Vers un traitement des infections vaginales à base d’huile essentielle de basilic ?

L’huile essentielle de basilic pourrait bientôt faire partie des solutions naturelles pour prendre en charge les infections vaginales. Selon une nouvelle étude, elle contient des composés capables d’éradiquer les pathogènes tout en respectant l’équilibre du microbiote vaginal.  

Les pathologies infectieuses vaginales Les pathologies infectieuses vaginales Candidose vaginale

Les extraits de basilic ont de puissants effets antimicrobiens qui pourraient être utilisés pour rétablir les déséquilibres de la flore vaginale en cause dans la vaginose bactérienne et la mycose vaginale. C’est ce que vient de mettre en évidence une étude menée en Corée. 1

Fragiles mais précieux lactobacilles vaginaux

Le vagin abrite un microbiote composé de plusieurs centaines d’espèces bactériennes et d’un petit nombre de champignons dont des levures du genre Candida. Tous contribuent à maintenir un environnement propice à la santé. Par exemple, les lactobacilles sécrètent de l’acide lactique qui, en acidifiant l’environnement vaginal (maintien d’un pH compris entre 3,8 et 4,5), contribue à tenir éloignés de nombreux microorganismes pathogènes. 

Lorsque l’acidité naturelle du vagin est perturbée ou que les lactobacilles se raréfient, un déséquilibre (dysbiose) peut s’installer et favoriser la prolifération de micro-organismes associés à la vaginose bactérienne (BV) et à la candidose vulvovaginale (VVC) « mycose vaginale » (encadré).

Vaginose bactérienne vs candidose vulvo-vaginale : quelles différences ?

Vaginose bactérienne 

  • Cause : prolifération anormale de bactéries pathogènes (Gardnerella vaginalis, Fannyhessea vaginae, Chryseobacterium gleum…) avec diminution des Lactobacillus
  • Fréquence : un quart des femmes concernées. 2
  • Symptômes : pertes vaginales inhabituelles et malodorantes, démangeaisons, irritations et sensations de brûlure quand on urine.

Mycose vaginale (candidose vulvo-vaginale)

  • Cause : prolifération anormale de Candida albican, un champignon naturellement présent dans la flore vaginale. 
  • Fréquence : 75 % des femmes touchées à un moment ou un autre de leur vie. 3
  • Symptômes : démangeaisons, irritations, sensations de brûlure et pertes vaginales anormales.

À la recherche d’alternatives thérapeutiques

La prise en charge de ces infections repose encore souvent sur le recours à des antimicrobiens, comme les antibiotiques ou antifongiques. Problème : la surutilisation de ces traitements favorise l’émergence de bactéries et de champignons résistants, et peut affecter les populations de bactéries lactiques vaginales, fragilisant ainsi le microbiote vaginal. 

Quelles alternatives thérapeutiques à la fois respectueuses du microbiote et efficaces pourraient être utilisées pour prendre en charge et prévenir les infections vaginales ? C’est le défi qu’une équipe de chercheurs coréens a tenté de relever en s’intéressant au basilic.

Le basilic, un usage traditionnel contre les infections

Plante médicinale traditionnellement employé dans les remèdes populaires de nombreuses cultures pour traiter les infections respiratoires, le basilic (Ocimum basilicum L.) a démontré des effets antibactériens puissants liés à sa richesse en composés bioactifs.

Pour documenter ses effets sur les microorganismes du vagin, les scientifiques ont testé l’effet de diverses fractions d’huile essentielle de basilic sur des cultures in vitro des microorganismes en cause dans la vaginite : Gardnerella vaginalis, Fannyhessea vaginae, Chryseobacterium gleum et Candida albicans

Leurs résultats montrent que l’huile essentielle de basilic, même à faible concentration, a une puissante activité antimicrobienne sur les quatre pathogènes testés et ce, sans présenter de toxicité ni pour les lactobacilles bénéfiques (Lactobacillus crispatus), ni sur les cellules de la peau (fibroblastes dermiques). 
 

Le basilic, un potentiel prouvé contre les infections

Plusieurs études se sont penchées sur les vertus antimicrobiennes de l’huile essentielle de basilic. Elle démontre un potentiel contre : 

  • Les infections urinaires : activité contre Escherichia coli, Enterococcus spp. et Candida albicans 4;
  • Les infections respiratoires et pulmonaires : activité contre les bactéries impliquées dans la pneumonie  (Klebsiella pneumoniae, Pseudomonas aeruginosa, Acinetobacter baumannii, etc.) 5;
  • Les infections nosocomiales : souches d’E. coli multirésistantes de patients atteints d’infections respiratoires, urinaires, cutanées, etc. 6;
  • La candidose : bloque Candida albicans en perturbant son métabolisme et l’intégrité de sa membrane. 7

A ne jamais utiliser pure sur la peau ! Parlez-en à un professionnel de santé.

Effet synergique

Un composé particulier, appelé transcinnamate de méthyle, semble expliquer une partie des effets, mais les chercheurs supposent qu’il existe une synergie entre différentes molécules présentes dans l’huile essentielle de basilic.

Ces résultats sont encourageants, mais ils viennent uniquement d’essais en laboratoire. Leur efficacité — et surtout leur innocuité — doivent encore être confirmées par des études cliniques chez la femme. En attendant, évitez l’automédication et demandez conseil à votre médecin ou votre pharmacien. Les plantes restent une piste de recherche intéressante, sans remplacer les traitements recommandés.

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Des voies interconnectées relient les lipides plasmatiques, le microbiote fécal et l’activité cérébrale à la cognition liée à la malnutrition infantile

ARTICLE COMMENTE- Rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des Enfants, Toulouse, France

Commentaire de l’article de Portlock et al., Nat Commun 1

La malnutrition touche plus de 30 millions d’enfants chaque année et a des répercussions immédiates et durables profondes. Les enfants qui y survivent souffrent souvent de séquelles neurocognitives durables qui ont un impact sur leurs résultats scolaires et leur situation socioéconomique. Les mécanismes à l’origine de ces conséquences sont mal compris. À l’aide de modèles SHAP interprétés par forêt aléatoire multisystèmes et d’une analyse de réseau, les auteurs montrent que la malnutrition aiguë modérée (MAM) est associée à une augmentation de la présence de Rothia mucilaginosa et de Streptococcus salivarius dans les selles et à une diminution de Bacteroides fragilis chez un groupe d’enfants âgés d’un an à Dacca, au Bangladesh. Ces modifications du microbiome forment des voies interconnectées qui impliquent une réduction des taux plasmatiques d’acides gras à chaîne impaire, une diminution de la puissance gamma et bêta de l’électroencéphalogramme dans les régions temporales et frontales du cerveau, et une réduction de la vocalisation. Ces résultats confirment l’hypothèse selon laquelle une colonisation prolongée par des espèces commensales orales retarde le développement du microbiome intestinal et du cerveau. Bien que les liens de causalité doivent être validés par des données empiriques, cette étude fournit des informations utiles pour améliorer les interventions ciblant les déficits neurodéveloppementaux associés à la MAM.

Que sait-on déjà à ce sujet

La malnutrition infantile est un problème majeur de santé publique et une des premières de cause de mortalité avant l’âge de cinq ans. La malnutrition aiguë modérée (MAM) est associée à un retard du développement neurocognitif, mais le lien reste méconnu. Elle est aussi associée à une dysbiose du microbiote intestinal (MI) dont la mise en place est ralentie et marquée par un enrichissement en espèces de Bifidobacterium et Escherichia. Ces perturbations du MI pourraient avoir un impact sur le développement cérébral par l’axe intestin-cerveau, en raison de défaut d’absorption de nutriments ou d’accumulation de métabolites toxiques. Cette communication interorganes pourrait être médiée indirectement par les lipides plasmatiques car les lipides sont le constituant essentiel du cerveau et sont modulés par des métabolites du MI comme les acides biliaires.

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Cette étude a été réalisée dans la région de Mirpur au Bengladesh et a comparé 159 enfants avec MAM à 75 témoins bien nourris à l’âge de 12 mois. La MAM a été définie par un rapport poids/taille entre - 2 et – 3 z-scores. Le groupe MAM était significativement associé à des facteurs sociaux-démographiques (toilettes, mode d’accouchement et traitement de l’eau – bouilloire).

La MAM était associée à une diversité alpha bactérienne diminuée (Shannon), à une prévalence et abondance augmentées de Rothia mucilaginosa et de Streptococcus salivarius (figure 1), et à un ratio Bacteroidetes/Firmicutes augmenté. Les analyses fonctionnelles du MI n’ont pas montré de différences.

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L’électroencéphalogramme (EEG) montrait une diminution significative des fréquences béta (12-30 Hz) et gamma (30-45 Hz) au niveau des régions temporales et frontales chez les enfants avec MAM. Une diminution significative des scores de communication expressive, de motricité fine et globale, ainsi que de la vocalisation était aussi observée.

Après correction du mode d’accouchement, du sexe et de la durée d’allaitement exclusif, la MAM était associée à des changements du lipidome plasmatique, avec une abondance relative augmentée de 128 (16 %) composés et diminuée de 189 (24 %) (figure 2).

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L’intégration des données multimodales a montré que les meilleurs prédicteurs de MAM à 12 mois étaient : 1)les lipides plasmatiques (AUROC = 0,95 ± 0,05) ; 2) les mesures cérébrales et comportementales (score de Wolke, EEG, score de Bayley) (AUROC = 0,73 ± 0,05, 0,71 ± 0,10, 0,68 ± 0,07 respectivement) ; 3) le profil taxonomique, fonctionnel et des métabolites prédits du microbiome fécal (AUROC = 0,56 ± 0,07, 0,53 ± 0,07, 0,52 ± 0,06). À noter la part importante des données liées au microbiome fécal pour prédire la MAM en analyse multimodale, malgré la faible performance du microbiome fécal (figure 3).

L’analyse multimodale des réseaux a permis de prédire qu’un cluster de B. fragilis, de voies de fermentation du pyruvate, de céramides plasmatiques, d’EEG et de communication expressive était fortement corrélé avec un bon état nutritionnel à 12 mois. Enfin, l’effet le plus fort comme interaction interespèces était observé entre R. mucilaginosa et S. salivarius dont la présence combinée amplifiait la prédiction de MAM à 12 mois.

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Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude montre l’importance du MI dans l’état nutritionnel du nourrisson. La présence de bactéries orales commensales gram positives et anaérobies facultatives comme R. mucilaginosa et S. salivarius pourrait être à l’origine d’une dérégulation des acides biliaires. Cela pourrait entraîner des modifications lipidiques importantes pour le développement cérébral.

Par ailleurs, il est important de souligner le bénéfice de B. fragilis en lien avec des voies de fermentation sur l’état nutritionnel à 12 mois.

Point clé
  • La persistance au niveau intestinal de bactéries commensales Rothia mucilaginosa et Streptococcus salivarius chez des enfants MAM supplante la colonisation par Bacteroides fragilis. Cela interfère avec la synthèse d’acides gras qui sont essentiels au développement cérébral

Conclusion

Cette étude met en évidence que la dysbiose du microbiote intestinal est associée à des anomalies du développement cérébral présente chez les enfants avec MAM, via des modifications des lipides plasmatiques.

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Vers un indice d’espèces clés associé à la santé pour le microbiote intestinal humain

ARTICLE COMMENTE - Rubrique adulte

Par le Pr. Harry Sokol
Gastro-entérologie et nutrition,Hôpital Saint-Antoine, Paris, France

Commentaire de l’article de Goel et al., Cell Reports 2025 1

Foundation HUB page

Un indice robuste des taxons du microbiome intestinal, intégrant leur association avec la santé de l’hôte et la résilience du microbiome, serait précieux pour le développement et l’optimisation de thérapeutiques fondées sur le microbiome. Les auteurs présentent ici un classement unique de 201 taxons, l’indice Health-Associated Core Keystone (HACK), élaboré à partir de leur prévalence/association communautaire chez des sujets non malades, leur stabilité temporelle et leur association avec la santé de l’hôte. Cet indice a été construit à partir de 127 cohortes de découverte et de 14 jeux de données de validation (regroupant au total 45 424 microbiomes intestinaux provenant de sujets de plus de 18 ans, couvrant 42 pays, 28 catégories de maladies et 10 021 échantillons longitudinaux). Les auteurs montrent que cet indice est reproductible, quels que soient les stratégies d’analyse du microbiome et les modes de vie des cohortes. Certains consortiums de taxons à indice HACK élevé répondent positivement aux interventions basées sur le régime méditerranéen, sont associés à une meilleure réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire et à des profils fonctionnels spécifiques au niveau génomique. La disponibilité des indices HACK offre ainsi une base rationnelle pour comparer les microbiomes et faciliter la sélection et la conception de thérapies basées sur le microbiome.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Les thérapeutiques basées sur le microbiome intestinal (probiotiques, biothérapeutiques vivants, pré-/synbiotiques, transplantation fécale) visent à rétablir un microbiote sain mais affichent des succès variables selon les populations. Pour optimiser ces approches, il faudrait disposer d’une définition consensuelle d’un microbiome « sain », tâche ardue en raison de la grande variabilité interindividuelle. Des méta-analyses révèlent toutefois des taxons systématiquement appauvris ou enrichis dans de multiples maladies, suggérant que l’on peut positionner les microbes le long d’un continuum de lien avec la santé de l’hôte 2, 3. Les espèces occupant le haut de ce classement présenteraient le plus grand potentiel : i) comme agents thérapeutiques directs ou cibles à enrichir ; ii) comme marqueurs d’efficacité clinique. Les auteurs proposent donc de créer un indice de priorité intégrant trois critères : association positive avec la santé, contribution à la stabilité du microbiote et forte « interaction » communautaire. Exploitable sur de vastes jeux de données publiques, cet indice servirait à sélectionner et à évaluer rationnellement les futures stratégies thérapeutiques microbiennes. 

