Le lait maternel façonne-t-il le « résistome » du nourrisson ?

L'allaitement maternel est universellement recommandé. Mais quelles bactéries vivantes le lait transmet-il réellement, et peuvent-elles remodeler le résistome intestinal du nourrisson ? La métagénomique au niveau des souches apporte désormais une réponse à ces deux questions, avec des implications directes pour le conseil périnatal.

Les conseils en matière d'allaitement maternel reposaient depuis longtemps sur un choix binaire : allaitement maternel ou lait maternisé. Une étude phare publiée dans Nature Communications par Ferretti, Allert et al. remet totalement en cause cette vision simpliste 1.

En recourant à la (sidenote: Séquençage métagénomique shotgun Il s'agit d'une méthode de séquençage haute résolution qui analyse tout le matériel génétique de chaque microbe présent dans un échantillon. Contrairement aux techniques plus anciennes qui se contentent d'identifier les familles de bactéries, ce séquençage permet une identification précise jusqu'au niveau de l'espèce et révèle les gènes fonctionnels que possèdent ces bactéries. )  sur 507 échantillons provenant de 195 couples mère-nourrisson, l'équipe a suivi les bactéries non seulement au niveau de l'espèce, mais aussi au niveau de la souche ; une résolution génétique nécessaire pour prouver la transmission, et non pas simplement la déduire. Leurs conclusions redéfinissent l'allaitement maternel comme une intervention microbienne active, spécifique à certaines souches, ayant des conséquences mesurables sur le (sidenote: Résistome L'ensemble complet des gènes de résistance aux antimicrobiens (ARG) présents dans un microbiome. Dans cette étude, le résistome intestinal des nourrissons a été fortement influencé par le lait maternel, même chez les nourrissons n'ayant jamais reçu d'antibiotiques. )  de l'enfant.

Quand une seule espèce assure la cohésion du microbiome

Bifidobacterium longum était présent dans 98,2 % des échantillons de selles de nourrissons à l'âge d'un mois, mais la prévalence à elle seule ne rend pas compte de son rôle. Les nourrissons dont l'intestin était dominé par B. longum, et en particulier par sa sous-espèce B. longum subsp. infantis, ont conservé une composition du microbiome nettement plus stable entre un et six mois que ceux dont l'intestin était dominé par d'autres espèces.
Le mécanisme est spécifique : B. longum subsp. infantis possède le système enzymatique nécessaire pour dégrader les oligosaccharides du lait maternel (HMO), ce qui lui confère un avantage concurrentiel décisif dans l'intestin des nourrissons allaités.
Son abondance relative moyenne est passée de 3,2 % à un mois à 23,8 % à six mois. Les nourrissons dont l'intestin n'était pas dominé par les bifidobactéries ont présenté la plus grande volatilité.

Conclusion clinique : la durée de l'allaitement maternel n'est pas seulement une variable nutritionnelle ; c'est un facteur déterminant de la composition du microbiome.

Douze cas de transmission confirmés, et ce qu’ils révèlent sur l’axe intestin-lait

Douze cas de partage au niveau de la souche entre le lait maternel et l'intestin du nourrisson ; même espèce, empreinte génétique identique ; démontrent que le lait maternel constitue une véritable voie de transmission.
Les taxons partagés comprenaient des commensaux (B. longum, B. bifidum), des espèces associées à l'intestin (Phocaeicola vulgatus) et des résidents buccaux typiques tels que Streptococcus salivarius et Rothia mucilaginosa, ces deux dernières suggérant une colonisation rétrograde depuis la cavité buccale du nourrisson vers le lait pendant la tétée, un axe bidirectionnel biologiquement plausible.

Most notable was the detection of Klebsiella pneumoniae as a confirmed shared strain. No infants showed clinical manifestations, consistent with silent commensal carriage; nonetheless, this finding signals that culture-independent, strain-level milk surveillance may add meaningful risk stratification in high-risk neonatal settings beyond what standard culture screens can offer.

Delivery mode compounds this picture: 19.4% of infant gut strains at one month persisted to six months, and vaginally born infants retained significantly more of them than those born by C-section (p = 0.018), evidence that birth mode shapes not just early colonisation, but the durability of the microbial community across the first half-year of life.

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Le résistome est héréditaire et l'allaitement maternel peut le moduler

Tous les nourrissons étaient porteurs de gènes de résistance aux antibiotiques (GRA) à l'âge d'un mois, y compris les 67 % chez lesquels aucune exposition aux antibiotiques n'avait été enregistrée avant, pendant ou après la naissance. Des classes de résistance à la tétracycline, aux MLS (macrolides-lincosamides-streptogramines), aux aminoglycosides et aux bêta-lactamines étaient toutes présentes. Il ne s'agit pas d'un signe d'échec clinique ; il s'agit de l'écologie de base de l'intestin néonatal humain, constituée par des mécanismes indépendants de la pression sélective des antibiotiques et largement invisibles lors des bilans cliniques standard.

Cette étude apporte un éclairage sur l'axe de transmission et, surtout, propose une mesure préventive modifiable. Les paires mère-enfant partageaient significativement plus de gènes de résistance aux antibiotiques (ARG) que les pseudo-paires permutées (p < 0,016). Les gènes partagés dominants étaient MACB (classe MLS), ACRD (aminoglycoside) et TETQ (tétracycline). Le partage était le plus élevé chez les deux paires présentant des événements confirmés de transmission de souches, ce qui fournit une explication cohérente sur le plan mécanistique. Pourtant, les nourrissons dont l'intestin était dominé par des bifidobactéries portaient nettement moins de gènes de résistance aux antibiotiques que ceux dominés par d'autres espèces (p = 7,6 × 10^(−10)).

Les implications pratiques sont évidentes : favoriser la colonisation par les Bifidobacterium grâce à l'allaitement maternel exclusif et, lorsque cela est indiqué, à la prise de probiotiques contenant B. longum subsp. infantis permet non seulement d'enrichir le microbiome, mais aussi de réduire le résistome.

Les cliniciens disposent désormais de données, tant au niveau des souches qu'au niveau du résistome, qui montrent que la manière dont les conseils en matière d'allaitement sont dispensés et leur durée ont des conséquences qui vont bien au-delà de la simple nutrition.

