Les profils du microbiote vaginal fournissent des indices sur le risque de prématurité

Chez la femme enceinte, la présence de certaines bactéries dans le microbiote ou microbiome vaginal, combinée à des caractéristiques de la mère (âge…), pourrait permettre une stratification du risque obstétrical et des risques de prématurité.

Le microbiote vaginal est tout sauf statique au cours de la grossesse : il évolue et sa trajectoire a d’ailleurs été précédemment impliquée dans le risque de prématurité, d’accouchement précoce.
Néanmoins, les potentiels liens entre microbiome vaginal et prématurité sont loin d’être clairs : les études disponibles, mono-centriques, sont contradictoires, peut-être faute d'ajustements sur les facteurs confondants comme l’origine ethnique des mères.

Pour y voir plus clair, une étude 1 a tiré parti de données issues de cohortes américaines géographiquement et démographiquement diversifiées : les cohortes de naissance ECHO (Environmental influences on Child Health Outcomes), conçues pour étudier l'impact des expositions prénatales et néonatales précoces sur la santé de l'enfant.

Objectif des chercheurs : identifier à travers ces cohortes des signatures robustes du microbiote vaginal durant la grossesse qui, combinées à des facteurs liés à la mère, pourraient prédire le risque d’accoucher avant 37 semaines de grossesse.

<37 La prématurité est définie comme un âge gestationnel à la naissance inférieur à 37 semaines. ²

4-16% En 2020, le taux de naissances prématurées allait de 4 % à 16 % selon les pays. Ces résultats illustrent l’ampleur mondiale des risques liés à la prématurité. ²

13,4 millions On estime que 13,4 millions de nourrissons sont nés prématurément en 2020 dans le monde. ²

Les femmes à risque de prématurité

Sur les 677 naissances analysées, 12 % (73) étaient prématurées. Les résultats montrent combien les femmes (âge moyen : 28 ans) ne sont pas égales face à ce risque :

  • par exemple, 84 % des naissances prématurées concernaient des femmes se définissant comme noires
  • et 85 % des mères ayant une assurance maladie publique.

Les risques de prématurité et de partum précoce apparaissaient ainsi inégalement répartis selon les caractéristiques maternelles.

Côté microbiote, les femmes avec des communautés vaginales ( (sidenote: Type de communauté vaginale 5 types de communautés vaginales ont été décrits, 4 dominées par des lactobacilles (Lactobacillus crispatus, L. gasseri, L. iners, ou L. jensenii) et un cinquième caractérisé à l’inverse par une faible teneur en lactobacilles. ) ) dominées par des bactéries lactobacilles autres que L. iners étaient moins touchées par la prématurité : elles représentaient 6,8 % des naissances prématurées et 28,8 % des naissances à terme.
Ces résultats suggèrent qu’un microbiome vaginal riche en Lactobacillus pourrait être associé à une meilleure stabilité du vagin pendant la grossesse.

900 000 À l’origine de près de 900 000 décès en 2019, les complications de la prématurité sont la cause principale de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans. ²

x3 La vaginose bactérienne, infection la plus fréquente du tractus génital inférieur, est associée à un risque d'accouchement prématuré multiplié par 1,5 à 3. ¹

25-40% Jusqu'à 25 à 40 % des accouchements prématurés sont considérés comme liés à une infection. ¹

Bactéries à risque, au point d’être prédictives

Les analyses de risque soulignent un risque accru d’accouchement prématuré chez les femmes avec des communautés vaginales diversifiées (non dominées par des lactobacilles) ou dominées par L. iners, comparées aux femmes abritant en majorité des L. crispatus (considérées comme plus stables).

Et ce, même après ajustement sur l’ethnie, l’âge de la mère, le niveau d’éducation ou la parité de la grossesse. 

D’où l’étape suivante du travail des chercheurs : tenter de prédire ce risque, en testant plusieurs modèles. Le meilleur modèle, combinant les taxons Gardnerella vaginalis (associé à la vaginose bactérienne), Prevotella timonensis et L. crispatus, et des facteurs maternels (âge, ethnie…), atteint une (sidenote: AUC (« Area Under the Curve », ou en français « aire sous la courbe ») Mesure de la capacité d’un modèle à distinguer correctement deux classes (par exemple, "malade" vs "non malade", "positif" vs "négatif"). Elle correspond à l’aire située sous une courbe représentant le taux de vrais positifs (sensibilité) en ordonnée, et le taux de faux positifs en abscisse. Si l’AUC est égale à 1, le modèle est parfait ; au-delà de 0,80, il est en général jugé très bon et excellent au-delà de 0,90 ; s’il est égal à 0,5, il ne fait pas mieux que le hasard. ) (aire sous la courbe) de 0,77 – performance jugée satisfaisante par les auteurs pour un outil de prédiction clinique.
 

Cette étude confirme que le microbiote vaginal, combiné à des facteurs liés à la mère, pourrait être utilisé pour établir un score de risque prédictif d'accouchement prématuré au sein de différentes cohortes américaines.

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Les rayons du soleil modifient les bactéries présentes sur votre peau

On part du principe que les rayons du soleil affectent uniquement la surface de notre peau, en la faisant bronzer, vieillir et brûler. Mais une nouvelle étude révèle que les rayons UV perturbent également la communauté invisible de bactéries vivant sur notre peau, et ce en quelques minutes seulement.

Le microbiote cutané

Votre peau n'est pas une simple barrière, c'est un écosystème vivant. Des millions de microorganismes, dont des bactéries, des champignons et des virus, composent votre microbiote cutané. Ensemble, ils aident à réguler vos défenses immunitaires, à renforcer la protection contre les infections et à maintenir l'équilibre de votre  (sidenote: Barrière cutanée Couche protectrice externe de la peau qui empêche les agents néfastes d'entrer et l'hydratation de s'échapper. Le microbiote est un élément vivant clé de cette barrière ; perturber les microbes signifie affaiblir la défense elle-même et réduire la protection contre les facteurs de stress environnementaux. ) .
 Lorsque cette communauté est perturbée, les conséquences peuvent inclure des maladies inflammatoires de la peau, comme une dermatite atopique, ou une augmentation de la vulnérabilité aux maladies de la peau.

