Alcoolisme : une bactérie intestinale pour réduire les effets sur le cerveau ?
L’alcoolisme semble perturber la barrière hémato-encéphalique via l’axe intestin-cerveau. La bactérie intestinale Faecalibacterium prausnitzii pourrait atténuer ces effets et le déficit cognitif induit par l’alcool.
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A propos de cet article
L’éthanol, qui peut traverser la barrière hémato-encéphalique (BHE), peut endommager le système nerveux central. Mais il pourrait également altérer cette barrière assurant la protection de notre cerveau. Un processus pathologique auquel participerait l’axe intestin-cerveau, au regard de travaux publiés fin 2025 1.
La flore des alcooliques
Les chercheurs ont analysé le microbiote intestinal de 30 hommes souffrant d’un
(sidenote:
Trouble de l’usage de l’alcool (TUA)
Affection médicale caractérisée par une incapacité à arrêter ou à contrôler la consommation d’alcool malgré des conséquences négatives sur les plans social, professionnel ou de santé. Elle englobe ce que l’on désigne parfois comme l’abus d’alcool, la dépendance à l’alcool, l’addiction à l’alcool et le terme courant d’alcoolisme. Considéré comme un trouble cérébral, le TUA peut être léger, modéré ou sévère.
Source : https://www.niaaa.nih.gov/publications/brochures-and-fact-sheets/understanding-alcohol-use-disorder
)
(AUD, pour alcool use disorder) depuis des années, et de 30 hommes témoins. Par rapport à ces derniers, les hommes avec un AUD présentent une déficience cognitive et des signes d'anxiété, de dépression et de troubles du sommeil. Leur microbiote intestinal ne montre pas de différences significatives en termes d’abondance et de diversité. Pour autant, la composition de leur flore est spécifique : trouble de l’usage de l’alcool rime avec une diminution de Faecalibacterium et une augmentation de Streptococcus, une bactérie associée à l’inflammation.
Les métabolites microbiens présents dans le plasma s’avèrent également perturbés en cas d’AUD : 604 métabolites étaient surexprimés (notamment dans les voies liées au métabolisme des lipides, au métabolisme des acides aminés et à la sécrétion des acides biliaires) et 606 sous-exprimés. Ces variations étaient liées à l’abondance de certaines bactéries, comme Faecalibacterium.
Alcool ou transplantation fécale, mêmes conséquences chez la souris
Les auteurs montrent également que la consommation chronique d’alcool entraîne, chez la souris, un déclin cognitif et une altération de la BHE, avec l’apparition de fuites dans le cortex préfrontal et l’hippocampe et une baisse de l’expression de protéines des jonctions serrées des cellules endothéliales.
Mais surtout, une simple transplantation fécale issue de patients avec un AUD à des souris axéniques suffit à provoquer les mêmes effets.
L'altération du microbiote intestinal causée par l'alcool serait donc en partie responsable de la perturbation de la BHE.
- La consommation néfaste d’alcool est définie, notamment dans les pays anglo-saxons, comme plus de 3 verres par jour ou 7 par semaine chez les femmes, et plus de 4 verres par jour ou 14 par semaine chez les hommes 2.
- On estime que 400 millions de personnes, soit 7 % de la population mondiale âgée de 15 ans et plus, présentaient en 2019 des troubles liés à la consommation d’alcool. Parmi elles, 209 millions de personnes (soit 3,7 % de la population mondiale adulte) étaient dépendantes à l’alcool 3.
L’effet réparateur de Faecalibacterium prausnitzii
Puisque Faecalibacterium est moins abondant chez les patients AUD, les chercheurs ont testé si F. prausnitzii pouvait protéger les souris contre les troubles cérébraux causés par l’alcool chronique. Et c’est effectivement le cas : la fonction cognitive est améliorée, les fuites de la BHE réduites et les protéines de jonction reboostées.
Physiologiquement, F. prausnitzii a entraîné une augmentation significative de certains acides gras à chaîne courte bactériens (acide butyrique, l’acide valérique et l’acide caproïque) connus pour leurs effets anti-inflammatoires. Il semble donc que cette bactérie puisse protéger la BHE des dommages de l’éthanol via l’action de métabolites bactériens bénéfiques.