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Votre lait maternel nourrit le microbiome de votre bébé

Votre lait maternel n'est pas seulement un aliment, c'est un écosystème vivant. Chaque tétée apporte des bactéries directement dans l'intestin de votre bébé. De récentes découvertes scientifiques permettent désormais de déterminer précisément quelles bactéries s'y installent et façonnent la santé de votre enfant de l'intérieur.

Le microbiote intestinal

Vous savez déjà que le lait maternel est extraordinaire. Mais des scientifiques viennent de révéler quelque chose qui va bien au-delà de la simple nutrition : votre lait regorge de bactéries, et ces bactéries se retrouvent directement dans l’intestin de votre bébé, s’y installent et commencent à façonner sa santé dès les premières semaines de vie.
Une nouvelle étude majeure 1 publiée dans Nature Communications, qui a suivi 195 couples mère-bébé pendant six mois, a utilisé une technologie suffisamment puissante pour distinguer les « empreintes » bactériennes individuelles et les a suivies, une par une, du lait jusqu'au bébé.

Ce petit habitant qui fait tout tenir ensemble

Parmi toutes les bactéries identifiées par les scientifiques, une se démarquait : Bifidobacterium longum. Elle était présente dans l’intestin de 98 bébés sur 100 à l’âge d’un mois.
Mais ce qui la rend remarquable, ce n’est pas seulement sa prévalence, c’est son action. Les bébés dont l'intestin était dominé par cette espèce, en particulier une sous-espèce appelée B. longum subsp. infantis, présentaient un microbiome intestinal qui restait remarquablement stable au cours des mois suivants.
Il s'est stabilisé, plutôt que de fluctuer. Pourquoi ? Parce que cette bactérie a développé une capacité particulière à décomposer les sucres naturels du lait maternel, des sucres qui, semble-t-il désormais, existent précisément pour la nourrir.

Plus les mères allaitaient exclusivement longtemps, plus cette espèce prospérait. Chez les bébés qui avaient arrêté plus tôt, les communautés qui s'installaient étaient moins stables. Ce que vous donnez à manger à votre bébé détermine qui s'installe et qui reste.

Avertissement

Au Biocodex Microbiota Institute, nous sommes conscients que l'allaitement maternel, y compris l'allaitement prolongé, n'est pas toujours possible ou adapté à toutes les mères et à toutes les familles. Cet article a pour objectif de partager les dernières découvertes scientifiques sur le sujet, tout en respectant la diversité des parcours d'alimentation et des situations individuelles.

De votre lait à leur intestin : une transmission directe

C'est là que la recherche devient véritablement stupéfiante. Grâce à une technique capable de distinguer des « jumeaux » bactériens – des souches si proches qu'elles semblent identiques aux tests classiques –, les scientifiques ont découvert quelque chose qui n'avait jamais été confirmé auparavant avec une telle précision : la souche exacte détectée dans le lait maternel a également été retrouvée, quelques semaines plus tard, dans l'intestin de son bébé. Il ne s'agissait pas simplement d'une espèce similaire, mais d'une identité génétique identique. Vos bactéries connaissent l'adresse de votre bébé, et elles s'y rendent d'elles-mêmes.

Ils ont également fait une découverte inattendue concernant le sens de la circulation. Certaines bactéries communes appartenaient à des espèces que l'on trouve habituellement dans la bouche, ce qui suggère que lorsque votre bébé tète, des microbes présents dans sa bouche se retrouvent dans le lait. L'allaitement maternel n'est pas un transfert à sens unique. Il s'agit d'un échange entre deux microbiomes, qui s'effectue dans les deux sens à chaque tétée.
Le mode d'accouchement laisse également son empreinte ici. Les bébés nés par voie vaginale ont conservé leurs bactéries intestinales nettement plus longtemps ; à six mois, leur communauté microbienne ressemblait davantage à celle qu'ils avaient à un mois.
Les bébés nés par césarienne présentaient un tableau plus fluctuant, avec moins de souches persistantes. Aucune de ces conclusions n'est définitive. Mais la manière dont un bébé vient au monde façonne le microbiome qu'il portera tout au long de sa vie.

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Les gènes dont votre bébé était porteur à la naissance 

Tous les bébés participant à l'étude, y compris les deux tiers qui n'avaient jamais reçu le moindre antibiotique, étaient porteurs de gènes liés à la résistance aux antibiotiques. Cela peut sembler alarmant. Ce n'est pourtant pas le cas. Ces gènes, désignés collectivement sous le nom de « résistome », constituent une caractéristique normale et ancestrale de l'intestin humain, bien plus ancienne que les antibiotiques eux-mêmes. Ce que les scientifiques cherchaient simplement à comprendre, c'était d'où provenait le résistome d'un nouveau-né.

Resistome

L'ensemble des gènes de résistance aux antibiotiques présents dans un microbiome. Anciens et courants, ces gènes existaient bien avant la mise au point des antibiotiques. Les bébés en sont porteurs dès la naissance. Cette étude montre que l'allaitement maternel contribue à les maintenir sous contrôle.

La réponse réside, en grande partie, dans le lait maternel. Les mères et leurs bébés partageaient bien plus de gènes de résistance entre eux que les couples sans lien de parenté, ce qui prouve clairement que l'alimentation constitue une voie de transmission. Mais voici ce qui importe le plus : les bébés dont l'intestin était dominé par les Bifidobacterium, précisément les bactéries que le lait maternel favorise, possédaient nettement moins de gènes de résistance que ceux dont la flore microbienne était différente. 

L'allaitement maternel ne se contente pas de favoriser le développement d'un microbiome florissant. Il élimine activement un microbiome moins souhaitable. Chaque tétée est, au sens biologique le plus littéral du terme, un acte de protection.

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Comment le microbiote intestinal agit sur la qualité du sommeil

Le microbiote intestinal et le sommeil entretiennent des interactions bidirectionnelles via des voies métaboliques, neuronales et immunitaires. La porte ouverte à de nouvelles stratégies thérapeutiques en cas de sommeil altéré ?

L’axe intestin-cerveau

Et s’il existait une association bidirectionnelle entre le sommeil et l’intestin ? Pour aller plus loin que les simples études de corrélation, une revue1 plonge dans la littérature explorant l’axe microbiote–intestin–cerveau et son rôle dans la régulation du sommeil, afin de résumer les mécanismes potentiels reliant la composition et les fonctions du microbiote intestinal aux perturbations du sommeil.
 

