Diarrhée du voyageur

Avis aux globe-trotters et voyageurs victimes de la redoutable “tourista” ! Cette infection le plus souvent bénigne qui perturbe le microbiote intestinal1 s’appelle en réalité diarrhée du voyageur. Très fréquente, elle se manifesterait chez 10 à 40 % des touristes2 effectuant un voyage de 2 semaines, selon le pays visité et les caractéristiques du voyageur. Dans les voyages en régions tropicales ou sub tropicales, elle affecte jusqu’à 60% des voyageurs3 ! Différente sur bien des aspects de la gastro-entérite, elles entrainent toutes les deux des diarrhées2.   

Le microbiote intestinal Diarrhée associée aux antibiotiques MICROREVEAL #2 : zoom sur le microbiote intestinal
Travelers’ diarrhea

Qu’est-ce que la diarrhée du voyageur ?

Contrairement aux idées reçues, la diarrhée du voyageur n'est pas liée à des aliments exotiques mal digérés par des estomacs peu habitués. Il s'agit d'une véritable infection, pouvant être causée par une bactérie (Escherichia coli, Salmonella, Shigella, Campylobacter), c’est le cas le plus fréquent2. Parfois il s’agit d’un parasite (giardia, cryptosporidium…), ou d’un virus (norovirus, rotavirus)2. Le pathogène responsable de la diarrhée n’est retrouvé que chez 40 à 60% des voyageurs avec symptômes4. Les principaux vecteurs des germes en cause sont les aliments souillés (en particulier les crudités, les viandes ou poissons insuffisamment cuits, les fruits non pelés…), ainsi que l'eau contaminée5. Elle risque aussi de se transmettre par le contact avec d’autres personnes lorsque les règles d’hygiène ne sont pas respectées5.

40 à 60% Le pathogène responsable de la diarrhée n’est retrouvé que chez 40 à 60% des voyageurs avec symptômes

Et le microbiote dans tout ça ? 

L’un des rôles du microbiote intestinal est de prévenir et limiter l’invasion des pathogènes intestinaux6. Si la « tourista » est fréquente, elle n'est pas pour autant sans conséquences. En effet, la diarrhée (peu importe le pathogène) perturbe au moins temporairement l'équilibre du microbiote intestinal, entrainant ainsi une (sidenote: Dysbiose La « dysbiose » n’est pas un phénomène homogène : elle varie en fonction de l’état de santé de chaque individu. Elle est généralement définie comme une altération de la composition et du fonctionnement du microbiote, provoquée par un ensemble de facteurs environnementaux et liés à l’individu, qui perturbent l’écosystème microbien. Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, et al. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232. ) 1. Ce déséquilibre pourrait avoir des conséquences à long terme, en augmentant notamment le risque de développer un syndrome de l'intestin irritable post infectieux7 qui se manifesterait chez 3% à 17% des patients2. Très récemment, une équipe de recherche a mis en évidence que des voyageurs suédois étaient plus susceptibles de contracter une infection bactérienne à Campylobacter durant leur voyage si leur microbiote intestinal était moins riche en microorganismes, comparativement à des individus ne s’infectant pas durant leur voyage8. Une autre équipe de recherche a montré que l’occurrence de la diarrhée durant le voyage était associée à une plus forte proportion dans leurs intestins d’une bactérie spécifique (Prevotella copri) avant et au retour de voyage9. La composition du microbiote intestinal des voyageurs permettrait-elle de connaitre le risque de déclencher une diarrhée durant le voyage ? Les études étant encore très peu nombreuses, ceci reste à confirmer !

Quels sont les symptômes de la diarrhée du voyageur ?

Les symptômes et la durée varient selon la cause4 (bactérie, parasite ou virus) et durent en moyenne entre 4 et 5 jours sans traitement2. Aux multiples selles non moulées ou liquides (au moins 3 par jour)5, s’ajoute au moins un des symptômes suivants : fièvre, nausées, vomissements, crampes abdominales et un besoin pressant d’aller aux toilettes2. Le risque majeur est la déshydratation provoquée par les fréquentes selles liquides. Les personnes à risques sont plus susceptibles d’être hospitalisées (enfants, personnes âgées ou atteintes de pathologies chroniques affaiblissant le système immunitaire2).

Définition de la diarrhée du voyageur10

Légère

Diarrhée tolérable, peu contraignante, qui n’interfère pas avec les activités prévues.

Modérée

Diarrhée contraignante, ou qui interfère avec les activités planifiées.

Sévère

Diarrhée invalidante entrainant une incapacité totale de réaliser les activités prévues. La dysenterie, c’est-à-dire une diarrhée accompagnée de sang et/ou mucus est considérée comme une diarrhée sévère.

Persistante

Diarrhée qui dure plus de 2 semaines.

Comment prévenir et soigner la diarrhée du voyageur ?

