Endométriose, symptômes digestifs et microbiome : Regards croisés d’un gynécologue et d’un gastro-entérologue

Prof. Andrew Horne
Professeur de gynécologie et directeur du Centre for Reproductive Health à l’université d’Édimbourg au Royaume-Uni, spécialisé dans la prise en charge de l’endométriose.

Dr William Fusco
Gastro-entérologue et chercheur clinique sur le microbiome à la polyclinique Agostino Gemelli, Rome, Italie.

Quelle est la prévalence de l’endométriose ?

A.H.: L’endométriose est étonnamment courante : aussi courante que l’asthme et le diabète. On estime qu’elle touche 1 femme sur 10.

W.F.: Dans ma pratique du syndrome de l’intestin irritable (SII), c’est encore plus fréquent : certainement plus de 25 %.

Quels sont les signes et les questions à poser pour éviter de passer à côté d’un diagnostic ?

A.H.: Les signes sont variés et le diagnostic peut être difficile. Le principal symptôme est la douleur pelvienne chronique, qui peut souvent être débilitante et entraver la vie et le travail. Mais les patientes peuvent également souffrir de douleurs dans les rapports sexuels, de fatigue chronique, de diarrhée et/ou de constipation et de symptômes urinaires. Tout symptôme cyclique peut constituer un signal d’alarme pour l’endométriose.

W.F.: Une augmentation du péristaltisme et des selles plus molles pendant les règles sont des phénomènes normaux, mais une diarrhée importante et cyclique peut ne pas l’être. Il faut s’attendre à des douleurs, mais pas au point d’être clouée au lit.

A.H.: Un autre symptôme qui doit alerter est la stérilité. Mais je rassure les patientes atteintes d’endométriose : deux tiers d’entre elles n’auront pas de difficultés à tomber enceintes, et celles qui en souffrent réagissent généralement bien à la chirurgie ou à la FIV.

W.F.: J’ajouterais que l’endométriose est chronique, mais cela ne signifie pas qu’elle ne puisse être traitée. Il est important que chaque spécialiste impliqué dans la prise en charge de ces patientes renforce ce message.

Quelle est la fréquence des symptômes digestifs chez les femmes atteintes d’endométriose ?

A.H.: La prévalence réelle n’est pas connue, mais la quasi-totalité de mes patientes présente des symptômes digestifs tels que des ballonnements, des changements au niveau de l’intestin ou un pyrosis. Les lésions de la paroi intestinale expliquent certains symptômes, mais de nombreuses patientes souffrent d’une maladie péritonéale superficielle, ce qui rend le lien plus difficile à établir.

W.F.: J’ai observé la même chose et je dirais que les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) sont quatre fois plus fréquentes chez les femmes atteintes d’endométriose que dans la population générale (4 % contre 1 %). Les MICI et l’endométriose sont toutes deux des maladies autoimmunes, et le fait d’être atteinte de l’une augmente le risque de l’autre.

Une prise en charge multidisciplinaire s’impose-telle ?

A.H.: L’endométriose est une maladie inflammatoire systémique. En tant que gynécologues, nous ne sommes pas équipés pour gérer les symptômes digestifs. À Édimbourg, j’ai récemment mis en place une clinique commune de gynécologie et de gastroentérologie.

W.F.: Si les douleurs abdominales sont strictement liées aux menstruations, le gastro-entérologue peut avoir du mal à apporter une contribution significative. Lorsque le lien est moins clairement établi, nous devrions approfondir l’investigation. La persistance de symptômes digestifs en dépit du traitement peut être le signe d’un SII coexistant. Il importe également de prêter attention aux médications, et notamment aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Un usage occasionnel est acceptable chez les jeunes patients, mais un usage chronique peut nécessiter un inhibiteur de la pompe à protons (IPP), qui peut provoquer une dysbiose. Il n’y a pas de règle universelle : la prise en charge doit être adaptée à chaque patiente.

Le microbiote intestinal et vaginal est-il impliqué ?

A.H.: Le rôle du microbiome intestinal et vaginal dans l’endométriose suscite un intérêt croissant. Certaines études suggèrent des associations, mais elles sont limitées et présentent des lacunes. Il nous faut de grandes études de cohorte. Je pense que le microbiome joue un rôle, mais on ne sait toujours pas ce qui survient en premier : les modifications du microbiome ou l’endométriose ? Si c’est le microbiote qui est à l’origine des symptômes, cela pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements.

W.F.: C’est un domaine passionnant. Chez les patientes atteintes d’endométriose, on observe une dysbiose intestinale associée à une réduction des acides gras à chaîne courte tels que l’acétate, le propionate et le butyrate, qui protègent la perméabilité intestinale. Le même schéma peut être observé dans d’autres affections gastroentérologiques, telles que le SII ou les MICI, mais nous ne comprenons pas encore la relation. Il se peut qu’un jour, nous parvenions à individualiser la prise en charge en rétablissant exactement les souches manquantes. Pour l’instant, nous ignorons les liens de cause à effet, et c’est pourquoi des études portant sur les mécanismes sont nécessaires.

Faut-il recommander des régimes alimentaires spécifiques aux patientes souffrant d’endométriose ?

W.F.: Il n’existe pas de régime universel pour l’endométriose et il ne faut pas donner de faux espoirs. Les allergies, l’intolérance au lactose et la maladie cœliaque peuvent être en cause. La meilleure chose à faire est de référer les patientes à un ou une nutritionniste.

A.H.: Il n’y a pas de « régime endométriose » spécifique, mais de nombreuses patientes font état d’un soulagement de leurs symptômes après avoir apporté des modifications à leur régime alimentaire. Dans ma clinique, les patientes sont accompagnées par une diététicienne pour adapter leur régime alimentaire avec soin. Dans notre étude internationale portant sur 2500 patientes atteintes d’endométriose, certaines ont trouvé un soulagement en arrêtant de consommer de l’alcool et de la caféine, ou des aliments contenant du gluten. En revanche, la restriction alimentaire sans accompagnement peut s’avérer néfaste.

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Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose, le catalyseur de la recherche sur l’endométriose en France

Le Biocodex Microbiota Institute travaille en partenariat avec diverses organisations professionnelles, en ce compris des sociétés médicales, des associations de patients et des fondations de recherche impliquées dans la santé des femmes. Dans ce numéro, nous nous intéressons aux travaux de la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose et nous nous entretenons avec ses experts, qui débattent de l’importance du microbiote féminin dans la recherche et la pratique clinique.

Créée en France en 2021 par l’association ENDOmind, sous l’égide de la Fondation pour la Recherche Médicale, la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose (FRE) a pour mission d’accélérer la recherche sur une maladie qui touche une femme sur dix : l’endométriose. Chaque année la FRE finance des projets de recherche destinés à comprendre la pathologie de l’endométriose, ainsi qu’à améliorer le diagnostic et les traitements.

En 2024, le Comité exécutif de la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose a décidé de définir plus clairement ses priorités de recherche en matière d’endométriose et de maximiser l’impact de sa recherche. À cet effet, la Fondation a coconstruit et cofinancé une collaboration innovante avec l’Institut Curie à Paris, visant à comparer les micro-environnements cellulaires des lésions d’endométriose et du cancer ovarien. Ce projet ambitieux démarre en 2025 et illustre la volonté de la Fondation d’encourager les approches de recherche transdisciplinaires et innovantes.

