Le microbiote cutané

Pourquoi le microbiote cutané est-il si important ?

Publié le 22 septembre 2021
Mis à jour le 29 décembre 2021

A propos de cet article

Publié le 22 septembre 2021
Mis à jour le 29 décembre 2021

Sommaire

Chapitres

Qu’est-ce que le microbiote cutané exactement ?

Commençons par nous intéresser à la peau, qui est l’organe le plus étendu du corps humain et qui constitue sa première ligne de défense. En effet, la peau agit comme une triple barrière de protection :1,2

  • une barrière physique : la peau protège les organes internes de l’environnement extérieur3
  • une barrière chimique : la peau est sèche et riche en sel et en molécules acides, si bien qu’elle constitue un milieu hostile pour de nombreux microorganismes4
  • une barrière immunitaire : grâce à ses cellules défensives, la peau empêche la colonisation et l’infection par des microbes pathogènes2

La peau abrite cependant son propre microbiote caractéristique qui comprend des bactéries (Cutibacterium acnes, Staphylococcus epidermidis, etc.), des champignons (par exemple, Malassezia), des virus (par exemple, le papillomavirus) et des parasites (y compris des acariens comme Demodex). Ces (sidenote: Microorganismes Organismes vivants qui sont trop petits pour être vus à l'oeil nu. Ils incluent les bactéries, les virus, les champignons, les archées, les protozoaires, etc… et sont communément appelés "microbes". Source : What is microbiology? Microbiology Society.
 
)
vivent en parfaite harmonie et forment collectivement le microbiote cutané
.1,5

Comme vous l’avez sans doute remarqué, la peau n’est pas identique dans toutes les parties du corps :

  • elle est plus sèche sur l’avant-bras et la paume de la main1,5
  • elle est plus grasse sur le visage, la poitrine et le dos1,5
  • et elle est plus humide au niveau des aisselles, du pli du coude, des narines, de l’arrière du genou et de l’aine1,5

Chacune de ces zones de la peau abrite un microbiote caractéristique et adapté à son environnement spécifique.1 Certains chercheurs distinguent également une quatrième zone au niveau du pied (ongles, talon et espace entre les orteils).1
Outre ces variations à la surface de la peau, on observe d’autres variations en fonction de la profondeur ou de la couche de peau : plus on pénètre profondément dans le derme, moins on trouve de microorganismes et plus ceux-ci se ressemblent d’une personne à une autre.6

 Comment le microbiote cutané évolue-t-il tout au long de la vie ?

Le microbiote cutané est relativement stable au cours du temps1,5 et ne subit des changements que lors des grandes étapes de la vie. 

À la naissance, les bébés nés par voie basse reçoivent de leur mère des bactéries vaginales (Lactobacillus, C. albicans), tandis que les bébés nés par césarienne reçoivent des microbes de la peau (Staphylococcus, Streptococcus). 

À la puberté, le taux de sécrétion d’hormones de croissance explose. La peau devient plus grasse et sélectionne des microorganismes mieux adaptés qui persistent jusqu’à l’âge adulte. La peau se modifie progressivement avec l’âge à cause de l’affaiblissement du système immunitaire, la diminution du renouvellement cellulaire et de la production de sueur, ainsi que la modification de la production de sébum.7,8

Ces changements physiologiques altèrent l’environnement de la peau et affectent l’équilibre microbien.7 On assiste alors à une diversification du microbiote cutané et à une modification des groupes bactériens dominants.8

Pourquoi le microbiote cutané joue-t-il un rôle important pour la santé de la peau ?

Le microbiote cutané sait comment remercier son hôte pour la nourriture et l’abri qu’il lui fournit.  C’est ainsi qu’il protège l’hôte contre les (sidenote: Pathogène Un pathogène est un microorganisme qui cause, ou peut causer, une maladie Pirofski LA, Casadevall A. Q and A: What is a pathogen? A question that begs the point. BMC Biol. 2012 Jan 31;10:6. ) par sa présence physique sur la peau mais aussi en secrétant des molécules antibactériennes et des acides.2 Mais ce n’est pas tout ! Le microbiote cutané intervient également dans l’immunité : il stimule les mécanismes de défense immunitaire de l’épiderme et du corps tout entier et il calme l’inflammation lorsque cela s’avère nécessaire.4

Quelles sont les maladies associées à un déséquilibre du microbiote cutané ?

