Polyarthrite rhumatoïde : un anti TNF-alpha corrige la dysbiose intestinale

Vignette

L’administration d’étanercept, un anti TNF-alpha, induit une restauration partielle du microbiote intestinal chez les patients atteints d’une dysbiose causée par la polyarthrite rhumatoïde.

 

Quels sont les impacts d’une polyarthrite rhumatoïde et de ses traitements sur le microbiote intestinal, et inversement ? Cette double interrogation a poussé une équipe italienne à mener une étude pilote comparant les populations bactériennes de 10 sujets sains et de 42 patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde, naïfs de tout traitement ou sous méthotrexate et/ou étanercept. Une comparaison complétée par l’évaluation de l’impact des principales bactéries présentes chez les malades sur les paramètres physiologiques et immunologiques de leur pathologie.

Dysbiose intestinale corrigée sous anti TNF-alpha

L’analyse du microbiote intestinal des malades sans traitement comparativement aux sujets sains valide les observations issues de la littérature : bien que la richesse et la diversité bactériennes ne soient pas impactées en cas de PAR, la maladie s’accompagne d’une modification des populations bactériennes (enrichissement en Lactobacillales et Bacilli, appauvrissement en Flavobacterium et en Faecalibacterium, connu pour ces propriétés anti-inflammatoires). L’analyse du microbiote de patients post-traitement met pour sa part en lumière une correction notable de la dysbiose intestinale, notamment sous étanercept : les auteurs relèvent des concentrations en hausse de cyanobactéries, des micro-organismes susceptibles de produire des métabolites secondaires présentant des activités anti-inflammatoires et immunosuppressives potentiellement bénéfiques pour les malades.

Des paramètres cliniques associés au microbiote intestinal

La mise en corrélation des populations bactériennes intestinales et des paramètres cliniques de la polyarthrite rhumatoïde révèle de multiples associations, en particulier les Gammaproteobacteria pro-inflammatoires et l’activité de la maladie (selon le score DAS-28*) ainsi que les bactéries appartenant à la famille des Enterobacteriales et la vitesse de sédimentation érythrocytaire. Le phylum des Euryarchaeota, directement corrélé au DAS, apparaît également comme un facteur de risque indépendant de la pathologie. Autant de résultats qui confirment l’implication du microbiote intestinal dans l’étiopathogénie de la polyarthrite rhumatoïde et démontrent pour la première fois qu’un anti TNF-alpha peut induire une restauration partielle de certaines bactéries digestives participant à l’efficacité clinique du traitement.

 

*Le DAS (Disease Activity Score) et sa version simplifiée, le DAS-28, sont des indices d’activité de la polyarthrite rhumatoïde élaboré par l’EULAR (European League against rheumatism).

 

Sources :

Picchianti-Diamanti A, Panebianco C, Salemi S, et al. Analysis of Gut Microbiota in Rheumatoid Arthritis Patients: Disease-Related Dysbiosis and Modifications Induced by Etanercept. Int. J. Mol. Sci. 2018, 19, 2938; doi:10.3390/ijms19102938