En outre, la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose a lancé une enquête scientifique multidisciplinaire avec des experts européens au sujet des liens entre le microbiote et l’endométriose. La Fondation lancera un appel à manifestations d’intérêt plus tard en 2025, dans l’objectif de lancer de nouveaux travaux de recherche au début de l’année 2026, avec un soutien financier.

En concentrant ses efforts sur des thèmes stratégiques, la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose confirme son rôle d’accélérateur de la recherche et contribue ainsi à l’amélioration de la qualité de vie des millions de femmes touchées par cette maladie encore méconnue.

Principales réalisations de la Fondation pour la Recherche sur l’Endométriose :

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Microbiote vulvo-vaginal de la femme : quelle utilité dans la pratique clinique ?

Auteur : Dr Pedro Vieira Baptista

Hôpital Lusíadas Porto, Porto, Portugal ; département de gynécologie-obstétrique et pédiatrie, faculté de médecine de l’université de Porto ; faculté de médecine et des sciences de la santé, université de Gand, Gand, Belgique

Photo: Endométriose : une clé de sa progression au sein du microbiote intestinal

Malgré les connaissances encore limitées à son sujet, le microbiote vaginal humain est un monde fascinant. L’évolution a abouti à un scénario unique dans lequel la dominance de certaines espèces de lactobacilles constitue l’état optimal pendant les années de fertilité, en dépit d’une énorme variabilité interindividuelle, voire chez une même femme au fil du temps. Comprendre le microbiote vaginal et son potentiel est essentiel pour améliorer la santé des femmes dans des domaines tels que les infections sexuellement transmissibles et la vaginite récurrente. Autre élément, de la plus haute importance, il pourrait constituer la réponse à un problème qui n’a toujours pas trouvé de solution satisfaisante : le travail prématuré. Dans cet article, nous abordons la question du microbiote vaginal sous un angle évolutionnaire, en soulignant l’absence manifeste de continuum inter-espèces. Nous discutons de l’état actuel de la connaissance tout en mettant en exergue les possibilités futures.

Perspective historique

Le début du long périple menant à la compréhension du microbiote vaginal peut être attribué à Albert Döderlein, à la fin du 19e siècle. Dans son livre Das Scheidensekret und seine Bedeutung für das Puerperalfieber, il soulignait que les femmes « normales », en bonne santé, avaient un vagin dominé par des bacilles à Gram positif, qu’il nommait Lactobacillus acidophilus.

Points essentiels
  • L’étude du microbiome vaginal continue d’évoluer malgré les progrès considérables réalisés au cours des dernières décennies.
  • Le microbiome vaginal optimal chez les femmes en âge de procréer est peu diversifié et dominé par les lactobacilles.
  • L’absence de dominance du microbiome vaginal humain par les lactobacilles est associée à un risque accru d’infections sexuellement transmissibles, de cancer du col de l’utérus et d’issues obstétricales négatives.
  • De futurs tests pourraient permettre un diagnostic plus précis de la vaginite et une évaluation du risque associé à des profils dysbiotiques spécifiques.
  • Même si la recherche en matière de microbiome progresse rapidement, il est crucial de bien distinguer les tests expérimentaux de leurs applications cliniques pertinentes.

Ce concept continue de façonner les interprétations contemporaines du microbiote vaginal, mais la réalité est probablement bien plus complexe.

La compréhension de la vaginite est encore incomplète et sa prise en charge reste essentiellement empirique, alors qu’il s’agit d’une des causes les plus fréquentes de consultation médicale chez les femmes1.

En 2011, Ravel et al. ont publié un des articles les plus importants et les plus marquants pour la compréhension du microbiote vaginal humain. Dans cet article, ils démontraient qu’asymptomatique n’est pas synonyme de « normal » (conduisant du reste à la question de savoir ce qu’est un microbiote vaginal « normal », ou, de façon probablement plus précise, « optimal ») et qu’il y a des différences notables en fonction de l’appartenance ethnique2.

La diversité est la règle dans la nature, mais le vagin humain semble faire exception : le microbiote vaginal considéré comme « optimal » est dominé par une ou deux espèces de lactobacilles (faible diversité alpha). Si l’on pense à d’autres organes ou régions anatomiques, la dominance d’une espèce est généralement synonyme de maladie (infection). Si nous effectuons le même exercice en envisageant un système écologique quelconque, cela représente la dernière étape avant l’effondrement (ex. : les monocultures de plantes ne se rencontrent jamais dans la nature et, lorsqu’elles sont pratiquées artificiellement, elles doivent être limitées dans le temps). Il est possible de rechercher d’autres explications à cette apparente « anomalie » (ou « exception ») dans la nature, mais cela semble conduire à une impasse.

Devrions-nous plutôt changer de focale et étudier les pools génétiques plutôt que les espèces ou les genres pour surmonter cette apparente « anomalie » biologique ?

Le but ultime des êtres vivants semble être de transmettre leurs gènes aux générations suivantes, et l’évolution semble être largement mue par cet « instinct » primordial. On peut donc aisément présumer que le microbiote vaginal humain devrait être un élément clé du produit final de l’évolution pour optimiser le processus reproductif. Si cette prémisse est correcte, nous pouvons nous attendre :

  1. à une congruence évolutionnaire (comme cela a été mis en évidence, par exemple, dans l’intestin) ;
  2. au fait que toute différence devrait pouvoir s’expliquer plus ou moins facilement (processus d’accouplement, régime alimentaire, situation géographique, etc.) et, bien entendu,
  3. à un plus haut degré de similitude entre espèces étroitement apparentées.

Étonnamment, aucune de ces trois hypothèses ne se vérifie. Dans la nature, la phylogénie ne peut être liée au pH vaginal (un marqueur très indirect de la composition du microbiote vaginal), et la dominance des lactobacilles est unique à l’espèce humaine. Même si l’on compare les humains avec d’autres primates, les différences sont énormes et, à l’heure actuelle, difficiles à expliquer3,4.

Qu’est-ce qui a rendu le vagin humain si unique ? Était-ce le fruit d’événements aléatoires ou le corollaire évolutionnaire du cycle ovarien continu, du risque élevé de lacérations et d’infections à la naissance, ou encore de l’agriculture et de la consommation élevée d’amidon qui en découle?

Microbiote et grossesse

Une question semble ne faire aucun doute : les lactobacilles sont essentiels au succès de la grossesse, mais celle de savoir s’il en va de même pour parvenir à une grossesse n’est pas aussi claire5.

Les données disponibles montrent clairement qu’un vagin non dominé par les lactobacilles pendant la grossesse est associé à des résultats obstétricaux et puerpéraux négatifs, y compris un travail prématuré, une rupture prématurée des membranes et des infections puerpérales (Figure 1). Notons qu’un million de bébés meurent chaque année de complications liées à la prématurité6.

On a coutume de répéter que les lactobacilles ont un rôle protecteur et que leur présence est souhaitable, mais présumer cela revient à ignorer certaines évidences, telles que le fait que cette dominance ne se manifeste ni chez l’enfant, ni pendant l’allaitement, ni chez la femme ménopausée. On peut donc avancer l’hypothèse que notre relation symbiotique avec les lactobacilles est utile pendant les années de fécondité. On peut considérer que cet objectif inclut une réduction du risque d’infections sexuellement transmissibles (IST, qui constituent un risque pour le succès de la reproduction et pour la progéniture), d’infections génitales ascendantes (et donc d’avortement, de mortinatalité et de naissance avant terme), ainsi que de complications puerpérales. Le rôle du microbiote dans l’obtention d’une grossesse semble plus limité. Par exemple, les populations présentant des taux élevés de dysbiose vaginale ne semblent pas être moins fertiles7.

