Microbiote de la poussière des villes ou des champs : la dermatite atopique a choisi son camp !

En ces périodes de confinement, les jeunes enfants passent beaucoup de leur temps à la maison. Un environnement domestique où la poussière est légion. Or cette exposition aux agents microbiens de la poussière pourrait être un facteur de protection ou de risque pour le développement de la dermatite atopique selon que le domicile se situe à la ville ou à la campagne. 

L’eczéma (ou dermatite atopique) est la plus courante des maladies chroniques de la peau*. Elle est caractérisée par une sècheresse cutanée associée à des lésions de type eczéma (rougeurs et démangeaisons, …), non contagieuses, qui évoluent par poussées. Résultat d'une interaction complexe entre des facteurs environnementaux et génétiques, elle peut se manifester très tôt, même chez les nourrissons mais peut persister voire apparaître parfois chez l’adolescent et l’adulte. Parmi ces facteurs environnementaux, le rôle du microbiote intestinal mais aussi du microbiote cutané ou nasal a été largement démontré. Malgré d'importants efforts de recherche au cours des dernières années, le nombre de personnes atteintes ne cesse d'augmenter dans le monde. Comment expliquer cette hausse ? Des premiers éléments d’explication ciblent les modifications de l'environnement dues à une hygiène accrue et à l'urbanisation. D’une manière surprenante, alors que le taux de l’affection dans les pays africains semble assez bas, les Américains originaires d’Afrique sont en revanche plus touchés. Cette nouvelle étude cherche à comprendre le pourquoi, en évaluant l’association du microbiote de la poussière dans les maisons de ville ou de campagne et le développement cette affection chez les enfants sud-africains.


Poussière des villes ou poussière des champs : que nous dit le microbiote ? 


Les chercheurs ont passé au crible les domiciles (ruraux ou urbains) de 86 enfants sud-africains âgés de 12 à 36 mois, atteints ou non de dermatite atopique. Leur mission ? Prélever des échantillons de poussière de leur maison pour analyser le microbiote bactérien. 1er constat : la composition microbienne globale est significativement différente dans la poussière provenant des foyers urbains et ruraux. Dans les maisons situées en ville, la poussière présente une diversité bactérienne considérablement réduite par rapport aux maisons de campagne. Des bactéries spécifiques (Clostridiales, Lachnospiraceae, Ruminococcaceae et Bacteroidales) étaient également réduites.


Des bactéries protectrices contre la dermatite atopique ?


Autre enseignement de cette étude : la composition et la diversité des bactéries présentes au sein de la poussière sont différentes au sein des maisons hébergeant des enfants souffrant ou non de cette affection. Chez les enfants non affectés et vivant à la campagne, les familles de bactéries Clostridiales, Ruminococcaceae et Bacteroidales sont présentes en plus forte quantité dans la poussière. Ces résultats indiquent que ces bactéries pourraient avoir un rôle protecteur contre la dermatite atopique. En revanche, en milieu urbain, aucune différence de quantité ou de diversité de bactéries n’a pu être observée dans la poussière des maisons où vivent les enfants, qu’ils soient affectés ou non. 

La composition de la poussière domestique pourrait donc être un facteur de risque important pour le développement de la dermatite atopique, et cette association pourrait être déterminée en partie par le microbiote intestinal Sans le savoir, les enfants en bas âge ingèrent et inhalent quotidiennement de la poussière domestique, il est probable que certaines bactéries présentes dans la poussière de leur maison se retrouvent au niveau intestinal selon les chercheurs, ce qui pourrait potentiellement les protéger (ou non) de développer de l’eczéma. 

*https://www.worldallergy.org/UserFiles/file/WAOAtopicDermatitisInfographic2018.pdf

Sources:

Mahdavinia M, Greenfield LR, Moore D, et al. House dust microbiota and atopic dermatitis; effect of urbanization [published online ahead of print, 2021 Feb 11]. Pediatr Allergy Immunol. 2021;10.1111/pai.13471. doi:10.1111/pai.13471