Dynamique du microbiote vaginal et vulvovaginite fongique

Des données récentes invitent à ne plus voir Candida comme seule levure pathogène en cas de vulvovaginite fongique récidivante, ou candidose vulvovaginale récidivante, où Nakaseomyces glabratus jouerait un rôle clé, et à explorer la restauration d'un microbiote dominé par les lactobacilles comme piste de recherche pour prévenir les récidives.

Publié le 08 octobre 2026
Mis à jour le 09 octobre 2026

A propos de cet article

Publié le 08 octobre 2026
Mis à jour le 09 octobre 2026

70 à 75 % des femmes présenteront au moins un épisode de vulvovaginite fongique — communément appelée mycose vaginale ou candidose vulvovaginale — au cours de leur vie avec des symptômes pouvant inclure prurit, douleur vulvaire et pertes vaginales anormales, et environ 8 % développeront une forme récidivante1, soit près de 138 millions de femmes dans le monde2.

Vulvovaginite fongique

Infection de la vulve et du vagin causée par une levure opportuniste, principalement Candida albicans ou Nakaseomyces glabratus.

Une revue narrative parue dans Current Fungal Infection Reports1 synthétise les données récentes sur l'interaction entre le microbiote vaginal, en particulier les Lactobacillus, et les levures opportunistes des genres Candida et Nakaseomyces, afin de mieux comprendre leur rôle dans la santé vaginale et les infections vaginales d’origine fongique. Les auteurs plaident pour remplacer la dénomination « candidose vulvovaginale » par « vulvovaginite fongique », plus large, qui reconnaît le rôle clinique d'autres espèces, notamment Nakaseomyces glabratus (anciennement Candida glabrata) dans les formes récidivantes et certaines vaginites fongiques.

Microbiote vaginal

Ensemble des micro-organismes colonisant naturellement le vagin, dont la composition et la stabilité sont étroitement associées à la santé vaginale.

Santé vaginale

État d'équilibre de l'écosystème vaginal associant intégrité de la muqueuse, microbiote stable et absence de symptômes ou d'inflammation pathologique.

Infection vaginale

Terme générique pour toute infection de la muqueuse vaginale, bactérienne, fongique ou parasitaire.

Flore vaginale déséquilibrée

Rupture de la dominance protectrice habituelle des lactobacilles, favorisant la dysbiose et certaines infections.

Vulve irritée

Symptôme fréquent associé à la vulvovaginite (parmi les symptômes possibles : rougeur, démangeaison, sensation de brûlure).

Candida albicans et Nakaseomyces glabratus : deux mécanismes distincts

C. albicans reste l'espèce la plus documentée, responsable de 63 à 70 % des cas3 de vulvovaginite fongique ou candidose vulvovaginale. Elle envahit la muqueuse via une transition vers la forme hyphale, médiée par des adhésines et la candidalysine, une toxine qui active l'inflammasome.

Nakaseomyces glabratus suit une logique opposée. Plusieurs cohortes mexicaines citées par la revue rapportent sa nette prédominance dans les formes récidivantes, associée à une baisse de Lactobacillus et une hausse de Bifidobacterium. Plutôt que d'envahir, elle persiste par biofilm, résistance au stress oxydatif et évasion immunitaire, ce qui explique en partie l'échec fréquent des antifongiques classiques, et pourquoi l'espèce en cause devrait orienter la prise en charge.

Microbiote vaginal sain associé à la santé vaginale

Espèce(s) / profil microbien associé(s) : Lactobacillus crispatus (dominant), L. iners (présence possible, rôle ambivalent).

Données rapportées dans la revue : Dominance de L. crispatus généralement associée à l’homéostasie vaginale et à un environnement peu inflammatoire.

Vaginose bactérienne récidivante

Espèce(s) / profil microbien associé(s) : Diminution des lactobacilles ; augmentation d’anaérobies associés à la BV, dont Gardnerella vaginalis, Prevotella, Atopobium et Sneathia.

Données rapportées dans la revue : La BV récidivante pourrait favoriser les récidives fongiques via un environnement pro-inflammatoire ; mécanisme proposé, non démontré formellement.

