Metformine et microbiote intestinal : des rapports complexes

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Plusieurs études récentes laissent penser que les effets thérapeutiques de la metformine seraient en partie liés à son interaction avec le microbiote intestinal. Il pourrait en être de même pour ses effets indésirables digestifs.

 

Les effets indésirables digestifs (EID) sont fréquemment décrits chez les patients diabétiques de type 2 sous metformine et seraient la principale cause d’arrêt du traitement chez environ 5 % des patients. Une étude exploratoire réalisée par une équipe de Lettonie vient de mettre en évidence des modifications du microbiote intestinal chez 18 volontaires sains traités par metformine. Deux changements principaux ont été constatés : une réduction de la diversité de la flore dès 24h de traitement et une augmentation des bactéries opportunistes corrélée à l’intensité des effets secondaires digestifs.

Un appauvrissement bactérien immédiat

Dix-huit volontaires sains ont reçu pendant 7 jours 850mg de metformine matin et soir. La diversité du microbiote intestinal a été analysée avant le début traitement, à H24 et à J7. Les EID ont été relevés, et les participants classés en 3 groupes. Bien que limités par la faible puissance de l’étude, les résultats montrent à H24 une réduction de la diversité bactérienne, réduction qui tend à se rétablir sans revenir à l’état basal à J7. En parallèle est constatée une augmentation significative du pourcentage de pathogènes opportunistes appartenant aux genres Escherichia-Shigella entre H24 et J7.

Un marqueur avant traitement ?

L’équipe émet l’hypothèse que la réduction de la diversité du microbiote intestinal fait le lit de la prolifération des entérobactéries Escherichia-Shigella, qui provoqueraient ou aggraveraient les EID liés à la dysbiose. Il est intéressant de noter que le groupe sans EID avait des taux d’Escherichia-Shigella indétectables avant le début du traitement, contrairement aux deux groupes ayant présenté des EID. Les auteurs suggèrent qu’un test pré-thérapeutique soit réalisé chez les patients diabétiques candidats à un traitement par metformine afin de distinguer ceux à risque d’EID et d’adopter une stratégie thérapeutique adaptée (dose initiale réduite, formes à libération prolongée).

Une modification bénéfique du microbiote

Les analyses mettent également en évidence une réduction significative à J7 de deux familles (Peptostreptococcaceae et Clostridiaceae_1). Or l’augmentation de l’une ou l’autre de ces deux espèces a été associée dans plusieurs études à diverses pathologies (cancer colorectal, NASH...). Pour les auteurs, la réduction de ces espèces « défavorables » pourrait participer à l’effet thérapeutique de la metformine. Des études complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats (en ajoutant un bras placebo contrôle), et élucider les mécanismes d’action de la metformine sur le microbiote intestinal.

 

Sources :

Association of metformin administration with gut microbiome dysbiosis in healthy volunteers ; Ilze Elbere, Ineta Kalnina and col. ; PLOS ONE ; September 27, 2018