Alcoolisme : quand le microbiote intestinal et le cerveau trinquent
L’alcoolisme pourrait transformer votre cerveau en passoire. Mais une petite bactérie du nom de Faecalibacterium prausnitzii pourrait jouer les sauveurs et protéger votre mémoire.
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A propos de cet article
On le sait, l’alcool peut endommager le cerveau. Mais saviez-vous qu’il pourrait aussi fragiliser la barrière qui protège le cerveau des “intrus” venus du sang ? Cette protection, appelée barrière hémato-encéphalique, est un peu comme un filet de sécurité pour notre matière grise. Et surprise : notre intestin semble jouer les complices dans ce scénario.
Un microbiote pas si innocent
Les alcooliques chroniques présentent non seulement des problèmes de mémoire et de concentration, mais aussi de l’anxiété, de la dépression et des troubles du sommeil. Leur microbiote intestinal souffre aussi : Faecalibacterium, une bactérie anti-inflammatoire, s’avère moins présente, tandis que Streptococcus, inflammatoire, profite de la situation pour prendre ses quartiers. Et ce n’est pas tout : le plasma sanguin des hommes alcooliques diffère largement de celui d’hommes non accro à la bouteille, avec plus de 600 molécules en excès et tout autant en déficit. Bref, un
(sidenote:
Trouble de l’usage de l’alcool (TUA)
Affection médicale caractérisée par une incapacité à arrêter ou à contrôler la consommation d’alcool malgré des conséquences négatives sur les plans social, professionnel ou de santé. Elle englobe ce que l’on désigne parfois comme l’abus d’alcool, la dépendance à l’alcool, l’addiction à l’alcool et le terme courant d’alcoolisme. Considéré comme un trouble cérébral, le TUA peut être léger, modéré ou sévère.
Source : https://www.niaaa.nih.gov/publications/brochures-and-fact-sheets/understanding-alcohol-use-disorder
)
chamboule le microbiote intestinal, la composition du sang et le fonctionnement du cerveau.
Quand le cerveau fuit… littéralement
Pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents, des souris ont été alcoolisées plusieurs semaines. Bilan : la consommation chronique d’alcool rend perméable la barrière protégeant leur ciboulot ; des fuites apparaissent dans des zones clés, et des protéines essentielles à l’étanchéité de la barrière hémato-encéphalique sont en berne.
Plus étonnant : le transfert du microbiote intestinal de patients alcooliques à des souris sans bactéries et qui ne boivent pas d’alcool suffit à induire le même type de fuites cérébrales. Ainsi, l’altération du microbiote intestinal causée par l'alcoolisme serait responsable de la perturbation de la barrière hémato-encéphalique.
- La consommation néfaste d’alcool est définie, notamment dans les pays anglo-saxons, comme plus de 3 verres par jour ou 7 par semaine chez les femmes, et plus de 4 verres par jour ou 14 par semaine chez les hommes 1.
- On estime que 400 millions de personnes, soit 7 % de la population mondiale âgée de 15 ans et plus, présentaient en 2019 des troubles liés à la consommation d’alcool. Parmi elles, 209 millions de personnes (soit 3,7 % de la population mondiale adulte) étaient dépendantes à l’alcool 2.
Faecalibacterium prausnitzii, le sauveur ?
Puisque la gentille bactérie Faecalibacterium manque à l’appel chez les alcooliques, les chercheurs ont testé si elle pouvait protéger les souris. Bingo ! Quelques doses de Faecalibacterium prausnitzii permettent aux souris de retrouver de meilleures capacités cognitives et leur cerveau fuit moins. Comment une bactérie des intestins peut-elle protéger la barrière qui entoure le cerveau ? Sans doute via les petits acides gras anti-inflammatoires qu’elle fabrique dans notre système digestif, qui se glissent dans la circulation sanguine et gagnent ainsi le cerveau. F. prausnitzii pourrait-elle protéger des dégâts de l’alcoolisme ? Peut-être, même si de nombreux autres travaux demeurent nécessaires, cette étude 3 n’ayant été menée que chez l’homme (pas la femme) et la souris. Dans tous les cas, l’alcool reste et demeure à consommer avec modération.