Le microbiote intestinal prédictif de fistule anastomotique ?

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Une dysbiose intestinale pourrait, dans certains cas de figure, être corrélée au risque de développer une fistule anastomotique après résection colique. Une découverte qui ouvre une nouvelle voie de recherche pour lutter contre cette complication grave.

 

Une résection chirurgicale du côlon s’accompagne parfois d’une fistule anastomotique1, complication sévère la plus fréquente de l’intervention, synonyme d’engagement du pronostic vital et d’hospitalisation prolongée. Les principaux facteurs de risque de fistule anastomotique sont connus : suture défaillante, comorbidités, traitements médicamenteux… Mais ils ne suffisent pas à expliquer tous les cas de figure. Une équipe hollandaise s’est donc penchée sur une autre possibilité : l’implication du microbiote intestinal. Elle a pour cela étudié la composition microbienne d’échantillons prélevés à même la muqueuse intestinale de 123 patients ayant subi une anastomose colique, 60 par procédure standard et 63 selon une procédure intégrant la mise en place d’un, film biorésorbable venant protéger l’anastomose.

Des résultats opposés selon les protocoles

L’analyse du microbiote intestinal des patients présentant une fistule anastomotique post-opératoire a permis d’observer deux situations opposées en fonction du protocole suivi. Le recours à un « pansement » résorbable tend à contrôler la composition du microbiote et n’impacterait pas la cicatrisation, du fait probable de l’occlusion de la muqueuse par le film. L’apparition de fistule (25 % des cas) ne serait pas liée à la composition du microbiote avant l’opération. A contrario, l’apparition de fistule après une intervention classique (17 % des cas) s’accompagne d’une dysbiose intestinale marquée par une perte de diversité et une abondance des bactéries dégradant les mucines (Bacteroidaceae et Lachnospiraceae). Une perturbation du microbiote qui pourrait se répercuter sur l’équilibre métabolique, via une déprivation énergétique impactant la capacité des cellules coliques à régénérer, et sur l’incapacité à résister à la colonisation des bactéries pathogènes.

Favoriser la cicatrisation

Que l’altération du microbiote intestinal soit liée à une modification de régime alimentaire, à l’intervention elle-même, à une antibiothérapie adjuvante ou toute autre raison, une perte de diversité serait donc corrélée à un risque de développer une fistule anastomotique lors d’une procédure classique. Les chercheurs considèrent par conséquent important d’étudier plus en profondeur l’impact de la préservation de la diversité microbienne intestinale jouant un rôle sur la réparation cellulaire afin de prévenir l’apparition de ce type de complication.

 

1. Canal de communication anormal, résultant d’une mauvaise cicatrisation de la suture entre les deux parties du côlon.

 

Sources :

J. van Praagh, M. de Goffau, I. Bakker, et al. Mucus Microbiome of Anastomotic Tissue During Surgery Has Predictive Value for Colorectal Anastomotic Leakage. Ann Surg. 2018 Jan 9.