La prévention de la diarrhée du voyageur repose essentiellement sur des mesures d'hygiène : lavage fréquent des mains et précautions alimentaires5.  N’hésitez pas à demander conseil à votre médecin ou votre pharmacien avant de voyager. La réhydratation constitue la base du traitement de la diarrhée du voyageur5 : eau propre (eau en bouteille…), tisanes, à boire souvent et en petites quantités. Tout apport légèrement sucré et/ou salé est recommandé (les aliments solides ne sont pas contre indiqués)4. Dans certains cas, des antidiarrhéiques peuvent être recommandés10. Ils permettent de réduire le risque de déshydratation. Les antibiotiques peuvent être également nécessaires dans certains cas. Néanmoins, ils peuvent entrainer une réduction de la diversité du microbiote intestinal, qui perd ainsi tout son pouvoir de barrière contre les espèces (sidenote: Pathogène Un pathogène est un microorganisme qui cause, ou peut causer, une maladie. Pirofski LA, Casadevall A. Q and A: What is a pathogen? A question that begs the point. BMC Biol. 2012 Jan 31;10:6. ) , et entrainer la sélection des bactéries résistantes aux antibiotiques11. C’est pour cela qu’ils ne sont recommandés qu’aux cas de diarrhées sévères et certains cas de diarrhées modérées10, sous contrôle d’un médecin. Les probiotiques pourraient être utiles à visée préventive12, et pour limiter l'importance et la durée des symptômes13,14.

Cet article est issu de sources scientifiques validées mais ne se substitue pas à un avis médical. En cas de symptômes, consultez votre médecin généraliste.

 

Sources

1 Youmans BP, Ajami NJ, Jiang ZD et al. Characterization of the human gut microbiome during travelers’ diarrhea. Gut Microbes. 2015;6(2):110-9. 

2 Steffen R, Hill DR, DuPont HL. Traveler's diarrhea: a clinical review. JAMA. 2015 Jan 6;313(1):71-80. 

3 Eckbo EJ, Yansouni CP, Pernica JM, et al. New Tools to Test Stool: Managing Travelers' Diarrhea in the Era of Molecular Diagnostics. Infect Dis Clin North Am. 2019 Mar;33(1):197-212.

4 Fedor A, Bojanowski I, Korzeniewski K. Gastrointestinal infections in returned travelers. Int Marit Health. 2019;70(4):244-251. 

5 World Health Organization. 2017. Diarrhoeal disease. World Health Organization, Geneva, Switzerland. http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs330/en/. Accessed 28 October 2017.

6 Riddle MS, Connor BA. The Traveling Microbiome. Curr Infect Dis Rep. 2016 Sep;18(9):29.

7 Beatty JK, Bhargava A, Buret AG. Post-infectious irritable bowel syndrome: mechanistic insights into chronic disturbances following enteric infection. World J Gastroenterol. 2014 Apr 14;20(14):3976-85. 

8 Kampmann C, Dicksved J, Engstrand L, et al. Composition of human faecal microbiota in resistance to Campylobacter infection. Clin Microbiol Infect. 2016 Jan;22(1):61.e1-61.e8.

9 Leo S, Lazarevic V, Gaïa N, et al. The intestinal microbiota predisposes to traveler's diarrhea and to the carriage of multidrug-resistant Enterobacteriaceae after traveling to tropical regions. Gut Microbes. 2019;10(5):631-641.

10 Riddle MS, Connor BA, Beeching NJ, et al. Guidelines for the prevention and treatment of travelers' diarrhea: a graded expert panel report. J Travel Med. 2017 Apr 1;24(suppl_1):S57-S74.

11 McDonald LC. Effects of short- and long-course antibiotics on the lower intestinal microbiome as they relate to traveller's diarrhea. J Travel Med. 2017 Apr 1;24(suppl_1):S35-S38.

12 McFarland LV. Systematic review and meta-analysis of Saccharomyces boulardii in adult patients. World J Gastroenterol. 2010 May 14;16(18):2202-22. 

13 Dinleyici EC, Eren M, Ozen M, et al. Effectiveness and safety of Saccharomyces boulardii for acute infectious diarrhea. Expert Opin Biol Ther. 2012 Apr;12(4):395-410.

14 Allen SJ, Martinez EG, Gregorio GV, et al. Probiotics for treating acute infectious diarrhoea. Cochrane Database Syst Rev. 2010 Nov 10;2010(11):CD003048. 

15 Pirofski LA, Casadevall A. Q and A: What is a pathogen? A question that begs the point. BMC Biol. 2012 Jan 31;10:6. 

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Maladie

Clostridioides difficile : des marqueurs du microbiote intestinal predisent le risque d’infection

Une étude menée dans six pays européens a permis de mettre en évidence des marqueurs du microbiote intestinal prédictifs de diarrhées associées aux antibiotiques et d’infection à Clostridioides difficile. 

Le microbiote intestinal Greffe fécale et infection récidivante à Clostridium difficile : des bactériophages essentiels chez les donneurs Le métabolome pour diagnostiquer l’infection à <em>C. difficile<em> ? Antibiotiques et microbiote intestinal : quels impacts sur le long terme ?

La dysbiose engendrée par la prise d’antibiotiques peut conduire à une infection par Clostridioides difficile. Ce pathogène est associé à une morbidité et une mortalité importante, ainsi que des coûts de santé considérables au niveau mondial. L'identification de marqueurs de cette infection pourrait contribuer à orienter le traitement et à réduire le poids de l’infection.


Plus de 1000 patients recrutés issus de 34 hôpitaux européens


Dans cette étude multicentrique, observationnelle et prospective, le microbiote intestinal de patients hospitalisés âgés de plus de 50 ans a été analysé (séquençage de l'ARNr 16S combiné à une technique d’oligotyping pour identifier C. difficile) le jour précédent l’antibiothérapie dans le but d'identifier des marqueurs microbiens prédictifs de diarrhée associée aux antibiotiques (DAA) et d’infection à C. difficile (ICD). Une analyse longitudinale a également été réalisée pour évaluer l’impact de (sidenote: Penicilline + inhibiteur de bêta-lactamase, autres classes de béta lactamines, Fluoroquinolones )  sur le microbiote intestinal.