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

À partir d’une cohorte de découverte comprenant 39 926 microbiomes intestinaux provenant de 127 cohortes (données transversales et longitudinales couvrant 42 pays et 28 pathologies différentes), les auteurs ont élaboré un classement de 201 taxons prévalents du microbiote intestinal (détectés dans ≥ 5 % des échantillon dans ≥ 50 % des cohortes étudiées), l’« indice HACK » (Health-Associated
Core Keystone Index), en leur attribuant un score reposant sur trois propriétés quantifiables : i) prévalence/association communautaire chez des sujets non malades ; ii) stabilité temporelle ; et iii) association négative avec la maladie.

L’indice HACK a été calculé comme le produit de deux scores : i) la moyenne des scores d’association d’un taxon pour chacune des trois propriétés ; et ii) un score de récompense qui évalue la similarité (ou la répartition équilibrée) de ces trois scores entre eux. L’analyse des taxons les mieux classés selon cet ordre a révélé 17 taxons dont l’indice HACK est ≥ 75 % (figure 1). Ces taxons affichaient tous des scores ≥ 70 % pour les trois propriétés. Ils comprennent Faecalibacterium prausnitzii, un marqueur bien connu de la santé du microbiome4, suivi de Bacteroides uniformis. Figurent également dans cette liste plusieurs espèces des genres RoseburiaAlistipes et Eubacterium, ainsi que Coprococcus catus.

Les auteurs ont ensuite démontré la reproductibilité des scores individuels et de l’indice HACK dans son ensemble en recalculant les scores d’association individuellement dans chaque cohorte, en utilisant différentes méthodes de séquençage (Shotgun ou 16S) et différents types de populations (urbaines industrialisées vs autres), puis dans un jeu de validation supplémentaire composé de 14 cohortes supplémentaires totalisant 5 498 microbiomes.

Au-delà de leur lien plus étroit avec la santé et la stabilité du microbiote, certains taxons présentant un indice HACK élevé sont associés à une réponse favorable à diverses interventions thérapeutiques liées au microbiote, telles que le régime méditerranéen ou l’immunothérapie anticancéreuse.

En analysant les annotations fonctionnelles à l’échelle du génome obtenues à partir de 32 005 génomes couvrant 122 des 201 taxons, les auteurs ont identifié 150 familles de fonctions spécifiquement enrichies et conservées dans les génomes des taxons présentant un indice HACK élevé. Cela représente un vaste éventail de fonctions : production de butyrate/propionate aux propriétés antiinflammatoires, synthèse de nombreuses vitamines, biosynthèse d’acides aminés neuro-actifs comme le tryptophane, ainsi que de leurs dérivés anti-inflammatoires bénéfiques tels que les indoles, ou encore les chondroïtine-sulfates. Ces fonctions pourront être explorées pour comprendre les mécanismes sous-jacents.

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Quelles sont les conséquences en pratique ?

Les indices HACK ont été calculés à partir d’une cohorte mondiale de 45 000 microbiomes intestinaux couvrant les six grands continents, dans l’une des études les plus exhaustives à ce jour. Ces indices représentent une avancée vers la priorisation rationnelle des espèces microbiennes intestinales comme potentielles thérapeutiques fondées sur le microbiome. En outre, les fonctionnalités associées aux indices HACK pourraient aider à identifier les voies et capacités métaboliques liées à la santé générale et à la stabilité du microbiome.

Points clés
  • À partir de 45 454 microbiomes issus de 141 cohortes (42 pays, 28 groupes de maladies), cette étude a classé 201 taxons selon leurs modes d’association avec trois traits essentiels de la santé de l’hôte et du microbiome : i) prévalence chez des sujets non malades ; ii) stabilité temporelle ; et iii) association négative avec la maladie
  • Parmi les 17 bacteries avec les scores les plus élevés, on rerouve Faecalibacterium prausnitzii et Bacteroides uniformis en première et deuxièmes positions
  • Le classement était reproductible quels que soient le type de séquençage et le mode de vie des cohortes
  • Les taxons les mieux classés sont liés à des réponses positives à différentes interventions thérapeutiques liées au microbiote

Conclusion

En partant d’une très grande base de données, cette étude permet d’identifier un groupe de 17 taxons particulièrement prévalents, stables au cours du temps et associés à la santé. En plus d’avancer vers la définition des composants clés du microbiote humain en termes de taxonomie et de fonctions, ce travail offre une base rationnelle pour la définition de nouvelles thérapies basées sur le microbiote intestinal ou le ciblant.

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Médicaments et microbes : un dialogue bidirectionnel aux implications thérapeutiques

Par le Pr. Emmanuel Montassier
Urgences, soins critiques, anesthésies, réanimation, médecine interne, maladies infectieuses, Université de Nantes, France

Photo : Microbiota and non-antibiotic drugs interactions: friends or foes?

Les interactions interactions bidirectionnelles entre les médicaments oraux et le microbiome intestinal sont de plus en plus considérées comme déterminantes dans l’efficacité, la sécurité d’emploi des médicaments et la tolérance à ceux-ci. Si les antibiotiques sont connus pour perturber les communautés microbiennes, environ 24 % des médicaments non antibiotiques inhibent aussi au moins une espèce commensale. De plus, 10 % à 15 % des médicaments oraux sont transformés par les microbes intestinaux in vivo, ce qui affecte leur efficacité et leur toxicité. Les médicaments communs, comme les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), la metformine et les statines, peuvent altérer la composition et la fonction du microbiote, ce qui a une influence sur le métabolisme et le système immunitaire de l’hôte. Malgré ces statistiques, le microbiome est souvent ignoré lors de la prescription et de la mise au point de médicaments. Cette étude résume les principales connaissances cliniques et mécanistes, met en évidence les interactions notables entre les médicaments et le microbiote et explore de nouvelles stratégies visant à améliorer les résultats. L’intégration de la pharmacomicrobiomique dans les soins cliniques pourrait réduire les effets indésirables et venir appuyer la médecine de précision.

Le microbiote intestinal joue le rôle d’organe métabolique et participe à la digestion, à l’immunité et à l’homéostasie 1. Ses interactions
avec les médicaments sont toutefois bidirectionnelles : les médicaments peuvent perturber l’équilibre microbien, tandis que les microbes peuvent altérer l’activité médicamenteuse. Le microbiome est donc un facteur important mais souvent ignoré dans le risque de réactions indésirables aux médicaments 2, 3. Les enzymes microbiennes intestinales peuvent augmenter la toxicité des médicaments, ce qui accroît l’exposition des tissus et les effets nocifs. De plus en plus de données probantes montrent que la variabilité microbienne est un facteur clé des différences individuelles en matière de réponses aux médicaments et de réactions indésirables 2, 4. L’intégration de la pharmacomicrobiomique aux évaluations des risques (ainsi que les données génétiques et cliniques) pourrait permettre de prédire la vulnérabilité aux effets nocifs des médicaments et orienter les stratégies de prévention personnalisées.

Perturbation du microbiote induite par les médicaments : antibiotiques et autres

On sait que les antibiotiques perturbent le microbiote intestinal en réduisant sa diversité, en altérant sa composition et en favorisant le développement de souches résistantes (tableau 1) 5, 6. Van Zyl et al. ont montré que les antibiotiques, en particulier les quinolones et les β-lactamines, perturbent systématiquement les communautés microbiennes dans l’ensemble du corps et que les schémas thérapeutiques combinés provoquent une dysbiose prolongée et augmentent la charge pathogène 5. De même, Maier et al. ont montré que les différentes classes d’antibiotiques ont des effets distincts sur les bactéries intestinales : les macrolides et les tétracyclines  entraînent des pertes marquées chez les bactéries anaérobies ; quant aux médicaments tels que l’amoxicilline ou la ceftriaxone, ils favorisent le développement des Proteobacteria. En dépit des variations individuelles, une tendance globale se dégage : la disparation des bactéries anaérobies indispensables (ex. : Firmicutes) et la prolifération de microbes non essentiels et potentiellement pathogènes 6.

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En dehors des antibiotiques, de nombreux médicaments non antibiotiques altèrent également le microbiote intestinal, tel que les IPP, la metformine, les AINS, les antipsychotiques et les statines (figure 1, tableau 2) 7, 8. Les médicaments influencent le microbiote intestinal par divers mécanismes : l’action antimicrobienne directe, l’altération du pH, la modulation des acides biliaires, la modification de la motilité intestinale et la sécrétion de mucus 9.

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Le microbiote intestinal modifie le métabolisme

Le microbiote intestinal peut biotransformer les médicaments , modifiant ainsi leur activité, leur efficacité et leur toxicité (figure 2, tableau 3) 12-14. Zimmermann et al. ont schématisé le métabolisme microbien en analysant 271 médicaments oraux par rapport à 76 souches bactériennes intestinales ; ils ont alors constaté que 176 des médicaments étaient métabolisés par au moins une souche. Bacteroides dorei et B. uniformis ont notamment métabolisé près de 100 médicaments. Plus de 40 enzymes microbiennes ont été identifiées comme médiatrices d’un vaste ensemble de réactions, notamment la réduction, l’hydrolyse, la décarboxylation, la désalkylation et la déméthylation 12.

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Javdan et al. ont mis au point une plateforme personnalisée (MDM-Screen) pour évaluer le métabolisme microbien des médicaments,
à l’aide du microbiote ex vivo de donneurs individuels. En analysant 575 médicaments, ils ont observé que 13 % étaient métabolisés par les microbes intestinaux, y compris de nombreuses interactions jusqu’alors inconnues. Ces transformations, telles que l’hydrolyse, la réduction et la désacétylation, peuvent activer, inactiver ou augmenter la toxicité du médicament. L’étude a également révélé une variabilité interindividuelle importante et identifié des gènes microbiens clés (ex. : uridine phosphorylase, β-glucuronidase), associés à des voies métaboliques spécifiques 15.

L’efficacité de certains médicaments pourrait dépendre davantage de la composition du microbiote que de la génétique de l’hôte.

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Conséquences cliniques : avancée vers une médecine personnalisée

Les interactions entre le microbiote et les médicaments ont des implications cliniques non négligeables. En effet, les différences individuelles au niveau du microbiote peuvent expliquer la variabilité de la réponse aux médicaments et des effets secondaires. Il faut noter que la composition du microbiote n’est pas le seul facteur influençant les résultats du traitement ; c’est également le cas de sa stabilité fonctionnelle.

Dans les cas de mélanome avancé, les patients répondant bien au traitement anti-PD-1 ont présenté des fonctions microbiennes stables et des cellules T CD8+ réactives aux peptides bactériens de Lachnospiraceae, qui imitent les antigènes tumoraux. On peut en déduire que la fonctionnalité microbienne est un marqueur prognostique potentiel et un complément thérapeutique dans l’immunothérapie du cancer 16.

Ces résultats soulignent la nécessité d’intégrer la génomique humaine et microbienne aux évaluations pharmacologiques. Au cours du développement des médicaments, la simulation des interactions entre le microbiote et les médicaments in silico est devenue essentielle.
Dodd et Cane ont proposé un cadre détaillé combinant les systèmes in vitro (ex. : banque de souches, communautés dérivées de selles), les outils génétiques (tests de gain/perte de fonction) et la métagénomique pour identifier les gènes microbiens impliqués dans le métabolisme des médicaments. Les modèles murins gnotobiotiques permettent également de distinguer les effets microbiens de ceux de l’hôte sur la pharmacocinétique.

À mesure que ce domaine progresse, les prescriptions tenant compte du microbiote deviennent un moyen de personnaliser les traitements et de réduire les effets indésirables. À l’avenir, la pharmacomicrobiomique pourrait orienter le choix et la posologie des médicaments en fonction des biomarqueurs microbiens, ce qui permettrait de mettre en place une médecine véritablement personnalisée 17.

La personnalisation des traitements pourrait un jour nécessiter un profil microbiotique complet.

Préserver et restaurer le microbiote : une frontière thérapeutique

La protection du microbiote intestinal pendant un traitement médicamenteux est une stratégie prometteuse pour réduire les effets indésirables et préserver l’efficacité. Bien que les probiotiques et les prébiotiques présentent certains bénéfices face à la dysbiose médicamenteuse, leur efficacité varie. Les probiotiques ciblés, adaptés aux effets spécifiques des médicaments, et la transplantation de microbiote fécale (TMF) offrent des options plus fiables, notamment en cas d’infection à C. difficile récidivante.

