MICI : une thérapie prometteuse pour protéger la couche de mucus

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Une alimentation occidentale modifie en profondeur la muqueuse du côlon de l’hôte, et en particulier la couche de mucus. Sur un modèle animal, la prise de fibre et d’une souche de Bifidobacterium aiderait à en compenser les effets. A suivre de près dans le cas des Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI).

 

Les liens entre dysbiose et MICI ne cessent de se renforcer au fil des travaux qui leur sont consacrés. Des scientifiques suédois et danois ont voulu explorer dans le détail l’impact de notre alimentation moderne sur la couche de mucus du côlon. Pendant deux mois, des souris ont été nourries avec une alimentation pauvre en fibres riche en graisses (WSD*). Comparées aux groupes contrôle, les souris avec un régime WSD présentaient des altérations notables de leur couche de mucus, qui était moins riche en mucine (Muc2) et plus perméable. Ce qu’indiquait la présence accrue de la protéine immunitaire DMbt1, probablement en réponse à une translocation bactérienne dans l’épithélium ainsi fragilisé. Côté microbiote, une nette diminution du genre Bifidobacterium a été observée dès la première semaine, simultanément à une diminution de l’épaisseur de la couche de mucus.

Compenser les effets délétères

L’équipe a ensuite transplanté le microbiote de chacun des deux groupes – alimentation WSD et standard – chez de nouvelles souris traitées par antibiotiques pour éliminer leur flore native. Après six semaines de régime WSD, les souris transplantées avec un microbiote sain présentaient une barrière de mucus intègre, moins perméable, se régénérant mieux, et abritant plus de Bifidobacterium que celle de leurs congénères ayant reçu une flore dégradée. Le microbiote sain aurait donc permis de compenser les effets délétères d’une mauvaise alimentation sur la couche de mucus.

Effets protecteurs différenciés

Pour tester l’effet protecteur des Bifidobacterium, les chercheurs ont ajouté au régime WSD soit une souche de Bifidobacterium longum, soit de l’inuline (une fibre prébiotique) soit l’association des deux. Après un mois de supplémentation, B.longum a bien permis de maintenir le développement de la couche de mucus, avec ou sans inuline. Mais seule l’inuline a eu un impact positif sur la perméabilité. D’autres espèces bactériennes, favorisées par l’inuline, seraient donc responsables de cet effet protecteur. Bien que préliminaires, ces résultats incitent à préciser le potentiel thérapeutique de certains probiotiques et prébiotiques dans les maladies intestinales chroniques liées à une inflammation de la muqueuse et à l’altération de sa couche de mucus. Au premier rang desquelles la colite ulcéreuse, dont l’étiologie reste encore nébuleuse et la qualité de vie des patients largement améliorable.

*WSD : western diet style (alimentation de type occidental)

 

Sources :

Schroeder et al. Bifidobacteria or Fiber Protects against Diet- Induced Microbiota-Mediated Colonic Mucus Deterioration. Cell Host Microbe 2018, 10;23(1):27-40