Résistance aux antibiotiques : hôpitaux et cliniques vétérinaires sous surveillance

Lutter contre la résistance aux antibiotiques (antibiorésistances) nécessite de ne pas considérer séparément les santés humaine, animale et environnementale, ni les enjeux de médecine humaine et vétérinaire. Au contraire, une surveillance coordonnée de ces résistances pourrait s’imposer.

Publié le 15 octobre 2026
Mis à jour le 15 octobre 2026

A propos de cet article

Publié le 15 octobre 2026
Mis à jour le 15 octobre 2026

Enjeu majeur de santé publique mondiale, la résistance aux antibiotiques, ou antibiorésistance, désigne la capacité de certaines bactéries à résister à l'action d'un ou plusieurs antibiotiques.  Pour mieux comprendre comment ces résistances peuvent circuler entre les bactéries, des chercheurs¹ ont adopté une approche « Une seule santé » (One Health), qui considère que la santé environnementale ainsi que la santé de l’homme et de l’animal sont étroitement liées. Car les microorganismes, notamment certaines bactéries, nous accompagnent dans notre quotidien : certaines études ont montré que dans certains cas l’eau du robinet ou de la douche pouvaient abriter des pathogènes ; les nuages pouvaient transporter des gènes de résistance aux antibiotiques ; et enfin que notre microbiote intestinal pouvait participer à la lutte contre les résistances ; etc.

One Health (« Une seule santé »)

Approche intégrée et unificatrice qui vise à maintenir et à optimiser durablement la santé des populations humaines, des animaux et des écosystèmes de l’homme comme de l’animal. Elle reconnaît que la santé des êtres humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large (y compris les écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante.

Cette approche s’applique à la conception et la mise en œuvre de programmes, de politiques, législations et travaux de recherche pour lesquels plusieurs secteurs de la médecine humaine et vétérinaire, communiquent et collaborent en vue d’améliorer les résultats en matière de santé publique. Elle est particulièrement pertinente pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens (émergence de microorganismes résistants aux traitements antibiotiques), mais aussi pour garantir la sécurité sanitaire des aliments et de l’eau, améliorer la nutrition, contrôler les zoonoses (maladies pouvant se transmettre entre les animaux et les humains) et assurer la gestion de la pollution2,3.

Des communautés microbiennes différentes

Des chercheurs se sont ainsi penchés sur les microorganismes (notamment les bactéries) et les gènes de résistance aux antibiotiques présents dans l’environnement (eaux usées, surfaces) d’un hôpital et d’une clinique vétérinaire de Londres. Comment ? Via un séquençage métagénomique, une méthode qui permet d’étudier directement l’ensemble du matériel génétique, et donc chaque gène présent dans un échantillon. C'est un peu comme si on mettait tout le contenu d'un échantillon dans un mixeur et que l’on décryptait l’ensemble de l’ADN et des gènes associés à la résistance.

Les résultats montrent que les communautés microbiennes des deux établissements sont très différentes. L’hôpital présentait une plus grande richesse en espèces, avec quelques bactéries dominantes (chaque bactérie participant à la composition de cette communauté microbienne). À l’inverse, les micro-organismes étaient répartis de manière plus homogène dans l'environnement vétérinaire (associé à l’animal), qui abritait non seulement des bactéries, mais aussi des champignons et des virus. De toutes les bactéries dangereuses surveillées, potentiellement impliquées dans une infection, seuls les agents de la salmonellose (Salmonella spp.) et de la campylobactériose (Campylobacter spp.) – deux toxi-infections alimentaires – ont été retrouvés dans les deux établissements. Leur présence a toutefois été identifiée à partir de l'ADN, sans démontrer que ces bactéries étaient vivantes.

8,7 % Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) portant sur 55 hôpitaux répartis dans 14 pays, 8,7 % des patients hospitalisés présentaient une infection associée aux soins (infection nosocomiale)⁴.

2,9 % - 40 % La prévalence des infections nosocomiales est estimée entre 2,9 % et 5 % en Europe, à 5 % en Amérique du Nord, tandis qu’elle atteignait environ 40 % dans certains pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique⁵.

Des gènes de résistance… et leurs « transporteurs »

 Autre constat : des gènes de résistance aux antibiotiques ont été retrouvés dans les 2 établissements, mais avec des signatures distinctes. À l’hôpital, les gènes d’antibiorésistances considéré comme à haut risque pour la santé humaine étaient plus nombreux ; en milieu vétérinaire, les gènes de résistance aux désinfectants de surface courants étaient omniprésents. 

Les chercheurs se sont également intéressés aux plasmides, petits morceaux d’ADN capables de circuler d’une bactérie à une autre et de transporter un ou plusieurs gènes, notamment de résistances aux antibiotiques. De nouveau, les profils diffèrent : les échantillons hospitaliers contenaient davantage de types de plasmides associés à des bactéries impliquées dans les infections nosocomiales et susceptibles de transporter des gènes de résistance aux antibiotiques (responsable d’antibioresistance). Les échantillons vétérinaires présentaient davantage de types de plasmides associés aux bactéries à Gram positif.

Infections nosocomiales ou infections acquises à l’hôpital

Ensemble d’infections importante dans la médecine humaine, dont le patient n’est pas porteur avant son admission à l’hôpital³.

Une surveillance environnementale nécessaire

Les chercheurs estiment qu’un séquençage métagénomique systématisé pourrait aider à détecter les réservoirs de résistance aux antibiotiques et à mieux comprendre les risques de dissémination entre humains, animaux et environnement. C’est le cœur même de l’approche One Health. 

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