Figure 1. La dominance des lactobacilles vaginaux est associée à des résultats obstétriques et puerpéraux bénéfiques.

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Pareillement, l’impact du microbiote cervicovaginal sur le résultat des traitements de fertilité n’est pas clair non plus5.

Une des plus grandes différences évolutionnaires entre les humains et les autres mammifères est liée à l’accouchement, à savoir le difficile équilibre entre le fait de naître avec un large périmètre céphalique et de négocier cet accouchement avec un bassin qui a dû s’adapter à la bipédie. Les humains ont les accouchements les plus difficiles, n’étant peut-être dépassés que par les hyènes. Ceci peut-il être la clé permettant de comprendre l’unicité du microbiote vaginal humain ? Quelle que soit la raison évolutive, pour la plupart des femmes en âge de procréer, même en dehors de la grossesse, la dominance des lactobacilles dans le vagin est l’état souhaitable. Cependant, un déficit en lactobacilles, même s’il représente un état dysbiotique, n’est pas synonyme de maladie.

Notre compréhension du rôle du microbiote vaginal demeure très limitée. Même des questions apparemment simples, telles que la manière dont les lactobacilles colonisent le vagin, n’ont pas encore de réponse claire.

Le microbiome vulvovaginal à l’état sain et à l’état pathologique

L’effet le plus manifeste d’un microbiome altéré est la vaginite. La plupart des femmes connaîtront au moins un épisode de candidose dans leur vie et, au sein de certaines populations, plus de la moitié des femmes en âge de procréer présentent une vaginose bactérienne (VB), asymptomatique la plupart du temps (figures 2A et 2B). Notre compréhension des causes de ces changements (« normal » – colonisation/état asymptomatique – symptomatique) est limitée8.

Figure 2. Microphotographies de préparations microscopiques humides (contraste de phase 400x)

(A) Lactobacilles normaux, présence de blastospores de Candida spp. (cercle) ; (B) Vaginose bactérienne (absence de lactobacilles et prolifération de bactéries anaérobies et facultatives).
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Le microbiome vaginal peut induire différents profils de risque ou de protection.

Toutefois, le profil bactérien du vagin, indépendamment des symptômes, peut conférer différents profils de risque ou de protection. De manière générale, on considère que les Lactobacillus spp. ont tendance à être bénéfiques pour la santé. Néanmoins, toutes les espèces ne sont pas égales et seul un nombre limité d’espèces existantes se trouvent généralement à l’état dominant dans le vagin. L. iners, qui présente un génome nettement plus petit et un profil métabolique différent, est généralement associé à des états dysbiotiques ou transitionnels9.

Tableau 1. Pathologies gynécologiques et obstétricales et leurs associations avec le microbiome vulvovaginal.

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On sait peu de choses sur la relation entre Candida spp. et le microbiome vaginal.

Malgré l’absence actuelle de recommandations de traitement pour les dysbioses asymptomatiques (la VB, par exemple), celles-ci ont été associées à des complications obstétricales et non obstétricales (dont le risque de contracter des IST [HPV, VIH])8 (Tableau 1).

Lorsque des stratégies efficaces (de préférence non antibiotiques) seront disponibles, il pourrait être judicieux de dépister et de traiter la dysbiose chez les femmes présentant un risque accru d’IST ou même chez celles qui sont infectées par le HPV. Cela peut toutefois s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît. Le comportement de la VB similaire à celui d’une IST est reconnu depuis longtemps, mais des données récentes l’ont confirmé et suggèrent que la réduction des récidives pourrait nécessiter le traitement des partenaires, ce qui pourrait constituer un obstacle important aux stratégies de prévention10.

La VB est un syndrome courant, impliquant une déplétion des lactobacilles et une prolifération de plusieurs bactéries anaérobies strictes et facultatives, associées à la formation d’un biofilm qui semble contribuer aux fréquentes rechutes après traitement. La composition de la VB est variable d’une femme à l’autre, et probablement même chez une seule et même femme au fil du temps11. Il est actuellement possible de diagnostiquer la VB à l’aide de tests moléculaires, mais on s’attend à ce qu’avec la connaissance croissante du microbiome vaginal, ces tests permettent le « profilage » de la VB, l’évaluation du résistome et un choix thérapeutique plus rationnel8.

La relation entre Candida spp. et le microbiome vaginal est très complexe et loin d’être entièrement comprise. Bien que la candidose puisse exister avec n’importe quel microbiome vaginal, elle tend à être plus courante avec une dominance des lactobacilles (et le pH faible qui en découle)12.

Plusieurs pathologies gynécologiques ont été associées à des caractéristiques spécifiques du microbiome et, quasi systématiquement, une réduction des lactobacilles induit un risque accru d’IST et de cancers gynécologiques (même du tractus génital supérieur). Il n’est cependant pas toujours facile d’établir une relation de cause à effet entre les anomalies du microbiome et les pathologies spécifiques. Nous pouvons toutefois espérer qu’un jour, nous pourrons évaluer ou moduler le risque de cancer grâce à l’évaluation du microbiome vaginal, en particulier pour le cancer du col de l’utérus13.

L’intérêt et la connaissance du microbiote vulvaire sont plus récents et les données sont rares, mais son rôle dans des pathologies telles que la vulvodynie, les dermatoses vulvaires, la néoplasie intraépithéliale vulvaire et le cancer est à l’étude14-16.

Vers quoi se dirige-t-on ?

La compréhension du microbiome vulvo-vaginal progresse à pas de géant. En attendant de comprendre totalement le microbiome, on peut commencer par le respecter, lui et son rôle fonctionnel, reconnaître que chaque femme est unique (et que cette unicité est évolutive), éviter le recours inutile aux antibiotiques et aux antiseptiques, et diagnostiquer correctement les IST et les vaginites, plutôt que de s’en remettre à l’empirisme. Un diagnostic précis permettra de réduire autant que possible les traitements erronés, avec un impact potentiel à long terme.

À ce stade, il est crucial de distinguer ce qui est expérimental de ce qui est cliniquement pertinent. Nous nous trouvons dans un processus d’apprentissage et tentons d’utiliser des techniques et des concepts expérimentaux dans la pratique clinique qui conduisent souvent à des tests, des dépenses et des traitements inutiles (la métagénomique, par exemple, est un outil de recherche très utile, mais elle n’a actuellement aucune place dans l’évaluation clinique de la vaginite).

Au cours des deux dernières décennies, nous avons accumulé une quantité considérable d’informations qui se traduiront bientôt par une amélioration des soins de santé pour les femmes, avec des recommandations diététiques spécifiques et des pré- et probiotiques. Nous pouvons nous attendre à ce que ces connaissances permettent de réduire considérablement le travail prématuré, les cancers gynécologiques, ainsi que la récurrence de la vaginite et de la cystite.

Les prochains chapitres seront sans nul doute les plus passionnants !

CONCLUSION

La compréhension du microbiome vaginal humain est encore incomplète et certaines de nos hypothèses actuelles pourraient devoir être actualisées ou adaptées à mesure que de nouvelles données apparaissent. Sa compréhension totale et le potentiel de manipulation pourront être dévoilés quand l’absence apparente de logique évolutionnaire sera complètement comprise.