Vulvovaginite fongique ponctuelle / candidose vulvovaginale

Espèce(s) / profil microbien associé(s) : Candida albicans.

Données rapportées dans la revue : Principale espèce impliquée dans la vulvovaginite fongique (≈ 63–70 % des cas rapportés).

Vulvovaginite fongique récidivante — cohortes mexicaines citées

Espèce(s) / profil microbien associé(s) : Nakaseomyces glabratus (anciennement Candida glabrata).

Données rapportées dans la revue : Forte association avec les formes récidivantes dans les cohortes mexicaines citées, accompagnée de modifications du microbiote vaginal.

Dynamique lactobacillaire et risque de récidive

La perte de dominance de Lactobacillus crispatus, espèce associée à la santé vaginale notamment par son rôle dans l’acidification du milieu et la production de composés antimicrobiens, au profit d’états microbiens plus instables ou dysbiotiques, est associée à une moindre stabilité de l’écosystème vaginal et à une susceptibilité accrue à certaines infections vaginales. L. iners occupe toutefois une position ambivalente : certaines souches stabilisent le microbiote, d'autres favorisent au contraire la dysbiose et pourraient même faciliter la croissance filamenteuse de C. albicans dans certaines vaginites et infections fongiques. 

La revue souligne aussi qu'une vaginose bactérienne récidivante pourrait déclencher une vulvovaginite fongique récidivante, en induisant un environnement pro-inflammatoire qui perturberait la tolérance immunitaire locale aux levures. Un mécanisme proposé, non encore démontré formellement, mais cohérent avec la fréquence des co-infections bactériennes et fongiques rapportée dans les cohortes citées. 

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En savoir plus

Approches restauratrices : données précliniques et limites actuelles

Ces limites thérapeutiques et les récidives après traitement motivent l'exploration d'approches restauratrices du microbiote : transplantation de microbiote vaginal (vaginal microbiota transplantation, VMT), consortiums bactériens synthétiques (Synthetic Bacterial Consortia Transplantation, SBCT), probiotiques à L. crispatus. Chez la souris, ces stratégies ont démontré leur capacité à réduire l'inflammation et ont favorisé la restauration de l'équilibre du microbiote dans des modèles de vaginose bactérienne. Chez la femme, des données avec L. crispatus montrent qu'une colonisation vaginale peut être obtenue après traitement d'une vaginose bactérienne. Cependant, ces études portent uniquement sur la vaginose bactérienne : à ce jour, aucune donnée ne permet de valider ces approches restauratrices  pour le traitement de la vulvovaginite fongique elle-même.

Transplantation de microbiote vaginal (VMT)

Approche expérimentale de transfert du microbiote d'une donneuse saine pour restaurer l'équilibre vaginal, étudiée comme piste de traitement, mais non validée à ce jour pour la vulvovaginite fongique.

Dans les formes récidivantes, les données synthétisées par la revue soulignent l'importance de considérer d'autres espèces que C. albicans, notamment N. glabratus. La restauration d'un microbiote dominé par les lactobacilles constitue par ailleurs une piste de recherche pour prévenir les récidives, qui reste à valider cliniquement dans la vulvovaginite fongique. 

Sources

1. Ruiz-Higareda, Alvarez-Salas, García-Juárez et al. (2026). Vaginal Microbiota Dynamics as a Key Determinant of Pathogenesis in Fungal Vulvovaginitis. Current Fungal Infection Reports, 20:3. DOI 10.1007/s12281-026-00522-5.

2. Sobel JD, Sobel R. (2018). Current treatment options for vulvovaginal candidiasis caused by azole-resistant Candida species. Expert Opinion on Pharmacotherapy, 19(9):971-977. DOI 10.1080/14656566.2018.1476490.

3. Makanjuola O, Bongomin F, Fayemiwo SA. (2018). An update on the roles of non-albicans Candida species in vulvovaginitis. Journal of Fungi, 4(4):121. DOI 10.3390/jof4040121.

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