Les outils de précision comme les inhibiteurs d’enzymes microbiens (ex. : les inhibiteurs de β-glucuronidase pour la toxicité de l’irinotécan), les probiotiques issus de la bioingénirie, les médicaments épargnant le microbiote et les interventions basées sur l’alimentation sont à l’étude. Les études cliniques explorent les symbiotiques adaptés aux schémas thérapeutiques pour améliorer les résultats tout en perturbant le moins possible le microbiote. Les postbiotiques, comme le butyrate, sont également évalués pour leurs effets anti-inflammatoires et de soutien de la barrière intestinale.

L’intégration de stratégies ciblant le microbiote à la pharmacologie nécessitera des outils avancés (multiomique, apprentissage automatique et modélisation systémique du microbiome) pour prédire et gérer efficacement les interactions entre le microbiote et les médicaments.

La manipulation du microbiote intestinal pourrait améliorer le taux de réussite des traitements et réduire les complications

Conclusion

Les interactions entre le microbiote et les médicaments sont un nouvel aspect important mais souvent négligé de la médecine, avec des implications majeures sur les résultats de traitement. L’intégration de ces connaissances à la pratique clinique est essentielle pour mettre au point des traitements plus sûrs, précis et respectueux du microbiote. À mesure que les données probantes s’accumulent, de nouvelles opportunités apparaissent pour moduler le microbiome afin d’accroître l’efficacité
des médicaments, de réduire leur toxicité et d’assurer la réponse aux médicaments.

Les approches innovantes, telles que les produits biothérapeutiques vivants, les microbes issus du génie génétique et les métabolites dérivés du microbiote (les « pharmabiotiques »), transforment la pharmacothérapie. Malgré un intérêt réglementaire croissant, les protocoles cliniques standardisés sont encore en développement. Dans un avenir proche, l’ingénierie du microbiome pourrait devenir une composante courante des soins médicaux personnalisés et systémiques.

Sources:
  1. Valdes AM, Walter J, Segal E, Spector TD. Role of the gut microbiota in nutrition and health. BMJ 2018; 361: k2179.
  2. Zhao Q, Chen Y, Huang W, Zhou H, Zhang W. Drug-microbiota interactions: an emerging priority for precision medicine. Signal Transduct Target Ther 2023; 8: 386.
  3. Wallace BD, Wang H, Lane KT, et al. Alleviating cancer drug toxicity by inhibiting a bacterial enzyme. Science 2010; 330: 831-5.
  4. Bolte LA, Björk JR, Gacesa R, Weersma RK. Pharmacomicrobiomics: The Role of the Gut Microbiome in Immunomodulation and Cancer Therapy. Gastroenterology 2025 Online publication ahead of print.
  5. Nel Van Zyl K, Matukane SR, Hamman BL, Whitelaw AC, Newton-Foot M. Effect of antibiotics on the human microbiome: a systematic review. Int J Antimicrob Agents 2022; 59: 106502. 
  6. Maier L, Goemans CV, Wirbel J, et al. Unravelling the collateral damage of antibiotics on gut bacteria. Nature 2021; 599: 120-4. 
  7. Vich Vila A, Collij V, Sanna S, et al. Impact of commonly used drugs on the composition and metabolic function of the gut microbiota. Nat Commun 2020; 11: 362. 
  8. Macke L, Schulz C, Koletzko L, Malfertheiner P. Systematic review: the effects of proton pump inhibitors on the microbiome of the digestive tract-evidence from next-generation sequencing studies. Aliment Pharmacol Ther 2020; 51: 505-26. 
  9. Le Bastard Q, Berthelot L, Soulillou JP, Montassier E. Impact of non-antibiotic drugs on the human intestinal microbiome. Expert Rev Mol Diagn 2021; 21: 911-24. 
  10. Maier L, Pruteanu M, Kuhn M, et al. Extensive impact of non-antibiotic drugs on human gut bacteria. Nature 2018; 555: 623-8. 
  11. Weersma RK, Zhernakova A, Fu J. Interaction between drugs and the gut microbiome. Gut 2020; 69: 1510-9. 
  12. Zimmermann M, Zimmermann-Kogadeeva M, Wegmann R, Goodman AL. Mapping human microbiome drug metabolism by gut bacteria and their genes. Nature 2019; 570: 462-7. •
  13. Haiser HJ, Gootenberg DB, Chatman K, Sirasani G, Balskus EP, Turnbaugh PJ. Predicting and manipulating cardiac drug inactivation by the human gut bacterium Eggerthella lenta. Science 2013; 341: 295-8. 
  14. Takasuna K, Hagiwara T, Hirohashi M, et al. Involvement of beta-glucuronidase in intestinal microflora in the intestinal toxicity of the antitumor camptothecin derivative irinotecan hydrochloride (CPT-11) in rats. Cancer Res 1996; 56: 3752-7.
  15. Javdan B, Lopez JG, Chankhamjon P, et al. Personalized mapping of drug metabolism by the human gut microbiome. Cell 2020; 181: 1661-79.e22. 
  16. Macandog ADG, Catozzi C, Capone M, et al. Longitudinal analysis of the gut microbiota during anti-PD-1 therapy reveals stable microbial features of response in melanoma patients. Cell Host Microbe 2024; 32: 2004-18.e9. 
  17. Dodd D, Cann I. Tutorial: Microbiome studies in drug metabolism. Clin Transl Sci 2022; 15: 2812-37.
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Notre santé cognitive dans notre assiette… et notre microbiote !

Pensiez-vous que le régime méditerranéen était bon uniquement pour votre cœur (et vos papilles gustatives) ? Bonne nouvelle : il pourrait également être bénéfique pour votre cerveau, par un biais plutôt inattendu : votre microbiote buccal et intestinal !  

Le microbiote intestinal

Des légumes, des fruits, des noix, de l’huile d’olive, du poisson… le régime méditerranéen, réputé pour ses multiples vertus, pourrait avoir une corde supplémentaire à son arc : celui de ralentir notre déclin cognitif.
C’est ce que suggère une étude 1 menée auprès de 54 seniors chinois, atteints ou non de (sidenote: Trouble cognitif léger (TCL) Le TCL est un stade clinique entre le déclin cognitif attendu en cas de vieillissement normal et le déclin plus grave lié à la démence. Les personnes atteintes d'un TCL présentent des troubles perceptibles de la mémoire ou du raisonnement, mais peuvent encore accomplir la plupart de leurs activités quotidiennes, ce qui représente une opportunité cruciale pour l'intervention et l'étude. ) , qui s’est penchée sur l’effet des (sidenote: Régimes anti-inflammatoires Régime alimentaire caractérisé par une consommation élevée de fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, poissons gras, noix, huile d'olive de nombreux composés phytochimiques, tout en limitant l'apport d'aliments à propriétés potentiellement pro-inflammatoires tels que la viande rouge, les glucides raffinés et l'alcool. Le fondement des régimes anti-inflammatoires (y compris, mais sans s'y limiter, le régime méditerranéen) réside dans leur capacité à réduire l’inflammation.

Source: Yu X, Pu H, Voss M. Overview of anti-inflammatory diets and their promising effects on non-communicable diseases. Br J Nutr. 2024 Oct 14;132(7):898-918. doi: 10.1017/S0007114524001405. 
)
, comme l’emblématique régime méditerranéen.

15.54 % La prévalence du trouble cognitif léger (TCL) chez les personnes âgées chinoises de plus de 60 ans est d'environ 15,54 %.

10x Chez les patients chinois souffrant de trouble cognitif léger (TCL), le taux annuel d’évolution vers une démence varie de 6 à 15 %, soit un taux de l’ordre de 10 fois plus élevé que le taux de conversion chez les adultes âgés cognitivement normaux.

Quand l’assiette calme l’inflammation et booste la cognition

Les chercheurs ont observé que les personnes ayant une alimentation anti-inflammatoire possédaient des bactéries buccales plus diversifiées, et parmi elles, davantage de certaines « bonnes bactéries » comme Corynebacterium ou Eubacterium_yurii.
Or, en échange du gite et du couvert que nous leur offrons, ces bactéries nous sont très utiles : elles produisent par exemple du butyrate, un composé qui calme l’inflammation, protège notre cerveau et favorise notre mémoire. Même chose au niveau intestinal : le microbiote des adeptes des régimes anti-inflammatoires abrite des bactéries spécifiques.
Résultat de cette inter-connexion bouche-intestin-cerveau : des scores cognitifs meilleurs aux tests de mémoire, d’attention et de langage pour les adaptes des régimes anti-inflammatoires !

L’axe intestin-cerveau : Quel est le rôle du microbiote ?

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Quand l’assiette s’enflamme, le cerveau trinque

À l’inverse, les fans de régimes riches en graisses saturées et pauvres en fruits et légumes (bref, les régimes pro-inflammatoires) voyaient leur diversité buccale diminuer.

1.5

Les humains avalent entre 1 et 1,5 litre de salive chaque jour, servant de moyen de transport à des milliards de bactéries buccales. 2

Des bactéries moins sympathiques comme Lacticaseibacillus y prenaient le dessus. Problème : certaines d’entre elles sont connues pour produire des acides responsables de caries, mais aussi d’inflammation systémique, un facteur lié au déclin cognitif. Idem au niveau du microbiote intestinal : le régime inflammatoire dope des bactéries liées à de moindre performances cognitives et saborde des microorganismes qui auraient pu doper nos performances.

Résultat : des scores cognitifs peu brillants pour les inconditionnels de la junk food !

Et si votre microbiote prédisait votre futur cérébral ?

Les chercheurs sont même allés plus loin : ils ont utilisé des modèles d’intelligence artificielle pour voir si le microbiote pouvait prédire le risque de troubles cognitifs. Et bingo !
Avec les seules données du microbiote intestinal, ils ont pu prédire les cas de trouble cognitif léger avec 87 % de précision. Pas mal pour un test basé sur votre seule flore intestinale !

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Régime anti-inflammatoire et troubles cognitifs : la piste du microbiote oral et intestinal

Les régimes anti-inflammatoires favorisent un microbiote oral et intestinal bénéfique, avec à la clé de meilleures performances cognitives... et une piste potentielle de prévention du déclin cognitif ?

Un peu plus d’un Chinois sur 6 de plus de 60 ans est concerné par un (sidenote: Trouble cognitif léger (TCL) Le TCL est un stade clinique entre le déclin cognitif attendu en cas de vieillissement normal et le déclin plus grave lié à la démence. Les personnes atteintes d'un TCL présentent des troubles perceptibles de la mémoire ou du raisonnement, mais peuvent encore accomplir la plupart de leurs activités quotidiennes, ce qui représente une opportunité cruciale pour l'intervention et l'étude. ) , avec un risque annuel de progression vers la démence de 6 à 15 % (10 fois plus qu’une personne sans TCL). Comment agir sur cette phase ? Par l’alimentation, répond une étude évaluant les effets du potentiel inflammatoire du régime sur la diversité et la composition des microbiotes oral et intestinal, ainsi que sur les performances cognitives, chez 54 Chinois de plus de 60 ans (36 avec un TCL et 18 témoins sans).

15.54 % La prévalence du trouble cognitif léger (TCL) chez les personnes âgées chinoises de plus de 60 ans est d'environ 15,54 %.

10x Chez les patients chinois souffrant de trouble cognitif léger (TCL), le taux annuel d’évolution vers une démence varie de 6 à 15 %, soit un taux de l’ordre de 10 fois plus élevé que le taux de conversion chez les adultes âgés cognitivement normaux.

Le régime alimentaire affecte la diversité orale

La diversité du microbiote oral diffère selon le score inflammatoire du régime (mesurées par l’E-DII) : la richesse microbienne buccale (mesurée par l’indice de Shannon) décroit avec l’augmentation du caractère inflammatoire du régime.
En revanche, le score inflammatoire ne semble pas affecter significativement la diversité du microbiote intestinal.

Des microbiotes modifiés

La composition des microbiotes est également affectée. Chez les individus dont le régime est anti-inflammatoire (tertile T1), on observe une plus grande abondance orale de certaines bactéries 1. Chez les consommateurs de régimes inflammatoires (T3), les taxons les plus enrichis étaient le genre Lacticaseibacillus.
Côté microbiote intestinal, deux taxons (la famille Porphyromonadaceae et son genre Porphyromonas) étaient plus abondants en cas de régime pro-inflammatoire, tandis que certaines bactéries (notamment les genres Haemophilus, Holdemanella et norank.RF39) étaient appauvries.

Des associations avec les fonctions cognitives

Enfin, les auteurs mettent en évidence des liens entre les microbiotes et les performances cognitives (mémoire, langage, attention) : par exemple, au niveau buccal, 3 bactéries typiques des régimes anti-inflammatoires 1 allaient de pair avec des scores plus élevés aux tests, tandis que le genre Lacticaseibacillus (régime inflammatoire) est lié à de moins bonnes performances. Comment expliquer ces effets ? Eubacterium produirait du butyrate, un acide gras anti-inflammatoire protecteur cérébral ; les Lactobacillaceae synthétiseraient des acides responsables de caries et d’une inflammation systémique.
Côté microbiote intestinal, la bactérie Haemophilus (régime inflammatoire) semble liée à de moins bonnes performances, alors que deux autres microorganismes du système digestif, Holdemanella et Porphyromonas, sont positivement associés à la cognition.

