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Le microbiote vaginal

 

1. Quelle est la composition du microbiote vaginal ?

Chez la majorité des femmes, le microbiote vaginal est équilibré lorsque sa diversité est faible (200 espèces bactériennes environ) et que les lactobacilles, des bactéries en forme de bâtonnet, y règnent en maîtres1. Ainsi, parmi les 5 grands types de communautés vaginales observées chez les femmes, 4 sont dominées par des lactobacilles (Lactobacillus crispatus, L. gasseri, L. iners, ou L. jensenii) ; une seule est caractérisée par une présence faible, voire une absence, de lactobacilles2,1. S’y ajoutent, dans des proportions moindres, de nombreuses autres bactéries et même des champignons (Candida).

Plusieurs facteurs influencent la composition du microbiote vaginal3,1 : l’origine ethnique ; les hormones sexuelles ; la contraception hormonale ; le comportement sexuel ; les douches vaginales ; le régime alimentaire ; le tabagisme ; l’environnement social (lieu de vie, promiscuité…) ; les facteurs génétiques ; etc.

Enfin, la flore vaginale ne vit pas en vase clos. Anatomiquement, l’anus et l’entrée du vagin sont proches et les bactéries provenant du rectum peuvent venir enrichir le microbiote vaginal4. Ainsi, l’intestin constitue un réservoir naturel de lactobacilles pour le vagin, contribuant au maintien d’un microbiote vaginal équilibré5,6,7.

Microbiote vaginal

Sources illustration : 10

 

2. Comment le microbiote vaginal évolue-t-il au cours de la vie ?

Au cours de la vie, la muqueuse vaginale évolue et, avec elle, son microbiote.

Chez les jeunes filles prépubères, cette flore s’avère pauvre en lactobacilles et certaines autres bactéries (Gardnerella vaginalis, Prevotella bivia)8.

A partir de l’adolescence, les hormones favorisent la prolifération des lactobacilles protecteurs : les niveaux élevés d’œstrogènes induisent le dépôt sur les parois vaginales d’importantes quantités de glycogène, source d’énergie des lactobacilles1. Dorlotés et repus, ces lactobacilles produisent de l'acide lactique, qui repousse les assauts des pathogènes. Jusqu’à la ménopause, ils seront les garants d’une bonne santé intravaginale.

Chez la femme en âge de procréer, les menstruations modifient de manière transitoire la diversité microbienne vaginale9. Lors d'une grossesse, le niveau élevé d'œstrogènes assure une large domination des lactobacilles1,9.

A la ménopause, le déclin des œstrogènes affecte de nouveau la composition du microbiote vaginal : les lactobacilles cèdent du terrain, laissant s’installer d’autres bactéries. Le microbiote vaginal acquiert un nouvel équilibre10.

Evolution vaginal

Sources illustration : 10

3. Comment le microbiote vaginal nous protège-t-il des infections ?

Les bactéries du microbiote vaginal participent au maintien d'un environnement vaginal sain1. Certaines de ces bactéries, et en particulier les lactobacilles, vont empêcher l’implantation de micro-organismes pathogènes. Plusieurs mécanismes sont évoqués8,9,11.

- Elles produisent de l’acide lactique qui rend le milieu acide (pH <= 4,5)12 et défavorable à de nombreux pathogènes, ainsi que divers composés agressifs contre les autres bactéries, virus et champignons comme le peroxyde d'hydrogène (H2O2) et des substances antibactériennes (bactériocines).

- Elles occupent la muqueuse, les pathogènes ont du mal à s’implanter sur les parois du vagin, d’autant que la présence des lactobacilles accélère le renouvellement de l’épithélium sur lesquels les pathogènes pourraient tenter de s’accrocher.

- Elles favorisent la production par l’épithélium vaginal d’un mucus protecteur, qui tient à distance les pathogènes.

- Elles stimulent le système immunitaire de la femme, et donc sa capacité à lutter contre les assauts de pathogènes.

