premières observations pourraient conduire non pas à l’introduction de vancomycine comme adjuvant à la vaccination – trop coûteux et trop iatrogène – mais à l’utilisation de probiotiques, voire au ciblage de métabolites ou composants cellulaires bactériens favorisant la réplication virale – donc une meilleure réponse vaccinale.

 

* Les gastro-entérites à rotavirus surviennent majoritairement entre l’âge de 6 mois et de 2 ans

 

Sources :

Harris VC et al. Effect of Antibiotic-Mediated Microbiome Modulation on Rotavirus Vaccine Immunogenicity: A Human, Randomized-Control Proof-of-Concept Trial. Cell Host Microbe, 2018 Aug 8;24(2):197-207.e4

Evans AS. Viral Infections of Humans: Epidemiology and Control. Springer Science & Business Media, 11 nov. 2013