Marqueurs prédictifs d’ICD


135 patients ont déclaré une diarrhée dans les 90 jours suivant le traitement, dont 15 ICD. Les chercheurs ont constaté que la diversité du microbiote à J1, avant toute antibiothérapie, était réduite chez les patients ayant développé une ICD, par rapport à ceux ayant développé une DAA ou par rapport aux patients non diarrhéiques. La composition de leur microbiote intestinal était également différente : une plus forte abondance d’Enterococcus et une réduction de Blautia, Ruminococcus, Porphyromonas, Bifidobacteria, Odoribacter, Prevotella et Ezakiella spp. étaient observées par rapport aux patients non-ICD. Ruminococcus, Ezakiella et Odoribacter spp ., 5 jours avant le développement d’une ICD dans cette cohorte. Ces marqueurs prédictifs ont été comparés à ceux d’une cohorte canadienne de patients âgés développant une ICD. D’une manière identique, la diversité intestinale était réduite, on observait une augmentation d’Enterococcus et une diminution de Ruminococcus, Ezakiella et Odoribacter spp. 5 jours avant le développement de l’infection.


Dysbiose intestinale antibiotique dépendant

Les auteurs ont également trouvé que les antibiotiques induisaient une dysbiose intestinale classe dépendante 6 jours après l’initiation du traitement. Le microbiote intestinal des patients sous béta lactamines (autre classe que la pénicilline) était le plus déséquilibré. Toutes les béta lactamines (associées ou non à un inhibiteur de béta lactamase) augmentaient l’abondance d’Enterococcus, Le traitement par pénicilline associée à une béta lactamase était également associé à une réduction des bactéries de la famille des Clostridiales Incertae Sedis XI, connue pour être associée à une baisse du risque d’ICD. Les autres classes de béta-lactamines induisaient une réduction des bactéries appartenant aux Lachnospiraceae, comprenant des espèces productrices de butyrate, connues pour leurs effets bénéfiques sur la santé. Collectivement, toutes les classes d'antibiotiques étudiées ont considérablement modifié la composition du microbiote intestinal, et sont bien documentées en tant qu'antibiotiques à haut risque de développer une ICD.

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Actualités Gastroentérologie

L’impact des contraceptifs sur nos microbiotes ? C’est quitte ou double !

Les hormones des contraceptifs féminins malmènent-ils nos microbiotes ? Tout dépend de la flore répond la science : le microbiote vaginal, dominé par les lactobacilles, semble protégé, à la différence du microbiote intestinal qui serait légèrement perturbé. 

Toute femme le sait : les fluctuations hormonales du cycle menstruel influent, entre autres, sur la flore vaginale et le transit intestinal. Dès lors, les contraceptifs féminins, et notamment ceux qui jouent sur les hormones, pourraient-ils modifier, en bien ou en mal, la dynamique des microbiotes vaginaux et intestinaux ?


Les contraceptifs oraux dorlotent la flore vaginale…


Le microbiote vaginal possède une particularité qui le rend assez unique : sa bonne santé repose sur une diversité faible, avec une prédominance de bactéries en forme de bâtonnet, les lactobacilles., Alors que les autres microbiotes (comme le microbiote intestinal) sont jugés équilibrés lorsqu’ils sont à l’inverse très diversifiés. Cette suprématie des lactobacilles protège le vagin contre les infections en libérant entre autres de l’acide lactique qui freine la prolifération des microorganismes pathogènes. Cependant, il arrive que cette flore dominante en lactobacilles soit déséquilibrée ( (sidenote: Dysbiose La « dysbiose » n’est pas un phénomène homogène : elle varie en fonction de l’état de santé de chaque individu. Elle est généralement définie comme une altération de la composition et du fonctionnement du microbiote, provoquée par un ensemble de facteurs environnementaux et liés à l’individu, qui perturbent l’écosystème microbien. Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, et al. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232. ) ) et soit remplacée par d’autres types de bactéries : ceci peut engendrer une vaginose bactérienne. Or, les contraceptifs hormonaux (oraux ou vaginaux) semblent réduire le risque de contracter cette affection1. Comment ? En dorlotant les lactobacilles ! En effet, les œstrogènes apportés par ces contraceptifs induisent le dépôt sur les parois vaginales d’importantes quantités de glycogène, l’aliment favori des lactobacilles, qui vont ainsi se multiplier et produire davantage d'acide lactique. Quid des autres moyens de contraception ? Les études sont encore limitées mais l’anneau vaginal ne semble pas provoquer de modification substantielle de la flore vaginale, tout comme les stérilets (en cuivre ou hormonés) qui paraissent sans effet1.


