Carcinome épidermoïde de l'œsophage (CEO) : s’appuyer sur le mycobiote intestinal ?

Le profil du mycobiote intestinal pourrait servir de biomarqueur pour prédire la réponse à l’immunochimiothérapie néoadjuvante dans le traitement du carcinome épidermoïde de l’œsophage. Voire inspirer des pistes thérapeutiques.

L’immunochimiothérapie néoadjuvante est considérée comme une avancée majeure dans le traitement du (sidenote: Carcinome épidermoïde de l'œsophage (CEO) Type de carcinome de l'œsophage qui peut toucher les différents segments de l'œsophage, mais est généralement limité à la partie haute ou moyenne. L'âge moyen d'apparition du CEO se situe entre 60 et 70 ans et est plus fréquent chez les hommes. Il est généralement asymptomatique jusqu'à un stade avancé où les symptômes apparaissent : dysphagie (au début avec les éléments solides, puis progressivement avec les liquides) et perte de poids. Plus rarement, odynophagie, enrouement de la voix, toux ou douleur à la poitrine peuvent constituer des signes de présentation. Source : https://www.orpha.net/en/disease/detail/99977 ) . Mais il reste difficile d’anticiper quels patients vont y répondre favorablement. Face à ce défi majeur, le mycobiote intestinal semble représenter un espoir : des signatures fongiques intestinales pourraient servir de biomarqueurs, au regard de travaux chinois.

Une dysbiose partiellement réparée

L’analyse d’échantillons fécaux souligne que les 68 patients souffrant de CEO présentent, avant traitement, une dysbiose significative de leur mycobiote intestinal, comparativement aux 19 témoins sains : baisse de la diversité, enrichissement en champignons pathogènes et moindre présence de champignons bénéfiques, réseaux écologiques moins complexes suggérant moins de synergies. Le traitement par immunochimiothérapie néoadjuvante améliore la diversité et la richesse de la communauté fongique et rééquilibre certaines voies métaboliques bénéfiques, sans toutefois atteindre les niveaux observés chez les sujets sains.

1 sur 29 400 Le carcinome épidermoïde de l'oesophage (CEO) a une incidence annuelle de 1/29 400 ¹.

0,1 % Bien que les champignons représentent moins de 0,1 % du microbiote, ils possèdent des caractéristiques métaboliques uniques qui contribuent aux fonctions de l’hôte ².

Un mycobiote prédicteur de réussite

Mais surtout, les profils des mycobiotes prélevés avant le traitement permettent de distinguer les futurs répondeurs des non-répondeurs. Ainsi, les répondeurs présentent, avant traitement, une diversité fongique plus élevée, des réseaux plus stables suggérant une meilleure résilience, et un enrichissement en champignons bénéfiques (dont s_Candida_boidinii), corrélés à des signatures de tumeurs « chaudes » (stimulation des lymphocytes T-helper 1, cytokines pro-inflammatoires, marqueurs cytotoxiques élevés).

Quid des non-répondeurs ? Leur mycobiote était enrichi en espèces immunosuppressives associées à des caractéristiques de tumeurs « froides » (lymphocytes Th-2, cytokines immunosuppressives).
Ainsi, le mycobiote des répondeurs semble favoriser une immunité contribuant à des phénotypes tumoraux favorables au succès de l’immunothérapie, tandis que celui des non-répondeurs pourrait contribuer à des microenvironnements tumoraux résistants aux immunothérapies.
 

Quel est le taux de survie pour les patients atteints de CEO ?

Le CEO étant diagnostiqué à un stade avancé, le pronostic global est mauvais, avec un taux global de survie à 5 ans de 10 à 20%. Pour les patients qui reçoivent des traitements à visée curative, le taux approche actuellement 40% 1.

Prédire… et moduler la réponse au traitement

Enfin, le mycobiote semble capable de prédire avec précision et robustesse l’efficacité future du traitement, avec une (sidenote: Aire sous la courbe (AUC) Indication du pouvoir discriminant d'un modèle de classification, par exemple, une AUC de 1,0 indique un classificateur parfait. C’est la probabilité que le modèle de classification classe correctement un échantillon positif. ) atteignant 82,9% (sur la base du genre) voire 87,4% (espèce). Le genre g_Saccharomyces serait le prédicteur le plus robuste de la non-réponse. Au regard de ces résultats, le mycobiote intestinal pourrait donc représenter un biomarqueur pour stratifier les patients dans le traitement du CEO.