Rayons UV : un problème profond

Nous savons que le rayonnement ultraviolet (UV) endommage la peau, accélère le vieillissement, provoque des coups de soleil et augmente le risque de cancer de la peau en cas d'exposition chronique. Ce que nous comprenons moins en revanche, c'est son impact sur la communauté microbienne vivant à la surface de la peau.
Des chercheurs 1 du Leibniz Research Institute for Environmental Medicine (Düsseldorf, Allemagne) ont essayé de répondre simplement à cette question 

Microbiote cutané

Communauté de bactéries, champignons et autres microorganismes vivant à la surface de votre peau. Loin d'être dangereux, la plupart de ces microbes sont des partenaires essentiels qui défendent votre peau, équilibrent ses réponses immunitaires et aident à maintenir une (sidenote: Barrière cutanée Couche protectrice externe de la peau qui empêche les agents néfastes d'entrer et l'hydratation de s'échapper. Le microbiote est un élément vivant clé de cette barrière ; perturber les microbes signifie affaiblir la défense elle-même et réduire la protection contre les facteurs de stress environnementaux. )  saine. Ils peuvent aussi contribuer à produire les composés impliqués dans la préservation de la barrière et la protection cellulaire.

Début des perturbations en 30 minutes à peine

Dans le cadre d'un essai clinique contrôlé, 30 hommes volontaires en bonne santé ont été exposés, par simulation solaire, à des rayons UVA et UVB à trois doses (dose érythémateuse minimale (DEM) de 0,5, 0,7 et 1,0), sur des zones définies du bas du dos. 
Des échantillons de peau ont été prélevés :

  • 30 minutes,
  • 24 heures,
  • et 4 jours après l'exposition, puis comparés à des sites témoins non irradiés. 

Les résultats étaient sans appel : des changements mesurables au niveau du microbiote cutané étaient déjà détectables au bout de 30 minutes, même à la plus faible dose subérythémateuse, un niveau d'UV qui ne provoque pas de rougeur visible ou de coup de soleil.
L'étendue de la perturbation microbienne dépendait de la dose : plus la dose d'UV était élevée, plus les changements étaient marqués. Un rétablissement partiel a été observé au bout de 24 heures, mais certains changements ont perduré 4 jours après l'irradiation, ce qui suggère que la peau exposée pourrait garder une signature microbienne tardive.

Dose subérythémateuse

Quantité de rayons UV inférieure au seuil nécessaire pour produire une rougeur visible ou un coup de soleil. Dans cette étude, même ces doses quotidiennes, apparemment inoffensives, étaient suffisantes pour altérer le microbiote cutané en 30 minutes.

Conséquences pour la santé de votre peau

Ces découvertes sont importantes, car les doses d'UV subérythémateuses ne sont pas exceptionnelles ; elles correspondent à l'exposition au soleil normale quotidienne.
Une balade, un petit moment à côté d'une fenêtre ou une journée dehors sous un ciel couvert peuvent par exemple délivrer ces niveaux. L'étude soulève une véritable question au sujet de la photoprotection : si la crème solaire protège la peau contre les lésions cellulaires induites par les UV, pourrait-elle aussi préserver l'intégrité du microbiote cutané et protéger le système immunitaire.

Vous aimez bronzer ? Gare à votre microbiote cutané !

En savoir plus

D'après les chercheurs, il s'agit d'un sujet clé pour de futures investigations et pour la mise en place de stratégies préventives dans le domaine de la dermatologie. Pour le moment, les données suggèrent que protéger sa peau en cas d'exposition au soleil évite non seulement les dommages visibles, mais profite également aux communautés microbiennes qui aident à maintenir une barrière cutanée saine. Alors que l'été se rapproche et que l'exposition au soleil s'intensifie, ces résultats arrivent à point nommé.

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Quand la précarité menstruelle menace l’équilibre vaginal

Au Kenya, chez des travailleuses du sexe, la précarité menstruelle semble associée à un déséquilibre du microbiote vaginal et à la présence accrue de bactéries pathogènes. Des disques menstruels réutilisables pourraient aider à protéger ces femmes.

Le microbiote vaginal

Chez certaines femmes très exposées aux infections sexuellement transmissibles (IST), la gestion des menstruations peut devenir un enjeu de santé… mais aussi de survie économique.
Une étude 1 menée au Kenya met en lumière un phénomène peu documenté : l’impact de la précarité menstruelle sur la flore vaginale des travailleuses du sexe.

Quand les règles deviennent un enjeu économique

Dans des contextes de grande pauvreté, les femmes n’ont pas accès à des protections menstruelles classiques.
Ainsi, au Kenya, 42 % des travailleuses du sexe utilisent des solutions de fortune pour continuer à recevoir des clients pendant leurs règles. Plus de 9 travailleuses du sexe sur 10 essuient l’intérieur de leur vagin avec du tissu, du coton ou du papier hygiénique entre les clients.

Pratiques intravaginales jugées à risque

Les pratiques intravaginales jugées à risque évaluées comprenaient :

  • l’utilisation de tissu, de papier ou de coton pour essuyer l’intérieur du vagin afin d’éliminer les fluides entre les clients ;
  • l’introduction de substances dans le vagin avant les rapports sexuels afin d’obtenir une sensation de sécheresse ou de resserrement;
  • l’introduction de substances dans le vagin pour maintenir la sécheresse pendant les menstruations;
  • l’utilisation de produits de douche commerciaux;
  • la fréquence des gestes d’essuyage intravaginal pendant les menstruations, hors menstruations, et la variation entre ces deux périodes (augmentation, diminution ou stabilité).