… mais perturberaient légèrement le microbiote intestinal


A l’inverse du microbiote vaginal, une flore intestinale en bonne santé se doit d’être diversifiée. Or, la pilule maintient artificiellement des niveaux constants d'œstrogènes et de progestérone circulants, ce qui semble perturber le microbiote intestinal. Ainsi, au regard d’une récent étude menée auprès de 16 femmes pré-ménopausées en bonne santé2, ces contraceptifs oraux semblent induire une légère diminution de la richesse du microbiote intestinal et une modification de l’abondance de plusieurs genres bactériens. En revanche, impossible de savoir pour l’heure si les hormones de la pilule interagissent directement avec les bactéries intestinales ou indirectement, en affectant d'autres processus physiologiques qui auraient eux-mêmes un effet sur les bactéries intestinales. Quoi qu’il en soit, ces premiers résultats soulignent que la pilule pourrait avoir des répercussions sur la santé des femmes. D’où la nécessité d’y regarder de plus près afin d’avoir une vision plus complète de l’impact de ces médicaments sur le microbiote intestinal.

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Actualités

Moduler le microbiote intestinal pour mieux combattre la malnutrition infantile

Bien avant l'avènement de la génétique, des techniques d’analyse plus classiques révélaient déjà que les communautés bactériennes intestinales étaient différentes chez les enfants souffrant de malnutrition sévère. Et si rétablir les bonnes bactéries intestinales pouvaient agir sur la croissance de ces enfants ?

Le microbiote intestinal Quels aliments pour un microbiote équilibré ?

Retards de croissance, séquelles à long terme sur le métabolisme, l'immunité et le développement cognitif… la malnutrition des enfants reste un problème de santé mondial, avec des solutions thérapeutiques et alimentaire qui demeurent aujourd’hui incomplètes voire insuffisantes. Les chercheurs se sont aussi rendu compte que le microbiote intestinal de ces enfants présente des défauts de maturation, avec des communautés microbiennes qui semblent être moins développées que celles d’enfant en bonne santé. Se concentrer sur le microbiote intestinal pour agir sur la croissance, tel est l’objectif de cette étude qui sort des sentiers battus et qui s’attèle à comparer un complément alimentaire ciblant le microbiote intestinal (MDCF-2) à un complément alimentaire prêt à l'emploi existant (RUSF) sur l'amélioration de la croissance de 118 enfants bangladais souffrant de malnutrition.

Des enfants qui grandissent et prennent du poids plus vite


Bien que le RUSF soit plus calorique, les enfants ayant reçu du MDCF-2 ont montré une prise de poids plus importante et ont grandi plus vite. De plus, les enfants ayant reçu du MDCF-2 présentaient des niveaux plus élevés de protéines associées à la croissance osseuse et au développement neurologique. Autre résultat encourageant : 21 types de bactéries positivement liées à des changements dans la croissance ont été relevées.


Un espoir pour des millions d’enfants ?


Aujourd’hui, plus de 30 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent encore de malnutrition à travers le monde. Cette étude suggère qu’une croissance saine des enfants est inexorablement liée au développement optimal de leurs communautés intestinales après la naissance. Des études à plus grand échelle et dans des zones géographiques plus variées devraient permettre de confirmer les avantages d’une thérapie nutritionnelle ciblant le microbiote intestinal par rapport aux stratégies classiques. La confirmation de ces promesses thérapeutiques marquerait un succès important dans la lutte contre les conséquences de la malnutrition infantile.

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Sources:

Chen RY, Mostafa I, Hibberd MC, et al. A Microbiota-Directed Food Intervention for Undernourished Children. N Engl J Med. 2021;384(16):1517-1528. 

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Malnutrition : agir sur le microbiote pour améliorer la croissance, un prototype à l’essai

Une nouvelle étude, publiée dans The New England Journal of Medicine, démontre au cours d’un essai clinique randomisé qu’un complément alimentaire thérapeutique conçu pour rétablir le microbiote intestinal d’enfants souffrant de malnutrition est meilleur que la thérapie standard pour maintenir leur croissance.

Le microbiote intestinal Des fibres pour modifier le microbiote ? Fibromyalgie : le microbiote intestinal signe la maladie Le microbiote, rempart contre le rotavirus
Actu PRO : Malnutrition : agir sur le microbiote pour améliorer la croissance, un prototype à l’essai

Plus de 30 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de (sidenote: malnutrition aiguë modérée (MAM) Définie par l'Organisation mondiale de la santé comme un rapport poids/taille inférieur de deux à trois écarts types à la médiane de la cohorte d'âge ) (MAM) dans le monde. Principale caractéristique de ce fléau planétaire : les enfants atteints présentent un microbiote intestinal (MI) immature. Lors d’un (sidenote: Raman AS, Gehrig JL, Venkatesh S, et al. A sparse covarying unit that describes healthy and impaired human gut microbiota development. Science. 2019;365(6449):eaau4735. ) , les auteurs de cette étude ont défini un prototype de complétement alimentaire (MDCF-2) qui permettait de rétablir le MI d’enfants âgés de 12 à 18 mois souffrant de MAM. Cette nouvelle étude vise à confirmer l’efficacité du MDCF-2 sur des enfants atteints de MAM lors d’un essai plus vaste et mené sur une plus longue période.

Une étude interventionnelle menée auprès de 123 enfants bangladais

Pour cet essai contrôlé randomisé, 123 enfants bangladais (12 à 18 mois) souffrant de MAM ont reçu soit une supplémentation de MDCF-2 (204 kcal par dose quotidienne de 50 g), soit un complément alimentaire prêt à l'emploi existant (RUSF, 247 kcal par dose quotidienne de 50 g) deux fois par jour pendant 3 mois, suivis d’une surveillance d’un mois. En parallèle, l’équipe de recherche a réalisé un suivi hebdomadaire du poids, de la taille, et du tour de bras ainsi que des prélèvements réguliers d’échantillons de sang et d’échantillons fécaux.