Nous pouvons cependant être certains que les lactobacilles sont bénéfiques pour la plupart des femmes en âge de procréer et qu’ils ont une importance fondamentale dans la réussite de la grossesse, indépendamment de la géographie ou de l’ethnicité.

La connaissance croissante dans ce domaine conduit à des progrès dans le diagnostic et la prise en charge de la vaginite et, dans un avenir proche, elle permettra de réduire le risque de problèmes graves, tels que les IST et le travail prématuré.

Sources
1. Sobel JD. Automated microscopy and pH test for diagnosis of vaginitis - the end of empiricism? NPJ Digit Med 2023; 6: 167.
2. Ravel J, Gajer P, Abdo Z, et al. Vaginal microbiome of reproductive-age women. Proc Natl Acad Sci U S A 2011; 108 Suppl 1: 4680-7.
3. Miller EA, Beasley DE, Dunn RR, et al. Lactobacilli dominance and vaginal pH: why is the human vaginal microbiome unique? Front Microbiol 2016; 7: 1936.
4. Yildirim S, Yeoman CJ, Janga SC, et al. Primate vaginal microbiomes exhibit species specificity without universal Lactobacillus dominance. ISME J 2014; 8: 2431-44.
5. Brandão P, Gonçalves-Henriques M. The impact of female genital microbiota on fertility and assisted reproductive treatments. J Family Reprod Health 2020; 14: 131-49.
6. Solt I. The human microbiome and the great obstetrical syndromes: a new frontier in maternal-fetal medicine. Best Pract Res Clin Obstet Gynaecol 2015; 29: 165-75.
7. Pezzulo C, Nilsen K, Carioli A, et al. Geographical distribution of fertility rates in 70 low-income, lower-middle-income, and upper-middle-income countries, 2010-16: a subnational analysis of cross-sectional surveys. Lancet Glob Health 2021; 9: e802-12.
8. Vieira-Baptista P, Stockdale CK, Sobel J. International Society for the Study of Vulvovaginal Disease recommendations for the diagnosis and treatment of vaginitis. Lisbon: Admedic 2023.
9. Petrova MI, Reid G, Vaneechoutte M, et al. Lactobacillus iners: Friend or foe? Trends Microbiol 2017; 25: 182-91.
10. Vodstrcil LA, Plummer EL, Fairley CK, et al. Male-partner treatment to prevent recurrence of bacterial vaginosis. N Engl J Med 2025; 392: 947-57.
11. Swidsinski A, Amann R, Guschin A, et al. Polymicrobial consortia in the pathogenesis of biofilm vaginosis visualized by FISH. Historic review outlining the basic principles of the polymicrobial infection theory. Microbes Infect 2024; 26: 105403.
12. Swidsinski A, Guschin A, Tang Q, et al. Vulvovaginal candidiasis:
histologic lesions are primarily polymicrobial and invasive and do not contain biofilms. Am J Obstet Gynecol 2019; 220: 91.e1-8.
13. Mitra A, Gultekin M, Burney Ellis L, et al. Genital tract microbiota composition profiles and use of prebiotics and probiotics in gynaecological cancer prevention: review of the current evidence, the European Society of Gynaecological Oncology prevention committee statement. Lancet Microbe 2024; 5: e291-e300.
14. Ventolini G, Vieira-Baptista P, De Seta F, et al. The Vaginal Microbiome: IV. The role of vaginal microbiome in reproduction and in gynecologic cancers. J Low Genit Tract Dis 2022; 26: 93-8.
15. De Seta F, Lonnee-Hoffmann R, Campisciano G, et al. The Vaginal Microbiome: III. The vaginal microbiome in various urogenital disorders. J Low Genit Tract Dis 2022; 26: 85-92.
16. Sacinti KG, Razeghian H, Awad-Igbaria Y, et al. Is vulvodynia associated with an altered vaginal microbiota?: a systematic review. J Low Genit Tract Dis
2024; 28: 64-72.
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Anorexie mentale : et si le déséquilibre du microbiote perturbait la guérison ?

Le cerveau des personnes souffrant d’anorexie mentale pourrait bien être sous l’influence du microbiote intestinal, selon une nouvelle étude. Une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles pistes de traitement centrées sur l’axe intestin-cerveau et ses effets sur la santé mentale.

Le microbiote intestinal L’axe intestin-cerveau

Restrictions alimentaires, peur maladive de prendre du poids, obsession des calories, déni de maigreur, boulimie, anxiété, dépression… L’anorexie mentale est un trouble des conduites alimentaires (TCA) grave qui a un impact considérable sur la santé du patient, affectant le comportement et le corps. Il est également particulièrement  difficile à prendre en charge (lire encadré).

Les TCA en bref :

  • Sont caractérisés par des comportements alimentaires différents de ceux habituellement adoptés par les personnes vivant dans le même environnement. 1
  • Ces troubles sont importants et durables et ont des répercussions psychologiques et physique. 2 
  • Les symptômes : humeur instable, irritabilité, faible estime de soi, dépression, anxiété.
  • Les 3 TCA principaux sont : l’anorexie mentale, la boulimie (crises compulsives d’ingestion de grandes quantités de nourriture suivies de crise de comportements compensatoires inappropriés tels que vomissement, jeûne ou pratique excessive d’exercices physiques) et l’hyperphagie (crises de boulimie, mais sans comportement compensatoire associé). 3

Chez les personnes touchées, on retrouve souvent une altération des fonctions cognitives, notamment de certaines capacités d’apprentissage indispensables à l’adaptation comportementale, qui pourrait freiner la guérison. 

Une nouvelle étude suggère que ce trouble pourrait être liée aux changements qui se produisent dans le microbiote intestinal4

4 % des femmes et 0,3 % des hommes Seront touchés par l’anorexie au cours de leur vie. ⁵

Entre 14 et 17 ans C’est l’âge auquel se déclenche l’anorexie mentale (avec un pic à 16 ans). ⁶

Un microbiote moins diversifié 

Les auteurs, des chercheurs de l’Université de Graz en Autriche, ont enrôlé 15 patientes souffrant d’anorexie mentale et 13 femmes témoins en bonne santé. Toutes ont été soumises à des tests visant à évaluer leurs capacités d’« apprentissage implicite » (lire encadré). En parallèle, leurs selles ont été analysées afin de déterminer la composition de leur microbiote intestinal.

Les calculs des chercheurs confirment que les patientes souffrant d’anorexie mentale présentent des scores d’apprentissage implicite inférieurs à ceux des volontaires en bonne santé. Mais le plus intéressant, c’est que ces scores sont liés à la composition du microbiote : plus ils sont élevés, plus les microorganismes sont diversifiés.

Quand le microbiote intestinal fait bugger le cerveau

Comment expliquer ce résultat ? On sait que le microbiote intestinal influence le fonctionnement du cerveau par le biais de l’axe intestin-cerveau. Il peut par exemple modifier les réponses au stress ou produire des messagers du cerveau (dopamine, sérotonine…) susceptibles d’influencer les capacités d’apprentissage.