L’autre application possible ? Optimiser les résultats de l’immunothérapie, les champignons identifiés, bénéfiques ou délétères, représentant autant de cibles de modulation du microbiote. Avec un premier résultat des chercheurs : l’administration de Candida boidinii a renforcé l’efficacité de l’anti-PD-1 chez la souris. Les champignons bénéfiques pourraient-ils un jour améliorer les réponses au traitement des patients atteints de CEO ?

Le microbiote buccal impliqué dans le cancer du pancréas

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Pourquoi les femmes de groupe A ont moins de risque d’accouchement prématuré

Les femmes du groupe sanguin A pourraient être mieux protégées contre certaines infections. Pourquoi ? Parce que leur vagin contient davantage d’une bactérie bénéfique appelée Lactobacillus crispatus.

Le microbiote vaginal

Plus d’un enfant sur 10 dans le monde nait (sidenote: Prématurité naissance avant 37 semaines de grossesse. Il existe des sous-catégories de prématurité, en fonction de l’âge gestationnel :
- la très grande prématurité (moins de 28 semaines) ;
- la grande prématurité (entre la 28e et la 32e semaine) ;
- la prématurité moyenne, voire tardive (entre la 32e et la 37e semaine). Source : OMS
)
. Une équipe britannique, en analysant les données de milliers de jeunes mères 1, vient de montrer que le groupe sanguin influence la composition du microbiote vaginal maternel, et avec lui, l’immunité et l'issue de la grossesse : les femmes de groupe A pourraient être mieux protégées contre certains risques infectieux grâce à la présence vaginale accrue d’une bactérie bénéfique, Lactobacillus crispatus.

Comment est-ce possible ?

Vous le savez sans doute : les quatre principaux groupes sanguins sont A, B, AB et O. Ces lettres traduisent la présence, à la surface des globules rouges, de gros sucres appelés antigènes, de type A et/ou B (ou à leur absence dans le cas du type O). Des groupes qui définissent par exemple la compatibilité lors d’une transfusion.

Mais, ce que l’on sait moins, c’est que ces antigènes ne se limitent pas au sang : on retrouve ces « marques » sur d’autres cellules (comme celles du vagin ou du col de l’utérus) et dans les fluides corporels (y compris ceux produits par le col de l’utérus et le vagin). Or, ces antigènes influencent la sensibilité aux infections, en participant à l’adhésion ou à l’alimentation des bactéries : par exemple, les personnes de groupe O sont statistiquement plus vulnérables à Helicobacter pylori, tandis que celles du groupe B à certaines bactéries comme E. coli.

A chaque groupe sanguin sa flore vaginale ?

La recherche vient donc de confirmer que les antigènes A, B et O jouent un rôle dans la composition du microbiote vaginal. Ainsi, les femmes du groupe sanguin A ont plus souvent un microbiote vaginal dominé par L. crispatus, une bactérie bénéfique qui s’attache très facilement au marqueur A. Conséquence directe de cette liaison : une flore vaginale peu inflammatoire et davantage de chances d’un accouchement à terme.

A l’inverse, L. crispatus est souvent en berne chez les femmes du groupe O, notamment celles à risque d’accouchement prématuré en raison d’une précédente grossesse prématurée, et chez les femmes du groupe sanguin B, qui abritent en général davantage du pathogène S. agalactiae, une bactérie qui s’accroche facilement au marqueur B.

Quelques chiffres sur la naissance prématurée

  • 13,4 millions de nourrissons sont nés prématurément (avant 37 semaines révolues de gestation) en 2020 ².
     
  • En 2020, le taux de naissances prématurées allait de 4 % à 16 % selon les pays ².
     
  • Plus de 90 % des très grands prématurés (moins de 28 semaines) nés dans des pays à revenu faible décèdent au cours des premiers jours de leur vie, contre moins de 10 % dans les pays à revenu élevé ².
     
  • À l’origine de près de 900 000 décès en 2019, les complications de la prématurité sont la cause principale de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans ².
     
  • Les trois quarts de ces décès pourraient être évités grâce à des interventions courantes, d’un bon rapport coût/efficacité ².

Pas de conclusions hâtives

Pour autant, il s’agit de ne pas sur-interpréter ces résultats… ou de s’autoriser à faire n’importe quoi avec sa flore vaginale si l’on est du groupe A ! L’effet du groupe sanguin sur le risque d’accouchement prématuré reste faible, et loin d’être aussi puissant que d'autres facteurs comme l’ethnie (les femmes africaines ou asiatiques sont plus exposées) ou les éventuels antécédents. Cette découverte doit être lue avant tout comme une porte qui s’ouvre vers de possibles thérapies à base de ces gros sucres appelés antigènes pour prévenir les naissances prématurées.