La composition du microbiote cutané dépend principalement des caractéristiques de l’hôte (âge, sexe, gènes, état du système immunitaire, alimentation, niveaux de stress) et de son environnement (mode de vie, hygiène domestique et personnelle, cadre de vie, situation géographique, exposition au soleil, etc.).2 Parfois, des facteurs comme le stress, une modification du mode de vie ou la prise de médicaments (par exemple, des antibiotiques) ou encore des produits d’hygiène personnelle viennent bouleverser l’équilibre du microbiote : des bactéries qui auparavant avaient des effets bénéfiques sur l’hôte se retournent contre lui et deviennent pathogènes1. De nombreuses affections communes de la peau sont associées à des modifications du microbiote. Cette situation est connue sous le nom de (sidenote: Dysbiose La « dysbiose » n’est pas un phénomène homogène : elle varie en fonction de l’état de santé de chaque individu. Elle est généralement définie comme une altération de la composition et du fonctionnement du microbiote, provoquée par un ensemble de facteurs environnementaux et liés à l’individu, qui perturbent l’écosystème microbien. Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, et al. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232. ) .1

Une dysbiose est souvent associée à des troubles pathologiques de la peau tels que l’acné,9 la dermatite atopique,10 le psoriasis,11 la dermatite séborrhéique,12 la couperose13 ou encore le cancer de la peau.14 On observe également des modifications du microbiote cutané dans certaines affections de la peau non pathologiques telles que la peau sensible, la sensation de gêne ou d’irritation, ou encore l’érythème fessier. La peau est exposée en permanence à différents facteurs externes liés au mode de vie (le froid, la chaleur, le soleil, le rayonnement UV, les produits d’hygiène, etc.) ou à l’individu (gènes, sensibilité, allergies, etc.), qui peuvent affecter les propriétés physiques, mécaniques ou microbiennes de la barrière cutanée.15 Le microbiote joue également un rôle dans la cicatrisation des plaies16 et l’odeur corporelle.17

L’axe intestin-peau

L’intestin et la peau sont étroitement liés et le canal de communication qui les unit est connu sous le nom d’axe intestin-peau. Différentes maladies communes de la peau, telles que l’acné, la dermatite atopique, le psoriasis et la couperose, ont été associées à une dysbiose intestinale.18

Comment prendre soin de notre microbiote ?

Vous savez désormais que le microbiote cutané est important pour la santé de votre peau et que le microbiote intestinal y joue également un rôle prépondérant. Dans ces conditions, comment prendre soin de ses microbiotes afin de conserver une peau en bonne santé ? De nombreux chercheurs se sont penchés sur cette question. Malheureusement, la réponse n’est pas si simple. En effet, il ne suffit pas d’avoir recours à des bactéries ou des levures bénéfiques pour reconstituer ou enrichir le microbiote existant, voire de remplacer un microbiote qui ne remplirait pas sa fonction. Il convient plutôt de modifier le microbiote de telle sorte qu’il fonctionne correctement afin d’améliorer la santé de l’hôte. Oui, mais comment? Il existe plusieurs façons d’améliorer l’équilibre et la diversité du microbiote intestinal, chacune ayant ses propres caractéristiques :

Préparations orales :

Le fait qu’il existe un axe intestin-peau alimente l’espoir de pouvoir améliorer la santé de la peau par la modulation du microbiote intestinal en prenant des compléments de probiotiques, prébiotiques et symbiotiques ou en suivant un régime alimentaire mieux adapté :

  • Probiotiques ont des microorganismes vivants qui, s’ils sont administrés à des doses convenables, produisent un effet bénéfique sur la santé de l’hôte.19,20 L’utilisation de probiotiques spécifiques semble être efficace pour certaines maladies inflammatoires de la peau.14
  • Prébiotiques sont des fibres alimentaires non digestibles qui ont un effet positif sur la santé de l’hôte. Ils sont utilisés de manière sélective par les microorganismes bénéfiques du microbiote de l’hôte.21,22  Certains symbiotiques23 (produits associant probiotiques et prébiotiques) ont donné des résultats prometteurs chez des patients souffrant de dermatite atopique24
  • L'alimentation, notamment la diversité et la qualité de ce que nous consommons, contribue à l’équilibre de notre microbiote intestinal.25,26 Un régime alimentaire déséquilibré peut affecter la composition du microbiote intestinal et provoquer certains troubles.27 Pour conserver des intestins en bonne santé, il est important de savoir quels aliments ont un effet bénéfique sur eux et lesquels sont au contraire néfastes.28

Préparations locales :

Si les études sur la question sont encore rares, certains produits appliqués sur la peau et contenant des probiotiques, des prébiotiques ou une association des deux sont parvenus à améliorer la santé de patients souffrant de troubles de la peau.14,24

De nouveaux essais cliniques sont toutefois nécessaires pour en optimiser la formulation, d’où l’importance de suivre de près l’actualité sur le microbiote cutané que nous mettons à votre disposition.

Toutes les informations contenues dans cet article proviennent de sources scientifiques autorisées. Ne perdez pas de vue toutefois que ces informations ne sont pas exhaustives. Consultez ici l’ensemble des études d’où nous avons tiré ces informations.

Sources

Byrd AL, Belkaid Y, Segre JA. The human skin microbiome. Nat Rev Microbiol. 2018;16(3):143-155.

Egert M, Simmering R, Riedel CU. The Association of the Skin Microbiota With Health, Immunity, and Disease. Clin Pharmacol Ther. 2017 Jul;102(1):62-69.