L’anorexie mentale en bref ³ :

  • C’est un TCA (Trouble du Comportement Alimentaire), un trouble psychiatrique.
  • A ne pas confondre avec l’anorexie au sens médical, général, du terme : une perte d’appétit quelle qu’en soit la cause, qui est un symptôme et non pas une maladie. 
  • Les causes : facteurs génétiques, psychologiques, environnementaux, familiaux et socioculturels.
  • Parfois associée à un trouble boulimique (absorption compulsive sur un temps court de grandes quantités de nourriture, suivie de vomissements provoqués). 
  • Risque important d’ostéoporose, d’infertilité, de dépression, de défaillance cardiaque et de suicide.

Dans cette étude :

Un score d’apprentissage élevé était par exemple associé à une augmentation des Bifidobacteria, des bactéries essentielles à la communication entre l’intestin et le cerveau. Celles-ci peuvent réduire l’anxiété et, ainsi, influencer les processus d’apprentissage.

1,5 à 3 ans C’est la durée moyenne d’une phase d’anorexie mentale. ⁶

20 % Des cas restent anorexiques toute la vie. ⁶

Un score faible était au contraire lié à une augmentation des bactéries Lachnospiraceae que plusieurs études ont associé à des troubles dépressifs susceptibles d’altérer le fonctionnement du cerveau et l’apprentissage implicite. Ces effets suggèrent un lien fort entre microbiote, comportement et santé mentale dans les maladies telles que l’anorexie.

L’apprentissage implicite, c’est quoi ?

L’apprentissage implicite se produit sans en avoir conscience et sans intention d’apprendre 7. Il n’implique pas des efforts de mémorisation ou de se concentrer sur des règles. Le fait de pencher son corps du côté où l’on tourne quand on fait du vélo est par exemple le fruit d’un apprentissage implicite. Il est différent de l’apprentissage explicite associé à l’acquisition de connaissances théoriques, de règles ou de principes.

Vers un traitement de l’anorexie à base de probiotiques ?

Cette découverte est particulièrement intéressante, car elle pourrait apporter une explication au fait que la psychothérapie, qui repose en partie sur l’apprentissage implicite, n’est pas toujours efficace pour prendre en charge les patients anorexiques. 
Si elle est confirmée, il pourrait être un jour possible d’utiliser des probiotiques contenant des bifidobactéries pour mieux prendre en charge l’anorexie mentale.

En stabilisant l’axe intestin-cerveau, ceux-ci pourraient aider les femmes à retrouver une alimentation normale.
 

Anorexie : la piste du microbiote intestinal ?

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Anorexie mentale : l’inconscient sous l’influence du microbiote intestinal ?

Dans l’anorexie mentale, certains processus cognitifs liés aux apprentissages seraient altérés. Une équipe de chercheurs vient de découvrir que cette déficience pourrait être liée à des modifications du microbiote intestinal et en particulier à des déséquilibres en certaines bactéries impliquées dans la communication intestin-cerveau.

L'anorexie mentale est une maladie psychiatrique appartenant aux troubles des conduites alimentaires (TCA). Elle peut avoir des conséquences graves sur la santé et présente un risque non négligeable d’évolution vers une forme chronique et surtout de décès. L'anorexie mentale  est caractérisée par une privation volontaire de nourriture  entraînant une  perte de poids sévère, et s’accompagne souvent de boulimie, d’anxiété et de troubles du comportement favorisant d’autres maladies.

50% Des cas pris en charge à l’adolescence guérissent. ¹

Entre 1/4 et 1/2 Des personnes touchées abandonnent leur traitement en cours. ¹

La psychothérapie, associée à une renutrition, est le traitement recommandé pour retrouver une alimentation normale. Cependant des différences de réponses existent entre les patients et  certains symptômes de TCA (boulimie, anxiété) peuvent persister.

Comment le microbiote agit sur les fonctions cognitives

En 2023, des psychiatres de l’Université de Graz en Autriche ont mis en évidence l’existence d’une altération de l’apprentissage implicite (acquisition inconsciente de connaissances) qui pourrait expliquer en partie l’absence de réponse au traitement. Dans une nouvelle étude, cette même équipe suggère que cette altération pourrait être liée… au microbiote ! 2

On sait que le microbiote intestinal influence les fonctions cognitives par le biais de l’ (sidenote: Axe intestin- cerveau Réseau de communication bidirectionnel entre l'intestin et le cerveau, qui permet à l’intestin et au cerveau de communiquer via trois voies différentes : 
1. la voie neuronale, principalement par le nerf vague et le système nerveux entérique,
2. la voie endocrinienne en secrétant des hormones, telles que le cortisol, l’adrénaline ou la sérotonine
3. la voie immunitaire, via la modulation des cytokines
)
. Celui-ci module le système neuroendocrinien, notamment l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien régulant les réponses au stress et la production de cortisol. Le système nerveux entérique est par ailleurs impliqué dans la communication bidirectionnelle avec le système nerveux autonome et le nerf vague, tout comme les neurotransmetteurs (GABA, dopamine, sérotonine…) produits par le microbiote.

Partant de ce constat, les scientifiques autrichiens ont comparé les capacités de mémorisation et d’apprentissage implicite et le microbiote de 15 patientes souffrant d’anorexie mentale à ceux de13 femmes témoins en bonne santé.

20% Des patients restent anorexiques toute la vie. ¹

5% Des cas décèdent. ¹

Un score d’apprentissage moins bon lié à un microbiote moins diversifié.

Les résultats montrent que dans le groupe anorexie :

  • Les scores d’apprentissage implicite sont inférieurs à ceux des témoins en bonne santé, alors que les scores de mémorisation sont similaires ;
  • Le microbiote intestinal présente une abondance accrue d’Akkermansia muciniphila alors que dans le groupe témoin, les espèces bactériennes productrices d’acides gras à chaîne courte ( (sidenote: AGCC Acides gras à chaîne courte ) ), notamment Faecalibacterium, sont plus fréquentes.

De manière générale, plus les scores d’apprentissage implicite sont élevés, plus les microorganismes sont diversifiés et le nombre d’espèces différentes important :

  • Un score élevé était associé à une augmentation des bactéries Actinobacteria, en particulier des Bifidobacteria, des microorganismes essentiels à la communication entre l’intestin et le cerveau qui pourraient réduire l’anxiété via les voies vagales et ainsi influencer les processus d’apprentissage ; 
  • Un score faible était au contraire associé à une augmentation des Lachnospiraceae que plusieurs études ont associé à des troubles dépressifs susceptibles d’altérer le fonctionnement du cerveau et l’apprentissage implicite.

Vers de nouvelles pistes thérapeutiques

Malgré ses limites (échantillon de petite taille, non prise en compte des facteurs alimentaires et du niveau d’éducation, absence d’hommes), cette étude est prometteuse. Elle ouvre en effet la porte à de nouvelles pistes thérapeutiques pour prendre en charge les troubles tel que l’anorexie mentale.

Prochaine étape pour les chercheurs : mettre en place des études interventionnelles ciblées sur le microbiote intestinal, notamment par le biais de probiotiques tels que les bifidobactéries.

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Actualités Médecine générale Psychiatrie

Fait étonnant, la solution à la maladie d'Alzheimer pourrait se trouver dans notre intestin et non dans notre cerveau

Les premiers signes de la maladie d'Alzheimer pourraient être visibles dans l'intestin, et non dans le système nerveux central ou le cerveau. Une nouvelle étude révèle que ce n'est pas la santé intestinale globale qui importe, mais plutôt certaines bactéries spécifiques (nouveaux biomarqueurs). Il est surprenant de constater que certaines espèces nous protègent, tandis que d'autres, même si elles appartiennent à la même famille, peuvent être néfastes.