Un régime pro-inflammatoire affecterait la composition du microbiote intestinal et induirait une réponse inflammatoire dans la circulation périphérique et le système nerveux central via un axe de communication bidirectionnel « microbe-intestin-cerveau », ce qui pourrait détériorer la fonction cognitive cérébrale.

Prédire le déclin cognitif ?

Enfin, des profils différentiels du microbiote oral et intestinal pourraient signer l’apparition de troubles. Ainsi, des modèles d’intelligence artificielle permettent de prédire la déficience cognitive légère à partir de ces seuls microbiotes, avec une précision modérée pour le microbiote buccal (AUC = 0,75) et élevée pour le microbiote intestinal (AUC = 0,87).

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Axe intestin-cerveau-bassin : une nouvelle découverte de la science du microbiote

Et si les microbes présents dans l’intestin et le vagin d'une femme pouvaient permettre de prédire son niveau de stress, son bien-être sexuel ou sa guérison d'un cancer ? Une nouvelle étude révèle que le microbiote, loin d’être passif, est l'architecte invisible qui façonne la qualité de vie des patientes souffrant de maladies de l'endomètre.

Les médecins qui traitent le cancer de l'endomètre se concentrent le plus souvent sur la chirurgie, les hormones et le grade de la tumeur. Et si les microbes vivant dans le corps de la patiente exerçaient une discrète influence sur son état général, son niveau de stress, sa digestion et même sa libido ? Une nouvelle étude menée par une équipe de chercheurs de l’université d'Oklahoma fournit des éléments de réponse à cette question 1. Ils ont suivi 140 femmes devant subir une hystérectomie, certaines atteintes d'un cancer de l'endomètre (CE, n = 47), d'autres souffrant d'affections gynécologiques bénignes telles que des fibromes ou une endométriose (n = 93).

Avant l'intervention, chaque femme avait rempli des questionnaires validés permettant d’évaluer sa santé mentale et physique, ses symptômes gastro-intestinaux, son stress, sa fonction sexuelle et son bien-être vaginal. En parallèle, les scientifiques avaient prélevé des échantillons vaginaux et rectaux destinés au séquençage du microbiote. Objectif : établir un lien entre les indicateurs de qualité de vie et les empreintes microbiennes retrouvées en deux endroits clés du corps.

Le paradoxe microbien du cancer de l'endomètre

Mais là, une surprise de taille attendait les chercheurs. En effet, chez la plupart des femmes en bonne santé, une faible (sidenote: Diversité microbienne vaginale Désigne la variété et l'équilibre des espèces bactériennes présentes dans le vagin. Toute modification de cette diversité peut entraîner des répercussions sur des symptômes tels que la sécheresse, l'irritation et le risque d'infection. ) et une domination de l'espèce protectrice Lactobacillus crispatus sont considérées comme des signes d'équilibre. Mais dans cette étude, les patientes atteintes d'un cancer de l'endomètre montraient le schéma inverse : elles présentaient une plus grande diversité microbienne vaginale, et plus leur microbiote était diversifié, plus intenses étaient leurs symptômes de sécheresse et d’irritation vaginales. Plus étonnant encore, (sidenote: Lactobacillus iners Bactérie vaginale moins protectrice qui ne produit que de l'acide L-lactique. Elle est souvent associée à des déséquilibres microbiens et à une vulnérabilité aux infections opportunistes. ) , souvent considéré comme une bactérie « néfaste », était plus abondant chez les femmes rapportant des symptômes plus graves, aux côtés de Lactobacillus gasseri et Streptococcus agalactiae, une bactérie vaginale plutôt « bénéfique ». En bref, des microbes synonymes de bonne santé en temps normal semblaient être associés à des symptômes plus intenses chez cette population de patientes oncologiques, ce qui laisse penser que les règles de l'écologie vaginale ne s’appliquent pas forcément dans le contexte du cancer.

Le lien entre l’intestin, le cerveau et le bassin

Le microbiote rectal a également révélé des informations surprenantes. Chez les femmes atteintes de CE, certaines bactéries intestinales, notamment celles de l’ordre (sidenote: Gastranaerophilales Ordre de bactéries intestinales qui, dans cette étude, était associé à une meilleure santé mentale et à une diminution du stress chez les femmes souffrant d’un cancer de l’endomètre. Ces bactéries sont censées jouer un rôle dans la communication entre l’intestin et le cerveau et dans l’équilibre métabolique. ) , étaient associées à une meilleure santé mentale, à une diminution du stress et à une amélioration du bien-être physique. D'autres, comme celles des familles (sidenote: Christensenellales Famille de microbes intestinaux souvent associée à une bonne santé métabolique et à une réduction de l’inflammation. Ici, une corrélation a été constatée avec une diminution des ballonnements et de la gêne gastro-intestinale. ) et Desulfovibrionales, étaient corrélées à une diminution de la distension abdominale. À l’inverse, les bactéries de la famille Veillonellales étaient associées à une augmentation des ballonnements et à des symptômes plus intenses chez les femmes atteintes d'affections bénignes. Même le désir sexuel portait une signature microbienne : les bactéries vaginales Porphyromonas et Campylobacter étaient associées à une diminution de la libido, tandis qu’à l’inverse, le genre Dialister était associé à un désir sexuel plus marqué. Ces liens suggèrent l'existence d'un véritable (sidenote: Axe intestin-cerveau-pelvis Notion désignant un réseau de communication entre le microbiote intestinal, le cerveau et les organes reproducteurs. Selon cette hypothèse, les changements du microbiote intestinal ou vaginal exerceraient une influence sur l’humeur, le stress et la santé sexuelle. ) , c’est-à-dire un réseau de communication biologique reliant le microbiote, l’humeur et la santé intime.

Repenser le rôle des microbes dans le traitement du cancer

Ce qui distingue cette étude, c'est qu'elle associe l'expérience des patientes à la biologie moléculaire, tendant ainsi un pont peu commun entre la pratique médicale et la recherche scientifique. Les données suggèrent que plutôt que de se cantonner à un rôle de spectateur passif, le microbiote jouerait un rôle actif dans l'expression des symptômes et la guérison. À l'avenir, la cartographie de ces schémas microbiens pourrait aider à prédire quelles patientes sont les plus susceptibles de souffrir d'effets secondaires vaginaux ou gastro-intestinaux lors du traitement du cancer, ou quelles sont celles dont le bien-être émotionnel pourrait être menacé.

Cette découverte ouvre également la voie à des interventions microbiologiques de haute précision, allant de l’administration de probiotiques ciblés à des stratégies alimentaires conçues non seulement pour lutter contre la maladie, mais aussi pour restaurer le confort, la santé sexuelle et la résilience des femmes confrontées au cancer de l'endomètre et à ses conséquences. Comme le soulignent les auteurs principaux, le microbiote vaginal et le microbiote intestinal pourraient bientôt devenir des indicateurs clés permettant de déterminer l'état de santé des femmes, et non plus seulement la maladie dont elles sont atteintes.

Microbiome des Femmes 1 - Septembre 2025

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Avant que le cerveau ne commence à décliner, l’intestin a déjà parlé : le microbiote fournit de précieuses informations sur la progression de la sclérose en plaques

L’intestin pourrait bien envoyer un avertissement avant que la sclérose en plaques ne progresse. En effet, une nouvelle étude révèle que certains microbes spécifiques et leurs métabolites disparaissent bien des années avant que la neurodégénérescence ne s'accélère, offrant ainsi aux médecins un système métabolique d’alerte précoce.

Troubles neurologiques

Depuis des décennies, la sclérose en plaques (SEP) est considérée comme une maladie du système immunitaire et du système nerveux, une bataille perpétuelle dans laquelle sont impliquées l’inflammation et la neurodégénérescence. Toutefois, au cours des dernières années, de plus en plus d'éléments tendent à démontrer l’existence d’un troisième acteur silencieux – le microbiote intestinal – ayant un impact sur la réponse des patients au traitement, sur la fatigue qu’ils ressentent et, en définitive, sur l'évolution de leur maladie. Jusqu’à présent, une question restait cependant sans réponse : le microbiote intestinal est-il réellement capable de prédire quels sont les patients dont l’état va s’aggraver ?

Une nouvelle étude longitudinale menée par Laura Cox et Howard Weiner de la faculté de Médecine de Harvard, publiée dans la revue Cell Reports Medicine 1, fournit quelques éléments de réponse. En s’appuyant sur la cohorte CLIMB (Comprehensive Longitudinal Investigation of Multiple Sclerosis - Étude longitudinale intégrale sur la sclérose en plaques), l'équipe de chercheurs a suivi 192 personnes atteintes de SEP pendant deux ans, en associant des analyses métabolomiques d’échantillons de selles et de sérum à des IRM, des tests cognitifs et des évaluations de la qualité de vie, leur objectif étant de déterminer quelles sont les empreintes microbiennes et métaboliques qui apparaissent juste avant que la SEP n’évolue de la forme récurrente à la forme progressive.

Axe intestin-cerveau : comment votre microbiote parle-t-il à votre cerveau ?

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Absence de microbes de stabilité

Plusieurs microbes bénéfiques s’étaient discrètement éclipsés chez les personnes dont l’invalidité s’est aggravée. Eubacterium hallii, Butyricicoccus et Blautia, tous trois producteurs importants de métabolites anti-inflammatoires, ont vu leur abondance considérablement diminuer. En revanche, Alistipes onderdonkii et Bacteroides vulgatus ont proliféré, en lien avec le déclin cognitif et l’accélération de l’atrophie cérébrale détectée par IRM. Bien que ces microbes bénéfiques soient connus pour produire des (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) comme le butyrate, l'étude n'a révélé aucune variation des taux d'AGCC. Cela veut donc dire que le rôle de ces bactéries va bien au-delà de la simple fermentation des fibres. Ces espèces sont capables d’impacter la signalisation immunitaire et neuronale par le biais de la conversion des acides biliaires, la modulation des lipides et la biosynthèse des vitamines, un mécanisme plus complexe et de portée bien supérieure à ce que l’on imaginait auparavant.

Une empreinte métabolique de la progression de la maladie

Chez les patients ayant évolué vers une SEP progressive, le panorama chimique de l'intestin a subi de profondes modifications. On y observe une forte diminution des métabolites fécaux ayant un potentiel neuroprotecteur, tels que le nicotinate (vitamine B3), la pyridoxamine (vitamine B6) et la protoporphyrine IX, parallèlement à une augmentation des taux sanguins de palmitoléate et de sulfate de p-crésol, des molécules liées à la neuroinflammation et à la myélinotoxicité. On constate même un épuisement des acides biliaires secondaires comme l'ursodésoxycholate, connus pour apaiser les processus neuroinflammatoires.

Le tableau qui se dessine est donc celui d'un silence métabolique. En substance, les microbes capables de produire des composés protecteurs, notamment Akkermansia et Eubacterium hallii, tendent à disparaître au moment même où la neurodégénérescence s'accélère. Par conséquent, l’intestin n'est plus en mesure d'envoyer des signaux chimiques réparateurs au cerveau.

Une application clinique ?

Imaginez un instant que l’on ajoute un test du microbiote afin de compléter les examens annuels des patients atteints de sclérose en plaques récurrente-rémittente, dans le but de suivre l’abondance d’espèces protectrices ou la perte d’espèces productrices d’acides biliaires comme signal d’alerte précoce de l’évolution imminente de la maladie. Ce type de « surveillance de la signature intestinale » pourrait un jour servir de guide pour déterminer l'intensité du traitement, planifier la rééducation ou effectuer des interventions nutritionnelles.

Les implications thérapeutiques sont tout aussi spectaculaires. Si certains métabolites microbiens spécifiques, tels que la vitamine B3, les dérivés de la vitamine B6 ou les acides biliaires secondaires, avaient des effets neuroprotecteurs, l’administration de compléments alimentaires ou de probiotiques de nouvelle génération pourrait rétablir cette communication métabolique perdue. L'objectif ne serait alors pas de remplacer l’immunothérapie, mais d’y ajouter un (sidenote: Neuroprotection Préservation de la structure et de la fonction des neurones face à des lésions ou à la dégénérescence. Dans le contexte de la SEP, les stratégies neuroprotectrices visent à empêcher la perte d’axones et de myéline. L'étude suggère que certains métabolites microbiens, tels que la vitamine B3, les dérivés de la vitamine B6 et les acides biliaires, exerceraient des effets neuroprotecteurs, plaçant l'intestin en position de cible thérapeutique potentielle pour freiner la progression de la maladie. ) ciblé sur l'intestin, aidant ainsi les patients à préserver leur autonomie fonctionnelle plus longtemps.

Dans les années à venir, à mesure que les tests du microbiote deviendront moins coûteux et plus standardisés, on peut aisément imaginer une médecine du futur dans laquelle neurologues, diététiciens et spécialistes du microbiote travailleront côte à côte, métabolite intestinal par métabolite intestinal, en utilisant les données microbiennes pour maintenir la SEP sous contrôle.

Tout ce qu’il faut savoir sur l’axe microbiote-intestin-cerveau

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Microbiotalk: "World Microbiome Day"

Comprendre le microbiote à travers la science, la société et la participation

Cette édition spéciale de Microbiotalk, organisée pour la Journée mondiale du microbiome, met en lumière de nouvelles perspectives issues de l'Observatoire  International des Microbiotes 2025, présente le projet de science citoyenne « Le French Gut », et donne la parole aux patients et conversations publiques qui façonnent notre compréhension collective du microbiote.

