Dépression : le microbiote intestinal a-t-il la clé du diagnostic ?

En établissant une cartographie précise des micro-organismes et composés qui peuplent le microbiote intestinal, des chercheurs ont établi une nouvelle méthode de diagnostic du trouble dépressif majeur.

Publié le 30 mars 2021
Mis à jour le 22 novembre 2021

A propos de cet article

Publié le 30 mars 2021
Mis à jour le 22 novembre 2021

Le microbiote intestinal est peuplé de différents micro-organismes synthétisant des composés appelés métabolites qui sont essentiels au bon fonctionnement du corps humain. Au cours de la dernière décennie, les chercheurs ont établi l’existence d’un lien entre les perturbations du microbiote et diverses maladies, dont le trouble dépressif majeur (TDM), une affection psychiatrique avec des conséquences sociales importantes. Une étude récente confirme cette relation et va plus loin en se servant du microbiote intestinal comme outil de diagnostic.

Une topographie du microbiote plus précise

Marqué par un manque de biomarqueurs facilement mesurables et basé uniquement sur un entretien avec le patient, le diagnostic du TDM est souvent erroné ou incomplet. Désireux d’avoir une image précise du microbiote intestinal en cas de dépression, les chercheurs ont étudié à la fois les bactéries, les virus et leurs métabolites dans les selles d’une centaine de patients atteints de TDM et d’une centaine de témoins en bonne santé. Ils ont identifié 3 bactériophages (virus qui infectent les bactéries), 47 espèces bactériennes et 50 métabolites fécaux présentant des différences notables en termes d'abondance entre les patients atteints de TDM et les témoins sains. Selon eux, ces biomarqueurs constitueraient un outil d’aide au diagnostic de la dépression, en complément des entretiens cliniques. L’analyse sur une seconde cohorte indique que l’utilisation de ces biomarqueurs permettait de distinguer avec une précision de plus de 90% les patients souffrants de TDM dans les deux cohortes.

L'axe intestin-cerveau au cœur de la dépression ?

Autre enseignement de cette cartographie, le GABA, neurotransmetteur diminuant l’activité cérébrale, a été retrouvé en quantité plus faible dans les selles de patients atteints de TDM. Selon les chercheurs, cette diminution serait modulée parla composition bactérienne différente du microbiote de ces patients, et pourrait être impliqué dans le développement de TDM. Les auteurs émettent l’hypothèse que la diminution du GABA au niveau intestinal pourrait être corrélée avec une dérégulation de la fonction du neurotransmetteur GABA dans le cerveau chez les patients souffrant de TDM. Cette hypothèse tend à confirmer la responsabilité de l’axe intestin-cerveau dans les troubles dépressifs majeurs. Cette étude donne donc un nouvel espoir pour le diagnostic du TDM.

Old sources

Sources:

Yang J, Zheng P, Li Y et al. Landscapes of bacterial and metabolic signatures and their interaction in major depressive disorders. Sci Adv. 2020 Dec 2;6(49):eaba8555. doi: 10.1126/sciadv.aba8555

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