Le microbiote intestinal Maladie d'Alzheimer

Depuis de nombreuses années, nous savons que notre intestin et notre cerveau communiquent en permanence. Cet « axe intestin-cerveau » explique pourquoi nous ressentons parfois des « papillons dans le ventre » lorsque nous sommes nerveux. Aujourd'hui, une nouvelle étude historique suggère que ce lien est bien plus important que nous ne l'avions imaginé, révélant que les premiers indices de la maladie d'Alzheimer pourraient ne pas se trouver dans le cerveau, mais être cachés parmi les milliards de bactéries qui vivent dans notre intestin.

Ce n'est pas le nombre qui compte, mais la composition

Les scientifiques pensaient que dans la maladie d'Alzheimer, le problème provenait d'une perte générale de différents types de bactéries intestinales, comme si un jardin devenait de moins en moins diversifié. Mais cette nouvelle recherche a révélé quelque chose de complètement différent. Chez les personnes souffrant d'altérations précoces de la mémoire (patients atteints d'un (sidenote: Trouble cognitif léger (TCL) Le TCL est un stade clinique entre le déclin cognitif attendu en cas de vieillissement normal et le déclin plus grave lié à la démence. Les personnes atteintes d'un TCL présentent des troubles perceptibles de la mémoire ou du raisonnement, mais peuvent encore accomplir la plupart de leurs activités quotidiennes, ce qui représente une opportunité cruciale pour l'intervention et l'étude. ) diagnostiqué), le nombre global de types de bactéries était correct.

Le vrai problème s'avérait être un changement concernant les bactéries spécifiques présentes. L'étude a permis d'identifier 59 types précis de bactéries, biomarqueurs potentiels plus ou moins fréquents chez les personnes en voie de développer la maladie d'Alzheimer. Cela nous indique que le problème n'est pas d'avoir moins de bactéries, mais plutôt que les mauvaises prennent le contrôle.

Dans l'intestin, les « gentils » et les « méchants » peuvent se ressembler

C'est là que l'histoire devient vraiment fascinante. L'étude a révélé que deux bactéries de la même famille pouvaient avoir des effets totalement opposés. Imaginez une famille avec un « bon jumeau » et un « mauvais jumeau ». Une bactérie, Bacteroides eggerthii, a été associée à un risque plus faible de développer des troubles de la mémoire. Elle agit comme un « gentil » pour le cerveau. Mais son proche parent, Bacteroides thetaiotaomicron, a été associé à un risque plus élevé. Il agit comme un « méchant ». Cette découverte est capitale, car elle signifie qu'auparavant la science, qui ne pouvait pas distinguer ces « parents » bactériens, passait à côté des détails les plus importants pour véritablement comprendre la maladie.

Quels sont les stades de la maladie d'Alzheimer ?

1. Tout va bien

Aucun signe de la maladie n'est détectable ; les petits trous de mémoire sont liés à l'âge et ne sont pas associés à un déclin cognitif.

2. Imperceptibles défaillances de mémoire

Des oublis épisodiques apparaissent (difficulté à trouver certains mots, confusion entre plusieurs noms, perte d'objets, etc.), mais sans impact sur la vie sociale ou professionnelle.

3. Vie quotidienne affectée

Les troubles cognitifs deviennent perceptibles et récurrents : désorientation, objets égarés, troubles de la concentration, discours répétitif, etc. La personne en est consciente, ce qui peut provoquer de l'anxiété ou du déni.

4. Diagnostic confirmé

La maladie d'Alzheimer est officiellement diagnostiquée ; les altérations de la mémoire et les difficultés à accomplir des tâches complexes (résoudre des calculs mentaux, se souvenir d'événements récents) augmentent, même si l'autonomie de base reste inaltérée.

5. Début de la dépendance

Le patient ne peut plus exécuter seul certaines tâches quotidiennes (comme cuisiner ou choisir ses vêtements), même si les besoins élémentaires (manger, aller aux toilettes) sont encore satisfaits ; une aide à domicile devient nécessaire.

6. Symptômes comportementaux et perte d'autonomie

Une assistance est nécessaire pour les activités quotidiennes et les troubles du comportement (agitation, errance, hallucinations, défiance, agressivité, etc.) rendent la vie à domicile de plus en plus difficile.

7. ​​​​​​​Perte totale d'autonomie et d'interactions

Le patient devient incapable de se déplacer ou de communiquer (parler, sourire) ; il dépend entièrement des autres pour l'ensemble de ses besoins et il est souvent confronté à des complications physiques au cours de cette phase finale de la maladie. 2

Vers un nouvel avenir pour la détection précoce

Qu'est-ce que cela implique pour vous ? Cette recherche ouvre la voie à une nouvelle approche révolutionnaire du diagnostic de la maladie d'Alzheimer. Grâce à l'identification d'une « bonne » bactérie, appelée Akkermansia muciniphila, qui a été associée à une diminution du nombre de (sidenote: Protéine amyloïde toxique Les amyloïdes sont des agrégats de protéines qui se replient les unes sur les autres. Dans le cas de certaines maladies neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer, les plaques amyloïdes se forment à partir d'agrégats de protéines mal repliées, composées principalement de la protéine bêta-amyloïde. Ces plaques se forment autour des neurones et les empêchent de fonctionner correctement.

https://www.fondation-alzheimer.org/dictionnaire/plaques-amyloides/
)
présentes dans le cerveau des patients atteints de la maladie d'Alzheimer, les scientifiques sont en train de créer l'« empreinte digitale » d'un intestin sain.

Un jour, nous pourrons peut-être utiliser un simple échantillon de selles pour vérifier la présence ou non de ces « gentilles » et « méchantes » bactéries spécifiques. Cela pourrait permettre de repérer le risque de développer la maladie d'Alzheimer plusieurs années plus tôt qu'actuellement, nous offrant ainsi une occasion cruciale de protéger la santé de notre cerveau par le biais de notre alimentation et de notre mode de vie.

L’axe intestin-cerveau : Quel est le rôle du microbiote ?

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Corrélation entre des espèces microbiennes spécifiques et les pathologies amyloïde et tau dans la maladie d'Alzheimer

Nous avons établi un lien entre la santé intestinale et la maladie d'Alzheimer, mais une nouvelle étude apporte un changement de paradigme. Ce n'est pas la diversité globale qui importe, mais les identités microbiennes spécifiques. Certaines espèces, considérées comme des biomarqueurs bénéfiques, protègent le cerveau, tandis que d'autres, même d'un genre identique, peuvent accélérer le déclin cognitif.

Maladie d'Alzheimer

Depuis de nombreuses années, la communauté scientifique accumule les preuves que notre intestin et notre cerveau communiquent en permanence, un concept connu sous le nom d'axe intestin-cerveau 1, 2. Nous avons constaté que la composition du microbiote intestinal est différente chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer 3 et que cette dysbiose pourrait contribuer à la neuroinflammation qui alimente la maladie 4, 5.

Mais les détails précis sont encore flous. Nous avons observé la forêt, mais une nouvelle étude historique 6 se penche sur chaque arbre qui la compose, et ce qu'elle révèle pourrait changer fondamentalement notre façon d'aborder cette maladie neurodégénérative dévastatrice qu'est la maladie d'Alzheimer.