Le microbiote intestinal Le microbiote vaginal

Alors que la science du microbiote continue de progresser, sa perception et son rôle dans la société sont encore en pleine évolution. Ce Microbiotalk, organisé par le Biocodex Microbiota Institute à l'occasion de la Journée mondiale du microbiome, rassemble des données scientifiques, l'engagement citoyen et les témoignages de patients afin d'explorer comment le microbiote façonne et est façonné par notre vie quotidienne.

Avec la participation d'experts tels que :

Etienne Mercier (Ipsos) – « Le microbiote sous la loupe : tendances en France et à l'étranger », Prof. Joël Doré (INRAE) – « Cartographie du microbiote de la population française : premiers résultats de Le French Gut »Patricia Renoul (APSII) – « Microbiote et maladies chroniques : un message d'espoir pour les patients »Dr. Julien Scanzi (CHU Clermont-Ferrand) – « Le microbiote sur les réseaux sociaux : médecins connectés, santé responsabilisée ».

En jetant un pont entre la science, la société et l'engagement citoyen, cet événement apporte un éclairage nouveau sur la manière dont la recherche sur le microbiote passe du laboratoire à la vie quotidienne et sur le rôle que chacun peut jouer pour faire avancer ce domaine.

Etienne Mercier

Le microbiote sous la loupe : Décryptage des tendances en France et à l'étranger

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« Avant tout, vous découvrirez comment, selon la culture et le pays où l'on vit, on entretient une relation avec le microbiote, des connaissances et des comportements extrêmement différents. »

Biographie d'Étienne Mercier

30 ans d'expérience dans les sondages d'opinion et les enquêtes sur la santé chez Ipsos Public Affairs - France
Expert en matière d'opinion et de santé, ce double rôle lui confère une vision globale des enjeux sociétaux (environnement, égalité des sexes, évaluation des politiques publiques) et sanitaires, lui permettant d'ancrer les données obtenues au cœur d'une réalité complexe.

 

 

Il dirige l'Observatoire International des Microbiotes depuis sa création.

Discours d'Étienne Mercier

Je n’ai pas beaucoup de temps pour présenter une enquête dont je pourrais parler pendant des heures, je vais donc devoir en résumer les points principaux.

Je vais tout d’abord vous présenter ce dispositif, qui existe depuis maintenant trois ans et qui est passionnant, car il est déployé à l’échelle mondiale.

Nous avons interrogé des personnes en Amérique du Nord, aux États-Unis, en Amérique du Sud, au Brésil, au Mexique ; en Europe du Nord avec la Finlande ; en Europe de l’Est avec la Pologne ; et en Asie, en Chine et au Vietnam. Ce panorama de pays et de populations interrogées nous permet de disposer d’une grande richesse de données collectées. Il montre surtout que la connaissance du microbiote, l’intérêt pour les comportements qui y sont liés et la volonté de modifier ses habitudes pour améliorer sa santé varient selon les pays.

Chaque année, de nouveaux pays rejoignent le dispositif : c’est un outil qui évolue continuellement. L’an dernier, nous avons intégré la Pologne, la Finlande et le Vietnam ; cette année, l’Allemagne et l’Italie s’ajoutent à la liste. L’inclusion de l’Allemagne est particulièrement intéressante, car ce pays est plutôt moins performant en matière de connaissance du microbiote, mais nous y reviendrons.

Comme souvent avec Le French Gut, nous avons changé d’approche. Habituellement, nous présentons une vue d’ensemble mondiale ; cette année, nous avons choisi de comparer la France au reste du monde. Nous allons donc observer comment nous nous situons et comment nous nous comparons aux autres sur ce sujet.

Le premier thème porte naturellement sur la connaissance du microbiote et des termes associés. Où en sont les Français ? Ils ne s’en sortent pas mal : aujourd’hui, 88 % d’entre eux ont déjà entendu le mot « microbiote », contre 71 % dans le reste du monde, ce qui est bien meilleur. Nous restons toutefois un peu derrière les pays asiatiques, qui ont une culture plus forte de compréhension et de comportements favorables au maintien d’un microbiote intestinal sain. Les Vietnamiens, par exemple, affichent un taux de notoriété de 94 %.

Dans le détail, c’est encourageant, mais nous pouvons encore progresser, car seulement un tiers des Français savent précisément ce qu’est le microbiote. La bonne nouvelle, c’est que cette connaissance évolue positivement : en 2023, elle atteignait 81 %, en 2024, 85 %, et cette année, 88 %. La proportion de personnes bien informées augmente elle aussi.

C’est donc un motif de satisfaction. Que sait-on du microbiote ? Pour nous, il s’agit avant tout du microbiote intestinal, que nous connaissons mieux que d’autres, et du microbiote vaginal. Sur ces deux aspects, la France est en avance. En revanche, pour le microbiote cutané, nous sommes comparables aux autres pays ; et sur les microbiotes pulmonaire, ORL et urinaire, notre connaissance est plus faible. Cela peut sembler anecdotique, mais dans certains pays d’Asie ou au Brésil, ces microbiotes sont mieux connus, et il existe sans doute une corrélation avec de meilleurs comportements liés au microbiote.

Sur la connaissance en général, nous sommes légèrement en retard sur le reste du monde, mais la progression est constante, ce qui est positif. Pour mesurer cette connaissance, nous avons soumis un quiz aux Français, avec des affirmations auxquelles ils devaient répondre « vrai », « faux » ou « je ne sais pas ». Il apparaît que de nombreux Français connaissent bien certains principes : par exemple, 80 % savent que l’alimentation influence l’équilibre du microbiote, et 78 % qu’un déséquilibre du microbiote peut avoir des conséquences sur la santé.

Nous constatons donc des progrès. Ces connaissances n’ont pas beaucoup évolué cette année, mais elles continuent à progresser globalement. Dès que les gens comprennent le rôle et l’importance du microbiote, cela crée les conditions pour davantage de prévention et de passage à l’action. Le seul bémol est que, sur certains points, nous restons en retrait du reste du monde, notamment sur les aspects plus concrets de la compréhension et de l’intérêt pour le sujet.

Les Français savent que leur microbiote se situe dans l’intestin ; en revanche, beaucoup ignorent que certaines maladies, comme le syndrome de l’intestin irritable, peuvent être liées à un déséquilibre du microbiote. Le rôle du microbiote dans la communication entre l’intestin et le cerveau est également moins connu. Résultat : la France obtient un score moyen de 5,6 sur 9, contre 5,9 pour le reste du monde.

Nous avons donc une bonne connaissance des notions liées au microbiote et de son importance, mais cette connaissance ne se traduit pas suffisamment dans les comportements. C’est un véritable enjeu. En effet, lorsqu’on demande aux Français s’ils ont changé leurs habitudes pour protéger ou mieux équilibrer leur microbiote, seuls 45 % répondent oui, contre 56 % ailleurs.

Il y a donc un écart entre la connaissance et l’action. Ce constat est encore plus marqué chez les personnes âgées : seules 44 % d’entre elles déclarent avoir modifié leurs comportements pour améliorer l’équilibre de leur microbiote intestinal, alors même qu’elles sont les plus exposées aux maladies chroniques.

À la question « Qu’avez-vous fait pour mieux équilibrer votre microbiote ? », plusieurs réponses montrent des progrès : 84 % des Français disent avoir une alimentation variée et équilibrée, un résultat comparable au reste du monde. Ne pas fumer les place même au-dessus de la moyenne. En revanche, sur la pratique d’une activité physique ou la consommation de probiotiques et de prébiotiques, ils sont un peu en retrait.

Leur score global est de 4,3 sur 7, ce qui reste inférieur à celui des autres pays. Le vrai problème est le niveau d’information dont disposent les Français pour passer à l’action et mieux prendre soin de leur microbiote.

Ce manque d’information provient en grande partie des professionnels de santé. C’est dommage, car 96 % des Français leur font confiance pour les informer sur le microbiote — un taux supérieur à celui observé ailleurs et en hausse par rapport à l’année précédente. Les professionnels de santé ont donc un rôle essentiel à jouer.

Pourtant, ils ne répondent pas entièrement à cette attente : 37 % seulement des Français déclarent qu’un professionnel de santé les a sensibilisés à l’importance de préserver l’équilibre de leur microbiote, contre 46 % dans le reste du monde. Seuls 35 % disent avoir reçu des conseils pour maintenir un bon équilibre intestinal, contre 38 % à l’international.

Ce décalage est regrettable, car les Français sont prêts à agir, mais ne reçoivent pas les informations nécessaires. On le voit notamment avec les antibiotiques : 67 % savent qu’ils ont un effet négatif sur le microbiote, mais, lors d’une prescription, seuls 45 % disent avoir été avertis de troubles digestifs possibles, 31 % ont reçu des conseils pour en limiter les effets, et 29 % seulement ont été informés de leurs conséquences sur l’équilibre du microbiote.

Il est donc urgent que les professionnels de santé accompagnent mieux les Français pour les aider à progresser sur ce sujet.

Enfin, concernant les tests du microbiote, seuls 18 % des Français en ont entendu parler, contre 27 % ailleurs. Il reste donc beaucoup de communication à faire. Pourtant, 47 % se disent intéressés à l’idée de tester leur microbiote, même si, dans les faits, on sait que ce chiffre resterait bien moindre.

Cette ouverture montre toutefois un réel intérêt pour mieux comprendre le microbiote. Les Français souhaitent avant tout tester les microbiotes qu’ils connaissent le mieux, c’est-à-dire l’intestinal et le vaginal. Leur motivation principale est d’obtenir un bilan de santé complet : 64 % citent la prévention et le ralentissement de l’apparition des pathologies. Viennent ensuite, pour 28 %, la volonté de soutenir la recherche et le développement de nouvelles thérapies fondées sur le microbiote.

Ce dernier chiffre illustre bien le potentiel du projet Le French Gut : 28 % des Français seraient prêts à participer à des analyses pour faire progresser la recherche. Et, lorsqu’on évoque le don de selles, 46 % se disent disposés à le faire, même si cela reste en dessous du reste du monde, où la moyenne atteint 59 %. Comme pour le dépistage du cancer colorectal, il existe encore une gêne culturelle : en France, tout ce qui touche à ce sujet reste plus difficile à aborder.

Ces résultats montrent donc à la fois des avancées et des freins. Je vous invite à consulter l’ensemble des données, qui sont très éclairantes. Elles permettent de comprendre comment, selon la culture et le pays, la relation au microbiote, les connaissances et les comportements peuvent différer profondément.

Merci beaucoup.

3 messages clés

  • Une forte sensibilisation, mais peu d'actions concrètes en France : 88 % des Français ont déjà entendu parler du terme « microbiote », un chiffre supérieur à la moyenne internationale (71 %). Cependant, seuls 45 % d'entre eux ont pris des mesures concrètes pour améliorer ou protéger leur microbiote, contre 56 % à l'échelle mondiale. Il existe un écart manifeste entre les connaissances et les comportements, en particulier chez les personnes âgées en France.
  • Les professionnels de santé sont considérés comme fiables... mais sous-utilisés : 96 % des Français interrogés font confiance aux professionnels de santé pour les informer sur le microbiote, un taux plus élevé que dans les autres pays. Pourtant, seuls 37 % se souviennent qu'un professionnel de santé les a sensibilisés à l'équilibre du microbiote, et seulement 31 % ont reçu des conseils pour minimiser l'impact des antibiotiques sur leur microbiote. Cela montre une occasion manquée en matière de prévention et d'éducation.
  • Fort potentiel d'engagement citoyen dans la science : bien que seulement 18 % des Français connaissent l'existence des tests de microbiote, 47 % se disent intéressés par ces tests. 28 % seraient prêts à participer à des tests de microbiote pour soutenir la recherche scientifique, ce qui souligne une attitude positive envers des initiatives telles que Le French Gut. La motivation principale reste le suivi de la santé personnelle, mais un intérêt collectif commence à émerger.

Résultats 2025 : L'Observatoire International des Microbiotes

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Prof. Joël Doré, Phd

Cartographie du microbiote de la population française : premiers résultats de « le French Gut »

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« Aujourd'hui, à l'échelle mondiale, on assiste à une épidémie de maladies chroniques dont l'augmentation est incontrôlée depuis 70 ans, des maladies qui touchent le système cardiovasculaire, le métabolisme cardiaque, l'obésité, le diabète, mais aussi les maladies inflammatoires, articulaires ou intestinales... »

Biographie du Professeur Joël Doré

Joël Doré est un microbiologiste français de renommée internationale, reconnu pour ses travaux pionniers sur le microbiote intestinal humain. Il est directeur de recherche à l'INRAE et directeur scientifique de MetaGenoPolis. 
Depuis plus de 40 ans, il consacre ses recherches aux interactions entre les micro-organismes intestinaux et leurs hôtes humains. Il est l'un des premiers chercheurs à avoir mis en évidence l'importance du microbiote dans la prévention et le développement des maladies chroniques (MICI, obésité, diabète).
Il œuvre également à la diffusion de la science auprès du grand public et des professionnels de santé, notamment à travers le projet Le French Gut, qu'il co-dirige.
Auteur et conférencier prolifique, il prône une approche holistique et préventive de la santé, dans laquelle l'alimentation et la qualité du microbiote sont des facteurs clés.

