Aspirine : un effet antibiotique dans le cancer colorectal ?

Connue pour ses effets anti-inflammatoires, l’aspirine possèderait aussi des effets antibiotiques sur certaines bactéries incriminées dans le cancer colorectal. Au point de prévenir, in vitro et in vivo, la tumorigenèse.

Publié le 18 novembre 2021
Mis à jour le 17 juillet 2024

A propos de cet article

Publié le 18 novembre 2021
Mis à jour le 17 juillet 2024

La connaissance des corrélations cliniques et des rôles mécanistiques potentiels de certains microorganismes du microbiote intestinal et tumoral dans l'initiation, la progression et la survie du cancer colorectal (CCR) avance. Mais le chemin est encore long avant d’aboutir à des approches diagnostiques, préventives ou thérapeutiques qui impliqueraient le microbiote. Un pas de plus vient néanmoins d’être effectué : une équipe a montré que l'aspirine, un chimiopréventif recommandé par la (sidenote: United States Preventive Services Task Force Un panel indépendant et bénévole d'experts nationaux en matière de prévention des maladies et de médecine factuelle. 
 
)
pour prévenir le CCR, possède des effets spécifiques sur (sidenote: Fusobacterium nucleatum Présence accrue dans les adénomes coliques et les CRC chez l’homme, responsable de proliférations tissulaires in vitro et dans des modèles animaux.  ) , une bactérie associée au CCR.

Un effet in vitro et in vivo

Des chercheurs américains viennent en effet de montrer que l'aspirine perturbe la croissance de la souche Fn7-1 de F. nucleatum, voire la tue, in vitro, dans des cultures de tissus d'adénomes coliques humains. A des doses qui n'inhibent pas la croissance bactérienne, l'aspirine influence l'expression génétique de Fn7-1 : 55 gènes sont sur-régulés et 155 sous-régulés.

Des expériences in vivo ont également été menées par les chercheurs afin d'évaluer la pertinence de la modulation de F. nucleatum par l'aspirine. Dans un modèle murin, Fn7-1 a été inoculée oralement tous les jours pour induire une tumeur intestinale : une alimentation enrichie par de l'aspirine a suffi à inhiber la tumorigenèse observée chez les souris en comparaison à celle ne recevant pas d’aspirine. L’effet protecteur de l’aspirine a également été retrouvé avec d’autres souches de F. nucleatum, y compris certaines isolées de tissus de CCR humains, ces dernières s’avérant plus sensibles que la souche Fn7-1. En revanche, l’effet protecteur s’est révélé bien plus modéré sur d'autres bactéries associées au CCR, comme Bacteroides fragilis entérotoxique et Escherichia coli productrice de colibactine.

Enfin, une (sidenote: PCR quantitative Méthode particulière de PCR (réaction de polymérisation en chaîne) permettant de mesurer la quantité initiale d'ADN
 
)
réalisée sur l'ADN des adénomes de personnes prenant quotidiennement de l'aspirine, a montré une abondance 2 à 3 fois moins importante de fusobactéries dans ces tissus par rapport à ceux des patients contrôles. Un résultat qui suggère que l’effet modulatoire observé in vitro se vérifie chez l’Homme.

Un effet antibiotique en sus de l’effet anti-inflammatoire

L’ensemble de ces données confirme l’activité antibiotique directe de l’aspirine contre les souches de F. nucleatum. Son effet protecteur dans les adénomes et cancer colorectaux dépasse donc son rôle anti-inflammatoire. La prise en compte des effets de l'aspirine sur le microbiote semble prometteuse pour optimiser l'évaluation des bénéfices/risques de son utilisation dans la prévention et la gestion du CCR. Toutefois, l’effet anti-inflammatoire de l’aspirine n’est sans doute pas suffisant pour stopper la tumorigenèse dans sa totalité. D’autres travaux de recherche demeurent néanmoins nécessaires avant d’envisager son utilisation en vue d’améliorer le pronostic pour le CCR, qui représente la deuxième cause de décès par cancer dans le monde.

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