Alcool : votre microbiote oral trinque !

L’alcool est agressif pour l’organisme et source de cancer. Une équipe américaine a tenté de comprendre l’effet de l’alcool sur la flore orale et ses conséquences.

 

Plus de 700 micro-organismes — bactérie, virus, champignons — composent le microbiote oral. Une altération de cette flore est source de pathologies cardiaques et de cancers. Les facteurs externes qui contribuent à une modification de sa composition sont encore peu connus. D’où l’intérêt d’évaluer l’impact de la consommation d’alcool sur les bactéries qui peuplent la cavité buccale. Les chercheurs ont analysé les bactéries orales de plus de 1 000 personnes, chez lesquelles niveau de consommation (non-buveur, buveur modéré, buveur important) et types d’alcool (spiritueux, bière, vin) ont été pris en compte.

Davantage d’éthanol, moins de lactobacilles

Résultat notable : une diminution des Lactobacilles, des bactéries très utilisées dans les probiotiques et bénéfiques pour l’écosystème buccal. C’est l’éthanol qui est en cause : il augmente le pH de la salive et bloque ses activités antimicrobiennes. Il perturbe les fonctions immunitaires de la cavité buccale, crée une source d’inflammation et favorise le développement bactérien, fortement associé aux caries. Il augmente par ailleurs la diversité bactérienne et fait croître certaines espèces comme Neisseria, capable de synthétiser l’acétaldéhyde, une molécule reconnue cancérogène par l’OMS et habituellement dégradée par les Lactobacilles. Des résultats qui suggèrent l’implication des bactéries et de l’alcool dans la genèse des cancers.

Des substances aux effets différents

Contrairement aux buveurs de spiritueux et de bière, les buveurs de vin diffèrent des non-buveurs par la diversité et le profil bactérien et ont une diminution de l’abondance de plusieurs familles de bactéries. Moins concentrée en alcool mais de composition chimique plus complexe, la bière pourrait aussi avoir un effet sur le développement bactérien oral. Quant aux spiritueux, ils auraient un impact proche de celui de l’éthanol pur. En d’autres termes, non seulement la quantité d’alcool mais aussi le type d’alcool peuvent influencer la flore orale. Un pas supplémentaire pour comprendre le rôle des bactéries dans les pathologies provoquées par l’alcool et permettre de nouvelles approches préventives.

 

Sources :

Fan, X. et al. Drinking alcohol is associated with variation in the human oral microbiome in a large study of American adults. Microbiome 6, (2018).