Le microbiote buccal, modulateur de risque du cancer du pancréas

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L’analyse du microbiote oral de participants à deux grandes études prospectives en oncologie a permis d’identifier des souches bactériennes dont la présence est associée - ou non - au risque de développer un cancer du pancréas.

 

Une mauvaise hygiène bucco-dentaire et un historique de pathologies gingivales sont depuis longtemps associés à un risque accru de développer un cancer du pancréas. Mais les liens de causalité restent mal connus. Une zone d’ombre qui a poussé une équipe américaine à s’intéresser aux éventuelles relations entre microbiote oral (plus de 700 types de bactéries) et cancer pancréatique. L’étude a consisté en l’analyse des prélèvements salivaires de 361 malades et 371 témoins issus de deux grandes cohortes américaines*.

Impact bactérien confirmé

La composition du microbiote buccal a été déterminée par séquençage de l'ARN 16S pour évaluer la corrélation « type de micro-organisme - risque de cancer du pancréas ». Les chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence des populations bactériennes aux effets opposés. La présence des espèces Porphyromonas gingivalis et Aggregatibacter actinomycetemcomitans, deux pathogènes oraux fréquemment retrouvés dans les maladies parodontiques, est associée à une augmentation du risque de cancer du pancréas. A contrario, de fortes concentrations en bactéries appartenant à l’embranchement des Fusobacteria dont le genre Leptotrichia renvoient à une réduction de ce même risque. L'équipe a ensuite écarté une éventuelle relation entre concentration des bactéries d'intérêt et consommation de tabac et/ou d'alcool, deux facteurs de risques reconnus. De même, elle a exclu une possible influence du cancer pancréatique lui-même sur l’évolution du microbiote buccal en excluant les cas apparus dans les deux ans suivant l’échantillonnage.

Marqueurs non-invasifs

Le lien établi entre microbiote buccal et cancer du pancréas amène à progresser dans la prise en charge de la maladie, grâce notamment à une meilleure connaissance de son étiologie. Les bactéries P. gingivalis et A. actinomycetemcomitans, associées à un risque accru de survenue de la maladie, pourraient également servir de marqueurs non invasifs. Une approche prédictive à coupler, selon les chercheurs aux bonnes pratiques d’hygiène bucco-dentaire, à la réduction de la consommation de tabac ou encore à la perte de poids.

 

*Cancer Prevention Study II (American Cancer Society), Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer Screening Trial (National Cancer Institute).

 

Sources :

Fan X, et al. : Human oral microbiome and prospective risk for pancreatic cancer: a population-based nested case-control study, Gut 2017;67:120–127. doi:10.1136/gutjnl-2016-312580.