Naissance prématurée : L. iners sur le banc des accusés

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Alcoolisme : quand le microbiote intestinal et le cerveau trinquent

L’alcoolisme pourrait transformer votre cerveau en passoire. Mais une petite bactérie du nom de Faecalibacterium prausnitzii pourrait jouer les sauveurs et protéger votre mémoire.

Le microbiote intestinal

On le sait, l’alcool peut endommager le cerveau. Mais saviez-vous qu’il pourrait aussi fragiliser la barrière qui protège le cerveau des “intrus” venus du sang ? Cette protection, appelée barrière hémato-encéphalique, est un peu comme un filet de sécurité pour notre matière grise. Et surprise : notre intestin semble jouer les complices dans ce scénario.

Un microbiote pas si innocent

Les alcooliques chroniques présentent non seulement des problèmes de mémoire et de concentration, mais aussi de l’anxiété, de la dépression et des troubles du sommeil. Leur microbiote intestinal souffre aussi : Faecalibacterium, une bactérie anti-inflammatoire, s’avère moins présente, tandis que Streptococcus, inflammatoire, profite de la situation pour prendre ses quartiers. Et ce n’est pas tout : le plasma sanguin des hommes alcooliques diffère largement de celui d’hommes non accro à la bouteille, avec plus de 600 molécules en excès et tout autant en déficit. Bref, un (sidenote: Trouble de l’usage de l’alcool (TUA) Affection médicale caractérisée par une incapacité à arrêter ou à contrôler la consommation d’alcool malgré des conséquences négatives sur les plans social, professionnel ou de santé. Elle englobe ce que l’on désigne parfois comme l’abus d’alcool, la dépendance à l’alcool, l’addiction à l’alcool et le terme courant d’alcoolisme. Considéré comme un trouble cérébral, le TUA peut être léger, modéré ou sévère. Source : https://www.niaaa.nih.gov/publications/brochures-and-fact-sheets/understanding-alcohol-use-disorder
 
)
chamboule le microbiote intestinal, la composition du sang et le fonctionnement du cerveau.

Quand le cerveau fuit… littéralement

Pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents, des souris ont été alcoolisées plusieurs semaines. Bilan : la consommation chronique d’alcool rend perméable la barrière protégeant leur ciboulot ; des fuites apparaissent dans des zones clés, et des protéines essentielles à l’étanchéité de la barrière hémato-encéphalique sont en berne.

Plus étonnant : le transfert du microbiote intestinal de patients alcooliques à des souris sans bactéries et qui ne boivent pas d’alcool suffit à induire le même type de fuites cérébrales. Ainsi, l’altération du microbiote intestinal causée par l'alcoolisme serait responsable de la perturbation de la barrière hémato-encéphalique.

  • La consommation néfaste d’alcool est définie, notamment dans les pays anglo-saxons, comme plus de 3 verres par jour ou 7 par semaine chez les femmes, et plus de 4 verres par jour ou 14 par semaine chez les hommes 1.
     
  • On estime que 400 millions de personnes, soit 7 % de la population mondiale âgée de 15 ans et plus, présentaient en 2019 des troubles liés à la consommation d’alcool. Parmi elles, 209 millions de personnes (soit 3,7 % de la population mondiale adulte) étaient dépendantes à l’alcool 2.

Faecalibacterium prausnitzii, le sauveur ?

Puisque la gentille bactérie Faecalibacterium manque à l’appel chez les alcooliques, les chercheurs ont testé si elle pouvait protéger les souris. Bingo ! Quelques doses de Faecalibacterium prausnitzii permettent aux souris de retrouver de meilleures capacités cognitives et leur cerveau fuit moins. Comment une bactérie des intestins peut-elle protéger la barrière qui entoure le cerveau ? Sans doute via les petits acides gras anti-inflammatoires qu’elle fabrique dans notre système digestif, qui se glissent dans la circulation sanguine et gagnent ainsi le cerveau. F. prausnitzii pourrait-elle protéger des dégâts de l’alcoolisme ? Peut-être, même si de nombreux autres travaux demeurent nécessaires, cette étude 3 n’ayant été menée que chez l’homme (pas la femme) et la souris. Dans tous les cas, l’alcool reste et demeure à consommer avec modération.

Avec le « binge drinking », le microbiote intestinal des jeunes trinque

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Alcoolisme : une bactérie intestinale pour réduire les effets sur le cerveau ?