18 % La prévalence estimée de l’apnée obstructive du sommeil (OSA) dans la population adulte est de 18 %.

10 % La prévalence estimée de l’insomnie dans la population adulte est de 10 %.

3 % La prévalence estimée du syndrome des jambes sans repos (RLS) dans la population adulte est de 3 %.

Troubles du sommeil et axe intestin-cerveau

Divers troubles du sommeil sont associés à des altérations de la composition du microbiote intestinal et de ses métabolites :
- Les insomniaques affichent une réduction de la diversité microbienne, avec (même si cela varie d’une étude à l’autre), le recul de certaines bactéries (comme les Ruminococcaceae) corrélé à une baisse de leurs métabolites (moins d’acides biliaires secondaires, produits par bactéries à partir des acides biliaires du foie).
- Une moindre diversité est également observée chez les patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil, et une transplantation de microbiote fécal (FMT) de sujets souffrant d'hypoxie peut altérer les cycles de sommeil d’animaux sains.
- Le travail de nuit et le décalage horaire provoqueraient également des changements notables du microbiote, augmentant la perméabilité intestinale et l'inflammation.
- La narcolepsie pourrait être liée à un déséquilibre entre microbiotes immunosuppresseurs et immunostimulateurs.
- Dans le syndrome des jambes sans repos, une prolifération bactérienne dans l'intestin grêle pourrait être impliquée.

Des dysbioses sont également observées dans des pathologies associées à des troubles du sommeil : dans le trouble dépressif majeur, la composition du microbiote intestinal est corrélée à la qualité du sommeil ; dans la maladie de Parkinson, des études de (sidenote: Randomisation mendélienne Approche qui exploite la variabilité génétique naturelle pour tester des relations causales entre un facteur biologique (ex. cholestérol, vitamine D, IMC) et une maladie (ex. infarctus). Pour ce faire, les chercheurs utilisent les variants génétiques associés au facteur biologique recherché (ex. patients avec allèles augmentant le LDL-cholestérol vs patients sans) pour tester s’il existe une relation causale entre le facteur biologique (LDL cholestérol) et la maladie (infarctus). La distribution aléatoire des allèles dans la population réduit les biais (facteurs de confusion, etc.), imitant certains avantages d’un essai randomisé. ) ont suggéré une association causale avec des bactéries intestinales ; dans la maladie d'Alzheimer, les troubles du sommeil seraient directement associés à l'accumulation de protéine bêta amyloïde, en parallèle de modifications de la flore bactérienne qui constitueraient des biomarqueurs potentiels de diagnostic voire de traitement.

0,03 % La prévalence estimée de la narcolepsie dans la population adulte est de 0,03 %.

>50% Plus d’une personne sur 2 atteinte de démence (dont la maladie d’Alzheimer) souffre d’insomnie.²

Une communication bidirectionnelle

La revue présente en outre trois grandes voies de communication bidirectionnelles via lesquelles l’axe microbiote–intestin–cerveau coordonnerait le sommeil :
- Voies métaboliques et endocriniennes : les acides biliaires secondaires et les (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) produits par les bactéries influencent le sommeil via la circulation systémique. Par ailleurs, le microbiote produit ou régule des molécules clés du cycle veille-sommeil comme le GABA, la sérotonine, le tryptophane et la mélatonine.
- Voies neuronales : les bactéries intestinales et leurs métabolites impactent le système nerveux entérique et interagissent avec les voies du nerf vague pour influencer les régions et circuits cérébraux liés au sommeil. De plus, le microbiote et ses métabolites modulent la réponse au stress et la rythmicité de la corticostérone, influençant l'hyperactivité de l'éveil.
- Voies immunitaires : la privation de sommeil déclenche une inflammation systémique et intestinale, compromettant la barrière intestinale et affectant le système nerveux central.

Le saviez-vous ?

  • Dans les pays d’Europe à hauts revenus, l’apnée obstructive du sommeil (OSA) est le trouble du sommeil le plus coûteux (184 milliards d’euros), suivie de l’insomnie (158 milliards d’euros), du syndrome des jambes sans repos (RLS) (79 milliards d’euros), de la narcolepsie (905 millions d’euros) et du trouble du comportement en sommeil paradoxal (RBD) (436 millions d’euros). Les coûts directs et indirects représentent respectivement 48 % et 52 % du total, aucune donnée n’étant disponible concernant les coûts liés aux soins informels.3
     
  • Les troubles du sommeil sont très fréquents chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, jusqu’à 98 % des patients en présentant à un moment donné. Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (RBD) est observé chez environ 46 % des patients atteints de la maladie de Parkinson.
     
  • Le syndrome des jambes sans repos (RLS) touche 15 à 20 % des patients atteints de la maladie de Parkinson, bien qu’un RLS survenant tôt dans la vie ne prédispose pas au développement ultérieur de la maladie de Parkinson. Cependant, un RLS sévère peut représenter un signal précoce de la maladie. 

Modifier le microbiote pour améliorer le sommeil

Parce que les traitements traditionnels des troubles du sommeil s’accompagnent souvent d’effets secondaires, les thérapies ciblant le microbiote représentent des stratégies prometteuses :

La science serait-elle en route vers une médecine de précision du sommeil ?
 

Microbiote intestinal et troubles du sommeil : vers une approche thérapeutique basée sur la modulation microbienne ?

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Vitiligo : le microbiote intestinal au cœur du stress oxydatif cutané

Le microbiote intestinal jouerait un rôle important dans l’initiation et la progression du vitiligo. L’acide hippurique, métabolite du microbiote, serait un médiateur clé du stress oxydatif… et un potentiel biomarqueur voire une cible thérapeutique ?

Maladie auto-immune cutanée, le vitiligo se caractérise par la destruction des mélanocytes, entraînant des tâches dépigmentées. Or, le stress oxydatif cutané, facteur clé de la progression de la maladie, semble sous influence du microbiote intestinal. Décryptage d’une publication qui décortique les mécanismes à l’œuvre.1

Un stress oxydatif en lien avec le microbiote intestinal

Première étape du travail des chercheurs : l'analyse de lésions chez des patients et dans un modèle murin. Elle montre, au niveau des zones dépigmentées, une surexpression de gènes liés au stress oxydatif et aux réponses aux espèces réactives de l'oxygène (ROS). De quoi confirmer que ces processus sont cruciaux dans la pathogenèse de la maladie.