Discours du Professeur Joël Doré

Je vais commencer par vous parler de la situation que nous connaissons actuellement. Aujourd'hui, au niveau mondial, nous sommes confrontés à une épidémie de maladies chroniques dont l'augmentation est incontrôlée depuis 70 ans, des maladies qui touchent le système cardiovasculaire, le cardiométabolisme, l'obésité, le diabète, mais aussi les maladies inflammatoires, articulaires ou intestinales, les maladies du foie, puis les maladies qui touchent le système nerveux, neurodégénératives ou neuropsychiatriques, par exemple.

Cela représente 41 millions de décès en 2019.

74 % des décès sont liés à une maladie chronique. Cela signifie qu'en 2025, une personne sur quatre sera touchée par au moins l'une de ces maladies et, souvent, nous avons plusieurs problèmes de santé, des maladies chroniques cumulées. Selon les prévisions de l'Organisation, une personne sur deux dans le monde sera obèse d'ici 2035.

Nous pouvons donc constater que les choses évoluent vraiment d'une certaine manière. C'est assez impressionnant, mais pas dans le bon sens.
Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela signifie que nous n'avons pas compris à quoi nous avons affaire. Nous avons affaire à un être humain microbien, nous avons affaire à une symbiose, et cela n'est pas encore pris en compte dans nos comportements qui ont été mentionnés, mais aussi dans la pratique médicale actuelle. Nous avons pu caractériser le microbiote, nous avons pu tester le microbiote dans un sens quelque peu générique du terme et caractériser les variations ou les variabilités du microbiote dans différents contextes.

À gauche, ici, nous avons cette image d'une différenciation des microbiomes des personnes vivant dans un environnement industrialisé ou non industrialisé. Et puis, au milieu, ce que nous représentons ici, c'est cette histoire qui nous dit que le microbiote est important, que le microbiote joue un rôle dans un grand nombre de pathologies pour lesquelles une altération du microbiote a été documentée par rapport à des individus qui sont restés en bonne santé. Et ces maladies sont assez nombreuses, elles concernent en fin de compte les pathologies majeures de la société moderne, dont l'incidence est en augmentation, comme nous l'avons vu. Mais cela concerne également des paramètres humains, notamment la perméabilité intestinale, l'inflammation, le stress oxydatif, qui font vieillir nos cellules un peu plus vite que nous le souhaiterions, en fait, et qui peuvent également altérer davantage le microbiote intestinal.

On voit bien comment cette situation peut devenir un peu un cercle vicieux qui s'installe sous la forme d'un cercle vicieux. Et c'est ce que l'on documente aujourd'hui dans les maladies chroniques. Peut-être est-ce lié à cette idée que nous n'avons pas tout à fait compris ce que nous devons faire lorsque nous nous adressons au microbien humain. Donc, quand on zoome un peu sur la perception actuelle de cela qui concerne le test du microbiote intestinal.

Il y a une sorte de colère grandissante. Une petite colère, qui se traduit par des articles d'opinion dans les journaux ou dans la littérature scientifique. Ce sont des commentaires de collègues nord-américains, qui nous parlent ici du DTC, le Direct to Consumer, la caractérisation du microbiote à la demande de M. Tout-le-monde, qui devrait vraiment être un peu mieux réglementée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Cela pourrait donc être un sujet de discussion. Mais nous partons de là.


Aujourd'hui, il existe de nombreuses petites entreprises qui proposent des analyses du microbiote, parfois pour quelques centaines d'euros, et qui fournissent un rapport de quarante pages avec de belles images qui vous montrent à quoi vous ressemblez lorsque vous prenez un selfie de l'intérieur. Cela pose problème, car ces personnes consulteront leur médecin avec une bonne relation que la médecine ne peut pas gérer aujourd'hui. Et nous aimerions en effet parvenir à ce cercle vertueux qui permettrait aux médecins de prescrire l'analyse du microbiote en même temps que les analyses biologiques classiques, comme les analyses de sang ou d'urine, par le biais des laboratoires de biologie médicale, qui sont l'interface naturelle dans ce schéma, dans ce circuit.

Dans quel but ?

Enfin, intégrer ces données sur le microbiote dans la pratique médicale. Il s'agit de diagnostiquer les altérations du microbiote et de la symbiose. Il s'agit de suivre l'évolution de la symbiose tout au long du parcours du patient, en particulier pendant le traitement. Et puis, il s'agit d'intégrer les données sur le microbiote et la symbiose dans les recommandations nutritionnelles, par exemple, ou dans les soins médicaux. Pour que ce cercle vertueux s'établisse,

de quoi avons-nous besoin ?

Il faut des normes. Je vais vous expliquer que nous les avons déjà. Il faut des grands nombres et, bien sûr, Le French gut joue un rôle dans ce schéma en apportant des grands nombres pour construire la référence. Et ensuite, il faudra le démontrer avec des preuves, avec des preuves scientifiques qu'il y a un bénéfice clinique, un bénéfice à l'apport. Si bien sûr le médecin est formé au microbiote intestinal. L'éducation et la formation des patients seront également nécessaires pour les professionnels de santé. En réalité, nous constatons assez souvent aujourd'hui que l'éducation des patients se fait presque entièrement en ligne, un peu plus rapidement que l'adaptation de la formation des professionnels de santé aux connaissances scientifiques qui, elles-mêmes, évoluent très rapidement.

Comme je le disais, nous avons les normes. En ce qui nous concerne, nous avons publié en 2017 les normes qui permettent d'analyser le microbiote intestinal de manière totalement standardisée, à tel point que si cela était fait de la même manière aux États-Unis, en Europe et en Australie, nous obtiendrions le même résultat.

C'est ce qui est vraiment nécessaire pour une application clinique. Et puis, nous avons également vu apparaître des équipements de référence qui nous permettent de calibrer les processus que nous mettons en œuvre pour effectuer cette analyse. Et nous avons des collègues scientifiques aux États-Unis ou en Angleterre, par exemple, qui nous proposent des outils qui vont dans ce sens. Cet aspect est réglé.


Ce qui reste à fournir pour ce schéma, c'est le grand nombre et le microbiote français. Le French Gut vise à accélérer la recherche sur le microbiote et donc à fournir ces informations supplémentaires. Il s'agit d'un projet d'intérêt public visant à améliorer la prévention pour dépister, diagnostiquer et traiter les maladies chroniques de demain. Et l'objectif que nous nous sommes fixé est, d'ici 2029, de collecter et de caractériser ceux de 100 000 volontaires en France, adultes, résidents français et également des personnes en bonne santé par rapport à des personnes malades.

Dans quel but ?

Définir la référence, les normes du microbiote, les plages de variation des paramètres classiques, habituels et dominants du microbiote intestinal chez l'individu sain et mieux comprendre son altération dans la maladie. Il s'agit également de jeter les bases d'un véritable développement de recommandations nutritionnelles, éventuellement préventives et personnalisées, afin d'ouvrir la voie à de nouvelles thérapies, notamment dans le contexte des maladies chroniques, mais aussi de sensibiliser le grand public, les adultes et les enfants qui sont ou seront demain les gardiens de leur santé. Il s'agit d'un projet mené par l'INRAE, qui est réalisé en très étroite collaboration avec l'Assistance publique et les hôpitaux parisiens, au PHP, et qui rassemble des partenaires publics et privés, des institutions publiques telles que Agro ParisTech, l'Inserm, le CEA, l'Institut Pasteur et l'INRIA, ainsi que des entreprises privées telles que Biocodex, depuis le début, comme cela a été mentionné, pour le secteur pharmaceutique, mais aussi des partenaires qui couvrent davantage l'aspect nutritionnel ou les ingrédients et GMT pour l'analyse du microbiote intestinal à des fins médicales.


Il s'agit d'un projet soutenu par de nombreux partenaires en matière de communication. Je voudrais dire que vous pouvez tous être comme ça, mais nous avons des ambassadeurs, notamment Michel Cymes, Marine Lorphelin, Jimmy Mohamed et Julien Scanzi, qui prendront la parole après moi et qui communiquent avec des millions de personnes via Internet, en particulier.

Comment procédons-nous ?

Nous travaillons depuis des années, je dirais, à simplifier autant que possible le parcours des bénévoles. Ainsi, en tant que bénévole, vous devrez vous inscrire sur Internet et créer une page personnelle. Ensuite, vous devrez bien sûr vérifier que vous remplissez les conditions requises. L'éligibilité repose sur plusieurs critères. Il faut être âgé de plus de 18 ans, ne pas être sous tutelle ou curatelle, résider en France métropolitaine et ne pas avoir pris d'antibiotiques ni subi de coloscopie au cours des trois mois précédant le don. Enfin, si vous recevez votre kit de prélèvement et que vous devez prendre un antibiotique pour une raison quelconque.

Si vous ne vous sentez pas bien, revenez nous voir dans trois mois et tout ira bien. Il n'y a aucun problème. Le processus est le suivant : je m'inscris, je signe un formulaire de consentement. Il s'agit d'un exemple classique d'éthique dans les études de cohorte. Un consentement éclairé qui vous informera que vous participez à l'étude. Et puis aussi un deuxième consentement qui nous dira si vous acceptez d'être recontacté à l'avenir pour explorer la relation entre l'alimentation, la santé et les microbiomes à travers des questionnaires supplémentaires, par exemple, ou bien si vous proposez de participer à des études spécifiques sur des questions complexes dans la science des microbiomes. Vous remplissez quelques questionnaires, le questionnaire de base obligatoire est rempli en environ une cinquantaine de questions, donc cela prend 15 à 20 minutes.

Cependant, vous disposez également de questionnaires facultatifs que vous pouvez remplir dans ce formulaire, qui nous en apprendront davantage sur vous, vos habitudes alimentaires, votre mode de vie ou votre état de santé. Le kit présenté ici dans le coin supérieur droit est un kit similaire à celui utilisé pour le dépistage du cancer colorectal. En fait, nous l'avons simplifié autant que possible. Vous placez une selle sur un petit hamac en papier dans les toilettes et vous disposez d'un coton-tige ou d'un équivalent à placer dans la selle, puis vous placez ce morceau de coton dans un tube qui stabilise complètement votre échantillon pendant une semaine et qui est envoyé par la poste. L'impact est vraiment minimisé.


Néanmoins, certaines personnes ont du mal à faire ce geste. Nous le comprenons. Devenez l'un de nos bénévoles, rejoignez notre équipe de communication. J'en parlerai plus tard.

Où en sommes-nous aujourd'hui ?

Nous avons un peu plus de 25 000 participants qui sont effectivement venus vers nous en tant que bénévoles. Cela représente un quart de notre objectif. Nous allons donc continuer à travailler, à communiquer et à recruter de nouveaux bénévoles. En termes d'âge, il s'agit principalement de personnes d'âge moyen, entre 40 et 60 ans. C'est là que nous avons le plus de monde.

Nous avons un peu moins de personnes âgées ou très âgées que nous le souhaiterions. Un peu moins de jeunes adultes que nous le souhaiterions. 70 % sont des femmes. Messieurs, à vos tablettes ou à vos toilettes. Et puis, la répartition nationale correspond de manière impressionnante à la démographie de la population française. Nous sommes donc très heureux de pouvoir compter sur des bénévoles dans tout le pays. Un peu moins dans le Nord, un peu moins en Corse. Évidemment, je tiens à le dire, mais malgré tout, nous avons une très bonne représentation.

Et puis, un tiers de nos bénévoles sont... des patients qui consultent pour une pathologie, principalement des maladies respiratoires ou cardiométaboliques. En fait, l'hypertension, par exemple, vient après les maladies digestives. Évidemment, il y a ensuite les maladies systémiques ou auto-immunes. Et puis, enfin, les maladies neurologiques. Le système nerveux est impliqué.

Je ne vois pas les chiffres car c'est un peu loin pour moi, mais nous avons un peu plus de 80 % de personnes qui n'ont jamais fumé parmi nos volontaires. Environ 80 % des personnes sont omnivores. Bien sûr, nous nous intéressons également aux habitudes alimentaires. Et puis, nous avons une forte proportion de personnes qui déclarent avoir une activité physique régulière, à savoir au moins 30 minutes par jour de marche dynamique.

Voilà, vous pouvez tous communiquer. Idéalement, vous devriez contacter frenchgut-press@inrae.fr pour obtenir les outils de communication qui vous sont confiés, par exemple une affiche à imprimer et à apposer dans votre pharmacie ou votre supermarché. Et puis, éventuellement, des kits, des dépliants à distribuer autour de vous. Impliquez également les membres de votre famille. C'est important pour nous.

