Les antibiotiques pris pendant la grossesse peuvent-ils laisser des stigmates sur la peau de l’enfant ?

On considère souvent la prise d'antibiotiques pendant la grossesse comme une solution à court terme : l’infection est éradiquée, le problème est résolu. Pourtant, une méta-analyse de 30 études¹ semble indiquer que l’antibiothérapie pourrait avoir des répercussions sur la peau de l’enfant, notamment une augmentation modeste, mais constante, de l’incidence de la dermatite atopique.

Publié le 05 novembre 2026
Mis à jour le 06 novembre 2026

A propos de cet article

Auteur

Publié le 05 novembre 2026
Mis à jour le 06 novembre 2026

Les antibiotiques figurent parmi les médicaments les plus prescrits chez les femmes enceintes : une méta-analyse antérieure portant sur environ 34 millions de grossesses évaluait ce taux d’exposition à 23,6 %. Si leur impact sur la mère est bien documenté — l'antibiothérapie entraînant une perturbation du microbiote intestinal —, leur effet sur le développement immunitaire précoce de l’enfant reste en revanche beaucoup moins clair. Une nouvelle revue systématique publiée dans Scientific Reports par une équipe de chercheurs de l’Université de Szeged vient apporter un éclairage sur la dermatite atopique, une affection sans doute déjà bien connue des enfants de vos patients.

Une antibiothérapie prophylactique péri-partum appauvrit le lait maternel en Bifidobacterium

https://www.biocodexmicrobiotainstitute.com/fr/pro/une-antibiotherapie-prophyla…

Trente études, mais un signal modeste

Après avoir interrogé quatre bases de données jusqu’en août 2025 selon un protocole enregistré sur PROSPERO, l’équipe a rassemblé 30 études observationnelles regroupant plus de 4,1 millions de mères et 4,3 millions d’enfants. Parmi elles, 26 études évaluaient l’exposition maternelle aux antibiotiques, tous stades de la grossesse confondus. Les données disponibles n’ont pas permis d’effectuer des comparaisons fiables selon le trimestre de la grossesse au cours duquel a eu lieu l'exposition. L’exposition prénatale apparaissait associée à un risque accru de dermatite atopique chez l’enfant, avec un rapport de cotes (RC) ajusté de 1,32 (IC à 95 % : 1,12 à 1,56) sur 14 études, et un rapport des risques instantanés (HR) ajusté combiné de 1,10 (IC à 95 % : 1,05 à 1,14) sur 4 études. L’âge des enfants au moment du diagnostic variait d’une étude à l’autre. Des indices d’un éventuel biais de publication ayant été détectés, les auteurs ont appliqué une méthode d'ajustement de type « trim-and-fill ». Le RC ajusté était alors ramené à 1,22 (IC à 95 % : 1,03 à 1,44), mais demeurait statistiquement significatif : si l'estimation brute a pu surestimer l’effet, la correction ne l'a pas fait disparaître pour autant. L’association est d’ailleurs restée significative lors des analyses de sensibilité par exclusion successive (leave-one-out, y compris après exclusion des études individuelles présentant un risque élevé de biais. Les auteurs qualifient eux-mêmes cet effet de modeste. Leurs estimations de l’effet relatif ne quantifient pas l’augmentation absolue du risque et ne signifient pas que chaque enfant exposé développera une dermatite atopique.

Exposition prénatale et exposition intrapartum

L’exposition prénatale désigne la prise d’antibiotiques à n’importe quel moment de la grossesse. À l’inverse, l’exposition intrapartum correspond à l’administration d’une antibioprophylaxie pendant le travail et l’accouchement – à l'instar des protocoles de prévention de l’infection à streptocoque du groupe B évalués dans les études incluses dans cette méta-analyse. L’exposition prénatale est apparue modérément associée à la dermatite atopique, alors qu’aucun signal significatif n’a été observé pour l’exposition intrapartum.

Dermatite atopique et eczéma

La dermatite atopique est une affection cutanée inflammatoire chronique, caractérisée par un érythème, une sécheresse cutanée et un prurit intense, consécutifs à une altération de la fonction barrière de la peau. Si l'eczéma constitue un terme générique très large, les deux notions sont fréquemment employées de manière interchangeable, ce qui a conduit les auteurs à les considérer conjointement comme manifestations cliniques.

Rapport de cotes (RC) ajusté

Rapport de cotes (odds ratio) recalculé afin de neutraliser l'influence de facteurs de confusion tels que le sexe du nourrisson, l’âge maternel, les antécédents d’allergie ou d’atopie de la mère, et le tabagisme pendant la grossesse. Un RC ajusté de 1,32 indique que le risque de dermatite atopique était supérieur de 32 % chez les enfants exposés, après ces ajustements.