L’alcoolisme semble perturber la barrière hémato-encéphalique via l’axe intestin-cerveau. La bactérie intestinale Faecalibacterium prausnitzii pourrait atténuer ces effets et le déficit cognitif induit par l’alcool.

Actu GP : Agir sur le microbiote pour réduire la dépendance à l’alcool ?

L’éthanol, qui peut traverser la barrière hémato-encéphalique (BHE), peut endommager le système nerveux central. Mais il pourrait également altérer cette barrière assurant la protection de notre cerveau. Un processus pathologique auquel participerait l’axe intestin-cerveau, au regard de travaux publiés fin 2025 1.

La flore des alcooliques

Les chercheurs ont analysé le microbiote intestinal de 30 hommes souffrant d’un (sidenote: Trouble de l’usage de l’alcool (TUA) Affection médicale caractérisée par une incapacité à arrêter ou à contrôler la consommation d’alcool malgré des conséquences négatives sur les plans social, professionnel ou de santé. Elle englobe ce que l’on désigne parfois comme l’abus d’alcool, la dépendance à l’alcool, l’addiction à l’alcool et le terme courant d’alcoolisme. Considéré comme un trouble cérébral, le TUA peut être léger, modéré ou sévère. Source : https://www.niaaa.nih.gov/publications/brochures-and-fact-sheets/understanding-alcohol-use-disorder
 
)
(AUD, pour alcool use disorder) depuis des années, et de 30 hommes témoins. Par rapport à ces derniers, les hommes avec un AUD présentent une déficience cognitive et des signes d'anxiété, de dépression et de troubles du sommeil. Leur microbiote intestinal ne montre pas de différences significatives en termes d’abondance et de diversité. Pour autant, la composition de leur flore est spécifique : trouble de l’usage de l’alcool rime avec une diminution de Faecalibacterium et une augmentation de Streptococcus, une bactérie associée à l’inflammation.

Les métabolites microbiens présents dans le plasma s’avèrent également perturbés en cas d’AUD : 604 métabolites étaient surexprimés (notamment dans les voies liées au métabolisme des lipides, au métabolisme des acides aminés et à la sécrétion des acides biliaires) et 606 sous-exprimés. Ces variations étaient liées à l’abondance de certaines bactéries, comme Faecalibacterium.

Alcool ou transplantation fécale, mêmes conséquences chez la souris

Les auteurs montrent également que la consommation chronique d’alcool entraîne, chez la souris, un déclin cognitif et une altération de la BHE, avec l’apparition de fuites dans le cortex préfrontal et l’hippocampe et une baisse de l’expression de protéines des jonctions serrées des cellules endothéliales.

Mais surtout, une simple transplantation fécale issue de patients avec un AUD à des souris axéniques suffit à provoquer les mêmes effets.
L'altération du microbiote intestinal causée par l'alcool serait donc en partie responsable de la perturbation de la BHE.

  • La consommation néfaste d’alcool est définie, notamment dans les pays anglo-saxons, comme plus de 3 verres par jour ou 7 par semaine chez les femmes, et plus de 4 verres par jour ou 14 par semaine chez les hommes 2.
     
  • On estime que 400 millions de personnes, soit 7 % de la population mondiale âgée de 15 ans et plus, présentaient en 2019 des troubles liés à la consommation d’alcool. Parmi elles, 209 millions de personnes (soit 3,7 % de la population mondiale adulte) étaient dépendantes à l’alcool 3.

L’effet réparateur de Faecalibacterium prausnitzii

Puisque Faecalibacterium est moins abondant chez les patients AUD, les chercheurs ont testé si F. prausnitzii pouvait protéger les souris contre les troubles cérébraux causés par l’alcool chronique. Et c’est effectivement le cas : la fonction cognitive est améliorée, les fuites de la BHE réduites et les protéines de jonction reboostées. 

Physiologiquement, F. prausnitzii a entraîné une augmentation significative de certains acides gras à chaîne courte bactériens (acide butyrique, l’acide valérique et l’acide caproïque) connus pour leurs effets anti-inflammatoires. Il semble donc que cette bactérie puisse protéger la BHE des dommages de l’éthanol via l’action de métabolites bactériens bénéfiques.

Binge drinking : un lien entre dysbiose et addiction ?

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Le microbiote buccal impliqué dans le cancer du pancréas

Une étude prospective de grande ampleur confirme l’association entre le microbiote buccal — bactérien et fongique — et le risque ultérieur de cancer du pancréas. Certaines espèces apparaissent comme des marqueurs de risque robustes qui pourraient être utilisés pour mettre en place un dépistage non invasif.