Une flore vaginale plus fragile

Chez la grande majorité de ces femmes (presque 2 sur 3), le microbiote est diversifié, et donc moins protecteur comparé à des profils où les Lactobacilles règnent en maîtres.
Il est associé à un risque plus élevé d’infections. Sur les 407 femmes suivies dans cette étude :

  • 24,7 % avaient contracté le VIH,
  • 42,2 % présentaient une vaginose bactérienne,
  • 21,9 % souffraient de chlamydia, gonorrhée ou trichomonase,
  • seules 20 % ne présentaient aucune infection.

À l’inverse, les microbiotes largement dominés par des lactobacilles protecteurs, notamment Lactobacillus crispatus (CST-I), plus rares chez ces femmes, étaient associés à une meilleure santé vaginale et à moins d’IST ou de vaginose bactérienne.

30,7 % La prévalence du VIHchez les travailleuses du sexe était de 30,7 %, soit un risque d’infection 11,6 fois plus élevé que chez les femmes de la population générale. ¹

40 % Parmi 1 640 travailleuses du sexe à Nairobi (Kenya), les rapports sexuels pendant les menstruations étaient fréquents, étant rapportés par 40 % d’entre elles. ¹

72 72 millions de femmes dans le monde doivent gérer leurs menstruations sans avoir accès à des toilettes décentes. ²

Anatomie féminine, microbiotes et hygiène intime

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Le rôle des protections menstruelles

Le suivi de ces travailleuses du sexe montre que l’utilisation de protections menstruelles inadaptées semble aller de pair avec une modification du microbiote vaginal, voire une dysbiose.
Ces résultats doivent cependant être interprétés avec prudence : de nombreux facteurs sont liés entre eux — précarité, nombre de clients, conditions de travail — et les différences s’étiolent quand on prend en compte ces biais.
Néanmoins, ces tendances mettent la puce à l’oreille des chercheurs. Surtout que certaines bactéries pathogènes associées à la vaginose bactérienne, comme Prevotella bivia ou Mobiluncus curtisii, sont plus fréquentes chez les utilisatrices de protections périodiques précaires.

Protections menstruelles sous-optimales

L’utilisation de protections menstruelles sous-optimales était définie comme l’utilisation, au cours des dernières menstruations, de tout tissu, boule de coton ou papier hygiénique.

Des solutions encore en exploration

Face à ces constats, les chercheurs explorent des pistes d’intervention. L’idée : améliorer l’accès à des protections adaptées pour améliorer la santé vaginale.
Au rang des solutions étudiées : les disques menstruels souples qui peuvent être portés pendant les rapports sexuels et utilisés sur le long terme (jusqu’à 10 ans), ce qui pourrait réduire les coûts, limiter certaines pratiques à risque et améliorer le confort et l’hygiène intime de ces femmes.

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Quelle confiance accorder aux tests de microbiote intestinal à la maison ?

Puisque le microbiote intestinal semble lié à notre santé, beaucoup d’entre nous peuvent être tentés par un test à la maison pour en savoir plus sur le petit monde qu’il héberge. Ce test peut sembler séduisant pour explorer sa flore, sa diversité et son microbiote. Sauf que la fiabilité de ces auto-tests laisse fortement à désirer…

Le microbiote intestinal

Après la mode des tests génétiques, une nouvelle vague d’auto-diagnostics émerge : les tests du microbiote intestinal.
L’idée est simple : analyser les bactéries présentes dans nos intestins à partir d’un échantillon de selles collecté via un « kit » de prélèvement et envoyé par La Poste.

27 % Environ 1 personne interrogée sur 4 (27 %) a déjà entendu parler de l'analyse de microbiote. ¹

60 % 6 personnes interrogées sur 10 testeraient leur microbiote pour effectuer un bilan de santé général (61 %). En revanche, 23 % le feraient par curiosité. ¹

On obtient alors directement un « profil de santé intestinale », sans passer par un médecin, pour détecter une éventuelle dysbiose. Autrement dit, ces bactéries sont transformées en indicateurs supposés refléter l’équilibre de la flore intestinale.
Un marché en plein essor, porté à la fois par les découvertes scientifiques des dernières années mettant en lumière les liens entre le microbiote et diverses maladies digestives et métaboliques, comme l’obésité ou certains cancers, ainsi qu’avec les troubles de la santé mentale, mais aussi son rôle essentiel dans le développement du système immunitaire – sans oublier les infox relayées par les réseaux sociaux.
Le tout dans un contexte de confusion entre ces auto-tests à domicile et la recherche sur les tests médicaux en conditions cliniques.

+ 7,7 % par an

Le marché mondial de l'auto-test (tous tests confondus) était évalué à 21,9 milliards de dollars en 2025.
Il devrait croître de 23,7 milliards de dollars en 2026 à 46,1 milliards de dollars en 2035, soit un taux de croissance annuel de 7,7 %. 2

Des résultats trop peu fiables

Ces tests à la maison sont-ils fiables ? Une équipe de chercheurs 3 a voulu le vérifier en évaluant 7 services commerciaux. Pour cela, ils ont utilisé un échantillon fécal standardisé, habituellement employé par les laboratoires comme référence, et l’ont envoyé trois fois à chaque entreprise en utilisant chaque kit complet selon les consignes fournies, comme le ferait un consommateur avant l’envoi au laboratoire.
 