Étape suivante : les chercheurs découvrent que les souris atteintes de vitiligo présentent une accumulation importante de ROS dans la peau, et des anomalies mitochondriales dans leurs mélanocytes. L’élimination du microbiote intestinal par des antibiotiques a réduit l’accumulation anormale de ROS et les anomalies mitochondriales des mélanocytes, avec à la clé une amélioration significative de la dépigmentation. Ainsi, le microbiote intestinal régulerait directement l'état de stress oxydatif de la peau.

Le vitiligo dans le monde

  • La prévalence mondiale du vitiligo diagnostiqué par un médecin ou un dermatologue au cours de la vie est estimée à 0,36 % dans la population générale, à 0,67 % dans la population adulte et à 0,24 % dans la population enfantine.2
  • Chez les adultes, les estimations de prévalence varient de 0,43 % en Asie de l’Est à 0,98 % en Europe centrale.2
  • Chez les enfants, la prévalence du vitiligo varie de 0,16 % en Asie de l’Est à 0,35 % en Asie du Sud et 0,35 % en Europe centrale.2
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Du microbiote intestinal à la peau

Les travaux suivants des chercheurs montrent que le microbiote des souris vitiligo est déséquilibré (augmentation des Clostridiales, diminution des Verrucomicrobiae). Le transfert de ce microbiote dysbiotique (par cohabitation des animaux ou transplantation fécale) aggrave la dépigmentation. À l'inverse, l'administration de probiotiques freine la progression de la maladie, suggérant une piste thérapeutique.

Mais comment se fait le lien entre le microbiote intestinal et la peau ? L'analyse métabolomique de tissus fécaux, sanguins et cutanés de souris a permis d’identifier un élément clé : l'acide hippurique, métabolite dérivé du microbiote, s'accumulerait de manière excessive dans les selles, le sérum et la peau des souris vitiligo. Des injections d'acide hippurique suffisent à reproduire l'accumulation de ROS et à aggraver la dépigmentation chez les souris. Et chez l’homme ? Les taux sériques d'acide hippurique s’avèrent plus élevés chez les patients atteints de vitiligo.

Une hypothèse mécanistique

D’où l’hypothèse du mécanisme suivant : chez les souris vitiligo, la barrière de la muqueuse intestinale serait affaiblie (diminution des cellules caliciformes responsables de la production de mucus, et de l'épaisseur de la muqueuse), ce qui augmenterait la perméabilité intestinale. Cette porosité faciliterait le passage de l'acide hippurique dans la circulation sanguine, puis vers la peau. L'acide hippurique induirait le stress oxydatif en se liant directement à deux protéines (NOS2 et MAPK14), cette interaction moléculaire directe favorisait alors la production de ROS dans les tissus cutanés.

Ainsi, la dysbiose intestinale orchestrerait le stress oxydatif cutané dans le vitiligo, via l'acide hippurique. Ces résultats laissent également espérer un rôle des probiotiques pour ralentir la maladie.

Les bactéries intestinales convertissent les hormones du stress en progestatifs : l’étonnant rôle de l’hydrogène

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Un métabolite intestinal pourrait permettre de prédire le succès d'un traitement CAR-T

Nous savons que les antibiotiques nuisent aux résultats des traitements CAR-T. Mais pourquoi ? De nouvelles données issues d'une étude multicentrique révèlent que le microbiote intestinal, et plus particulièrement les bactéries productrices de butyrate, joue un rôle déterminant dans la réussite du traitement du lymphome non hodgkinien. Le butyrate circulant apparaît à la fois comme un biomarqueur et comme un potentialisateur thérapeutique, ce qui redéfinit la manière dont nous préparons les patients à la thérapie cellulaire.

Le microbiote intestinal s'est révélé être un modulateur essentiel de l'immunothérapie anticancéreuse, mais ses mécanismes précis dans le cadre de la thérapie par cellules CAR-T restaient jusqu'à présent mal connus. Une étude multicentrique convaincante1 publiée dans Clinical Cancer Research démontre désormais qu'un métabolite microbien spécifique, le (sidenote: Butyrate Un acide gras à chaîne courte produit par les bactéries intestinales par fermentation des fibres alimentaires. ) , pourrait constituer à la fois un biomarqueur pronostique et un levier thérapeutique potentiel pour les patients atteints d'un lymphome non hodgkinien (LNH) suivant un traitement par cellules CAR-T anti-CD19.

Quand les antibiotiques ont des répercussions au-delà de l'infection

L'étude a recruté 84 patients atteints de LNH dans quatre centres et a confirmé ce que suggéraient de récentes cohortes américaines et allemandes : l'exposition à des antibiotiques non prophylactiques avant la perfusion de CAR-T nuit considérablement à la survie sans progression. Les patients ayant reçu deux lignes ou plus d'antibiotiques non prophylactiques ont présenté des résultats nettement moins bons, les antibiotiques à haut risque, notamment le méropénème, la céfazoline, la ceftriaxone et la pipéracilline-tazobactam, présentant les associations négatives les plus fortes.

Les chercheurs de l'hôpital 12 de Octubre ne se sont pas contentés d'établir une corrélation ; ils ont examiné le mécanisme en jeu. Grâce au (sidenote: Séquençage de l’ARNr 16S Méthode de lecture d'un gène bactérien de type « code-barres » permettant d'identifier et de différencier les espèces. ) d'échantillons de selles prélevés lors d'une lymphaphérèse, ils ont constaté que les patients exposés aux antibiotiques présentaient des indices de (sidenote: Diversité du microbiote La variété et l'uniformité des espèces bactériennes au sein de l'écosystème intestinal, mesurées à l'aide d'indices tels que ceux de Shannon et de Pielou. ) nettement inférieurs. Surtout, cette diversité réduite était en soi un facteur prédictif d'une survie plus faible, créant ainsi une chaîne mécanistique allant de l'utilisation d'antibiotiques à l'échec clinique en passant par la dysbiose.