Ederveen THA, Smits JPH, Boekhorst J et al. Skin microbiota in health and disease: From sequencing to biology. J Dermatol. 2020 Oct;47(10):1110-1118.

Flowers L, Grice EA. The Skin Microbiota: Balancing Risk and Reward. Cell Host Microbe. 2020;28(2):190-200.

Barnard E, Li H. Shaping of cutaneous function by encounters with commensals. J Physiol. 2017 Jan 15;595(2):437-450.

Bay L, Barnes CJ, Fritz BG et al. Universal Dermal Microbiome in Human Skin. mBio. 2020 Feb 11;11(1):e02945-19.

Bonté F, Girard D, Archambault JC, Desmoulière A. Skin Changes During Ageing. Subcell Biochem. 2019;91:249-280.

Shibagaki, N., Suda, W., Clavaud, C. et al. Aging-related changes in the diversity of women’s skin microbiomes associated with oral bacteria. Sci Rep 7, 10567 (2017).

Dreno B, Dagnelie MA, Khammari A, et al. The Skin Microbiome: A New Actor in Inflammatory Acne. Am J Clin Dermatol. 2020 Sep;21(Suppl 1):18-24.

10 Langan SM, Irvine AD, Weidinger S. Atopic dermatitis. Lancet. 2020 Aug 1;396(10247):345-360.

11 Rigon RB, de Freitas ACP, Bicas JL, et al. Skin microbiota as a therapeutic target for psoriasis treatment: Trends and perspectives. J Cosmet Dermatol. 2021;20(4):1066-1072.

12 Adalsteinsson JA, Kaushik S, Muzumdar S et al. An update on the microbiology, immunology and genetics of seborrheic dermatitis. Exp Dermatol. 2020;29(5):481-489

13 Tutka K, Żychowska M, Reich A. Diversity and Composition of the Skin, Blood and Gut Microbiome in Rosacea-A Systematic Review of the Literature. Microorganisms. 2020;8(11):1756.

14 Yu Y, Dunaway S, Champer J, et al.Changing our microbiome: probiotics in dermatology. Br J Dermatol. 2020;182(1):39-46.

15 Seite S, Misery L. Skin sensitivity and skin microbiota: Is there a link? Exp Dermatol. 2018 Sep;27(9):1061-1064.

16 Johnson TR, Gomez BI, McIntyre MK, et al. The Cutaneous Microbiome and Wounds: New Molecular Targets to Promote Wound Healing. Int J Mol Sci. 2018;19(9):2699.

17 Schneider AM, Nelson AM. Skin microbiota: Friend or foe in pediatric skin health and skin disease. Pediatr Dermatol. 2019 Nov;36(6):815-822.

18 Szántó M, Dózsa A, Antal D, et al. Targeting the gut-skin axis-Probiotics as new tools for skin disorder management? Exp Dermatol. 2019 Nov;28(11):1210-1218.

19 FAO/OMS, Joint Food and Agriculture Organization of the United Nations/ World Health Organization. Working Group. Report on drafting  guidelines for the evaluation of probiotics in food, 2002.

20 Hill C, Guarner F, Reid G, et al. The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics consensus statement on the scope and appropriate use of the term probiotic. Nat Rev Gastroenterol Hepatol 11, 506–514 (2014).

21 Gibson GR, Roberfroid MB. Dietary modulation of the human colonic microbiota: introducing the concept of prebiotics .J Nutr, 1995; 125:1401-12.

22 Gibson G, Hutkins R, Sanders M, et al. Expert consensus document: The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) consensus statement on the definition and scope of prebiotics. Nat Rev Gastroenterol Hepatol 14, 491–502 (2017).

23  Markowiak P, Śliżewska K. Effects of Probiotics, Prebiotics, and Synbiotics on Human Health. Nutrients. 2017;9(9):1021. Published 2017 Sep 15.

24 Bustamante M, Oomah BD, Oliveira WP, et al. Probiotics and prebiotics potential for the care of skin, female urogenital tract, and respiratory tract. Folia Microbiol (Praha). 2020;65(2):245-264.

25 Tap J, Furet JP, Bensaada M, et al. Gut microbiota richness promotes its stability upon increased dietary fibre intake in healthy adults. Environ Microbiol. 2015 Dec;17(12):4954-64. 

26 Quigley EMM, Gajula P. Recent advances in modulating the microbiome. F1000Res. 2020 Jan 27;9:F1000 Faculty Rev-46.

27 Zmora N, Suez J, Elinav E. You are what you eat: diet, health and the gut microbiota. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2019 Jan;16(1):35-56.

28 Wilson AS, Koller KR, Ramaboli MC, et al. Diet and the Human Gut Microbiome: An International Review. Dig Dis Sci. 2020;65(3):723-740.

BMI-21.13
 

en_view en_sources

    A lire aussi