Le microbiote cutané soumis aux rayonnements des téléphones portables

Les ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables perturberaient l’écosystème microbien de la peau, selon les résultats d'une étude publiée dans le Journal of Microbiology.

Les téléphones portables et autres appareils électroniques ont envahi notre quotidien, à tel point qu'il serait bien difficile aujourd'hui d'y renoncer. Pour autant, certains s'inquiètent du danger potentiel auquel les champs électromagnétiques qu'ils produisent nous exposent. Plusieurs études ont mis en évidence leur impact sur le sommeil, le rythme circadien et les hormones thyroïdiennes ; en raison de leur proximité avec le cerveau, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) les a même classé comme agents "peut-être cancérogènes". Leur effet sur le microbiote cutané, lui-même impliqué dans de nombreuses pathologies, reste, en revanche, inconnu.

Des échantillons de peau humaine prélevés sur les mains, les joues et le menton de 4 volontaires ayant un usage modéré ou très important de leur portable, ont été soumis à des champs électromagnétiques (champs statique et de radiofréquence) comparables à ceux produits par un téléphone portable. Trois espèces bactériennes cultivées en laboratoire : Escherichia coli, Pseudomonas aeruginosa et Staphilococcus epidermidis ont également été testées dans cette étude. Les champs électromagnétiques ont eu des effets variables sur la croissance des bactéries selon les espèces, accélérant celle des unes et freinant celle des autres ; à la surprise des chercheurs, les altérations observées sur les échantillons de peau humaine l'ont été chez les moins gros usagers du téléphone. Leur hypothèse : leur microbiote n'a pas eu le temps de s'adapter aux ondes électromagnétiques, contrairement à celui des gros utilisateurs qui a probablement dû procéder à une sélection des souches les plus résistantes aux ondes. Or, cette dysbiose pourrait rendre le microbiote cutané plus vulnérable aux infections par des germes pathogènes ou opportunistes. Pour les auteurs, ces résultats confortent l'idée que les rayonnements des téléphones portables seraient nocifs pour la santé et que l'usage de ces appareils doit faire l'objet d'un meilleur encadrement.

Source :
Crabtree et al. The response of human bacteria to static magnetic field and radiofrequency electromagnetic field. Journal of Microbiology (2017) Vol.55, N°10, pp. 809-815