Le microbiote ORL

Le cancer du pancréas demeure l’un des cancers les plus redoutables, avec un taux de survie à cinq ans avoisinant 13 %. Les facteurs de risque établis — tabagisme, obésité, pancréatite, génétique — n’expliquent que 30 % des cas. 

Plusieurs études épidémiologiques ont montré qu’une mauvaise santé bucco-dentaire, notamment la présence de maladies parodontales, et la candidose buccale étaient associées à ce cancer. Mais les connaissances sur l’implication réelle des microorganismes buccaux restent limitées.

Une étude prospective d’envergure, issue des cohortes de l’étude Cancer Prevention Study-II de l'American Cancer Society et de l’essai PLCO (Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer Screening Trial) vient de révéler que le microbiome buccal, notamment bactérien et fongique, jouerait un rôle non négligeable sur le développement ultérieur du cancer du pancréas.

Bactéries parodontales : un lien robuste

Parmi les 122 000 participants ayant fourni un échantillon buccal, 445 ont développé un cancer du pancréas après près de neuf ans de suivi. Les chercheurs les ont appariés à 445 personnes en bonne santé afin de comparer leurs microbiotes buccaux. 

Publiés dans le JAMA Oncology 1 , les résultats montrent que trois bactéries pathogènes majeures, connues pour leur implication dans les maladies parodontales (Porphyromonas gingivalis, Eubacterium nodatum, Parvimonas micra) augmentent significativement le risque.

L’analyse complète des génomes bactériens révèle qu’au total, 21 espèces modifient le risque de cancer du pancréas, certaines étant protectrices, d’autres, délétères. Ces taxons seraient associés à des voies métaboliques susceptibles de favoriser la transformation néoplasique des cellules pancréatiques lors de leur translocation de la bouche vers le pancréas. 

Candida en première ligne

L’analyse du microbiome fongique buccal — un paramètre rarement exploré dans ce contexte — révèle par ailleurs que le genre Candida est associé à une augmentation du risque de cancer du pancréas. 

Au sein de ce genre, Candida tropicalis et Candida spp est associées à un risque accru, tandis que C. albicans montre une relation inverse. Au sein du genre Malassezia, seul M. globosa était associé au cancer et exerçait un effet protecteur. 

Les chercheurs indiquent par ailleurs avoir confirmé, chez les patients atteints de cancer, la présence de Candida dans des échantillons biologiques provenant de tissus pancréatiques cancéreux. Ceci confirme, là encore, l’hypothèse d’une translocation de ce champignon vers la tumeur et d’un rôle direct dans la carcinogenèse. 

Comment un champignon peut provoquer le cancer ?

Pour le moment, les mécanismes par lesquels les champignons du microbiote buccal favorisent le cancer du pancréas ne sont pas connus. Mais, selon les auteurs, les résultats de plusieurs études menées sur des animaux permettraient d’avoir des pistes. 

Candida albicans est par exemple capable de produire des composés cancérigènes appelés nitrosamines, mais aussi d’induire des mutations génétiques. Candida tropicalis faciliterait quant à elle la capacité des cellules cancéreuses à échapper à leur détection et à leur destruction par les cellules du système immunitaire.

Vers un diagnostic précoce et une meilleure compréhension des facteurs de risque

Afin d’évaluer l’impact de ces microorganismes pris dans leur ensemble, les chercheurs ont calculé pour chaque participant un Microbial Risk Score (MRS) intégrant 27 espèces bactériennes et fongiques associées au cancer. Résultat : chaque augmentation d’un écart-type du MRS multiplie par plus de 3 le risque de cancer du pancréas (OR 3,44). 

Selon les auteurs, le score MRS était reproductible entre les deux cohortes, ce qui suggère que le microbiote buccal pourrait un jour être utilisé comme biomarqueur en prévention primaire pour dépister les patients à haut risque.

De manière plus générale, les données de cette étude renforcent l’hypothèse selon laquelle la santé bucco-dentaire serait un levier important de prévention du cancer du pancréas. Reste à mieux comprendre comment les communautés fongiques et bactériennes buccales favorisent les processus de cancérisation.

Affaire à suivre, donc!

Santé bucco-dentaire : tout se joue avant 3 ans ?

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Cancer du pancréas : le microbiote buccal pourrait prédire le risque

Une vaste étude américaine révèle qu’un déséquilibre des populations microbiennes vivant dans la bouche pourrait tripler le risque de développer un cancer du pancréas. Une découverte majeure qui pourrait permettre une détection plus précoce et non invasive de la maladie

Le microbiote ORL

Sera-t-il un jour possible de prédire son risque de cancer du pancréas à partir d’un simple prélèvement buccal ? C’est bien possible à en croire une nouvelle étude publiée dans JAMA Oncology 1. Celle-ci suggère qu’un déséquilibre de certains champignons et bactéries vivant dans notre bouche pourrait bien être en cause dans ce cancer.

