Le tabac, fauteur de troubles gynécologiques

La consommation de tabac modifie à la fois la flore et les métabolites de la sphère vaginale. Ces altérations exposent à un risque plus élevé d’infections urogénitales et au développement d’odeurs désagréables.

 

Fumer tue… la diversité du microbiote vaginal. Les femmes consommant du tabac présentent en effet un déséquilibre de la flore intime susceptible de faciliter le développement d’infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes et virales, voire d’altérer la structure de l’épithélium cervical ou la réponse immunitaire. Autant de risques dont les mécanismes sous-jacents restent obscurs, mais qui pourraient trouver leur réponse dans la composition du métabolome* local. L’hypothèse a mené une équipe de recherche américaine à détailler et comparer les microbiotes et métabolites vaginaux de 17 femmes fumeuses et 19 non-fumeuses.

Variations tabagiques

Des techniques analytiques de haute précision ont permis de repérer 607 métabolites différents. Les profils métaboliques étaient différents suivant la composition microbienne et la consommation ou non de tabac. Douze métabolites étaient significativement différents selon que la personne fume ou non. L’identification des populations bactériennes du microbiote a elle aussi révélé d’importantes différences en fonction des comportements tabagiques. En particulier, la majorité des fumeuses ont un taux plus faible de lactobacilles, des bactéries connues pour leur action protectrice sur la paroi vaginale. C’est la composition microbienne qui influencerait le plus le métabolome vaginal.

Infections et odeurs en hausse

Les chercheurs ont recoupé les données et observé que les fumeuses, tout particulièrement celles avec une moindre concentration de lactobacilles, présentent une abondance de nicotine et de ses dérivés, mais aussi d’agmatine, de cadaverine, de putrescine, de tryptamine et de tyramine. Des métabolites qui sont connus pour modifier le pouvoir infectieux de « mauvaises bactéries » responsables de certaines infections urogénitales, et de contribuer à la mauvaise odeur. La consommation de tabac aurait ainsi des répercussions négatives sur la santé de la femme, en particulier chez celles dont la flore vaginale est déjà appauvrie en lactobacilles.

 

*Ensemble des métabolites c'est-à-dire des petites molécules provenant de l’hôte, des micro-organismes et des dérivés de produits étrangers à l’hôte (médicament, de nicotine…) contenus dans un environnement donné.

 

Sources :

T. Nelson, J. Borgogna, R. Michalek, et al. Cigarette smoking is associated with an altered vaginal tract metabolomic profile. Nature, Scientific reports, 2018.