Parole d'expert : Pr Patrice D. Cani

Est-on condamné à garder ses kilos en trop ?

De manière générale, croire en un remède miracle est un leurre ; aucun traitement ne peut venir à bout de l’obésité sans participation active des sujets (alimentation, activité physique…) ni approche intégrée et personnalisée de la prise en charge. Car l’obésité est un processus complexe, long, et qui dépend de facteurs associés multiples, et le microbiote intestinal en fait partie. Cela dit, prétendre que le déséquilibre de l’écosystème microbien conduit inévitablement à l’obésité (ou au contraire que son équilibre garantit un poids normal) est une erreur. Essayer de rééquilibrer son microbiote est pourtant une bonne initiative, qui s’inscrit dans une thérapie globale et personnalisée des patients.

Agir seul sur son microbiote est-il risqué ?

D’un point de vue strictement médical, la démarche est relativement sûre, sous réserve de s’en tenir aux probiotiques17 dont les effets avancés reposent sur des preuves scientifiques et dont la composition bactérienne est connue (Lactobacilles et Bifidobactéries par exemple). Car considérer que tous les probiotiques se valent est erroné ; la spécificité de la ou des bactéries utilisées joue un rôle primordial sur leur action. Enfin, il faut favoriser aussi la consommation de prébiotiques18, mais surtout éviter des doses trop élevées si vous n’êtes pas habitués, au risque de développer des effets secondaires désagréables (ballonnements, diarrhées, douleurs intestinales…). En réalité, le plus grand risque est psychologique : celui d’être déçu en cas de promesses non tenues !

Greffe de microbiote intestinal : une surpromesse ?

Les travaux actuellement en cours sur le sujet sont nombreux. Certains d’entre eux montrent que la transplantation de microbiote n’aurait aucun effet sur l’obésité, ou qu’elle favoriserait une amélioration passagère de la capacité à stabiliser le taux de sucre sanguin. Des résultats a priori décevants, pourtant riches d’enseignements : on sait maintenant qu’il est nécessaire que le microbiote du donneur soit compatible avec celui du receveur ; on sait aussi que certains individus sont plus réceptifs que d’autres à la greffe (de même qu’au changement de régime alimentaire) en fonction de la composition initiale de leur microbiote. En tous cas, améliorer notre santé en ciblant le microbiote intestinal est une piste de choix, à condition d’agir de façon raisonnée et d’observer des recommandations médicales et nutritionnelles. Personnellement, j’en suis convaincu car ma devise est « In gut we trust ».

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18 Sucres qui nourrissent les « bonnes » bactéries. On en trouve dans des aliments comme les bananes, les poireaux, les oignons, les artichauts…