Pour le démontrer, les auteurs se sont basés sur les dossiers médicaux et les prélèvements de microbiote buccal de 122 000 personnes suivies pendant 9 ans, dont 445 avaient développé un cancer du pancréas. 

Certaines bactéries associées à un risque accru

Ils ont d’abord découvert que la présence dans la bouche de trois bactéries impliquées dans la gingivite et la parodontite (Porphyromonas gingivalis, Eubacterium nodatum et Parvimonas micra) étaient associée à un risque plus élevé de cancer du pancréas.

Grâce au séquençage complet du génome des microbes buccaux, l’équipe a identifié au total 13 espèces bactériennes liées à une augmentation du risque, tandis que huit semblaient au contraire exercer un effet protecteur.

Le rôle clé des champignons Candida 

L’étude ne s’est pas limitée aux bactéries : le microbiome fongique, longtemps négligé, a également été analysé. Les calculs des chercheurs montrent qu’une plus grande abondance de Candida, le champignon le plus présent dans la cavité buccale, est significativement associée à un risque accru de cancer du pancréas.

Les chercheurs ont par ailleurs observé que l’on retrouvait des champignons Candida dans les tissus tumoraux, ce qui renforce l’hypothèse d’une possible migration de ce microorganisme depuis la bouche vers le pancréas.

Vers un biomarqueur prédictif

En combinant l’ensemble des espèces microbiennes identifiées, les chercheurs ont élaboré un « microbial risk score ». Résultat : chaque augmentation d’un écart-type de ce score est associée à un risque de cancer du pancréas multiplié par près de 3,5.

L’ensemble de ces résultats suggère fortement que le microbiote buccal est bel et bien impliqué dans la survenue du cancer du pancréas. 

Est-ce qu’une meilleure santé bucco-dentaire permettrait de le prévenir ? D’autres recherches devront être menées pour le savoir.

Quoi qu’il en soit, le microbiote buccal pourrait bien un jour servir de biomarqueur simple et non invasif pour identifier précocement les personnes les plus à risque de ce redoutable cancer. 
 

Le saviez-vous?

  • Le taux de survie à 5 ans d'un cancer meurtrier est de 13%.
     
  • Le nombre de décès dans le monde en 2020 est de 495,773 2.
     
  • L’incidence a triplé chez les femmes en 30 ans (et a doublé chez les hommes) 3.
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Comment les analgésiques entraînent vos bactéries intestinales à résister aux antibiotiques

Nous pensons que les analgésiques sont des observateurs silencieux dans l'intestin. La science affirme le contraire. De nouvelles données montrent que l'ibuprofène déclenche un système de défense bactérien caché. Il ne soulage pas seulement la douleur, il apprend accidentellement aux bactéries à déjouer les antibiotiques.

Le microbiote intestinal
Actu GP Médicaments : les effets indésirables dus aux interactions avec le microbiote ?

Nous considérons généralement la résistance aux antibiotiques comme une guerre menée uniquement à l'aide d'antibiotiques. Le raisonnement est bien connu : si vous en abusez, les bactéries survivantes s'adaptent et deviennent des « superbactéries ». Mais une nouvelle étude révolutionnaire révèle que cette vision est incomplète.

Une étude publiée dans npj Antimicrobials & Resistance 1 montre que les médicaments courants que vous avez dans votre armoire à pharmacie, en particulier les médicaments non antibiotiques comme l'ibuprofène et l'acétaminophène, jouent un rôle actif dans l'écosystème intestinal. Étonnamment, ils pourraient entraîner les bactéries à résister aux antibiotiques, même lorsque vous ne prenez aucun antibiotique.

Qu'est-ce que la mutagenèse ?

Processus biologique par lequel l'information génétique d'un organisme est modifiée, entraînant une mutation. Dans cette étude, il a été démontré que des médicaments non antibiotiques renforçaient ce processus, augmentant la fréquence des modifications génétiques chez E. coli.

Le processus biologique par lequel La surprise dans votre armoire à pharmacie

Des chercheurs de l'Université d'Australie du Sud ont examiné comment Escherichia coli, une bactérie intestinale courante, réagit aux médicaments standard non antibiotiques. Ils ne se sont pas contentés de verser des médicaments dans une boîte de Pétri ; ils ont soigneusement modélisé des « concentrations pertinentes pour l'intestin » afin d'imiter exactement ce qui se passe dans votre corps après avoir avalé un comprimé.