Une croissance plus rapide, une prise de poids plus importante

Sur les 118 enfants qui ont terminé l'étude (59 dans chaque groupe), ceux du groupe MDCF-2 avaient une croissance plus rapide que ceux du groupe RUSF. Pour les enfants du groupe MDCF-2, la variation hebdomadaire moyenne de l’indice poids-pour-taille était de 0,021, contre 0,010 pour le groupe RUSF. Concernant celui du poids-pour-âge, la variation hebdomadaire moyenne était de 0,017 dans le groupe MDCF-2 et de 0,010 dans le groupe RUSF. Les variations des indicateurs tour de bras et l’indice taille-pour-âge étaient quant à elles similaires dans les deux groupes.

Des marqueurs sanguins et intestinaux identifiés

Après une supplémentation en MDCF-2, 714 protéines étaient significativement modifiées, contre 82 protéines dans le groupe RUSF. Alors que certaines d’entre elles étaient associées au développement des systèmes musculo-squelettique et nerveux (P<0,001), 70 étaient également corrélées à l’indice poids-pour-taille. D'autre part, les marqueurs pro-inflammatoires, accentués par la malnutrition au début de l'étude, ont été réduits dans une plus large mesure par la supplémentation en MDCF-2. Concernant le microbiote, la supplémentation en MDCF-2 a permis d’augmenter significativement 21 taxa bactériens positivement associés à l’indice poids-pour- taille (P<0,001) et a l'inverse, de réduire deux taxa bactériens (Escherichia coli et une espèce de Bifidobacterium) négativement associées à l’indice poids-pour-taille (P<0,001).

Cette étude dresse le constat suivant : un apport calorique et nutritionnel adéquat est insuffisant pour remédier aux conséquences de la malnutrition à long terme. Pour les auteurs, il faut d’abord s’assurer d’une maturation optimale du MI. Afin d’évaluer l’efficacité de cette nouvelle approche thérapeutique, des essais de plus grande envergure devront être réalisés dans différentes régions géographiques et sur des âges pédiatriques plus variés.

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Actualités Pédiatrie Gastroentérologie

Microbiote oral et grand âge : un jus de betterave - et des nitrates -, et ça repart ?

Des légumes et/ou un verre de jus de betterave : rien de tel pour favoriser des bactéries buccales bénéfiques à la santé vasculaire et aux fonctions cognitives ! Vous reprendrez bien un petit verre ?

Le microbiote ORL Quels aliments pour un microbiote équilibré ?
Actu GP : Microbiote oral et grand âge : un jus de betterave - et des nitrates -, et ça repart ?

On connaissait leur apport nutritionnel, leur bienfait sur la digestion, l’hydratation, leur vertu anti-stress… Mais la source des bienfaits des légumes semble intarissable avec une nouvelle découverte : l’association gagnante des nitrates sur nos bactéries buccales. En effet, comme de nombreux autres légumes, la betterave est riche en nitrate inorganique qui est transformé par les bactéries de notre bouche en nitrite puis oxyde nitrique (NO). Or, cet oxyde est non seulement bénéfique pour la santé de nos artères mais aussi pour celle de nos cellules grises. Seul hic : l’âge avançant, ce NO est moins bien fabriqué. Et si pour contrebalancer le poids des ans, on s’octroyait un verre de jus de betterave enrichi en nitrate ?

10 jours de jus de betterave enrichi en nitrate pour un microbiote oral au top de sa forme !

Les effets de cette supplémentation s’avèrent rapides : selon une étude, 10 jours de jus ont suffi à considérablement modifier le microbiote oral d’une trentaine d’Islandais de 70 à 80 ans. La consommation du jus enrichi en nitrate a ainsi influé quelques groupes de leurs bactéries buccales. Plus précisément, certaines bactéries associées à l'inflammation (groupe des Prevotella et Veillonella) ont été réduites, de même que la redoutée Clostridium difficile qui peut infecter l'intestin et provoquer des diarrhées. A l’inverse, d’autres bactéries sont devenues relativement plus abondantes, par exemple un groupe contenant Neisseria et Haemophilus, deux bactéries associées à la santé parodontale, à un âge plus jeune, à un IMC plus faible et au fait de ne pas fumer.

Tension en baisse, attention en hausse, moral au beau fixe

La supplémentation en nitrates, via le jus de betterave, réduit la pression artérielle moyenne des participants. Or, une pression artérielle élevée est un facteur de risque de déclin cognitif. Dans cette étude, cette réduction de pression artérielle va de pair avec l’augmentation de certaines bactéries (Streptococcus et Rothia), dont la présence augmente après absorption du jus. De plus, le jus de betterave enrichi en nitrates s’avère également bénéfique à la santé cognitive. Reste que cette étude a été menée auprès de seniors actifs et en bonne santé, avec une pression artérielle généralement bonne. Cet effet bénéfique pourra-t-il être reproduit dans d'autres groupes d'âge et chez les personnes en moins bonne santé ? Dans l’attente, il reste conseillé de mettre un maximum de légumes au menu de ses prochains repas… et dans ses smoothies !

 

Sources

Vanhatalo A, L'Heureux JE, Kelly J et al. Network analysis of nitrate-sensitive oral microbiome reveals interactions with cognitive function and cardiovascular health across dietary interventions. Redox Biol. 2021 Mar 5;41:101933.