Dysbiose vaginal

Sources illustration : 1, 8, 9, 11, 12, 14, 15

 

4. La dysbiose vaginale

La composition du microbiote vaginal évolue sans cesse (avec l’âge, au fil du cycle, en cas de grossesse…), dans des proportions variables selon les femmes13. Parfois, certains évènements de la vie comme le stress, un déficit immunitaire, des douches vaginales répétées, une maladie, un traitement (antibiothérapie…), la consommation d’alcool, le tabagisme, etc.) modifient sa composition plus fortement9,14. Quand l’équilibre est rompu, on parle de dysbiose du microbiote vaginal : les lactobacilles, élément clé de l’équilibre du microbiote vaginal12, perdent leur prédominance.

Plusieurs autres micro-organismes opportunistes peuvent alors s’installer. Leur présence est souvent associée à des pertes vaginales, démangeaisons, sensations de brûlure, mais elle peut être parfois asymptomatique. Une dysbiose du microbiote vaginal peut ainsi entrainer :

- une vaginose bactérienne due à l’implantation de bactéries pathogènes (Gardnerella, Atopobium, Prevotella…)1,

- une candidose due à la prolifération d’un champignon du genre Candida9,15.

En outre, les femmes souffrant de vaginose bactérienne sont davantage susceptibles de contracter des infections sexuellement transmissibles (IST) : virus de l’herpès et/ou papillomavirus, virus du SIDA, infections bactériennes (gonorrhée, chlamydia, trichomonas)3,16.

Enfin, une dysbiose du microbiote vaginal est également associée à une baisse de fertilité et un risque de naissance prématurée8.

 

5. Comment protéger le microbiote vaginal ?

Au quotidien, alors que les douches vaginales sont déconseillées car elles altèrent la flore vaginale, un lavage externe de la vulve, avec un gel intime adapté17, est souhaitable pour réduire l'accumulation de pertes vaginales, de sueur, d'urine et de contaminants fécaux15.

Pour prévenir la dysbiose ou lorsqu’elle est installée, l’hygiène reste nécessaire mais ne suffit plus. Plusieurs options liées au microbiote existent ou sont en cours d’évaluation :

• L'administration de probiotiques, par voie vaginale ou orale, participerait au rééquilibrage du microbiote vaginal, améliore les symptômes et réduit le risque de récidive. Et ce aussi bien chez la femme en âge de procréer que ménopausée14,18,19.

• La prise de prébiotiques favoriserait la croissance des lactobacilles et aiderait à retrouver une acidité vaginale saine20,21.

• La transplantation de microbiote vaginal, sorte de « greffe » de microbiote vaginal prélevé sur une femme en bonne santé, pourrait représenter une option prometteuse face à une vaginose bactérienne intraitable ou récurrente, Et ce, même si elle n’a pour l’heure été testée qu’auprès d’un très petit nombre de patientes (5 en 2019)22.

Microbiote vaginal

Sources illustration : 14, 15, 17, 18, 19, 20, 21 

 

Dans le premier épisode de MICROREVEAL, zoom sur le microbiote vaginal. Comme Julie, vous avez besoin d’en savoir plus sur ce microbiote qui joue un rôle clé dans la santé des femmes ? Louise a interrogé le Docteur Jean-Marc Bohbot, andrologue et spécialiste des infections uro-génitales.

 

 

 