Les acides gras à chaîne courte apparaissent comme le chaînon manquant

L'analyse taxonomique a révélé une tendance frappante : les patients ayant répondu au traitement CAR-T présentaient des abondances relatives significativement plus élevées de (sidenote: Bactéries productrices d'AGCC Taxons bactériens qui métabolisent les substrats alimentaires en acides gras à chaîne courte, notamment l'acétate, le propionate et le butyrate. ) . Plus précisément, des taxons tels que Prevotella, Ruminococcus, Butyricicoccus et la famille des Clostridiaceae étaient plus abondants chez les patients ayant obtenu une réponse complète ou partielle. À l'inverse, les non-répondeurs présentaient des taux élevés de bactéries lactiques, notamment des Lactobacillales et des Enterococcus. La conséquence fonctionnelle est apparue clairement lorsque les chercheurs ont mesuré les métabolites sériques. Les patients présentant un taux de butyrate circulant plus élevé au départ ont démontré une survie sans progression et une survie globale supérieures. Une analyse multivariée a confirmé que le butyrate était un facteur pronostique indépendant, des taux faibles conférant un risque de progression plus de six fois supérieur.

Le butyrate reprogramme les cellules CAR-T pour une efficacité cytotoxique accrue

Afin de valider le rôle direct du butyrate, les chercheurs ont exposé des cellules CAR-T à des concentrations physiologiquement pertinentes in vitro. Les cellules CAR-T stimulées par le butyrate ont présenté une expression accrue des marqueurs d'activation, une efficacité de transduction plus élevée et une évolution vers des phénotypes de mémoire centrale, caractéristiques associées à une persistance supérieure. 

Sur le plan fonctionnel, ces cellules ont généré une lyse spécifique significativement plus importante des cibles lymphomateuses à plusieurs ratios effecteur/cible. Le séquençage complet du transcriptome a révélé une régulation à la hausse de 145 gènes impliqués dans la cytotoxicité, la réactivité aux chimiokines et la prolifération des cellules T, tandis que les gènes associés à la sénescence étaient régulés à la baisse. L'analyse d'enrichissement des voies métaboliques a confirmé une signalisation inflammatoire et une fonction cytotoxique accrues. Il est remarquable de constater que la supplémentation orale en butyrate dans un modèle murin de xénogreffe a considérablement réduit la charge tumorale et prolongé la survie par rapport aux témoins, démontrant ainsi la validité du concept in vivo. 

La conclusion à tirer n'est pas de supplémenter immédiatement tous les patients, mais de reconnaître que l'axe microbiote-butyrate représente un déterminant modifiable de l'efficacité des CAR-T qui mérite une évaluation prospective.

Les antibiotiques perturbent l'immunothérapie contre le cancer en induisant des réactions intestinales et immunitaires

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Source

1. García-Vicente R, et al. The Potential of the Gut Microbiota and Butyrate to Enhance CAR-T Cell Therapy in Non-Hodgkin Lymphoma. Clin Cancer Res. 2025. https://doi.org/10.1158/1078-0432.CCR-25-1676

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Les bactéries intestinales seraient-elles liées au risque de cancer du foie ?

Les bactéries intestinales liées au foie ? On associe généralement le cancer du foie à l'hépatite virale, à l'alcool et aux maladies métaboliques. Pourtant, une étude portant sur 12 cohortes révèle qu'un dysfonctionnement de la barrière intestinale, détectable des années avant le diagnostic grâce à des marqueurs de translocation bactérienne, permet de prédire de manière indépendante le cancer du foie. Ce mécanisme de l'axe intestin-foie redéfinit notre compréhension de l'hépatocarcinogenèse.

Le développement du cancer du foie a été principalement attribué à des facteurs de risque bien établis, notamment l'hépatite virale, la consommation excessive d'alcool et les troubles métaboliques. Cependant, une étude cas-témoins imbriquée novatrice publiée dans l'International Journal of Cancer a examiné 867 cas de cancer du foie et 867 témoins appariés issus de 12 cohortes américaines, révélant que les marqueurs immunologiques de la (sidenote: Translocation bactérienne Le passage de bactéries viables ou de produits bactériens, tels que le lipopolysaccharide et la flagelline, à travers la barrière intestinale vers la circulation systémique. Lorsque la fonction de barrière intestinale est altérée, la translocation bactérienne déclenche une activation immunitaire et une inflammation chronique susceptibles de contribuer à la carcinogenèse hépatique. ) , mesurés en moyenne 12 ans avant le diagnostic, sont indépendamment associés au risque de cancer du foie1.

La barrière intestinale sous la loupe

La barrière intestinale remplit une double fonction essentielle : elle permet l'absorption des nutriments tout en empêchant la translocation de produits bactériens nocifs dans la circulation sanguine. Des chercheurs issus de plusieurs institutions ont mesuré les concentrations sériques pré-diagnostiques de la (sidenote: Protéine de liaison aux lipopolysaccharides Protéine de phase aiguë principalement synthétisée par les hépatocytes, qui se lie au lipopolysaccharide des bactéries à Gram négatif pour former un complexe LPS-LBP. ) , du (sidenote: CD14 soluble Une protéine co-réceptrice qui reconnaît le complexe LPS-LBP et facilite la transmission des signaux immunitaires afin de déclencher des réponses inflammatoires. ) et des anticorps dirigés contre le lipopolysaccharide et la flagelline. Ces marqueurs reflètent la réponse de l'organisme aux produits bactériens d'origine intestinale qui ont franchi la barrière intestinale.

 

La LBP, une protéine de phase aiguë synthétisée principalement par les hépatocytes, se lie au lipopolysaccharide des bactéries à Gram négatif et forme des complexes reconnus par le CD14 soluble, déclenchant ainsi des cascades inflammatoires. Le résultat le plus marquant a été que les concentrations de LBP présentaient l'association la plus forte avec le risque de cancer du foie, avec un rapport de cotes de 1,48 pour chaque doublement de la concentration. Les IgA et IgG anti-flagelline, les IgG anti-lipopolysaccharide et le CD14 soluble étaient également associés de manière positive au risque.

Carcinome hépatocellulaire versus carcinome des voies biliaires

Lorsque les analyses ont été stratifiées selon le sous-type de cancer du foie, une distinction importante est apparue. Les concentrations de LBP étaient associées de manière positive au carcinome hépatocellulaire, avec un rapport de cotes de 1,77 par doublement, mais ne présentaient aucune association avec le cholangiocarcinome intrahépatique, avec un rapport de cotes de 0,67. Ce résultat suggère une spécificité potentielle de la voie de translocation bactérienne dans le développement du carcinome hépatocellulaire.