Les résultats ont été frappants. Si ces médicaments ne tuent pas les bactéries, ils les stressent. L'étude a révélé que les analgésiques courants, l'ibuprofène et l'acétaminophène (paracétamol), augmentaient considérablement le taux de mutation d'E. coli. Lorsque ces bactéries ont ensuite été exposées à la ciprofloxacine (un antibiotique standard), elles ont développé une résistance beaucoup plus rapidement que les bactéries qui n'avaient pas été exposées aux analgésiques.

Le mécanisme de la « pompe de cale »

Comment un analgésique bloque-t-il un antibiotique ? Le mécanisme est élégant et fascinant sur le plan scientifique. Les chercheurs ont découvert que ces médicaments activent des commutateurs génétiques spécifiques à l'intérieur des bactéries.

Ces commutateurs activent ce qu'on appelle une (sidenote: Pompes d'efflux Protéines de transport cellulaire (plus précisément AcrAB-TolC dans ce contexte) utilisées par les bactéries pour expulser activement les substances toxiques de l'intérieur de la cellule. Le texte les décrit comme agissant comme une « pompe de cale » interne pour évacuer à la fois le médicament et l'antibiotique. ) . Imaginez cela comme une pompe de cale sur un navire qui prend l'eau. Les bactéries détectent le stress chimique causé par l'analgésique et se mettent à pomper frénétiquement pour l'évacuer. Le problème ? Cette pompe n'est pas spécifique. Une fois activée, elle n'expulse pas seulement l'analgésique, elle évacue aussi mécaniquement les antibiotiques. 

Qu'est-ce que la polypharmacie ?

L'utilisation simultanée de plusieurs médicaments par un même patient. Cette pratique est courante dans les établissements de soins aux personnes âgées et s'est avérée augmenter considérablement le niveau de résistance aux antibiotiques chez les bactéries exposées à des combinaisons de médicaments.

L'« effet cocktail »

L'étude a également simulé la prise simultanée de plusieurs médicaments, ce qui est courant chez les personnes âgées. Lorsque les bactéries ont été exposées simultanément à deux médicaments non antibiotiques (comme l'ibuprofène et le diclofénac), le danger a changé.

Si le nombre de mutants n'a pas nécessairement explosé, leur résistance, elle, s'est considérablement accrue. Certaines bactéries mutantes issues de ces cocktails médicamenteux ont développé une résistance 64 fois supérieure à celle des bactéries normales. Cela signifie que ces bactéries n'étaient pas seulement résistantes, elles étaient pratiquement immunisées contre les traitements antibiotiques standard.

Ce n'est pas une raison pour paniquer ou arrêter de prendre les médicaments nécessaires. Cependant, cela change la façon dont nous percevons notre corps. Votre intestin est un environnement adaptatif, et les médicaments courants agissent comme des intrants biologiques qui peuvent involontairement renforcer les bactéries. Comprendre cela nous aide à utiliser ces outils de manière plus judicieuse.

Escherichia coli ou l’influence du microbiote intestinal sur l’infection urinaire

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Comment les analgésiques peuvent favoriser le développement de superbactéries

Nous supposons que les antibiotiques favorisent la résistance. Pourtant, de nouvelles données révèlent que des médicaments courants non antibiotiques, comme l'ibuprofène, déclenchent la mutagenèse d'E. coli. Au niveau intestinal, ils activent les pompes d'efflux, créant ainsi une résistance élevée. Ce mécanisme caché modifie radicalement notre compréhension de la polypharmacie et des soins aux patients.

Actu PRO : Médicaments : des effets néfastes sur le microbiote intestinal

Nous considérons souvent la résistance aux antimicrobiens (RAM) comme une conséquence directe de la surutilisation des antibiotiques. Cependant, une nouvelle étude convaincante publiée dans npj Antimicrobials & Resistance bouleverse ce paradigme en révélant que les médicaments « non antibiotiques » courants, que vos patients prennent probablement tous les jours, pourraient être les moteurs silencieux de cette crise sanitaire mondiale, en particulier dans les établissements de soins pour personnes âgées 1.