Au-delà du cerveau : pas de diversité globale, mais une identité microbienne spécifique

Et si les premiers murmures de la maladie d'Alzheimer n'étaient pas cognitifs, mais compositionnels ? Une étude de référence publiée dans Alzheimer's Research & Therapy apporte des preuves irréfutables que la clé pour comprendre, et peut-être un jour diagnostiquer, le déclin cognitif des patients atteints de la maladie d'Alzheimer pourrait se trouver dans les espèces spécifiques de bactéries résidant dans notre intestin.

Grâce au (sidenote: Séquençage métagénomique shotgun Il s'agit d'une méthode de séquençage haute résolution qui analyse tout le matériel génétique de chaque microbe présent dans un échantillon. Contrairement aux techniques plus anciennes qui se contentent d'identifier les familles de bactéries, ce séquençage permet une identification précise jusqu'au niveau de l'espèce et révèle les gènes fonctionnels que possèdent ces bactéries. ) haute résolution sur des patients atteints de (sidenote: Trouble cognitif léger (TCL) Le TCL est un stade clinique entre le déclin cognitif attendu en cas de vieillissement normal et le déclin plus grave lié à la démence. Les personnes atteintes d'un TCL présentent des troubles perceptibles de la mémoire ou du raisonnement, mais peuvent encore accomplir la plupart de leurs activités quotidiennes, ce qui représente une opportunité cruciale pour l'intervention et l'étude. ) , un stade intermédiaire critique, les chercheurs n'ont constaté aucune différence significative au niveau de la diversité globale du microbiote intestinal par rapport au groupe témoin sain. Par contre, la grande différence se retrouve dans l'identité des acteurs. L'étude a permis d'identifier 59 espèces microbiennes spécifiques dont la présence ou l'absence avait un lien direct avec le TCL, les plaques amyloïdes et les niveaux de (sidenote: Protéine tau Tau est une protéine qui, en temps normal, stabilise le système de transport interne, les microtubules, au sein des cellules nerveuses du cerveau. Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, elle est anormalement phosphorylée et forme des enchevêtrements neurofibrillaires à l'intérieur des neurones, entraînant un dysfonctionnement cellulaire et la mort. ) , les principales caractéristiques pathologiques de la maladie d'Alzheimer. Cela témoigne que ce n'est pas la taille de l'armée microbienne qui compte, mais plutôt les soldats spécifiques qui composent les lignes de front.

Le rôle surprenant de deux bactéroïdes : pourquoi les détails relatifs à l'espèce changent-ils la donne ?

C'est là que les découvertes sur les biomarqueurs intestinaux apportent un véritable changement de paradigme. L'étude a révélé que différentes espèces d'un même genre pouvaient avoir des effets opposés sur la santé du cerveau. Par exemple, la présence de l'espèce Bacteroides eggerthii a été associée à un risque réduit de TCL. Cependant, une autre espèce, Bacteroides thetaiotaomicron, a été associée à un risque plus élevé.

Il s'agit d'une découverte essentielle, car elle démontre que les études antérieures reposant sur un séquençage à plus faible résolution, qui ne pouvait identifier les bactéries qu'au niveau de leur genre, sont peut-être passées à côté du plus important. Ce serait comme savoir qu'un individu est un « mammifère » sans savoir s'il s'agit d'une souris ou d'un lion. Cette activité spécifique à l'espèce est une découverte fondamentale, qui obligera désormais les chercheurs à adopter des méthodes plus précises.

Vers des biomarqueurs fonctionnels : le rôle protecteur d'Akkermansia

L'étude va au-delà de la simple corrélation, en identifiant des bactéries qui, en plus d'être présentes, sont fonctionnellement liées à la santé du cerveau. L'une des espèces bénéfiques identifiées, Akkermansia muciniphila, présentait une corrélation négative avec la charge amyloïde. Cela est important, car Akkermansia est connue pour produire des métabolites qui renforcent la barrière intestinale et possèdent des effets anti-inflammatoires 7. Cette recherche suggère que son rôle pourrait être encore plus direct, en influençant potentiellement le métabolisme énergétique du cerveau et en le protégeant contre l'accumulation de protéines toxiques, telles que la protéine tau.

L'identification d'espèces pro- et anti-inflammatoires spécifiques directement liées aux niveaux d'amyloïde et de tau ouvre la voie au développement de biomarqueurs métaboliques très sensibles 8, 9, 10, permettant potentiellement un diagnostic au stade du TCL, bien avant que des dommages irréversibles ne se produisent dans le système nerveux central.
.

Ces résultats renforcent la reconnaissance croissante du rôle du microbiote intestinal dans la maladie d'Alzheimer. Pour approfondir ce sujet, lisez nos articles consacrés à la façon dont le microbiote intestinal peut jouer un rôle clé, voire être un indicateur précoce de la maladie.

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Actualités Neurologie

L. iners : l’alliée du microbiote vaginal chez la femme enceinte ?

Mais quel rôle joue L. iners dans la santé vaginale des femmes enceintes ? Une étude chinoise 1 met en lumière le rôle complexe et globalement bénéfique de la bactérie dans le maintien d'un microbiote vaginal sain.

Le microbiote vaginal Anatomie féminine, microbiotes et hygiène intime

Le microbiote vaginal cet écosystème complexe de bactéries qui peuplent le vagin, joue un rôle crucial dans la santé des femmes, y compris des femmes enceintes : par exemple, une plus grande présence de lactobacilles semble réduire les fausses-couches.

Parmi les différents lactobacilles de la flore vaginale, Lactobacillus iners s’avère particulièrement intrigante : cette bactérie est présente à la fois dans les microbiotes sains et pathologiques, ce qui interroge quant à son rôle exact. Une étude menée sur 91 femmes chinoises au troisième trimestre de leur grossesse apporte un nouvel éclairage.

L. iners plus fréquent chez les femmes en bonne santé

L’étude montre qu’une femme en bonne santé sur deux abrite dans son vagin une flore dominée par L. iners, alors qu’elles sont moins d’une sur trois à présenter un tel microbiote dans le groupe des femmes malades ( (sidenote: Diabète gestationnel Diabète gestationnel, parfois appelé « diabète de grossesse » : Le diabète gestationnel peut apparaître pendant la grossesse chez les femmes qui ne sont pas déjà diabétiques, généralement autour de la 24e semaine. Un dépistage est généralement effectué entre la 24 e et la 28 e semaine. Il survient lorsque le corps ne parvient pas à produire suffisamment d'insuline pendant la grossesse — une hormone qui permet au sucre (glucose) du sang de pénétrer dans les cellules pour être utilisé comme source d’énergie. En conséquence, le taux de sucre dans le sang (glycémie) devient plus élevé que la normale. Chaque année, entre 5 % et 9 % des grossesses aux États-Unis sont touchées par le diabète gestationnel. Une prise en charge appropriée du diabète gestationnel permet de garantir une grossesse et un bébé en bonne santé. CDC ) , complications…).

A l’inverse, une flore dominée par L. crispatus se révèle plus fréquente chez les futures mères malades : ce type de flore atteint même 57% parmi les femmes souffrant de diabète gestationnel.