Des modèles animaux ont déjà démontré que l'accumulation de lipopolysaccharides active la voie de signalisation du (sidenote: Récepteur Toll-like 4 Un récepteur de reconnaissance des motifs qui détecte le lipopolysaccharide et déclenche des voies de signalisation inflammatoires. Des études animales ont montré que l'activation du TLR4 par le lipopolysaccharide bactérien favorise l'inflammation hépatique et accélère le développement du carcinome hépatocellulaire, établissant ainsi un lien mécanistique entre la translocation bactérienne et le cancer du foie. ) , favorisant ainsi l'inflammation hépatique et la formation de tumeurs. Le caractère prospectif de cette étude, dans laquelle les biomarqueurs ont été mesurés plusieurs années avant le diagnostic, suggère que l'élévation du LBP constitue un facteur étiologique précoce de l'hépatocarcinogenèse plutôt qu'une simple conséquence d'une maladie hépatique sous-jacente. Les associations observées étaient généralement cohérentes entre les sous-groupes et sont restées significatives même après exclusion des participants atteints d'une infection par l'hépatite B ou C.

Ces résultats mettent en évidence le rôle de l' (sidenote: Axe intestin-foie La relation bidirectionnelle entre le tube digestif et le foie, assurée par le système veineux porte qui achemine les nutriments et les métabolites bactériens de l'intestin vers le foie. ) en tant que voie modulable dans le développement du cancer du foie, ce qui nécessite de mener des recherches supplémentaires sur les interventions visant à préserver l'intégrité de la barrière intestinale.

Métabolites bactériens et efficacité de l’immunothérapie

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Quand votre routine beauté fait la peau à certaines bactéries

L'utilisation de crèmes hydratantes et de protections solaires est associée à des modifications du microbiote cutané qui vit à la surface de votre peau et participe à sa santé.

Le microbiote cutané

La peau est une barrière primordiale : elle protège notre organisme des redoutables rayonnements ultra-violets du soleil, des diverses substances chimiques que l’on touche, des microorganismes que l’on croise. Pour l’aider dans cette tâche, elle héberge un microbiote cutané, ensemble de microorganismes qui jouent un rôle clé dans notre immunité. Mais quel est l’effet des crèmes hydratantes et protections solaires dont on abreuve régulièrement ce petit monde ? Pour identifier et comprendre l’influence de ces routines sur notre microbiote cutané et sur la santé de notre peau, une équipe de chercheurs s’est penchée sur le visage de 10 hommes et 27 femmes1.

Votre routine beauté modifie votre microbiote

Côté peau, nous avons tous des points communs (comme par exemple, le fait d’héberger des bactéries comme Cutibacterium acnes et Staphylococcus epidermidis, si l’on en croit la peau des 37 participants de cette étude), et des différences (une diversité à géométrie très très variable des espèces vivant sur notre épiderme). Notre routine de soin du visage semble avoir un impact non négligeable sur ce petit monde : l’abondance relative des espèces du microbiote cutané s’avère plus élevée chez les participants utilisant uniquement une crème hydratante comparativement aux adeptes du combo crème hydratante + écran solaire. Certaines espèces bactériennes semblent également dépendre de la routine de soin : si vous doublez votre hydratation cutanée d’un écran solaire, vous favorisez sans doute des bactéries comme Corynebacterium sanguinis et Brachybacterium nesterenkovii.

Quelques chiffres sur les maladies cutanées

  • 4,69 milliards de cas de maladies cutanées et sous-cutanées, responsables de 41,9 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité, ont été recensés dans le monde en 20212.
     
  • Les maladies cutanées et sous-cutanées se classent parmi les 10 principales causes d’invalidité2.
     
  • La majeure partie de la charge des maladies de la peau au sein de toute communauté relève d’environ 10 diagnostics dermatologiques généraux courants. A condition de disposer des médicaments essentiels et de la formation et du soutien appropriés, les équipes de santé locales pourraient prendre en charge efficacement les patientes et les patients concernés2.
     
  • Le 10 février 2025, les maladies de la peau ont été déclarées priorité de santé publique mondiale par l’orgaisation mondiale de la santé (OMS)3.

Effet de l’exposition solaire

Autre élément influant grandement ce monde microscopique de votre peau : l’exposition solaire, qui suffit à modifier l’abondance de microorganismes bénéfiques, comme la levure Malassezia restricta ou la bactérie S. epidermidis. Vous aimez lézarder au soleil et utilisez régulièrement un hydratant ? Votre mode de vie favorise sans doute la croissance d'espèces protectrices comme S. epidermidis qui tiennent en respect des pathogènes comme S. aureus. Et quand on parle soleil, on pense forcément à l’hyperpigmentation : au regard de cette étude, l'usage d'écran solaire semble sans lien avec les bactéries liées à l'hyperpigmentation (Corynebacterium spp.). Ces résultats restent à confirmer sur des cohortes plus larges.

Une chose est sûre : lorsque vous étalerez demain votre crème hydratante ou solaire, vous aurez une pensée pour les minuscules bactéries, champignons et autres virus qui cohabitent discrètement à la surface de votre peau pour votre plus grand bien !

Bien dans sa peau… et son microbiote cutané

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Métabolites bactériens et efficacité de l’immunothérapie

Ce ne sont pas tant les espèces bactériennes intestinales que leurs voies métaboliques qui conditionneraient l’efficacité de l’immunothérapie dans le traitement du cancer. De quoi ouvrir la voie à des thérapeutiques combinant immunothérapie et biotiques ?

Le microbiote intestinal

L’ (sidenote: Immunothérapie par blocage des points de contrôle (ICB) La thérapie par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire est une forme d’immunothérapie utilisée principalement dans le traitement de certains cancers. Ces médicaments bloquent des protéines appelées « points de contrôle » qui agissent comme des freins naturels du système immunitaire.
En bloquant ces freins, ils aident les cellules du système immunitaire (les lymphocytes T) à repérer et à attaquer les cellules cancéreuses, ce qui peut ralentir ou arrêter la progression de la tumeur. Les inhibiteurs de points de contrôle ciblent des protéines comme PD-1, PD-L1 ou CTLA-4, souvent utilisées par les tumeurs pour éviter d’être attaquées. Source : https://www.cancer.gov/publications/dictionaries/cancer-terms/def/immune-checkpoint-inhibitor
)
améliore significativement la survie face au cancer, mais son efficacité varie fortement d’un patient à l’autre. Des études ont mis en évidence un lien entre certaines bactéries intestinales et l’efficacité, mais les espèces incriminées sont incohérentes d’une étude à l’autre. Et si ce n’était pas tant les espèces que les métabolites qu’elles produisent qui faisaient toute la différence ? Telle est l’hypothèse, confirmée, d’une équipe néerlandaise1.
 