Facteurs de persistance ou d'atténuation du signal

Le risque augmentait avec le nombre de cures d'antibiotiques : les rapports des risques instantanés ajustés combinés étaient de 1,07 pour une cure, de 1,10 pour deux, et de 1,16 pour plus de deux, bien que seules trois études aient contribué à ces résultats. La situation géographique a également joué un rôle : les études européennes ont mis en évidence une association significative (RC ajusté de 1,40 ; IC à 95 % : 1,08 à 1,83), tandis que les études asiatiques et américaines n’ont pas atteint le seuil de significativité. Bien entendu, cette absence de significativité statistique n’implique pas une absence absolue d’association entre l’utilisation prénatale d’antibiotiques et l’eczéma dans ces régions. Les résultats se sont révélés plus marqués lorsque les diagnostics d’eczéma étaient rapportés par les parents plutôt qu’extraits des dossiers médicaux. Enfin, pour les études de plus grande envergure (portant sur plus de 10 000 enfants), l’association n’était pas statistiquement significative après ajustement et regroupement. Dans l’ensemble, l’hétérogénéité s'est avérée très élevée (avec un I2 pouvant atteindre 99,7 %) et le niveau de certitude, évalué selon la méthode GRADE, faible. L’exposition intrapartum a présenté un profil différent : une analyse groupée de quatre études n’a révélé aucune association significative (RC de 1,64 ; IC à 95 % : 0,84 à 3,17). Toutefois, les résultats individuels étaient incohérents, l’hétérogénéité importante et le niveau de certitude des preuves très faible. Les résultats différaient également selon le mode d’accouchement, certaines études faisant état de variations entre les naissances par voie basse et par césarienne. La fenêtre d’exposition intrapartum étant beaucoup plus étroite, cela pourrait indiquer un effet uniquement transitoire sur le microbiote du nourrisson, bien qu’une étude ait mis en évidence un signal lorsque cette exposition dépassait 24 heures.

Les 1 000 premiers jours

Cette période s'étend de la conception jusqu'à l’âge de deux ans environ, phase clé durant laquelle s'opère la maturation conjointe du microbiote et du système immunitaire. C’est au cours de cette fenêtre que les expositions évoquées ici sont considérées comme les plus déterminantes.

Méthode « trim-and-fill »

Méthode statistique visant à estimer les études manquantes en raison d'un biais de publication, afin de recalculer l'effet combiné. Dans le cas présent, cette correction a ramené le RC ajusté de 1,32 à 1,22, ce qui reste significatif.

GRADE

Cadre permettant d'évaluer le degré de confiance accordé à un ensemble de données probantes. Les résultats de l’exposition prénatale ont ainsi été jugés de faible certitude, et ceux de l'exposition intrapartum de très faible certitude, en raison de biais, d'incohérences et d'imprécisions.

Un mécanisme plausible, mais non démontré

La méta-analyse a porté sur l’exposition et ses conséquences, et non sur le microbiote lui-même. Le raisonnement est le suivant : les antibiotiques modifient les communautés microbiennes intestinales et vaginales de la mère, qui servent de source de colonisation pour l’intestin du nouveau-né à la naissance. Un profil initial modifié pourrait donc influencer la programmation immunitaire précoce au cours des 1 000 premiers jours. Le mode d’accouchement et le mode d’alimentation influencent également le développement de ce microbiote. Par ailleurs, une diversité microbienne intestinale réduite a déjà été associée à la dermatite atopique dans d’autres études. La plus grande prudence s’impose. L’utilisation postnatale d’antibiotiques, un facteur plausible en soi, n’a pas fait l’objet d’un ajustement systématique et les données observationnelles ne permettent pas d’établir un lien de causalité. Les auteurs recommandent de ne prescrire des antibiotiques qu’en cas d’indication claire, pour la durée minimale efficace, en privilégiant les molécules à spectre étroit si l’indication le permet. La leçon à retenir n’est pas qu’il convient de priver d’antibiotiques les femmes enceintes souffrant d’une infection – dont le traitement demeure indispensable – mais d’aborder chaque prescription comme une décision mûrement réfléchie fondée sur le rapport bénéfice-risque, en intégrant désormais l’effet potentiel sur la santé cutanée de l’enfant.

Source

1. Petrás S, Vargané Szabó B, Kiss T, Bahar MA, Csupor D, Tóth B. Prenatal maternal antibiotic use increases the risk of childhood eczema: a systematic review and meta-analysis. Sci Rep. 2026;16:21156. doi:10.1038/s41598-026-51441-x.

    A lire aussi