Manger à l’heure espagnole, c’est mauvais pour la santé !

Prendre son déjeuner à une heure trop tardive modifie la composition des microbiotes intestinal et salivaire, et peut intervenir dans le développement de divers troubles comme l’obésité ou certaines maladies inflammatoires de l’intestin, d’après les résultats d’une équipe internationale.

 

L’alimentation peut influencer considérablement la composition de notre microbiote et jouer un rôle dans le développement de l’obésité ou des maladies métaboliques. Pour la première fois, des chercheurs ont étudié l’impact que peut avoir l’heure de la prise des repas, en particulier celui de la mi-journée.

Déjeuner tôt ou tard

En Espagne, des chercheurs ont proposé à dix jeunes femmes de poids normal (indice de masse corporelle compris entre 20 et 24) de participer à une étude visant à mesurer l’effet des horaires de repas sur les microbiotes salivaire et fécal. Les participantes ont été réparties en deux groupes : pendant une semaine, toutes prenaient leur petit-déjeuner et leur dîner à la même heure (respectivement 8h30 et 21h). Seule l’heure du déjeuner différait : 14h30 pour le groupe « tôt », 17h30 pour le groupe « tard » - on est en Espagne ! La semaine suivante, toutes reprenaient leurs horaires habituels pendant sept jours, après quoi elles changeaient de groupe pour une dernière semaine de suivi. Pendant toute l’étude, des prélèvements salivaires étaient réalisés au réveil, puis toutes les quatre heures jusqu’à minuit ; un prélèvement fécal avait lieu à la fin de chaque semaine.

Une flore salivaire modifiée

Une semaine de déjeuners tardifs a suffi à modifier la composition du microbiote salivaire, tant dans la diversité que dans l’abondance de ses micro-organismes. Les chercheurs ont découvert l’existence de fluctuations journalières dans la diversité des microbes salivaires, sur lesquels l’heure du déjeuner avait un impact important. Plus ce repas était pris tard, plus la diversité du microbiote était grande ; or on sait qu’un microbiote salivaire riche en espèces bactériennes différentes est associé à de plus grands risques d’obésité et de maladies parodontales. Déjeuner trop tard pourrait donc accroître ces risques.

Quid du microbiote fécal

Dans une moindre mesure, le microbiote fécal a été impacté : chez les femmes qui déjeunaient tard, il était plus riche en espèces bactériennes associées à un risque accru de maladies inflammatoires de l’intestin, de cancer colorectal et de résistance à l’insuline. L’heure à laquelle sont pris les repas semble donc intervenir dans le développement de divers troubles métaboliques et pourrait, à ce titre, constituer un outil de prévention à ne pas négliger.

 

Sources :

Maria Carmen Collado et al.Timing of food intake impacts daily rhythms of human salivary microbiota: a randomized, crossover study. The Faseb Journal, Vol. 32 No. 4, pp. 2060-2072