Le bilan devrait vous faire passer toute envie d’investir dans ces tests ! En effet, les failles sont nombreuses :

  • les méthodes d’analyse diffèrent fortement entre les entreprises, et ce à toutes les étapes, des modalités de collecte de l’échantillon jusqu’à l’analyse informatique des résultats et l’évaluation de la composition du microbiote intestinal.
  • les résultats varient fortement d’une entreprise à l’autre : un seul genre bactérien (Streptococcus) est retrouvé par toutes les entreprises. Dans certains cas, les différences sont du même ordre de grandeur que les variations naturelles observées entre individus ! Plus surprenant encore, une même entreprise peut obtenir des résultats différents à partir d’un même échantillon envoyé trois fois en analyse.
  • quant à l’interprétation des résultats, chaque entreprise utilise ses propres bases de référence. Résultat : les conclusions peuvent varier d’un prestataire à l’autre… voire au sein d’une même entreprise, qui peut juger un même profil “sain” puis “non sain” lors de l’analyse suivante ! Avec à la clé des recommandations contradictoires pourtant présentées comme « personnalisées », dans le rapport remis au consommateur.

20 % Seulement 2 répondants sur 10 (20 %) testeraient leur microbiote pour aider à équilibrer leur microbiote, ou pour prévenir ou ralentir des pathologies. ¹

31 % 3 participants sur 10 (31 %) testeraient leur microbiote pour faire progresser la science du microbiote. ¹

Appel à la prudence et à l’amélioration

Ces divergences posent un sérieux problème, avec des risques de retard de diagnostic de patients en quête de réponses, qui s’auto-soigneraient sur la base de fausses informations, notamment lorsqu’ils cherchent à mieux comprendre certaines maladies ou un désordre intestinal persistant.

Il ne faut pas oublier que l’âge, l’alimentation, le mode de vie, ainsi que la prise de médicaments ou de probiotiques, influencent fortement le microbiote. Ces facteurs étant nombreux et évolutifs, les tests de microbiote réalisés à domicile à un instant précis ne permettent pas de déterminer de manière fiable si un microbiote est « bon » ou « mauvais », ni d’en tirer des conclusions médicales pertinentes. 

Aussi, faute de pouvoir contenir la demande des consommateurs, les auteurs de l’étude appellent à plusieurs améliorations afin de ne pas faire d’un simple résultat de kit un outil de diagnostic médical :

  • renforcer la qualité analytique des méthodes,
  • faire preuve de prudence sur l’interprétation des résultats,
  • proposer des lignes directrices communes à l’ensemble du secteur (des entreprises de tests à tous les éventuels partenaires impliqués).

Objectif : harmoniser les pratiques et restaurer la confiance des utilisateurs comme des autorités de santé.

Auto-test vs test en milieu médical : à ne pas confondre !

Deux types de tests du microbiote existent sur le marché et ne doivent pas être confondus : les tests directement accessibles aux consommateurs (auto-tests ou tests à domicile), et les tests de diagnostic traditionnels effectués en milieu médical.
Cette distinction repose sur plusieurs points fondamentaux :

  • le mode de collecte et d'accès : Les tests à domicile permettent aux consommateurs de collecter leurs propres échantillons, de les envoyer à un laboratoire et d'accéder aux résultats sans l'intervention d'un clinicien. À l'inverse, les tests médicaux traditionnels sont réalisés par des professionnels de santé formés.
  • le niveau de surveillance réglementaire : les tests à domicile ne sont pas soumis à la même surveillance que les tests de diagnostic médical traditionnels en ce qui concerne la validation de leurs performances analytiques. Les auto-tests se situent à la frontière entre les dispositifs médicaux strictement réglementés et les produits de bien-être général, qui le sont beaucoup moins.
  • la validation clinique : Contrairement aux tests réalisés en milieu médical, dont la validation est cruciale pour garantir la fiabilité des résultats auprès des cliniciens et des patients, les tests à domicile manquent souvent de cette validation indispensable à une prise de décision clinique sûre.
  • le statut réglementaire actuel : début 2026, il n'existe aucun test de diagnostic clinique du microbiote approuvé par les autorités réglementaires aux États-Unis, et le seul test basé sur le séquençage qui possède le marquage CE en Europe est publiquement déconseillé par l’Association Française de Microbiologie.

Ainsi, les tests à domicile sont des services de "bien-être personnel" qui, contrairement aux tests médicaux, échappent aux normes de validation analytique et clinique nécessaires pour être des outils de diagnostic fiables. Face à ces auto-tests, les chercheurs et cliniciens spécialistes du microbiote invitent à la plus grande prudence. 

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Auto-tests du microbiote intestinal : inviter les patients à la prudence

Les auto-tests du microbiote intestinal présentent de telles variations de résultats et d’interprétation entre entreprises que leur fiabilité et leur utilité clinique sont largement remises en question.

Troubles de la santé mentale, cancers, obésité... : le microbiote intestinal humain a été associé à de nombreuses pathologies depuis le début des années 2000. Largement relayés par les médias, ces travaux incitent des consommateurs à « tester » leur santé intestinale. Un marché potentiellement lucratif pour les vendeurs d’auto-tests : le consommateur réalise lui-même un prélèvement de selle à domicile, l’envoie au laboratoire et reçoit directement les résultats.

+ 7,7 % par an

Le marché mondial de l'auto-test (tous tests confondus) était évalué à 21,9 milliards de dollars en 2025.
Il devrait croître de 23,7 milliards de dollars en 2026 à 46,1 milliards de dollars en 2035, soit un taux de croissance annuel de 7,7 %. 1

7 auto-tests sur le grill

Une équipe 2 a comparé les performances de 7 services de tests du microbiote intestinal en soumettant à chacun trois exemplaires d’un échantillon fécal humain standardisé, qui sert habituellement aux laboratoires pour leurs étalonnages. 

Premier constat : les méthodes des tests du microbiote varient fortement entre entreprises (modalités de collecte, séquençage, analyse), sans standard commun. 

27 % Environ 1 personne interrogée sur 4 (27 %) a déjà entendu parler de l'analyse de microbiote. ³

60 % 6 personnes interrogées sur 10 (60 %) testeraient leur microbiote pour effectuer un bilan de santé général (60 %). En revanche, 23 % le feraient par curiosité. ³

Seconde limite : les résultats varient fortement d’une entreprise à l’autre.

