Ce que les astronautes nous apprennent sur les microbes

Même dans un espace confiné comme une fusée spatiale, l'écosystème microbien reste dynamique et potentiellement pathogène.

Lors d'un vol spatial, chaque astronaute introduit dans l'enceinte de la fusée des milliards de microorganismes, dont certains peuvent constituer une menace pour l'équipage. Les conditions particulières de ce type de vol (promiscuité, stress, microgravité...), en affectant le système immunitaire, favorisent les infections et peuvent moduler la structure de l'écosystème microbien. Par sa durée, un vol sur Mars constitue donc un réel défi en termes de sécurité et de santé de l'équipage.

Pour mesurer ce risque, 6 membres d'équipage ont pris part au projet Mars500, premier simulateur d'un vol sur Mars d'une durée de plus de 6 mois. Ils ont cohabité pendant 520 jours dans une reproduction de vaisseau spatial et participé au projet MICHA sur l'écologie microbienne au sein d'habitats confinés et son impact sur la santé humaine.

Sans surprise, c'est le module habitable qui abrite le plus grand nombre de germes, avec une prédominance des staphylocoques et des bacilles. Il existe cependant de grandes variations selon les sites de prélèvement : toilettes, bureau et compartiments individuels sont les plus contaminés. Si l'équipage représente la principale source de germes, la durée du confinement est un facteur important. Pour preuve, la nature des espèces varie dans le temps, faisant émerger des bactéries opportunistes ou tolérantes au stress, tandis que leur diversité s'amenuise. La composition du microbiote intestinal des "marsonautes" a aussi été modifiée, mais sans que leur santé soit affectée.

Les auteurs en concluent que même dans des conditions de confinement extrême, l'écosystème microbien reste très dynamique et s'adapte aux conditions environnementales. Par conséquent, pour maintenir un environnement sain pour les astronautes, il apparaît opportun de prendre des mesures visant à prévenir le développement de microorganismes potentiellement pathogènes ou hautement résistants aux antibiotiques.

Sources :

Schwendner P. et al. Microbiome (2017)5:129. Preparing for the crewed Mars journey: microbiota dynamics in the confined Mars500 habitat during simulated Mars flight and landing.