Dysbiose intestinale et cancers coliques : un lien ?

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Une inflammation intestinale chronique liée à l’alimentation entraîne des altérations du microbiote local. Une dysbiose qui pourrait favoriser la survenue de tumeurs colorectales à Fusobacterium nucleatum.

 

L’inflammation intestinale chronique liée au régime alimentaire est un facteur de risque avéré de cancer colorectal. La réduction de production de mucine protectrice et de peptides antimicrobiens facilite notamment la colonisation de la muqueuse colique par des micro-organismes pathogènes et l’exposition des cellules intestinales à des métabolites mutagènes. Parmi les bactéries identifiées pour leur action potentialisatrice de carcinogénèse : Fusobacterium nucleatum, une espèce anaérobie invasive retrouvée dans un sous-type de cancer colorectal, en particulier au niveau proximal. Sa présence dans les tissus tumoraux contribuerait également à la progression de la maladie et à sa chimiorésistance.

EDIP, score révélateur du risque inflammatoire lié à l’alimentation

Dans ce contexte, une équipe américaine a étudié la corrélation entre effet inflammatoire du régime alimentaire, présence de F. nucleatum et développement de d’un cancer colorectal. Son étude s’est appuyée sur deux cohortes nationales* qui ont permis le suivi sur 28 ans de 124 433 hommes et femmes sur la base de questionnaires bisannuels. Les effets inflammatoires de l’alimentation ont été quantifiés grâce au score EDIP (Empirical Dietary Inflammatory Pattern), calculé à partir de la consommation de 18 familles d’aliments. Quant à elle, l’analyse de prélèvements tissulaires des personnes ayant développé un cancer colorectal a permis de déterminer la présence ou l’absence de F. nucleatum dans l’environnement tumoral.

Lien entre score EDIP et Fusobacterium nucleatum

Résultat : 951 sujets présentaient in fine un cancer colorectal « F. nucleatum positif ». Le score EDIP était globalement 1,63 fois supérieur chez ces patients et même 2,61 fois supérieur pour les tumeurs situées dans le côlon proximal. A contrario, aucune association n’a pu être établie entre tumeurs F. nucleatum négatives et score EDIP. Les régimes alimentaires susceptibles d’entraîner une inflammation intestinale chronique altérant le microbiote semblent donc associés à un risque plus important de développer un cancer colorectal à Fusobacterium nucleatum. Une prise en charge nutritionnelle préventive serait par conséquent envisageable pour limiter l’apparition de ce sous-type de cancer, mais aussi freiner sa progression grâce à une approche thérapeutique personnalisée, espèrent les chercheurs.

 

*Nurse’s Health Study, Health Professionals Follow-up Study

 

Sources :

L. Liu, F. Tabung, X. Zhang, et al. Diets That Promote Colon Inflammation Associate With Risk of Colorectal Carcinomas That Contain Fusobacterium nucleatum. Clinical Gastroenterology and Hepatology. DOI: 10.1016/j.cgh.2018.04.030.