400 000 Chaque année, un cancer est diagnostiqué chez quelque 400 000 enfants².

1/6 À l’origine de près de 10 millions de décès en 2020, soit de l’ordre d’1 décès sur 6, le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde².

Les espèces bactériennes varient

L’analyse de 781 échantillons fécaux de patients souffrant de cancer et traités par ICB montre que la composition en espèces bactériennes varie fortement entre les patients et entre les études. De plus, la diversité bactérienne ne semble pas liée à la réponse au traitement. Enfin, le profil, en termes d’espèces bactériennes, de la flore intestinale ne permet pas de distinguer clairement les répondeurs des non-répondeurs.

Top 6 (cas)²

En 2020, les cancers les plus courants (en termes de nombre de cas recensés) étaient les suivants :

  • le cancer du sein (2,26 millions de cas) ;
  • le cancer du poumon (2,21 millions de cas) ;
  • le cancer colorectal (1,93 million de cas) ;
  • le cancer de la prostate (1,41 million de cas) ;
  • le cancer de la peau (non-mélanome) (1,20 million de cas) ; et
  • le cancer de l’estomac (1,09 million de cas).

Dysbiose métabolique rime avec mauvais pronostic

Les résultats sont tout autres lorsque l’on se penche sur le métabolisme du microbiote intestinal, et non sa composition bactérienne. Ces fonctions s’avèrent relativement stables entre les patients et entre les études. Les patients non-répondeurs montrent une dysbiose fonctionnelle plus marquée que les répondeurs. Par ailleurs, plus la flore conserve un profil métabolique proche d’un microbiote de témoin sain, meilleure est la réponse à l’ICB.

Ces résultats sont confirmés dans une cohorte prospective. Ainsi, une altération des fonctions métaboliques du microbiote intestinal semble aller de pair avec une mauvaise réponse à l’immunothérapie.

Top 5 (décès)²

En 2020, les cancers à l’origine du plus grand nombre de décès étaient :

  • le cancer du poumon (1,80 million de décès) ;
  • le cancer colorectal (916 000 décès) ;
  • le cancer du foie (830 000 décès) ;
  • le cancer de l’estomac (769 000 décès) ; et
  • le cancer du sein (685 000 décès).

Les voies impliquées

Enfin, les chercheurs ont identifié différentes voies métaboliques impliquées dans la réponse au traitement, dont la voie du méthylérythritol phosphate (MEP). Cette voie, spécifique des bactéries, produit des phosphoantigènes (ex : HMBPP) et active des lymphocytes Vδ2 impliqués dans l’immunité antitumorale. Elle est fortement associée à une meilleure réponse à l’ICB dans différents types de cancers. Les chercheurs apportent une preuve mécanistique : des bactéries capables de produire HMBPP (intermédiaire de la voie MEP) stimulent l’activité antitumorale des lymphocytes T Vδ2.

Une voie inverse, inhibitrice, est également dévoilée : la production microbienne de riboflavine est associée à une résistance à l’ICB, induit une suppression de l’immunité médiée par un autre type de lymphocytes T (cellules MAIT, Mucosal-Associated Invariant T cells) et va de pair avec une moindre survie.

Ainsi, la capacité métabolique du microbiote semble être un déterminant majeur de la réponse à l’ICB. La compréhension et la modulation de ces fonctions microbiennes ouvriront-elles la voie à de nouvelles interventions thérapeutiques, combinant microbiote et immunothérapie pour améliorer l’efficacité des traitements anticancéreux ?

Ce micro-organisme intestinal pourrait améliorer l'efficacité des traitements anticancéreux

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Édulcorants : des alliés pour garder la ligne et un microbiote en bonne santé ?

Plutôt controversés, les produits « light » refont parler d’eux. Une étude européenne récente suggère que les édulcorants, intégrés à une alimentation équilibrée et pauvre en sucre, pourraient aider à maintenir une perte de poids sans nuire à la santé ni au microbiote.

Le microbiote intestinal

Les produits « light », sucrés avec des édulcorants, sont-ils utiles quand on souhaite perdre du poids ? Difficile d’apporter une réponse tranchée à cette question tant les avis et les données scientifiques divergent : néfastes pour la santé et le microbiote selon certains, sans effets, selon d’autres, ou bénéfiques selon d’autres encore.

Avec plus d’un milliard de personnes en situation d’obésité et 43 % des adultes en surpoids à l’échelle planétaire1, la question mérite pourtant d’être posée sérieusement.

Édulcorants : anges ou démons ?

Dans une nouvelle étude2, des scientifiques européens se sont penchés sur le sujet pour tenter d’apporter des éléments factuels de réponse. Ils ont étudié l’impact d’une consommation de produits sucrés avec des édulcorants sur le maintien d’une perte de poids, la santé (cholestérol, glycémie, pression artérielle…), mais également sur le microbiote.

Pour cette recherche, ils ont recruté 277 personnes obèses ou en surpoids qui venaient de perdre 10 kg en moyenne à la suite d’un régime hypocalorique de 2 mois. 
 

Le goût sans les calories

Les édulcorants sont des ingrédients qui donnent une saveur sucrée à un aliment et qui apporte peu ou pas de calories ou qui n’ont pas les effets néfastes du sucre (caries, augmentation du sucre sanguin…)4.

  • Les édulcorants « intenses » comprennent la saccharine (E954), l’aspartame (E951), le sucralose, l’acésulfame de potassium (E950) ou l’extrait de stévia qui sont utilisés dans les biscuits, les gâteaux et les boissons (sodas).
  • Les polyols comprennent le maltitol (E965), l’isomalt (E953), le lactitol (E966), le mannitol (E421), le sorbitol (E420) ou le xylitol (E967) que l’on retrouve souvent dans les confiseries sans sucre, notamment les chewing-gums.