Sources :
1. Greenbaum S, Greenbaum G, Moran-Gilad J, Weintraub AY. Ecological dynamics of the vaginal microbiome in relation to health and disease. Am J Obstet Gynecol. 2019 Apr;220(4):324-335.
2. Petrova MI, Lievens E, Malik S, Imholz N and Lebeer S (2015) Lactobacillus species as biomarkers and agents that can promote various aspects of vaginal health. Front. Physiol. 6:81.
3. Lewis FM, Bernstein KT, Aral SO. Vaginal Microbiome and Its Relationship to Behavior, Sexual Health, and Sexually Transmitted Diseases. Obstet Gynecol. 2017;129(4):643-654.
4. Petricevic L, Domig KJ, Nierscher FJ, et al. Characterisation of the oral, vaginal and rectal Lactobacillus flora in healthy pregnant and postmenopausal women. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 2012;160:93–9.
5. Reid G, Bruce AW, Fraser N, Heinemann C, Owen J, Henning B. Oral probiotics can resolve urogenital infections. FEMS Immunol Med Microbiol 2001;30: 49–52.
6. Antonio MA, Rabe LK, Hillier SL. Colonization of the rectum by Lactobacillus species and decreased risk of bacterial vaginosis. J Infect Dis 2005;192:394–8.
7. Hilton E, Isenberg HD, Alperstein P, France K, Borenstein MT. Ingestion of yogurt containing Lactobacillus acidophilus as prophylaxis for candidal vaginitis. Ann Intern Med 1992;116:353–7.
8. Younes JA, Lievens E, Hummelen R, van der Westen R, Reid G, Petrova MI. Women and Their Microbes: The Unexpected Friendship. Trends Microbiol. 2018 Jan;26(1):16-32.
9. Amabebe E, Anumba DOC. The Vaginal Microenvironment: The Physiologic Role of Lactobacilli. Front Med (Lausanne). 2018 Jun 13;5:181.
10. Petrova MI, van den Broek M, Balzarini J, Vanderleyden J, Lebeer S. Vaginal microbiota and its role in HIV transmission and infection. FEMS Microbiol Rev. 2013;37(5):762-792.
11. Kovachev S. Defence factors of vaginal lactobacilli. Crit Rev Microbiol. 2018 Feb;44(1):31-39.
12. Godha K, Tucker KM, Biehl C, Archer DF, Mirkin S. Human vaginal pH and microbiota: an update. Gynecol Endocrinol. 2018 Jun;34(6):451-455.
13. Barrientos-Durán A, Fuentes-López A, de Salazar A, Plaza-Díaz J, García F. Reviewing the Composition of Vaginal Microbiota: Inclusion of Nutrition and Probiotic Factors in the Maintenance of Eubiosis. Nutrients. 2020 Feb 6;12(2):419.
14. Riepl M. Compounding to Prevent and Treat Dysbiosis of the Human Vaginal Microbiome. Int J Pharm Compd. 2018 Nov-Dec;22(6):456-465.
15. Chen Y, Bruning E, Rubino J, Eder SE. Role of female intimate hygiene in vulvovaginal health: Global hygiene practices and product usage. Womens Health (Lond). 2017;13(3):58-67.
16. Torcia MG. Interplay among Vaginal Microbiome, Immune Response and Sexually Transmitted Viral Infections. Int J Mol Sci. 2019;20(2):266.
17. Bohbot JM, Rica E. Microbiote vaginal, la révolution rose. Editions Marabout. 288 p.
18. de Vrese M, Laue C, Papazova E, Petricevic L, Schrezenmeir J. Impact of oral administration of four Lactobacillus strains on Nugent score - systematic review and meta-analysis. Benef Microbes. 2019;10(5):483-496.
19. Bohbot JM, Daraï E, Bretelle F, Brami G, Daniel C, Cardot JM. Efficacy and safety of vaginally administered lyophilized Lactobacillus crispatus IP 174178 in the prevention of bacterial vaginosis recurrence [published correction appears in J Gynecol Obstet Hum Reprod. 2018 Apr;47(4):177]. J Gynecol Obstet Hum Reprod. 2018;47(2):81-86.
20. Collins SL, McMillan A, Seney S, et al. Promising Prebiotic Candidate Established by Evaluation of Lactitol, Lactulose, Raffinose, and Oligofructose for Maintenance of a Lactobacillus-Dominated Vaginal Microbiota. Appl Environ Microbiol. 2018;84(5):e02200-17.
21. Shmagel A, Demmer R, Knights D, et al. The Effects of Glucosamine and Chondroitin Sulfate on Gut Microbial Composition: A Systematic Review of Evidence from Animal and Human Studies. Nutrients. 2019 Jan 30;11(2):294.
22. Lev-Sagie A et al. Vaginal microbiome transplantation in women with intractable bacterial vaginosis. Nat Med. 2019 Oct 7.

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Il existe 3 façons d'agir sur l'équilibre de son microbiote. Chacune d'elles a ses propres spécificités.