Dermatite atopique : plusieurs microbiotes impliqués

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La dermatite atopique est la plus commune des maladies inflammatoires de la peau. Caractérisée par une réaction immunitaire excessive et une modification de la flore endogène, elle touche 20 % des enfants et 10 % des adultes. La recherche actuelle se concentre sur les relations entre microbiote et mécanismes déclencheurs de la maladie. De l’épiderme au nez et jusqu’à la muqueuse intestinale, les effets d’une dysbiose semblent déterminants.

 

Le rôle du microbiote dans le développement de pathologies cutanées chroniques se précise, comme le montrent deux études consacrées à la dermatite atopique (DA). La première, danoise, a inclus une centaine d’adultes, dont 56 malades. Objectif : étudier le lien entre sévérité de la maladie, composition microbienne et génétique de l’hôte. Plus précisément, les chercheurs ont analysé le microbiote cutané et nasal ainsi que les mutations du gène codant pour la filaggrine (FLG), facteur de risque majeur dans la DA.

Flore trop homogène, sévérité accrue

Le microbiote cutané des patients atopiques était différent de celui des contrôles, y compris chez les patients ne présentant pas de lésions apparentes. Un remodelage de l’épiderme (modification du pH, du profil lipidique, de la perte d’eau transépidermale…) pourrait ainsi se produire, même sans manifestations cliniques apparentes. La diversité du microbiote est amoindrie, ce que semblent corriger partiellement les dermocorticoïdes. Chez les patients avec lésions, cette diversité est encore plus faible et la maladie d’autant plus sévère que leur microbiote était peu diversifié et surabondant en Staphylococcus aureus. Au niveau génétique, des différences sont apparues exclusivement chez les patients sans lésions, chez lesquels un plus grand nombre de mutations sur le gène de la FLG était corrélé à une proportion plus importante de Staphylococcus caprae. Un résultat non-constaté chez les patients avec lésions, peut-être en raison de la domination de S. aureus, qui tendrait à fausser les analyses. A noter également que le microbiote nasal des patients atopiques était moins diversifié de celui des contrôles, suggérant une migration du microbiote cutané vers la communauté bactérienne nasale.

DA infantile et alimentation

Une autre équipe, sud-coréenne, a exploré le rôle du microbiote intestinal dans la DA chez 129 bébés âgés de six mois - dont 63 atteints - en fonction du type de lait consommé (maternel ou mixte). L’analyse de la composition bactérienne par séquençage de l’ARN 16 S n’a pas permis de trouver de différence significative entre nourrissons sains et atopiques (seul le mode d’alimentation permettait de stratifier les nourrissons atopiques). En revanche, l’approche métagénomique fonctionnelle a révélé que les gènes associés à l’immunité étaient moins abondants et différents selon le mode d’alimentation chez les bébés atopiques. Chez les enfants atteints ayant reçu une alimentation mixte, ces différences étaient associées à une diminution de bactéries dégradant les mucines, telles que Akkermansia muciniphila ou Ruminococcus gnavus, lesquelles permettraient de fournir des nutriments aux bactéries colonisatrices lors de la mise en place du microbiote. Chez les nourrissons DA, une diminution de ces bactéries conduirait à un retard dans la colonisation bactérienne et une altération de la maturation du système immunitaire. La santé de la peau serait donc, elle aussi, associée à celle de nos intestins.

 

Sources : 

Clausen ML et al. Association of Disease Severity With Skin Microbiome and Filaggrin Gene Mutations in Adult Atopic Dermatitis. JAMA Dermatol 2018 Jan

Lee MJ et al. Perturbations of the gut microbiome genes in infants with atopic dermatitis according to feeding type. J Allergy Clin Immunol 2018; S0091-6749(18)30033-2