  • Sur les 7 entreprises testées, 3 ont détecté la présence de Clostridioides difficile dans l'échantillon standardisé, alors que les 4 autres l'ont déclaré absent.
  • Un seul genre (Streptococcus) est concordant dans toutes les méthodes, alors que Roseburia présente la plus forte discordance.
  • Les écarts entre les résultats pour un même échantillon sont tels qu’ils dépassent parfois la variabilité biologique entre individus !
  • Enfin, les résultats d’une même entreprise sont parfois discordants… alors qu’elle analysait trois fois le même échantillon standard. 

20 % Seulement 2 répondants sur 10 (20 %) testeraient leur microbiote pour aider à équilibrer leur microbiote, ou pour prévenir ou ralentir des pathologies. ³

31 % 3 participants sur 10 (31 %) testeraient leur microbiote pour faire progresser la science du microbiote. ³

Dernier écueil : l’interprétation des résultats.
Faute d’une définition universelle d’un microbiote sain, chaque entreprise utilise ses propres valeurs de référence pour plusieurs bactéries clés. Tant et si bien que les conclusions diffèrent d’une entreprise à l’autre.
Pire : au sein d’une même entreprise, les résultats peuvent varier selon les réplicats, conduisant parfois à des recommandations contradictoires (microbiote jugé “sain” ou “non sain” selon le réplicat). Autant de divergences inter et intra-entreprises qui conduisent à des interprétations et conseils de santé incohérents.

Diversité ou fonction : qu'est-ce qui définit un microbiote sain ?

En savoir plus

Les recommandations des auteurs

Conscients qu’il existe une demande de patients en quête de réponses à des troubles, les auteurs recommandent deux principaux axes d’amélioration :

  • Renforcer la validité clinique : mieux encadrer les interprétations de santé en citant systématiquement la littérature pour justifier les affirmations et recommandations, en y distinguant les simples relations de corrélations de véritables relations causales. 
  • Améliorer la performance analytique et la transparence via des standards de contrôle qualité (matériaux de référence, communautés microbiennes connues, seuils minimaux de lecture). 

Ils soulignent également la nécessité d’élaborer des lignes directrices communes pour l’industrie, inspirées d’autres domaines du diagnostic, afin d’harmoniser les pratiques et de renforcer la confiance des utilisateurs et des autorités.
 

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L'air que vous respirez modifie votre microbiote buccal

On a tendance à considérer la pollution comme quelque chose qui nuit à nos poumons. Mais une nouvelle étude suggère que l'ozone agit d'abord sur la minuscule communauté de microbes qui vit dans notre bouche, et que ces bactéries bucco-dentaires pourraient bien influer discrètement sur la qualité de votre respiration.

Le microbiote pulmonaire

Votre bouche abrite des centaines d'espèces de bactéries : une ville invisible en pleine effervescence qui ne sert pas uniquement à rafraîchir votre haleine. Elle joue un rôle dans la façon dont votre système immunitaire réagit et, comme la bouche communique directement avec les voies respiratoires, elle influe également sur les poumons situés juste en dessous. Des chercheurs chinois 1 ont voulu savoir ce qu'il advient de cette ville lorsque l'ozone, ce polluant au parfum âcre qui s'élève au-dessus de nos têtes sous l'effet du soleil, s'y installe.

Tout change après deux heures d'exposition à l'ozone

Vingt-neuf jeunes adultes en bonne santé ont passé deux heures dans une chambre hermétique, respirant soit de l'air filtré, soit de l'ozone à un niveau correspondant à peu près à celui d'une journée d'été marquée par un smog important.
Deux semaines plus tard, les conditions ont été échangées. Personne ne savait quel air il respirait.
La différence était frappante : après la séance à l'ozone, la capacité pulmonaire a chuté de manière spectaculaire, le volume d'air que les participants pouvaient expirer fortement a diminué d'environ 12 % et la vitesse de cette expiration a baissé de 14 %.
Ce n'est pas un concept abstrait. C'est la sensation que l'on éprouve en montant des escaliers et en se rendant compte, pour la première fois, que l'on compte les marches.

Ozone

Gaz invisible et réactif qui se forme lorsque la lumière du soleil entre en contact avec les émissions des véhicules et industrielles. Dans les couches supérieures de l'atmosphère, il nous protège des rayons UV, mais dans la rue, il devient un polluant irritant qui peut pénétrer dans la bouche et les poumons et causer des dommages.

La réponse se trouve dans notre bouche

Les scientifiques ont ensuite prélevé des échantillons au niveau des joues et de la gorge. L'ozone avait réduit la communauté microbienne buccale de plus d'un cinquième, tandis que des espèces entières avaient tout simplement disparu après une seule exposition.
Une bactérie, appelée Treponema medium, a plus que doublé en nombre et s'est imposée comme l'indicateur le plus évident des dommages causés par l'ozone.
Cette augmentation suivait étroitement la baisse de la capacité respiratoire, ce qui laisse à penser que la bouche n'est pas un simple spectateur, mais un messager qui transmet les signaux de la pollution aux poumons.

Microbiote bucco-dentaire

Communauté vivante de bactéries, champignons et virus qui recouvre les joues, les gencives, la langue et la gorge. Loin d'être des intrus, ils contribuent à renforcer le système immunitaire. Étant donné qu'ils se trouvent à l'entrée des poumons, tout changement à ce niveau peut se répercuter sur la respiration.

Pourquoi était-ce plus difficile pour les hommes ?

Curieusement, les hommes participant à l'essai ont été les plus touchés. Leurs scores pulmonaires ont baissé, alors que ceux des femmes n'ont pratiquement pas évolué. Leur microbiote bucco-dentaire a également subi des changements plus marqués. Les raisons restent encore à déterminer, mais des études menées sur des animaux suggèrent l'existence d'un système immunitaire spécifique au sexe qui rendrait les voies respiratoires des hommes plus sensibles aux gaz oxydants.
Toutefois, le sous-groupe des femmes étant plus restreint, ces différences entre les sexes doivent être confirmées.
En conclusion, rien ne sert de paniquer, il faut remettre les choses en perspective. L'air que vous ne pouvez pas voir dialogue avec les organismes que vous ne pouvez pas sentir, et ces échanges agissent sur votre respiration.