3 messages clés

  • Les maladies chroniques sont en augmentation — et le microbiote est la pièce manquante du puzzle : Le monde est confronté à une épidémie mondiale de maladies chroniques, responsables de 74 % des décès en 2019. Malgré les progrès réalisés dans le domaine des soins de santé, nous n'avons pas encore pleinement intégré le microbiote dans la réflexion médicale ou le comportement du public. Le microbiote intestinal joue un rôle avéré dans de nombreuses maladies chroniques (par exemple, cardiométaboliques, inflammatoires, neurodégénératives), mais cette dimension « microbienne humaine » est encore négligée dans la pratique médicale.
  • Des tests grand public à l'intégration clinique : un changement de paradigme s'impose : l'essor des tests microbiotiques grand public (DTC) sème la confusion ; les patients se présentent avec des résultats que les professionnels de santé ne sont pas prêts à interpréter. L'objectif est de construire un modèle médical vertueux où les données microbiotiques sont analysées dans des conditions standardisées et cliniquement valides, intégrées aux tests de laboratoire de routine.

  • Le French Gut : construire une référence nationale pour la prévention et l'innovation : le projet French Gut, mené par l'INRAE avec des partenaires publics et privés (dont Biocodex), vise à collecter les données sur le microbiote de 100 000 volontaires d'ici 2029. Avec plus de 25 000 participants déjà inclus, le projet contribuera à définir des plages de référence pour le microbiote, à étayer les recommandations nutritionnelles et à permettre de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Patricia Renoul

Microbiote et maladies chroniques : un message d'espoir pour les patients

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« Avant tout, il s'agit d'aider et de soutenir ceux qui souffrent afin de leur permettre de sortir de leur isolement. »

Biographie de Patricia Renoul

Patricia Renoul est présidente de l'APSSII (Association des patients souffrant du syndrome du côlon irritable) depuis 2022, après avoir été bénévole depuis 2019 puis membre du conseil d'administration. 

L'APSSII a été créée en 2010 par deux professeurs de gastro-entérologie, le professeur Sabaté (AP-HP) et le professeur Piche (CHU Nice). L'APSSII est une association à but non lucratif agréée par le ministère de la Santé.

Discours de Patricia Renoul

L’Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable (APSII) est une organisation nationale à but non lucratif, régie par la loi de 1901, et présente sur l’ensemble du territoire, dans toutes les régions françaises. Depuis la fin de l’année 2024, nous avons obtenu un agrément du ministère de la Santé, qui nous permet de représenter l’ensemble des patients dans les établissements hospitaliers, qu’ils soient publics, privés ou relevant d’institutions nationales.

Pour notre association, il s’agit d’une véritable avancée et d’une reconnaissance importante. Cela implique aussi des responsabilités, puisque certains de nos membres, afin de maintenir cet agrément, doivent participer à la représentation des usagers au sein de ces instances. C’est donc une étape majeure pour notre association, qui, comme Élodie l’a rappelé, fête aujourd’hui ses 15 ans.

L’association est née d’un constat formulé par les professeurs Sabaté et Piché : le syndrome de l’intestin irritable souffrait d’un manque de reconnaissance, aussi bien de la part du grand public que des professionnels de santé. C’est dans ce contexte qu’a été créée l’APSII en 2010.

Ses missions sont celles d’une association de patients, en cohérence avec les valeurs qu’elle défend. La première mission est d’aider et de soutenir les personnes qui souffrent, afin de leur permettre de sortir de l’isolement. Comme certains d’entre vous le savent, cette maladie n’est pas mortelle, mais elle altère profondément la qualité de vie, parfois pendant des années.

La deuxième mission de l’association est de soutenir et de promouvoir la recherche. À ce titre, nous sommes aujourd’hui très impliqués dans le projet Le French Gut, qui constitue pour nous un premier partenariat significatif, notamment sur le plan financier.

La troisième mission est d’informer, de sensibiliser et de le faire de manière fiable. Enfin, la quatrième mission est de défendre les droits des personnes atteintes. Cela inclut l’accompagnement des enfants et adolescents, le soutien aux aidants, ainsi qu’un appui aux patients souhaitant obtenir une reconnaissance en tant que travailleurs handicapés.

Revenons à un point fondamental : la définition du syndrome de l’intestin irritable (SII). Le diagnostic repose sur les critères de Rome, établis en 2016 par un groupe d’experts internationaux. Le SII se définit comme des douleurs abdominales récurrentes, survenant au moins un jour par semaine au cours des trois derniers mois, associées à au moins deux des critères suivants : lien entre la douleur et la défécation (avant ou après), modification de la fréquence des selles, et changement de leur aspect. En résumé, le syndrome de l’intestin irritable se manifeste par des douleurs abdominales et des troubles du transit, auxquels s’ajoutent souvent des symptômes secondaires comme les ballonnements, les gaz, les douleurs anales ou lombaires.

Les témoignages recueillis auprès de nos membres montrent d’ailleurs une grande diversité de symptômes et d’effets associés à la maladie. On parle aujourd’hui d’une définition évolutive : on ne dit plus « syndrome du côlon irritable » mais bien « syndrome de l’intestin irritable », car il concerne à la fois le petit et le gros intestin. On évoque désormais les interactions intestin-cerveau, qui traduisent la communication bidirectionnelle entre ces deux organes.

En France, entre 5 et 10 % de la population est concernée par le SII, à des degrés divers. Parmi nos membres, certains présentent des formes modérées, d’autres doivent interrompre leur activité professionnelle. Les deux tiers des personnes atteintes sont des femmes, plus nombreuses à consulter et à déclarer leur maladie. Le SII représente aujourd’hui la première cause de consultation en gastro-entérologie.

Sur le plan alimentaire, 73 % des patients estiment que leur régime déclenche leurs symptômes. Le SII est une affection chronique, et à ce titre, il entraîne des difficultés durables dans la vie quotidienne. Ce n’est pas une maladie mortelle, mais elle peut être extrêmement invalidante : certaines personnes ont jusqu’à dix à quinze selles par jour, ce qui rend très difficile une vie professionnelle, sociale ou familiale normale.

Malgré cela, la pathologie reste méconnue et banalisée. Combien de patients entendent encore « c’est dans votre tête », ou « tout le monde a mal au ventre » ? Le SII est pourtant une maladie aux causes multiples. Plusieurs facteurs ont été identifiés : hypersensibilité viscérale, altération de la communication entre l’intestin et le cerveau, infections intestinales, troubles de la motricité intestinale… Et, désormais, le déséquilibre du microbiote est reconnu comme un facteur majeur. C’est sur cette dimension que le projet Le French Gut travaille activement, en collaboration avec nous.

Le diagnostic du SII reste complexe, et les réponses thérapeutiques le sont tout autant. Parce que les causes sont multiples, les traitements sont eux aussi variés et pluridisciplinaires : médicaments, approches non médicamenteuses, activité physique, adaptations alimentaires… Mais ce qui ressort des témoignages, c’est que les patients essaient beaucoup de choses : certaines fonctionnent, d’autres non, ou cessent d’être efficaces après un certain temps. Les médecins eux-mêmes soulignent que les patients atteints de SII sont des cas complexes à traiter.

Le SII est une source de souffrance physique, mais aussi psychologique. Vivre avec des douleurs quotidiennes, parfois pendant des années, est difficile. Certains de nos membres ont été diagnostiqués à 14 ans et en ont aujourd’hui 70. C’est, comme ils le disent, une vie de combat.

Cette souffrance prolongée affecte inévitablement la santé mentale, et la qualité de vie dans son ensemble : vie professionnelle, vie sociale, vie familiale et affective. Le SII est une maladie invisible, souvent incomprise, même par l’entourage proche. Il peut aussi générer un sentiment de culpabilité, lié à une vision psychosomatique erronée : « c’est dans la tête », « détendez-vous », « faites du yoga, du tai-chi, et ça ira mieux ».

Sur le plan alimentaire, 73 % des patients estiment que leur régime déclenche leurs symptômes, et 93 % pensent qu’il les aggrave. L’alimentation représente donc un enjeu majeur. Des régimes spécifiques, comme le régime pauvre en FODMAPs ou le régime méditerranéen, peuvent être proposés, mais ils sont souvent contraignants et nécessitent un accompagnement diététique. Ces restrictions peuvent à long terme entraîner des troubles du comportement alimentaire.

Dans ce contexte, la recherche sur le microbiote représente un immense espoir pour les patients. Elle ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques, liées à l’alimentation et à la correction de la dysbiose, ce déséquilibre du microbiote intestinal aujourd’hui reconnu comme une cause du SII.

C’est un champ de recherche majeur, porteur d’espoir. L’APSII est en train de finaliser un accord avec l’INRAE et l’AP-HP dans le cadre du projet Le French Gut. Ce partenariat prévoit un recueil ciblé d’échantillons de selles de patients atteints de SII, afin d’analyser leur microbiote et de développer des pistes thérapeutiques adaptées.

Pour nous, patients, c’est un véritable message d’espoir. Les traitements actuels sont multiples, parfois complexes, et les résultats restent inégaux. Identifier une cause précise et y associer une réponse thérapeutique efficace changerait profondément la vie des personnes concernées.

3 messages clés

 

  • Le SCI est une maladie chronique, invisible et mal comprise, qui a des répercussions très réelles : il touche 5 à 10 % de la population française, principalement des femmes (2/3 des cas), et a un impact profond sur la vie quotidienne, notamment sur le bien-être social, professionnel et émotionnel. Bien qu'elle ne soit pas mortelle, cette affection est souvent banalisée et mal comprise, même par les professionnels de santé. De nombreux patients rapportent s'être entendu dire « tout est dans votre tête ». La maladie a des origines multifactorielles (hypersensibilité viscérale, dysfonctionnement de l'axe intestin-cerveau, déséquilibre du microbiote...) et entraîne des réponses thérapeutiques complexes et variables.
  • Le microbiote est une source d'espoir pour les patients : pour les patients, la recherche sur le microbiote intestinal représente un espoir thérapeutique majeur. La dysbiose (déséquilibre du microbiote) est désormais reconnue comme l'un des principaux facteurs contribuant au SII. L'association participe activement au projet French Gut, contribuant à la recherche scientifique et à la collecte de données afin de mieux comprendre les mécanismes du SII et de soutenir les traitements futurs. Un accord avec l'INRAE et l'AP-HP permettra de prélever des échantillons de selles ciblés auprès de patients atteints du SII afin d'alimenter les études sur le microbiote et d'identifier des voies thérapeutiques personnalisées.

  • L'association de patients joue un rôle clé : soutien, représentation et défense des intérêts : depuis 2024, l'association est officiellement reconnue par le ministère de la Santé, ce qui lui confère la capacité de représenter les patients dans les établissements de santé. Ses missions comprennent : aider les patients à sortir de leur isolement, promouvoir la recherche, fournir des informations fiables, défendre les droits des patients, notamment l'accès à la reconnaissance du handicap, et soutenir les aidants. Elle sensibilise également à l'impact alimentaire du SII : 73 % des patients déclarent que l'alimentation déclenche des symptômes, 93 % estiment que leur régime alimentaire aggrave leur état, les régimes restrictifs sont difficiles à suivre et peuvent entraîner des troubles alimentaires, ce qui montre la nécessité d'un soutien personnalisé.

Dr. Julien Scanzi, M.D.

Microbiote sur les réseaux sociaux : médecins connectés, santé responsabilisée

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« Nous pouvons donc tous dire ce que nous voulons sur les réseaux sociaux. Les médecins un peu moins, surtout depuis l'arrivée d'une charte en 2025 qui était attendue. »

Biographie du Dr Julien Scanzi

Gastro-entérologue à l'hôpital Thiers et au CHU de Clermont-Ferrand, auteur et conférencier, influenceur santé sur le thème du microbiote intestinal.

Discours du Dr Julien Scanzi

Je ne vais pas vous parler ici du microbiote, sujet que j’aborde très souvent, ni du syndrome de l’intestin irritable, que je traite également fréquemment, mais plutôt de mon activité de médecin et d’influenceur santé. Je vais vous expliquer comment tout a commencé, à travers une expérience particulière : une transplantation fécale. C’est d’ailleurs ce qui m’amène à être ici aujourd’hui.

Je suis gastro-entérologue en Auvergne, à l’hôpital Thiers du CHU de Clermont-Ferrand. J’exerce une activité de gastro-entérologie générale, mais je m’intéresse particulièrement au microbiote et à la transmission des connaissances, à mes confrères comme au grand public. Je vais donc vous expliquer comment, à partir de mon activité médicale, j’en suis venu à être suivi sur les réseaux sociaux par plusieurs milliers de personnes.

Vous avez probablement déjà entendu parler de la transplantation fécale. Cette approche thérapeutique a connu un véritable tournant en 2013, avec la publication d’une importante étude néerlandaise démontrant l’efficacité de la transplantation de microbiote fécal – c’est-à-dire le traitement d’un patient à partir du microbiote d’une personne saine. Cette étude, publiée en deux volets, a montré l’efficacité de la procédure dans les infections récidivantes à Clostridioides difficile.

À la suite de cette publication, j’ai eu la chance de pouvoir proposer cette thérapie à une patiente gravement malade, hospitalisée pour la sixième fois à cause de cette infection. Son état de santé était très dégradé. Nous avons tenté cette procédure, encore peu pratiquée à l’époque en France, et elle s’est rétablie rapidement. Je me suis alors dit : « Ce que nous venons de faire est incroyable. Nous avons probablement sauvé une patiente en lui transférant le microbiote d’une autre personne. » La puissance du microbiote m’a profondément marqué.

