Dysbiose pulmonaire et cancer du poumon

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En s’inspirant des corrélations connues entre dysbiose du microbiote intestinal et cancer colorectal d’une part et dysbiose du microbiote pulmonaire et asthme ou BPCO d’autre part, une équipe sino-américaine s’est intéressée à un nouvel axe de recherche : le lien entre microbiote pulmonaire et cancer du poumon.

 

Le poumon n’est plus l’organe stérile que l’on imaginait il y a encore quelques décennies : son microbiote – désormais bien documenté - lui offre une protection contre les infections et les allergies. Aujourd’hui, des études sur l’association entre infection, état inflammatoire et carcinogenèse commencent à voir le jour.

Comparaison novatrice

Dans cette perspective, les chercheurs ont réalisé des prélèvements bronchiques protégés chez 24 patients atteints de cancer du poumon, plus précisément le prélèvement unilatéral d’une masse pulmonaire. Un prélèvement a été réalisé sur le site atteint, un autre sur le site non-cancéreux. 18 sujets saints, composant le groupe contrôle, ont eux aussi subi un prélèvement par fibroscopie. La composition bactérienne de chacun des sites a ensuite été déterminée par séquençage de l’ARNr 16 S. De quoi définir la composition précise du microbiote du poumon « cancéreux », la zone du poumon non lésée et enfin celui du poumon contrôle « sain ».

Streptococcus vs. Staphylococcus

Une diminution significative de la diversité du microbiote a été observée chez les sujets malades. Plus exactement, une surabondance du genre Streptococcus, tandis que le genre Staphylococcus était plus abondant dans le groupe contrôle. Autre résultat : la composition du microbiote issu du poumon atteint n’était pas restreinte au site tumoral et se retrouvait également dans les zones non-lésées du poumon d’un même patient. Enfin, un gradient bactérien a été relevé entre les deux groupes, suggérant un changement du microenvironnement associé au développement du cancer du poumon. Une extrapolation permettrait d’évoquer le rôle délétère de Streptococcus et le rôle protecteur de Staphylococcus dans le développement du cancer, estiment les chercheurs, même si d’autres études fournissent des résultats contradictoires concernant l’influence de ces bactéries et leur rôle spécifique à l’organe qu’elles colonisent dans le cadre d’un cancer. Quoi qu’il en soit, la prévention, le diagnostic et les stratégies thérapeutiques mises en œuvre face au cancer du poumon devront sans doute prendre le microbiote en considération, concluent-ils.

 

Sources :

Liu, H.-X. et al. Difference of lower airway microbiome in bilateral protected specimen brush between lung cancer patients with unilateral lobar masses and control subjects. Int. J. Cancer 142, 769–778 (2018).