Exposome : microbiote exposé, santé en danger !

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Un microbiote vaginal diversifié ? Pas forcément une bonne nouvelle !

En matière de microbiote, on nous répète souvent le même refrain : plus c'est diversifié, mieux on se porte. Une nouvelle étude italienne 1 vient jouer les trouble-fêtes concernant l'écosystème vaginal. Surprise : plus la population bactérienne y est variée, plus elle a tendance à abriter des gènes de résistance aux antibiotiques, et ce sont nos habitudes quotidiennes qui mènent la danse.

Le microbiote vaginal

Au cœur de l'intimité féminine, une petite communauté de bactéries, pratiquement invisibles, vit en équilibre. Lorsque ce microbiote est dominé par les précieux lactobacilles, il protège contre les infections comme une haie végétale ultra-dense empêche les mauvaises herbes de proliférer. 
Une équipe de chercheurs italiens a donc voulu inspecter cette « haie » de plus près : dissimule-t-elle des instructions génétiques permettant aux bactéries de resister aux traitements ? Et si oui, quels facteurs de notre mode de vie alimentent cette armurerie secrète ?

𝘓𝘢𝘤𝘵𝘰𝘣𝘢𝘤𝘪𝘭𝘭𝘶𝘴 𝘤𝘳𝘪𝘴𝘱𝘢𝘵𝘶𝘴

Espèce particulière de lactobacilles qui est considérée comme la référence en matière de santé vaginale. Lorsqu'elle prédomine, elle produit des acides qui abaissent le pH vaginal, rendant ainsi l'environnement hostile à de nombreux microbes responsables d'infections.

Un véritable CV inscrit dans votre ADN bactérien

Pour percer ce secret, l’équipe de recherche a recruté 105 jeunes femmes en bonne santé et leur a demandé de prélever elles-mêmes des échantillons de leur microbiote vaginal à l’aide d'écouvillons.
Afin de ne pas fausser les pistes, aucune d'entre elles n'était enceinte, et aucune n'avait touché à un antibiotique au cours du mois précédent. Les scientifiques ont ensuite recherché 14 gènes de résistance différents.
Leurs résultats sont saisissants.
Cinq de ces gènes ont été détectés chez plus des deux tiers des participantes. Parmi eux figuraient notamment le gène erm(F) et le gène tet(M), qui protègent les bactéries contre deux des familles d’antibiotiques les plus couramment prescrites : les macrolides (comme l'érythromycine) et les tétracyclines. La majorité de ces femmes transportaient, sans le savoir, des instructions génétiques de résistance aux antibiotiques les plus courants, nichées au cœur d'une flore bactérienne à laquelle elles n’avaient jamais pensé.

Antibiotiques : quels impacts sur le microbiote et notre santé ?

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Quand la diversité devient un facteur de risque pour la santé

Ici, la réalité biologique prend à contre-pied une idée reçue bien ancrée. Si, dans l'intestin, un microbiote diversifié est généralement synonyme de bonne santé, c’est tout l’inverse dans le vagin. tDans cette zone, la suprématie d'une seule et unique espèce bactérienne, Lactobacillus crispatus, est le véritable gage d'un bon équilibre. 

Les chercheurs ont en effet découvert que :

  • plus la communauté vaginale devenait dense et hétérogène, plus elle laissait le champ libre à Gardnerella, Prevotella et d'autres bactéries associées à la dysbiose, et plus les gènes de résistance s'accumulaient.
  • à l'inverse, les profils dominés par L. crispatus présentaient moins de gènes de résistance. En effet, cette bactérie vertueuse agit comme un gardien de but repoussant les attaques des espèces porteuses.

Les choix du quotidien auxquels les gènes réagissent

Qu'est-ce qui favorise concrètement l'accumulation de ces gènes de résistance ? D’abord, le tabagisme, qui multiplie par trois le risque d'être porteur d'un gène de résistance spécifique. Ensuite, un poids corporel plus élevé, qui fait légèrement augmenter les chiffres. Enfin la mycose vaginale, qui est associée à un score de résistance global près de quatre fois plus élevé. Même la prise d'antibiotiques au cours de l'année écoulée laisse une empreinte durable.
À l'inverse, qu'est-ce qui semble freiner cette accumulation de gènes de résistance ? Les contraceptifs oraux, le régime méditerranéen, et le simple fait de comprendre comment fonctionnent les antibiotiques et pourquoi il est important de prendre son traitement jusqu'au bout.

Le microbiote vaginal n'est pas un compartiment hermétique. Il est en permanence à l'écoute de votre cuisine, de votre armoire à pharmacie et de vos poumons. La bonne nouvelle, c'est que par vos choix quotidiens, c’est en grande partie vous qui décidez de ce qu'il entend.

Les pratiques à risque pour votre microbiote vaginal

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Immunothérapies : une étude de phase 2 confirme l’intérêt d’une FMT associée

Nouvelle étape dans l’évaluation de la FMT pour améliorer la réponse aux immunothérapies : une étude de phase 2 confirme son efficacité, la greffe participant à l’élimination de bactéries associées à une mauvaise réponse au traitement. 1

Photo: Immunotherapies: a Phase II study confirms the benefit of combined FMT

Les (sidenote: Immunothérapie par blocage des points de contrôle (ICB) La thérapie par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire est une forme d’immunothérapie utilisée principalement dans le traitement de certains cancers. Ces médicaments bloquent des protéines appelées « points de contrôle » qui agissent comme des freins naturels du système immunitaire.
En bloquant ces freins, ils aident les cellules du système immunitaire (les lymphocytes T) à repérer et à attaquer les cellules cancéreuses, ce qui peut ralentir ou arrêter la progression de la tumeur. Les inhibiteurs de points de contrôle ciblent des protéines comme PD-1, PD-L1 ou CTLA-4, souvent utilisées par les tumeurs pour éviter d’être attaquées. Source : https://www.cancer.gov/publications/dictionaries/cancer-terms/def/immune-checkpoint-inhibitor
)
 ont amélioré le pronostic du cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC) et du mélanome cutané, mais plus de la moitié des patients montrent une résistance.

