Des bifidobactéries en début de vie pour moins d’allergies ?
Certaines bifidobactéries de l’intestin du nourrisson, favorisées notamment par l’allaitement, pourraient le protéger durablement des allergies en limitant la production d’anticorps impliqués.
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A propos de cet article
Les maladies allergiques (eczéma, asthme, allergies alimentaires) apparaissent souvent très tôt dans la vie et sont en forte augmentation. Elles soulèvent donc une question cruciale : quels sont les mécanismes qui expliquent la mise en place de ces terrains allergiques ? Et comment les contrer ?
16 % La sensibilisation aux allergènes alimentaires touche jusqu’à 16 % des nourrissons dans les pays à revenu faible comme élevé. ¹
Une question de bifidobactéries
Une étude 1 publiée début 2026 dans la revue Nature microbiology considère qu’une partie de l’histoire se joue très tôt, dans l’intestin du nourrisson, via les bactéries qui s’y installent.
En particulier, certaines bifidobactéries sont dotées d’un super gène particulier (aldh), qui leur donne le pouvoir de transformer des acides aminés aromatiques du lait maternel en leurs lactates aromatiques respectifs.
Or ces lactates ont un effet bénéfique sur le système immunitaire en construction de l’enfant. Notamment l’un d’entre eux, le 4-OH-PLA : ce lactate aromatique semble réduire la production d’anticorps appelés IgE (immunoglobines E), qui sont impliqués dans le développement des allergies. Il va aussi de pair avec moins de dermatite atopique à deux ans.
x14 L’accouchement par voie basse (vaginale) est associé à une probabilité 14 fois plus élevée de colonisation par des souches maternelles, comparé à l’accouchement par césarienne. ¹
Une fenêtre de temps très courte
Ces processus sont aussi précoces que fugaces : l’effet protecteur des bifidobactéries aldh+ du microbiote intestinal n’existerait que pendant une période très limitée, jusqu’aux 5-6 mois de l’enfant. C’est durant cette période, qui correspond en général à l’allaitement, que les bifidobactéries sont les plus présentes dans son système digestif et que la production du 4-OH-PLA est maximale. La diversification de l’alimentation (introduction des aliments solides) vient ensuite tout chambouler.
Ainsi, il existerait une “fenêtre critique” du développement immunitaire du nourrisson, pendant laquelle un microbiote intestinal riche en bifidobactéries aldh+ peut influencer durablement le risque d’allergie de l’enfant et de l’adulte en devenir.
Microbiota imbalance at age one predicts allergies at age five
Ce qui favorise ce mécanisme protecteur
Au regard de l’étude, plusieurs facteurs précoces semblent associés à une meilleure installation de ces bactéries bénéfiques et donc à des niveaux plus élevés de 4-OH-PLA :
- la naissance par voie vaginale, qui permet à l’enfant de récupérer une partie du microbiote de sa mère, dont des bifidobactéries ;
- la présence de frères et sœurs plus âgés, également sources de joyeux (et bénéfiques !) échanges de bactéries ;
- et surtout l’allaitement maternel exclusif les deux premiers mois, qui favorise la mise en place de ces mécanismes naturels de protection contre les allergies.
Ces données illustrent combien les premiers mois de vie peuvent compter dans la trajectoire microbiote–immunité, au cœur des 1000 premiers jours de vie.
1. Myers PN, Dehli RK, Mie A et al. Early-life colonization by aromatic-lactate-producing bifidobacteria lowers the risk of allergic sensitization. Nat Microbiol. 2026 Feb;11(2):429-441.