Par la suite, j’ai continué à m’y intéresser et j’ai eu la chance de participer, au sein d’un comité d’experts de l’ANSM, à la rédaction d’un protocole encadrant cette procédure. Le groupe français de transplantation fécale s’est rapidement structuré, sous l’impulsion du professeur Harry Sokol, que vous connaissez sans doute. Des recommandations officielles ont été établies. Mais au-delà de cette pratique, c’est surtout l’impact global du microbiote sur la santé qui m’a passionné.

Cela a marqué un véritable tournant dans ma carrière. À cette époque, je pensais plutôt m’orienter vers l’endoscopie digestive. Mais la curiosité suscitée par le microbiote, à un moment où les découvertes scientifiques se multipliaient chaque jour, a totalement changé ma trajectoire. De nouvelles études montraient sans cesse le rôle du microbiote intestinal dans notre santé. En tant que médecin, j’avais accès à ces connaissances, mais je me suis vite rendu compte qu’elles concernaient tout le monde.

Nous sommes tous des êtres microbiens, et pour prendre soin de notre santé humaine, nous devons aussi prendre soin de notre santé microbienne. Cette idée m’a beaucoup marqué. Je me suis dit qu’il fallait partager ces connaissances au-delà du milieu médical. La période du Covid-19 a renforcé ce besoin de compréhension et de prévention. Beaucoup de personnes se sont alors intéressées davantage à leur santé, mais aussi à de nombreuses fausses informations circulant sur Internet.

En tant que professionnel de santé, je me suis davantage identifié à une médecine holistique, intégrative et humaine, dans laquelle le microbiote a toute sa place. Je me suis demandé comment sensibiliser le plus grand nombre. Autour de moi, beaucoup de chercheurs travaillent sur des thèses, publient des articles, mais cela reste réservé à un public restreint. J’ai préféré m’adresser au grand public, en écrivant un livre de vulgarisation scientifique sur le microbiote intestinal.

Trouver un éditeur n’a pas été simple, mais j’ai fini par y parvenir, et j’ai pu publier ce livre. Rapidement, je me suis rendu compte que publier un livre ne suffisait pas : encore fallait-il qu’il soit lu. N’ayant ni émission de radio ni présence médiatique, j’ai choisi de me tourner vers les réseaux sociaux pour le faire connaître. Au départ, c’était simplement un moyen de promotion, mais très vite, cela est devenu un véritable canal de communication. Même si la majorité de mes abonnés n’ont pas acheté le livre, ils ont pu accéder aux mêmes connaissances à travers mes publications : vidéos, carrousels, articles, etc.

Les réseaux sociaux m’ont permis de sensibiliser un public de plus en plus large et, surtout, de favoriser des changements de comportement. Comme l’a rappelé Joël Doré, nous sommes confrontés à une épidémie mondiale de maladies chroniques, en grande partie liées à notre environnement et à notre mode de vie. Ces deux éléments ont un impact majeur sur notre microbiote, et donc sur notre santé. Comprendre ces interactions est essentiel pour prévenir les maladies chroniques et améliorer le bien-être général.

J’ai commencé sur LinkedIn, puis sur Instagram, en publiant régulièrement deux à trois fois par semaine. C’est un travail conséquent, qui demande d’apprendre beaucoup de choses que la médecine ne nous enseigne pas : rédiger des publications accessibles à un public non médical, vulgariser sans déformer, comprendre les algorithmes des plateformes, utiliser des outils comme Canva pour les visuels, CapCut pour le montage vidéo, ou Magic pour les sous-titres. C’est un véritable second métier que j’ai appris au fil du temps.

Tout cela contribue à une transformation de notre rapport au microbiote, à la santé intestinale et à nos modes de vie. L’objectif est de promouvoir des changements positifs dans les comportements et de soutenir des initiatives comme Le French Gut. Grâce à ma présence en ligne, j’ai pu relayer ce projet de science participative et en parler au grand public.

Sur les réseaux sociaux, tout le monde peut s’exprimer librement. Les médecins, un peu moins, surtout depuis la mise en place, en 2025, d’une charte professionnelle attendue depuis longtemps. Elle encadre la prise de parole des soignants en ligne, afin d’éviter la désinformation, et c’est une bonne chose. Malheureusement, cette charte ne s’applique pas à d’autres acteurs qui peuvent, eux, diffuser tout et n’importe quoi. Les réseaux sociaux sont donc à la fois un outil formidable de diffusion des connaissances et une source de confusion lorsqu’on ne sait pas trier l’information.

Aujourd’hui, je mesure le chemin parcouru. Ma communauté s’est largement développée, me donnant une vraie légitimité pour continuer à parler de ces sujets. Cela montre l’intérêt croissant du public pour la santé, la prévention et le microbiote intestinal. Ces échanges me permettent aussi d’aborder des thématiques plus larges, comme le dépistage et la prévention de certains cancers, notamment à l’occasion d’événements comme Mars Bleu, ou encore de déconstruire des idées reçues et de sensibiliser le grand public.

Mais un autre enjeu majeur demeure : celui de la formation des professionnels de santé. Le public commence à s’approprier le sujet du microbiote et à modifier ses comportements, mais les soignants manquent encore de connaissances sur son rôle dans la santé globale. C’est à eux aussi de transmettre les bons conseils, de sensibiliser et d’accompagner les patients.

C’est pourquoi je travaille aujourd’hui sur d’autres projets : un site Internet et des formations dédiées. Il existe en effet un véritable manque de formation dans ce domaine. Pour vous donner un exemple, en dix années d’études de médecine, je n’ai jamais entendu le mot « microbiote », et le mot « probiotique » n’a été cité qu’une seule fois. Il y a donc un réel retard à combler, à une époque où nous avons pourtant accès à tant d’informations, via Internet, les réseaux sociaux ou l’intelligence artificielle.

3 messages clés

  • De la pratique médicale à la communication numérique : un changement motivé par la conviction : le Dr Scanzi a commencé son parcours avec un cas transformateur de transplantation de microbiote fécal, qui a sauvé un patient gravement malade. Ce moment a suscité son intérêt profond pour le pouvoir du microbiote et a changé la trajectoire de sa carrière. Motivé par le manque d'enseignement sur le microbiote dans la formation médicale et par les preuves scientifiques de plus en plus nombreuses, il s'est donné pour mission de combler le fossé entre les connaissances médicales et le grand public. Son parcours l'a conduit à devenir un médecin-influenceur, utilisant les réseaux sociaux comme un outil pour informer, éduquer et susciter l'intérêt.
  • Les réseaux sociaux comme outil de santé publique et de vulgarisation scientifique : initialement utilisés pour promouvoir son livre sur le microbiote, les réseaux sociaux sont rapidement devenus son principal canal d'éducation. Il insiste sur la responsabilité des médecins en ligne, en particulier dans le cadre de la nouvelle charte professionnelle de 2025, et la compare à l'espace non réglementé de la désinformation en matière de santé. À travers des vidéos, des carrousels et des publications, il vise à favoriser les changements de comportement, à sensibiliser à la prévention des maladies chroniques et à promouvoir une communication sur la santé fondée sur des preuves.

 

  • Le besoin urgent de former les professionnels de santé sur le microbiote : malgré l'intérêt du public, la plupart des professionnels de santé sont mal informés sur le microbiote : « En 10 ans d'études de médecine, je n'ai jamais entendu le mot microbiote. » Le Dr Scanzi estime que les médecins doivent rattraper leur retard afin de fournir des conseils pertinents, soutenir les efforts de prévention et retrouver leur rôle éducatif. Il préconise des programmes de formation, des campagnes de sensibilisation et l'intégration du microbiote dans les soins et le dépistage de routine, y compris la participation à des projets scientifiques citoyens tels que Le French Gut, qu'il promeut via ses plateformes.

Comment décrypter les tendances en matière de santé intestinale sur les réseaux sociaux

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Les bons réflexes alimentaires pour chouchouter sa flore vaginale

On ne cesse de le marteler : votre alimentation est votre première médecine. Y compris pour votre microbiote vaginal, pour lequel votre alimentation et votre consommation d’alcool mènent la danse !

Le microbiote vaginal

Le microbiote vaginal (ou flore vaginale) est un peu l’exception qui confirme la règle : il se porte comme un charme quand il n’est pas diversifié et largement dominé par des lactobacilles. Régnant en maîtres, ces derniers repoussent les microbes pathogènes et avec elles tout risque d’infection vaginale comme la  vaginose bacterienne ou la candidose vulvovaginale.

Mais comment maintenir cette prédominance des précieux lactobacilles vaginaux ? Notre alimentation a-t-elle un effet ? Oui, suggère une étude 1 menée auprès de 113 étudiantes italiennes, qui confirme l’impact de leurs bonnes et mauvaises habitudes alimentaires.

De mauvaises habitudes à chasser

Une augmentation de l'apport en protéines animales (principalement issues de la (sidenote: Viande rouge Tous les types de viande issus des tissus musculaires de mammifères comme le bœuf, le veau, le porc, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre, y compris celle contenue dans les aliments transformés et dans la plupart des hamburgers. Elle n’inclut pas la volaille, le gibier ou les abats. Mais la définition peut varier d’un pays à l’autre :  en France, la ”viande rouge” correspond aux viandes de bœuf, d’agneau et à la viande chevaline, mais pas les viandes de porc et de veau, qui sont considérées comme des viandes blanches.

Sources: WHO WHO/IARC CIV (French meat information center)
)
et de le (sidenote: Viande transformée Viande qui a été transformée par salaison, maturation, fermentation, fumaison ou d'autres processus mis en œuvre pour rehausser sa saveur ou améliorer sa conservation. La plupart des viandes transformées contiennent du porc ou du bœuf, mais elles peuvent également contenir d'autres viandes rouges, de la volaille, des abats ou des sous-produits carnés comme le sang. À titre d’exemples de viandes transformées, on trouvera les hot-dogs (saucisses de Francfort), le jambon, les saucisses, le corned-beef, les lanières de bœuf séché, de même que les viandes en conserve et les préparations et les sauces à base de viande.

Source: WHO
)
) va ainsi de pair avec une flore déséquilibrée. Selon les auteurs, un tel régime pourrait augmenter les marqueurs inflammatoires ou produire des composés toxiques qui augmenteraient le pH vaginal, favorisant ainsi la croissance de bactéries pathogènes.

Consommation de viande

  • Si vous consommez de la viande rouge, limitez-vous à environ 3 portions par semaine maximum. Cela correspond à environ 350 à 500 g de viande cuite. 2
  • 500 g de viande rouge cuite correspondent à environ 700 à 750 g de viande crue. 2
  • Consommez très peu, voire pas du tout, de viande transformée. 2

La consommation d’alcool semble également favoriser la dysbiose vaginale et encourager des pathogènes comme les Gardnerella et Atopobium, confirmant les résultats d’une étude menée en France qui avait conclu sur l’effet délétère des soirées arrosées sur la flore intime des jeunes femmes

Comment l’expliquer ? L’alcool aurait-il un effet direct sur nos bactéries, « saoulant » nos précieux lactobacilles ? Ou bien aurait-il tendance à altérer notre système immunitaire, ouvrant la porte à un prolifération de bactéries indésirables ?

Avec le « binge drinking », le microbiote intestinal des jeunes trinque

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Quelques bons réflexes à entretenir

Bonne nouvelle : il existe aussi des habitudes alimentaires qui bichonnent notre flore vaginale.

  • Par exemple, un apport accru en acide alpha-linolénique, un (sidenote: Omega 3 Famille d’acides gras essentiels qui comprend notamment l'acide alpha-linolénique (ALA), indispensable (notre organisme ne sachant pas le fabriquer, il doit obligatoirement être apporté par l'alimentation) et précurseur des autres oméga-3 (à partir de l’ALA, notre organisme sait synthétiser d'autres acides gras oméga 3, notamment les célèbres EPA et DHA). Cependant, le taux de conversion de l'ALA en DHA est trop faible pour couvrir nos besoins en DHA : ce dernier est donc également considéré comme indispensable et doit aussi être apporté par l'alimentation.

    Source: ANSES
    )
    anti-inflammatoire présent dans certains aliments végétaux (fruits à coque, huiles de colza, de noix, de lin…), semble réduire le risque d’une flore vaginale dominée par L. iners (un lactobacille moins protecteur que les autres) et favoriser le précieux L. crispatus.
  • Les protéines végétales (issues des légumineuses comme les lentilles, haricots…), les fibres et l'amidon semblent tenir en respect la pathogène Gardnerella. L’hypothèse des auteurs : ces nutriments boosteraient la production de glycogène vaginal, nourriture favorite des lactobacilles, favorisant leur développement.

En revanche, de manière surprenante, l’adhésion au régime méditerranéen, riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, ne semble rien changer à la composition de la flore vaginale. Mais peut-être est-ce tout simplement parce que, parmi ces étudiantes, les véritables adeptes de ce régime étaient trop peu nombreuses pour observer un effet.

Quand bien même le régime méditerranéen ne défendrait pas l’équilibre vaginal, rappelons qu’il n’en demeure pas moins extrêmement bon pour notre santé cardiovasculaire, pour repousser certaines pathologies (colite ulcéreuse, endométriose…) et bien vieillir (lutter contre la fragilité de la personne âgée, ralentir la maladie d’Alzheimer, réduire la mortalité, etc.).

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