La transplantation de microbiote fécal (FMT pour fecal microbiota transplant) pourrait permettre de surmonter cette résistance aux (sidenote: Anti-PD-1 inhibiteurs de points de contrôle (checkpoints) du système immunitaire, qui va lever l’inactivation par la tumeur du système de reconnaissance lié à la protéine PD-1 présente à la surface des lymphocytes T. L’efficacité du système immunitaire contre les cellules tumorales est restaurée. ) : essais murins concluants ; 2 essais cliniques de phase 1 apportant une première preuve de concept ; puis, l’essai de phase 1 MIMIC démontrant la sécurité de la FMT provenant de donneurs sains pour réduire la résistance primaire à l’anti–PD-1 chez des patients atteints de mélanome cutané.

1er Le cancer du poumon est la première cause de nouveaux cas de cancer et de décès liés au cancer dans le monde, avec environ 2,5 millions de nouveaux cas et 1,8 million de décès en 2022. ²

2 Les 2 principaux types de cancer du poumon sont le cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC), qui représente environ 85 % des cas, et le cancer du poumon à petites cellules (SCLC), moins fréquent mais généralement plus agressif. ²

39-45% Chez les patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC), un traitement par anti–PD-1 en monothérapie, tel que le pembrolizumab, est utilisé, avec un taux de réponse objective (ORR) attendu de 39 à 45%. ¹

Une efficacité confirmée en phase 2

D’où l’intérêt de l’essai multicentrique de phase 2 FMT-LUMINate, évaluant la FMT issue de donneurs sains, associée à un anti–PD-1 seul dans le NSCLC (n = 20), ou à une double immunothérapie (anti–PD-1 + (sidenote: Anti-CTLA-4 inhibiteur de points de contrôle immunitaire ciblant le point de contrôle CTLA-4 ) ) dans le mélanome cutané (n = 20). Les patients éligibles ont reçu une dose de FMT avant l’immunothérapie. Dix donneurs volontaires sains (10 ont participé à la cohorte NSCLC, 6 à la cohorte mélanome) ont fourni les échantillons de selles.

Les résultats démontrent l’efficacité clinique de la FMT :

  • dans le NSCLC, en combinaison avec une thérapie anti–PD-1, le (sidenote: Taux de réponse objective (ORR) Proportion de patients répondeurs (qui ont présenté une réponse complète ou une réponse partielle), par opposition aux patients présentant une maladie stable ou une progression de la maladie. ) était de 80 % (16 patients sur 20), dépassant l’objectif principal prédéfini de 64 %. Sans FMT, l’ORR varie entre 39 et 45 %.
  • dans le mélanome, en combinaison avec un anti–PD-1 et un anti–CTLA-4, l’ORR était de 75 % (15/20) vs 50-58 % sans FMT.

La disparition de bactéries délétères

Après FMT, le microbiote intestinal des patients était modifié, sans similarité forte avec le donneur. Mais surtout, les auteurs montrent que la réponse clinique n’est pas liée à l’acquisition de nouvelles bactéries du donneur ; elle dépend principalement de la disparition de bactéries présentes chez le patient avant le traitement, notamment des espèces comme Enterocloster citroniae, E. lavalensis et Clostridium innocuum – Enterocloster et Clostridium spp. étant connues  pour être associées à une mauvaise réponse à l’immunothérapie et parfois à des profils inflammatoires défavorables.

Cette perte de certaines bactéries modifie le métabolisme microbien, avec une réduction des voies du tryptophane impliquées dans l’immunosuppression, et crée un environnement immunitaire plus favorable avec davantage de cellules T cytotoxiques et moins de cellules régulatrices.

17e Le mélanome cutané est la 17e cause de nouveaux cas de cancer et la 22e cause de décès liés au cancer dans le monde, avec environ 332 000 nouveaux cas et 59 000 décès en 2022. ³

50−58% Chez les patients atteints de mélanome cutané, une bithérapie associant l’ipilimumab (anti–CTLA-4) et le nivolumab (anti–PD-1) est l’un des traitements de première ligne les plus courants, avec un ORR de 50 à 58 %. ¹

Évaluation de la sûreté de la FMT

Côté sécurité, la FMT a été bien tolérée chez les patients atteints de NSCLC recevant l’anti-PD-1, sans effets indésirables de grade ≥ 3.

En revanche, dans la cohorte mélanome recevant une double immunothérapie, des effets indésirables ont été observée chez 65 % des patients, ainsi qu’une fréquence de myocardite plus élevée qu’attendue chez les patients ayant reçu une FMT provenant d’un donneur dont le microbiote est enrichi en Prevotella, dont (sidenote: Segatella copri Segatella copri: anciennement nommée Prevotella copri clade A., P. copri n’est pas une seule espèce homogène mais un complexe composé de 4 lignées génétiques distinctes (clades A, B, C et D) présentant une forte diversité fonctionnelle. Ces différentes lignées sont fréquemment retrouvées ensemble chez les populations non occidentalisées (présence des 4 clades, exception faite parfois de D), mais sont nettement moins présentes dans les populations occidentales (présence de A et B, A ou aucune). Le recul de P. copri dans les populations occidentales serait liée aux changements de mode de vie et d’alimentation au cours de la modernisation Source: Tett A, Huang KD, Asnicar F et al. The Prevotella copri Complex Comprises Four Distinct Clades Underrepresented in Westernized Populations. Cell Host Microbe. 2019 Nov 13;26(5):666-679.e7. ) . Ces effets indésirables n’étaient pas observés chez les patients NSCLC traités par anti–PD-1 seul et recevant une FMT du même donneur. Il existerait donc une interaction entre les taxons microbiens (impliquant Prevotella) et le type d’immunothérapie (double immunothérapie PD-1/CTLA-4).