Ils les ont soumis durant 10 mois à un régime équilibré et sain relativement pauvre en produits sucrés, avec moins de 10 % de l’énergie sous forme de sucres libres, comme le conseille l’Organisation mondiale de la santé3. Aucune restriction de quantité n’était imposée.

 Les participants étaient répartis en deux groupes :

  • Un groupe « Édulcorants » dans lequel tous les aliments et boissons sucrés contenaient des édulcorants ;
  • Un groupe « Sucre », où ces produits contenaient du vrai sucre.

Que montrent les résultats ?

Aucun effet problématique

D’abord, tous les participants ont maintenu une bonne partie de leur perte de poids au cours des 10 mois où ils pouvaient manger sans restriction, ce qui prouve qu’une alimentation équilibrée est utile pour garder la ligne. Cependant, le groupe « Édulcorants » a réussi à maintenir une perte de 1,6 kg supplémentaire par rapport au groupe « Sucre ».

Ensuite, les paramètres de santé cardiométaboliques se sont améliorés transitoirement, même si les différences se sont ensuite atténuées. En tout cas, aucun effet délétère des édulcorants n’a été observé.

Un impact inattendu positif sur le microbiote

Plus intéressant : le microbiote des volontaires du groupe « Édulcorants » s’est significativement enrichi en bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte ( (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) ) bénéfiques. Les chercheurs ont notamment remarqué une activation de certaines voies métaboliques liées à une meilleure utilisation des graisses et une meilleure satiété. Tous ces effets étaient potentiellement favorables à un meilleur contrôle du poids.

Seuls quelques symptômes digestifs (ballonnements, gaz, selles plus molles…) ont été observés dans le groupe « Édulcorants ».  

Pour les auteurs, cette étude prouve que l’utilisation prolongée d’édulcorants, dans le cadre d’une alimentation saine et pauvre en sucre, contribue au maintien de la perte de poids, et ce, sans effet négatif ni sur la santé ni sur le microbiote intestinal. 

Plutôt enthousiasmant ! 

Quand les sodas sucrent votre microbiote et votre santé

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Édulcorants : utiles pour la perte de poids et sans danger pour le microbiote

Accusés de perturber le microbiote et la santé métabolique, les édulcorants font l’objet de nouvelles données. Une étude européenne de grande ampleur vient d’éclairer leur impact réel sur le poids et le microbiote intestinal.

Aspartame, sucralose, acésulfame… Les édulcorants hypocaloriques ont-ils leur place dans l’alimentation pour la prise en charge du surpoids ou de l’obésité ? Le sujet est controversé.

Des données scientifiques contradictoires

D’un côté, certaines études ont soulevé des inquiétudes qui ont amené l’OMS à déconseiller leur utilisation pour perdre du poids et améliorer la santé1 ; de l’autre, plusieurs essais cliniques de long terme montrent que ces additifs ont des effets au pire neutres, au mieux bénéfiques sur ces paramètres.

Concernant le microbiote, le problème est le même : des études suggèrent qu’ils ont des effets néfastes sur certains aspects du microbiote intestinal en lien avec la réponse glycémique, d’autres montrent le contraire, et d’autres encore que ce sont surtout les boissons sucrées qui impactent le microbiote et les métabolites associés au risque de diabète.

29% C’est la part de marché des boissons sans calories ou hypocaloriques en Europe.³

17,7 % C’est la réduction de la teneur en sucres ajoutés dans les boissons en Europe depuis 2015.³

Une étude en conditions réelles pour trancher le débat

Pour tenter d’y voir plus clair, une équipe de chercheurs a recruté 341 personnes en surpoids ou obèses (IMC de 31 en moyenne) — 70 % de femmes, âge moyen 47 ans — vivant au Danemark, en Grèce, en Espagne et aux Pays-Bas. Objectif : tester l’effet réel du remplacement du sucre par des édulcorants après une perte de poids. 

Les volontaires ont d’abord suivi un régime hypocalorique de 2 mois, puis ceux qui étaient parvenus à perdre plus de 5 % de leur poids corporel (277 personnes) ont adopté, sans restriction et durant les 10 mois suivants, une alimentation saine et équilibrée.

La moitié d’entre eux a consommé des produits édulcorés à la place des produits riches en sucre (groupe « Édulcorant ») ; l’autre moitié recevait des produits sucrés classiques à hauteur de moins de 10 % de l’apport énergétique total, en accord avec les recommandations de l’OMS (groupe « Sucre »).

Les chercheurs ont analysé l’évolution du poids corporel et des marqueurs cardiométaboliques de l’ensemble des participants, ainsi que la composition du microbiote d’un échantillon de 137 personnes issues des deux groupes.

Un meilleur maintien du poids et un microbiote enrichi

Publiés dans Nature Metabolism2, les résultats montrent que les participants ont perdu en moyenne 10 kg grâce au régime hypocalorique et que, dans les deux groupes, cette perte a été globalement maintenue au cours des 10 mois de régime ad libitum.

Résultat intéressant : le groupe « Édulcorant » obtient de meilleurs résultats, avec un maintien à - 1,6 kg en moyenne par rapport au groupe « Sucre », ce qui prouve l’intérêt des édulcorants chez les personnes cherchant à maintenir leur perte de poids.

Les microbiotes du groupe « Édulcorant » sont par ailleurs plus riches en bactéries productrices d’acides gras à chaînes courtes ( (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) ) et de méthane, des changements associés à une augmentation de la dépense énergétique, une meilleure satiété et une meilleure santé métabolique. C’est une preuve que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, les édulcorants ne détériorent pas le microbiote et même induisent des changements potentiellement bénéfiques.

Côté santé cardiométabolique, il existait une amélioration transitoire de certains marqueurs, notamment du cholestérol, qui disparaissait au bout de 12 mois, et aucune détérioration de ceux-ci.

Conclusion

Cette étude de qualité (multicentrique, de longue durée, en conditions réelles…) apporte la preuve qu’une utilisation prolongée d’édulcorants, dans le cadre d’une alimentation saine pauvre en sucre, peut contribuer à la perte de poids sans effet négatif, ni sur les paramètres cardiométaboliques, ni sur le microbiote intestinal.

À bon  entendeur !

Alimentation psychobiotique : moduler le microbiote intestinal pour réduire le stress

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