VIH : quand le microbiote intestinal entretient la perturbation du système immunitaire

Selon une étude internationale, le microbiote digestif de certains patients séropositifs sous traitement antirétroviral est perturbé, ce qui entraînerait une altération persistante de leur système immunitaire.

 

Pour se multiplier et survivre dans l’organisme, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) infecte des cellules immunitaires appelées « lymphocytes CD4 », une catégorie de globules blancs protecteurs. Une intrusion qui provoque la mort de ces cellules et rend les patients séropositifs plus vulnérables aux infections.

Un système immunitaire défaillant

L’objectif du traitement antirétroviral est de bloquer le processus de multiplication virale, ce qui a pour effet de préserver un grand nombre de cellules CD4 et de leur permettre de se multiplier pour protéger l’organisme. Cependant, la littérature scientifique montre que chez certains patients, la remontée du taux de CD4 est faible en dépit du traitement. Une étude parue fin septembre dans Scientific reports suggère que la perturbation du microbiote intestinal pourrait jouer un rôle dans ce processus. Des chercheurs sont parvenus à cette conclusion en étudiant les selles de 26 hommes séropositifs traités depuis plus de deux ans par antirétroviraux (dont les 2/3 environ répondent correctement au traitement), et 20 volontaires non infectés par le VIH.

Abondance d’un groupe bactérien

Il ressort de cette analyse que la composition de la flore intestinale des participants, infectés ou non, est différente. D’autre part, les patients séropositifs présentant un faible taux de CD4 au niveau intestinal (et répondant peu au traitement) hébergent en abondance un groupe bactérien spécifique, appelé Fusobacteria.  En moyenne plus âgés que les autres participants, 70 % de ces malades possèdent une plus grande quantité de cette bactérie comparativement aux autres participants (25 % des autres séropositifs et seulement 10 % des individus non-infectés), révèle l’étude. Pour les chercheurs, la présence excessive de cette bactérie chez les patients « sous-répondeurs » serait associée à une faible augmentation du taux de CD4, et donc à une altération persistante du système immunitaire. Ils estiment que moduler la quantité de ce groupe bactérien dans les intestins pourrait être un moyen de renforcer le système immunitaire, particulièrement chez les patients « sous-répondeurs » traités depuis des années.

 

Sources :

Soo Ching Lee, Ling Ling Chua, Siew Hwei Yap, Tsung Fei Khang, Chan Yoon Leng et al. Enrichment of gut-derived Fusobacterium is associated with suboptimal immune recovery in HIV-infected individuals. Scientific Reports, Sep 24, 2018