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Actualités

Du rôle des microbiotes vaginaux, utérins et intestinaux dans l’endométriose

Cause ou conséquence ?  S’il est difficile de répondre à cette question, il semble que le microbiote intestinal et les microbiotes de l’appareil reproducteur des femmes souffrant d’endométriose soient impliqués dans la pathogénèse de cette lourde maladie.

Le microbiote vaginal Microbiote vaginal : marqueur d’évolution du papillomavirus ? Des endolysines recombinantes contre la vaginose bactérienne Microbiote vaginal et prédisposition a la candidose

Pathologie inflammatoire qui se caractérise par la présence de tissu endométrial à l'extérieur de la cavité utérine, l'endométriose (EM) toucherait, selon les études, 6 à 15 % des femmes en âge de procréer. Elle peut provoquer une dysménorrhée primaire sévère, une baisse de fertilité et une masse pelvienne, affectant sérieusement la qualité de vie des femmes. Si la pathogénèse de l’EM est encore mal comprise, le microbiote pourrait être impliqué. Ainsi, certaines hypothèses évoquent des endotoxines inflammatoires, dont le lipopolysaccharide (LPS) bactérien, retrouvées dans la cavité péritonéale. Ces endotoxines inflammatoires interviendraient dans la réaction pro-inflammatoire et favoriseraient la croissance de l'endométriose1.

Lactobacillus vaginaux en berne

Afin d’approfondir "l'hypothèse de la contamination bactérienne", une équipe a prélevé le microbiote le long du tractus reproducteur de 36 femmes atteintes d'endométriose (et 14 témoins) opérées d'une tumeur bénigne gynécologique. Les résultats ? Une dysbiose de plus en plus prononcée en remontant l’appareil reproducteur, une diminution de Lactobacillus dans la flore vaginale qui s’accroit en remontant vers l’endomètre, des (sidenote: OTU Pour operational taxonomic unit, ou unités taxonomiques opérationnelles, qui désignent des regroupements de bactéries (qui ne sont pas nécessairement identifiées ou répertoriées dans les bases) présentant au moins. )  spécifiques dès le mucus cervical qui se renforcent dans le tractus génital supérieur (échantillons d’endomètre et liquide péritonéal). Cette altération du microbiote le long de l’appareil reproducteur évoque une possible participation de certaines bactéries dans la pathogenèse de l’EM.

Quel rôle du microbiote intestinal ?

Mais l’EM est loin de se limiter aux seuls symptômes gynécologiques : jusqu'à 90 % des patients atteints d'endométriose présenteraient également des symptômes gastro-intestinaux2. Deux études, l’une menée en Suède2 (66 patientes EM, 198 témoins appariés) et l’autre à Shangaï3 (12 patientes EM atteintes de formes modérées à sévères, 12 témoins), se sont penchées sur le lien entre le microbiote intestinal et l’EM : (sidenote: Diversité alpha Nombre d'espèces coexistant dans un milieu donné. ) , et dans une moindre (sidenote: Diversité beta Taux de variation en composition d’espèces, calculé en comparant le nombre de taxons uniques dans chaque écosystème.  ) , des flores des patientes se révélait inférieure à celle des témoins. Les abondances des taxons bactériens différaient. Ainsi, dans l’étude chinoise, Prevotella dominait parmi les malades, tandis que Coprococcus s’imposait chez les témoins ; certaines fonctions microbiennes (traitement de l'information environnementale, système endocrinien et système immunitaire) étaient exacerbées chez les patientes EM. Les taux sériques d’hormones, et notamment d'œstradiol, et de facteurs inflammatoires (en particulier d'IL-8) étaient significativement plus élevés chez les femmes souffrant d’EMc. Enfin, des corrélations étaient détectées entre l'abondance de Blautia et Dorea et le niveau d'œstradiol, et entre l'abondance de Subdoligranulum et le niveau d'IL-8.c Il existerait donc des associations entre le microbiote intestinal, les hormones sériques et les facteurs inflammatoires en cas d’EM.

Œstrogènes ou piste inflammatoire ?

L’EM est une maladie œstrogéno-dépendante2, les patientes atteintes d’EM affichent généralement des taux d'œstrogènes sériques élevés3. Or, le microbiote intestinal, et notamment les Ruminococcaceae et les Clostridia, pourrait affecter les taux d'œstrogènes sériques, en modulant la réabsorption des œstrogènes excrétés dans la bile qui finissent par pénétrer dans l'intestin3. D’autres auteurs évoquent le rôle régulateur du microbiote intestinal dans les processus inflammatoires en dehors du tractus gastro-intestinal2. Autrement dit, si des corrélations sont observées et des hypothèses suggérées, les mécanismes réellement en jeu n’ont pas encore été élucidés. Il n’en demeure pas moins que ces 3 études soulignent l’implication des microbiotes des tractus reproducteur et digestif dans l’EM… ce qui laisse espérer une amélioration du diagnostic et de la prise des femmes atteintes.

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Microbiote intestinal : pas encore « adulte » à 5 ans ?

Une étude suédoise montre qu’à 5 ans, le microbiote intestinal (MI) s’approche de sa configuration adulte… sans toutefois en atteindre sa maturité. Les éclairages qu’elle apporte sur la dynamique de colonisation du MI soulignent l’importance de préserver le MI des perturbations durant toute l’enfance.

