Apnée du sommeil : quel lien avec le microbiote nasal ?

L’apnée obstructive du sommeil s’accompagne d’une modification du microbiote nasal et d’un accroissement de l’inflammation. Deux phénomènes qui s’auto-entretiendraient et aggraveraient le trouble, selon une nouvelle étude.

 

L’apnée du sommeil est un trouble fréquent associé à une inflammation des voies respiratoires supérieures, une inflammation générale et des modifications de la réponse immunitaire. Dans quelle mesure le microbiote nasal intervient-il dans ces différents phénomènes ? Et comment ceux-ci influencent-ils sa composition ? Pour répondre à ces questions, des chercheurs ont recruté 565 volontaires issus de deux cohortes participant à des études sur le sommeil. Dans le premier groupe, les 2/3 souffraient d’apnée obstructive du sommeil (AOS), jugée sévère pour 9,5 % d’entre eux. Dans le second groupe, près des ¾ avaient une AOS, dont 45 % de forme sévère. Après avoir soumis l’ensemble des participants à un lavage de nez, les chercheurs ont analysé puis comparé la composition microbienne nasale des patients apnéiques à celle des personnes saines.

Un microbiote plus diversifié chez les AOS sévères

Les résultats montrent que l’AOS ne se traduit pas par une variation de l’abondance du microbiote nasal, qui reste dominé par deux espèces bactériennes : Staphlylococcus et Corynebacterium. En revanche, elle est associée à une plus grande diversité des espèces, qui s’accentue avec la sévérité du trouble. Les espèces qui enrichissent cette flore sont habituellement hébergées par le microbiote oral (Streptococcus, Prevotella, Veillonella, Granulicatella).

Des marqueurs inflammatoires plus nombreux

L’origine de cette migration pourrait être due, entre autres, à l’obstruction des voies aériennes créant un reflux des sécrétions oropharyngées (à l’arrière de la cavité buccale), normalement avalées, ou à la détérioration du filtrage nasal chez les victimes d’apnée sévère, suggèrent les auteurs. Ces derniers ont par ailleurs observé la présence de marqueurs nasaux de l’inflammation en quantité supérieure chez les patients apnéiques, et constaté qu’ils influençaient la nature des bactéries composant le microbiote qui tapissent le nez.

Une piste thérapeutique

Le traitement par pression positive continue (PPC), thérapeutique standard qui consiste à empêcher la fermeture des voies aériennes supérieures, n’a eu aucun effet sur la diversité et la composition du microbiote. Néanmoins cette étude confirme que la dysbiose observée chez les patients apnéiques est associée à la fois au trouble et à l’inflammation, bien que l’origine reste à déterminer. Elle permet aussi d’envisager une nouvelle piste dans le traitement de l’apnée sévère, à travers l’exploration du rôle des sécrétions contenues dans le reflux.

 

Sources :

Wu BG et al. Severe Obstructive Sleep Apnea is Associated with Alterations in the Nasal Microbiome and Increase in Inflammation. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine https://www.atsjournals.org/doi/10.1164/rccm.201801-0119OC