La fréquence plus élevée, mais aussi l’abondance renforcée de L. iners chez les femmes enceintes en bonne santé pourrait-elle expliquer leur bonne santé ? Peut-être, à en croire les chercheurs. En effet, qui dit plus de L. iners dit plus de fabrication de molécules microbiennes bénéfiques par cette bactérie. A commencer par une biosynthèse accrue d’une molécule au nom barbare de ‘tétrahydrofolate’, qui aide au maintien d’une inflammation moderée en fin de grossesse.

Ce type de fonctionnement illustre comment certaines souches de lactobacilles, bien que non considérées comme traditionnellement protectrices, peuvent contribuer à la régulation de l’écosystème vaginal pendant la grossesse.

50% 50 % des femmes en bonne santé présentaient un microbiote dominé par L. iners.

Des souches différentes de L. iners

Cependant, toutes les souches de L. iners ne se valent pas. Parmi les sept souches identifiées chez les femmes enceintes, trois souches associées à la (sidenote: Vaginose bactérienne La vaginose bactérienne (VB) est un type d'inflammation vaginale causée par un déséquilibre des espèces de bactéries qui sont normalement présentes dans le vagin. ) se sont montrées particulièrement douées pour former de redoutés biofilms qui sont autant d’abris où se multiplient les pathogènes ; quatre souches (certaines associées à la vaginose, d’autres non) auraient la capacité d’inhiber la croissance du pathogène Gardnerella vaginalis. Bref, chaque L. iners a ses spécificités et sans doute plusieurs tours dans son sac bactérien. Mais certaines souches pourraient aider à maintenir la stabilité de l'écosystème vaginal chez les femmes enceintes.

Le vagin et les bactéries – un équilibre fragile

Le vagin est naturellement peuplé de milliards de bactéries, dont le rôle est de protéger l’équilibre de la flore locale. Lorsqu’une dysbiose survient, cet équilibre peut basculer, favorisant l’apparition d'infections comme la vaginose bactérienne. Les probiotiques sont aujourd’hui envisagés comme une piste prometteuse pour restaurer cet équilibre, notamment chez les femmes enceintes, chez qui le microbiote vaginal peut être plus instable.

Pour conclure :

Loin d’avoir un rôle uniquement bénéfique ou pathogène, L. iners agit comme un véritable agent double, dont l’impact sur le microbiote vaginal dépend à la fois de son contexte, de la souche concernée, et de l’écosystème environnant. Un équilibre subtil à surveiller de près pendant la grossesse.

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Quel rôle joue L. iners dans la santé vaginale des femmes enceintes ?

Lactobacillus iners, à la fois présent dans les microbiotes sains et pathologiques, joue un rôle ambigu qu’une étude chez la femme enceinte éclaire d’un nouveau jour.

Les différents profils du microbiote vaginal

Le microbiote vaginal a été classé en 5 « types », appelés CST (community state types) : trois CST favorables (respectivement dominés par Lactobacillus crispatus, Lactobacillus gasseri ou Lactobacillus jensenii), un défavorable, et un CST – le CSTIII – dominé par L. iners qui fait encore débat quant à son rôle dans la santé vaginale.

En effet, cette bactérie affiche une ambivalence : alors qu’elle semble faire partie intégrante d’un microbiote vaginal sain, elle est paradoxalement également abondante dans les conditions pathologiques et dysbiotiques, et a même été impliquée dans la colonisation par le streptocoque du groupe B pendant la grossesse.

Davantage de L. iners chez les futures mères en bonne santé

Pour mieux comprendre les liens entre flore microbienne et santé vaginale, des chercheurs chinois se sont penchés sur le cas particulier des femmes enceintes (3e trimestre), en bonne santé (34 femmes) ou non (61 femmes avec du diabète gestationnel, des complications, une infection…). Leurs résultats soulignent une persistance de la prédominance des Lactobacilles et le maintien de la diversité alpha chez toutes les futures mères.

50% 50 % des femmes enceintes en bonne santé présentent un microbiote vaginal dominé par L. iners

57% 57 % des femmes enceintes souffrant de diabète gestationnel présentent un microbiote vaginal dominé par L. crispatus.

Mais surtout, le type dominé par L. iners était moins fréquent dans le groupe des femmes malades (31,15 %) que dans le groupe des femmes en bonne santé (50 %). Par ailleurs, L. iners était relativement plus abondant (en pourcentage des espèces présentes) chez les femmes en bonne santé.

A l’inverse, le type dominé par la protectrice L. crispatus était paradoxalement plus fréquent chez les femmes souffrant de diabète gestationnel ou de complications maternelles. Ce constat remet en perspective la compréhension de la dysbiose vaginale, souvent simplifiée comme un simple déséquilibre entre bactéries « bonnes » et « mauvaises ».

Des voies métaboliques modifiées

La présence renforcée de L. iners chez les femmes enceintes en bonne santé allait de pair avec la surexpression de voies métaboliques favorables à une grossesse en bonne santé : par exemple, la biosynthèse du (sidenote: Tétrahydrofolate coenzyme dérivée de l’acide folique impliquée notamment dans la synthèse des bases nucléiques, purines et pyrimidines, constituant les acides nucléiques (ADN et ARN) du matériel génétique. Le THF intervient également dans la synthèse d'acides aminés tels que la méthionine, l'histidine et la sérine. ) pourrait jouer différents rôles (synthèse microbienne de folates, état légèrement pro-inflammatoire).

Mais la présence accrue de cette bactérie chez les femmes en bonne santé allait également de pair avec des voies de synthèse de (sidenote: Glycosyltransférase enzyme membranaire qui catalyse la liaison d'un glucide sur une protéine pour former une glycoprotéine. Chez les bactéries pathogènes, ces glycoprotéines ont été impliquées à différentes étapes du processus infectieux.

Source : Tomás JM, Fulton KM, Twine SM et al. Generation of Null Mutants to Elucidate the Role of Bacterial Glycosyltransferases in Bacterial Motility. J Vis Exp. 2022 Mar 11;(181).
)
et de résistance aux antibiotiques, comparativement aux femmes souffrant de pathologies. Ces mécanismes pourraient refléter l’adaptation dynamique de la flore à un environnement immunitaire et hormonal typique du troisième trimestre.

Accédez à des supports visuels clairs pour expliquer le rôle du microbiote vaginal, notamment l'infographie « Women's microbiota: the missing piece in intimate health » :

Infographies à partager avec vos patientes

7 souches de L. iners très différentes

Des analyses plus poussées montrent que toutes les L. iners ne se valent pas : parmi les 7 souches de L. iners identifiées par les auteurs, 3 souches associées à la vaginose bactérienne (vs 4 souches associées à la bonne santé) se sont montrées plus performantes dans la formation de biofilms, grâce à des gènes codant pour des protéines impliquées. L’équipe montre également que 5 des 7 souches identifiées (associées ou non à la vaginose bactérienne) inhibent la croissance du pathogène G.vaginalis, impliqué dans la prématurité.

Ces résultats suggèrent que L. iners pourrait avoir une influence protectrice selon les conditions environnementales et les souches impliquées. Une flore dominée par certaines souches de L. iners pourrait ainsi participer à la prévention de complications liées à une dysbiose persistante.

Selon les auteurs, cette hétérogénéité, notamment vis-à-vis de G. vaginalis, mérite de poursuivre les investigations.
D’autant que L. iners, sans doute via sa flexibilité métabolique, semblait participer à la stabilité de l'écosystème vaginal dans la population étudiée.

Explorez les dernières avancées sur les conditions favorisant un microbiote vaginal équilibré :

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Actualités Gynécologie