Le microbiote intestinal Système immunitaire infantile : les bénéfices d’une naissance par voie basse Retard de croissance infantile : la piste du microbiote oropharyngé La transplantation fécale pour restaurer le microbiote des bébés nés par césarienne ?

La colonisation du microbiote intestinal (MI) commence à la naissance, par contact avec les micro-organismes de la flore vaginale de la mère en cas d’accouchement par voie basse, ou avec les germes cutanés de la mère et l’environnement en cas de césarienne. Elle se poursuit progressivement jusqu’à 2-3 ans en composant, selon différentes études, une communauté microbienne stabilisée de type « adulte ». Mais dès lors, le MI a-t-il véritablement achevé sa maturation ? Des chercheurs suédois ont étudié la dynamique de la constitution du MI pendant les 5 premières années de vie sur une cohorte de naissance de 471 enfants (302 nés par voie naturelle, 169 par césarienne). Le profil de leur MI a été établi par séquençage du gène de l'ARNr 16S sur des échantillons fécaux prélevés durant la première semaine de vie, à 4 mois, à 12 mois, à 3 ans et à 5 ans. Il a été comparé à celui des mères et d’adultes en bonne santé. Principal résultat : la diversité alpha (des espèces) des échantillons des enfants, représentative de la richesse de leur MI, est à 5 ans toujours inférieure à celle des adultes.

Une maturation par paliers qui se poursuit dans l’enfance

En mesurant la prévalence et la proportion des principaux taxons à chaque âge étudié, les auteurs ont pu observer que le MI se développait à des vitesses différentes selon les enfants mais sur des trajectoires relativement similaires. C’est entre 4 et 12 mois, au moment de la diversification alimentaire, que sa composition change le plus fortement. Il est notamment colonisé par Ruminococcus gnavus, dont la part diminue progressivement à partir de 12 mois. Certaines archées comme Methanobrevibacter et des bactéries appartenant aux Christensenellaceae, typiques du MI adulte, apparaissent à partir de 12 mois seulement et continuent à augmenter entre 3 et 5 ans. Cette dynamique semble essentielle à la maturation du MI : plus le MI est diversifié chez les enfants, plus il contient ces taxons « tardifs » et moins il contient de R. gnavus. Or des études ont déjà montré qu’un MI peu riche et un excès de R. gnavus étaient liés à diverses pathologies (syndrome métabolique, maladies cardiovasculaires, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin) et que l’abondance de Methanobrevibacter et Christensenellaceae, entre autres, était associée à la santé métabolique et à un Indice de Masse Corporel plus bas.

Un équilibre à préserver des perturbations

Sans établir de recommandations à ce stade, les auteurs de cette étude largement relayée dans la presse soulignent donc la probable grande sensibilité du MI aux perturbations pendant sa constitution, avec des effets profonds sur la santé. Certaines de leurs constatations sur l’impact de facteurs précoces sur le développement du MI sont toutefois étonnantes. La prise d’antibiotiques, pendant la grossesse de la mère et la première année de vie du nourrisson, n’affecte ainsi pas la diversité du MI au cours du temps.Quant au mode de naissance, il semble jouer un rôle limité : la diversité du MI des enfants nés par césarienne est certes plus faible à 4 mois que chez les enfants nés par voie basse, mais elle se normalise à l’âge de 3 ans. Le développement harmonieux du microbiote intestinal devrait donc être au maximum préservé, sans doute au-delà de 5 ans, afin de donner aux enfants tous les atouts pour un avenir en bonne santé.

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Actualités Pédiatrie Gastroentérologie

Microbiote Intestinal : pas encore considéré « adulte » à 5 ans ?

Le microbiote intestinal devient « adulte » à l’âge de 2 ou 3 ans, disait-on. Pas tout à fait nuancent les auteurs d’une récente étude scientifique1 : à 5 ans, sa composition n’est toujours pas similaire à celui des adultes. Certains micro-organismes cruciaux pour une bonne santé continuent même à se développer après cet âge. D’où l’importance d’en prendre grand soin pendant toute l’enfance !

Le microbiote intestinal Quels aliments pour un microbiote équilibré ?
Actu GP : Microbiote intestinal : pas encore « adulte » à 5 ans ?

C’est une vérité scientifique gravée dans le marbre des manuels de biologie. Dans le ventre de sa mère, le bébé n’a pas de microbiote intestinal : son système digestif est encore stérile ! C’est à partir de la naissance que le microbiote commence à se constituer, par contact avec tous les micro-organismes de la mère lors de l’accouchement et de son environnement. Peu à peu, il devient de plus en plus riche et plus fort en bactéries « amies » jusqu’à ressembler à celui d’un adulte vers l’âge de 2 ou 3 ans, estimaient jusqu’à présent les scientifiques. Récemment, certaines équipes de recherche ont démontré que ce développement pouvait être plus long, et une nouvelle étude suédoise sur plus de 470 enfants de la naissance à 5 ans vient appuyer cette dynamique.

Le microbiote intestinal, « adulte » à 5 ans ? Pas tout à fait !

Les chercheurs ont analysé les micro-organismes présents dans les selles des enfants à différentes étapes (à la naissance, à 4 mois, à 12 mois, à 3 mois et à 5 ans) et les ont comparés avec celui de leurs mères et d’autres adultes., Ils ont d’abord étudié la diversité dans les échantillons. Première découverte : seule une toute petite minorité (3,5%) des enfants de 5 ans avaient un microbiote intestinal aussi mature que celui des adultes.