D’où cet autre enseignement de l’essai : le choix des donneurs sains est primordial et reste à définir.

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Les taches blanches du vitiligo pourraient trouver leur origine dans l'intestin

Le vitiligo est considéré comme une affection cutanée. Mais une nouvelle étude suggère que ces taches pâles trouveraient leur origine bien plus profondément : dans l'intestin, où certaines bactéries produisent une molécule qui circule dans le sang et décolore progressivement la peau de l'intérieur.

Le microbiote intestinal
Photo: How your gut microbes drive vitiligo's white patches

Le vitiligo touche jusqu'à une personne sur cinquante dans le monde. Il se manifeste par des taches pâles, dépigmentées, là où les cellules responsables de la pigmentation de la peau, les mélanocytes, ont cessé de fonctionner ou sont mortes. Depuis plusieurs décennies, les dermatologues s'attachent à apaiser la peau à l'aide de crèmes à base de stéroïdes, de lampes à rayons ultraviolets et, de plus en plus, de lasers. Pourtant, les récidives sont fréquentes. Une équipe de chercheurs chinois  1 soupçonnait que la véritable cause du problème pourrait se trouver ailleurs : dans l'intestin.

Vitiligo

Affection cutanée chronique durant laquelle le système immunitaire de l'organisme s'attaque aux mélanocytes, les cellules qui donnent leur couleur à la peau, aux yeux et aux cheveux. À mesure que les mélanocytes disparaissent, des taches pâles apparaissent progressivement à leur place.

Un signal longue distance entre le ventre et la peau

À l'aide d'un modèle murin de vitiligo, l'équipe a démontré que lorsqu'elle éliminait les bactéries intestinales des animaux grâce à des antibiotiques, les taches dépigmentées rétrécissaient et le niveau de (sidenote: Stress oxydant Déséquilibre chimique au sein des cellules au cours duquel des molécules réactives et instables, souvent comparées à des étincelles, commencent à endommager les protéines, l'ADN et les membranes. Dans le cas du vitiligo, ces lésions progressives pourraient entraîner la mort des mélanocytes. ) de la peau, une forme de « rouille cellulaire » qui endommage les (sidenote: Mélanocyte Cellule spécialisée qui produit la mélanine, le pigment qui donne sa couleur à la peau et la protège des rayons du soleil. Lorsque les mélanocytes sont endommagés ou détruits, comme dans le cas du vitiligo, la peau perd sa couleur au niveau des zones touchées. ) , diminuait considérablement.

Mais lorsqu'elle a regroupé dans la même cage différents groupes de souris atteintes de vitiligo, permettant ainsi à leurs micro-organismes de se mélanger, les animaux plus jeunes placés avec des souris plus âgées ont développé des taches plus graves que ceux qui avaient été mis à l'écart. Il semblerait que l'intestin tire discrètement les ficelles, bien au-delà de son rôle initial.

L'acide hippurique, un messager improbable

En analysant des centaines de molécules présentes dans les selles, le sang et la peau, les scientifiques ont invariablement identifié le même suspect : (sidenote: Acide hippurique Petite molécule produite lorsque les bactéries intestinales digèrent les composés végétaux présents dans les fruits, les légumes, le thé et le café. Bien qu'il soit généralement inoffensif, il s'avère que son taux augmente fortement chez les personnes atteintes de vitiligo et, selon cette étude, il se déplace de l'intestin vers la peau pour y aggraver les lésions. ) , un petit acide que les microbes intestinaux contribuent à produire à partir des composés végétaux contenus dans les aliments. Chez les souris atteintes de vitiligo, l'acide hippurique s'était accumulé dans la peau à des concentrations environ cinq fois supérieures à la normale. Injecté à des souris en bonne santé, il a reproduit les mêmes lésions chimiques. Plus révélateur encore, lorsque les chercheurs ont analysé le sang de 15 personnes atteintes de vitiligo en phase active, leur taux d'acide hippurique était près de deux fois supérieur à celui des volontaires en bonne santé.

0,5 à 2 % Le vitiligo touche environ 0,5 à 2 % de la population mondiale.

Une barrière perméable et une piste thérapeutique inattendue

Comment une molécule intestinale a-t-elle pu se retrouver dans la peau en si grande quantité ? Les souris atteintes de vitiligo présentaient un nombre réduit de cellules caliciformes, ces minuscules « usines » qui tapissent l'intestin d'une couche de mucus protectrice. La paroi interne s'étant amincie, l'acide hippurique a pu pénétrer plus facilement dans la circulation sanguine et se propager, pour finalement se fixer sur deux protéines présentes dans les cellules cutanées, NOS2 et MAPK14, qui accentuent les lésions oxydatives.

Une lueur d'espoir : l'administration d'un mélange probiotique aux souris a visiblement ralenti la dépigmentation. Pour une affection qui pèse silencieusement sur le moral de millions de personnes, c'est une nouvelle piste à suivre de près. Il faudra attendre les essais cliniques pour le confirmer, mais cette découverte ouvre une voie thérapeutique rarement explorée pour le vitiligo.

Votre peau n'est pas isolée. Ce qui s'y déroule est peut-être écrit plusieurs pages plus loin, dans un endroit que vous ne pouvez pas voir. Le traitement du vitiligo pourrait un jour permettre de corriger ce message lointain, en plus de guérir la trace qu'il a laissée.

Bien dans sa peau… et son microbiote cutané

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