NAFLD* : dysbiose intestinale et risque de cancer hépatique

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Les altérations du microbiote intestinal participeraient au risque de développer un carcinome hépatocellulaire chez les patients atteints de stéatopathie métabolique.

 

Existe-t-il une relation entre composition du microbiote intestinal et hépatocarcinogénèse ? Telle est la question sur laquelle s’est penchée une équipe de recherche italienne, en caractérisant les populations bactériennes et les réactions inflammatoires chez des sujets atteints de stéatopathie métabolique. Pour cela, l’équipe a étudié trois groupes : 20 malades NAFLD cirrhotiques, 21 malades NAFLD cirrhotiques avec carcinome hépatocellulaire et 20 sujets témoins sains. Des prélèvements sanguins et fécaux ont permis de déterminer les microbiotes, la perméabilité de la membrane intestinale (présumée accrue en cas de stéatose hépatique), l’état inflammatoire et le statut des monocytes circulants.

NAFLD et marqueurs d’inflammation en hausse

Comme attendu, tous les patients NAFLD montraient une plus grande perméabilité intestinale, synonyme de franchissement accentué des micro-organismes et de leurs sécrétions. Les personnes souffrant d’un cancer du foie présentaient de surcroît un taux particulièrement élevé de calprotectine fécale et de cytokines plasmatiques (interleukines IL 8, IL 13 et chimiokines CCL3, CCL4, CCL5), ainsi qu’une activation des monocytes circulants. Autant de marqueurs d’une inflammation systémique.

L’axe intestin-foie impliqué dans la carcinogenèse

Au niveau bactérien, l’analyse du microbiote fécal des patients NAFLD a révélé une surabondance d’Enterobacteriaceae et de Streptococcus ainsi qu’une faible proportion d’Akkermansia. Les patients souffrant de carcinome hépatocellulaire avaient également une augmentation des Bacteroides et des Ruminococcaceae, couplée à une réduction des Bifidobacterium. L’ensemble des données permet aux chercheurs de conclure à une implication de l’axe intestin-foie dans l’hépatocarcinogenèse, l’inflammation intestinale étant à la fois en corrélation avec les paramètres humoraux et cellulaires de l'inflammation systémique, et influencée par la composition du microbiote local. Un constat qui pourrait mener vers une amélioration de la prise en charge primaire et/ou secondaire des hépatocarcinomes via une action sur les populations bactériennes : décontamination intestinale, administration de pro- et prébiotiques, transplantation fécale…

 

*Non Alcoholic Fatty Liver Disease. Affection caractérisée par une accumulation excessive de graisses dans le foie, sous forme de triglycérides

 

Sources :

F. Romana Ponziani, S. Bhoori, C. Castelli, et al. Hepatocellular Carcinoma is Associated with Gut Microbiota Profile and Inflammation in Non-Alcoholic Fatty Liver Disease. doi: 10.1002/hep.30036.