Ils ont ensuite observé comment ces micro-organismes colonisaient l’intestin chez les enfants. Schématiquement, de la naissance à 4 mois, le microbiote intestinal contient principalement des bactéries lactiques ainsi que des bifidobactéries. De 4 mois à 1 an, avec la diversification alimentaire, c’est le grand chambardement : beaucoup de nouveaux micro-organismes arrivent et s’installent, certains se multiplient quand d’autres se réduisent. Entre 1 et 3 ans, l’organisation de cette petite communauté vers un microbiote intestinal « de grand » se stabilise. Cependant, certains micro-organismes qu’on sait très importants pour une bonne santé n’apparaissent qu’à partir d’1 an et continuent à augmenter au-delà de 3 ans. Et même à 5 ans, ils n’atteignent pas encore leur niveau adulte.

Un développement à protéger pour une meilleure santé

Les auteurs de l’étude le soulignent : le microbiote intestinal est sans doute sensible aux perturbations durant toute sa constitution. On sait d’ailleurs aujourd’hui qu’un déséquilibre du microbiote intestinal (dysbiose) chez le tout-petit, par exemple provoquée par des antibiotiques, peut avoir des répercussions sur la santé plus tard : troubles digestifs, surpoids, allergies2,3,4, etc. On sait aussi qu’une alimentation saine lors de la diversification contribue à la construction d’un microbiote intestinal sain5. Le développement harmonieux du microbiote intestinal devrait donc être au maximum préservé, sans doute au-delà de 5 ans, afin de donner aux enfants tous les atouts pour un avenir en bonne santé !

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Règles douloureuses : et si le microbiote vaginal était en cause ?

Ressentir des crampes et un certain inconfort pendant les périodes menstruelles est tout à fait normal. Endurer des douleurs excessives qui vous font manquer le travail ou l'école ne l’est pas. Cette nouvelle étude s’intéresse au rôle du microbiote vaginal dans ces douleurs communément appelées dysménorrhée.

Le microbiote vaginal Quels aliments pour un microbiote équilibré ?
Actu GP : Règles douloureuses : et si le microbiote vaginal était en cause ?

Face aux règles douloureuses, nous ne sommes pas toutes logées à la même enseigne. Il existe un haut degré de variabilité interindividuelle dans l'intensité des douleurs menstruelles, le nombre de zones douloureuses ou les symptômes gastro-intestinaux concomitants. Les causes biologiques de cette variabilité demeurent encore aujourd’hui peu connues. Le microbiote vaginal est aujourd’hui dans la ligne de mire des chercheurs. En effet, les symptômes/intensité de la douleur de la (sidenote: Dysménorrhée La dysménorrhée est le terme médical désignant les douleurs liées aux règles (menstruations) ou les crampes menstruelles. )  pourraient être exacerbés par une inflammation provoquée par un microbiote vaginal altéré. Bien qu’il ait été étudié dans plusieurs contextes gynécologiques (vaginose, fausse couche ou endométriose), cette étude est la première à s’intéresser au lien entre la composition du microbiote vaginal au moment des menstruations et l’intensité des douleurs.

Des microbiotes vaginaux hétérogènes

20 femmes ont participé à une étude pilote. Après avoir rempli des questionnaires, elles ont été classées en trois groupes en fonction des douleurs ressenties pendant leur règles : "douleurs localisées légères", "douleurs localisées sévères" et "symptômes sévères multiples". Le microbiote vaginal a été analysé à deux périodes du cycle soit pendant les règles et en dehors des règles. Les résultats montrent une variabilité interindividuelle de la stabilité du microbiote vaginal, c’est-à-dire que sa composition peut être très variable d’une femme à une autre et au cours du cycle. Cependant, des différences de composition sont observées pendant les règles en fonctions de l’intensité de la douleur. En particulier, les femmes présentant des symptômes de dysménorrhée plus sévères avaient un profil microbien vaginal avec des proportions plus faibles de lactobacilles et des proportions plus élevées de bactéries potentiellement pro-inflammatoires pendant les règles.

Un espoir pour les femmes qui souffrent

Cette étude pilote bien que limitée en taille, en âge et en diversité ethnique, est un premier pas pour soutenir des études plus larges sur l’association entre l’intensité des douleurs pendant les règles et la composition du microbiote vaginal. L’hypothèse des chercheurs est la suivante : pendant les règles, la dégradation des tissus de l'endomètre libérerait des molécules (prostaglandines) capables de provoquer des contractions musculaires utérines et une sensibilité accrue contribuant aux douleurs menstruelles. Certaines bactéries du microbiote vaginal pourraient favoriser la libération de ses molécules et stimuler la libération de cytokines pro-inflammatoires amplifiant les symptômes de la dysménorrhée. Si ces hypothèses doivent être confirmées, cette étude pilote souligne l’importance de prendre en compte la dynamique du microbiote vaginal au cours du cycle et des différences interindividuelles. Ces connaissances pourraient contribuer au développement d'interventions personnalisées et/ou à des biomarqueurs pour prévenir la dysménorrhée et in fine améliorer la qualité de vie des femmes.

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Sources :

Chen CX, Carpenter JS, Gao X, et al. Associations Between Dysmenorrhea Symptom-Based Phenotypes and Vaginal Microbiome: A Pilot Study [published online ahead of print, 2021 Mar 13]. Nurs Res. 2021

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