Les facteurs cachés dans l'armoire à pharmacie

Nous savons que le microbiome intestinal est un écosystème complexe. Des chercheurs ont examiné comment Escherichia coli, un micro-organisme communément présent dans l'intestin et pathogène, réagit à neuf médicaments non antibiotiques (MNA) largement utilisés et couramment prescrits dans les établissements résidentiels pour personnes âgées (RACF), notamment l'ibuprofène, l'acétaminophène (paracétamol) et l'atorvastatine. Les scientifiques de l'Université d'Australie du Sud ne se sont pas contentés de verser des médicaments dans une boîte de Pétri ; ils ont modélisé des « concentrations spécifiques pertinentes pour l'intestin » afin d'imiter l'environnement physiologique réel d'un patient prenant ces médicaments par voie orale.

Il semble que ces médicaments ne soient pas biologiquement inertes en ce qui concerne l'évolution bactérienne. Bien qu'ils ne tuent pas les bactéries comme le font les antibiotiques, ils exercent un stress qui modifie fondamentalement le comportement bactérien. Plus précisément, l'étude s'est concentrée sur la question de savoir si ces médicaments courants pouvaient renforcer la (sidenote: Mutagenèse Processus biologique par lequel l'information génétique d'un organisme est modifiée, entraînant une mutation. ) lorsque les bactéries étaient également exposées à la ciprofloxacine, un antibiotique de la famille des fluoroquinolones fréquemment utilisé pour traiter les infections urinaires chez les personnes âgées.

Quand les analgésiques imitent les antibiotiques

Les facteurs les plus puissants de résistance n'étaient pas les médicaments obscurs, mais les analgésiques courants. Les données ont montré que l'ibuprofène et l'acétaminophène augmentaient considérablement la fréquence des mutations chez E. coli. Lorsqu'elles étaient exposées à ces analgésiques en même temps que la ciprofloxacine, les bactéries développaient une résistance élevée beaucoup plus rapidement qu'avec l'antibiotique seul.

Le mécanisme découvert est à la fois sophistiqué et alarmant. Les chercheurs ont utilisé le (sidenote: Séquençage complet du génome Méthode de laboratoire complète utilisée pour déterminer la séquence ADN complète du génome d'un organisme. Les chercheurs ont utilisé cette technique pour identifier des mutations spécifiques dans des gènes de résistance tels que GyrA, MarR et AcrR. ) pour identifier les mutations clés : non seulement dans la cible de l'antibiotique, le (sidenote: Gène GyrA Gène qui code une sous-unité spécifique de l'enzyme ADN gyrase, qui agit comme cible biologique principale des antibiotiques fluoroquinolones tels que la ciprofloxacine. Des mutations dans ce gène peuvent empêcher l'antibiotique de se lier efficacement, entraînant une résistance. ) , mais aussi, et surtout, dans les gènes MarR et AcrR, qui régulent les (sidenote: Pompes d'efflux Protéines de transport cellulaire (plus précisément AcrAB-TolC dans ce contexte) utilisées par les bactéries pour expulser activement les substances toxiques de l'intérieur de la cellule. Le texte les décrit comme agissant comme une « pompe de cale » interne pour évacuer à la fois le médicament et l'antibiotique. ) . Il est important de noter que la présence d'analgésiques courants tels que l'ibuprofène ou l'acétaminophène induit une surexpression de la pompe d'efflux AcrAB-TolC par les bactéries. Cette action s'apparente à l'activation par les bactéries d'une « pompe de cale » interne pour expulser le médicament, ce qui élimine simultanément l'antibiotique et, de manière inquiétante, renforce la résistance génétique.

Le multiplicateur de la polypharmacie

L'étude est allée plus loin en simulant la « (sidenote: Polypharmacie Utilisation simultanée de plusieurs médicaments par un même patient. Cette pratique est courante dans les établissements de soins aux personnes âgées et s'est avérée augmenter considérablement le niveau de résistance aux antibiotiques chez les bactéries exposées à des combinaisons de médicaments. ) », c'est-à-dire l'utilisation de plusieurs médicaments, qui est courante chez de nombreux patients âgés. Lorsque E. coli a été exposée simultanément à deux NAM (comme l'ibuprofène et le diclofénac), les résultats ont été frappants. Si la fréquence des mutations n'a pas nécessairement explosé, le niveau de résistance, lui, a augmenté de manière spectaculaire. Certaines mutations ont présenté une augmentation stupéfiante de 64 fois la résistance à la ciprofloxacine par rapport au type sauvage. Cela suggère que le « cocktail » de médicaments couramment utilisé dans les soins aux personnes âgées pourrait créer un terrain propice à l'évolution de « superbactéries ». La conclusion à tirer n'est pas d'arrêter de prescrire des analgésiques, mais de considérer ces médicaments avec un nouveau respect. Ils participent activement à l'environnement microbien et sont capables d'accélérer les mécanismes de résistance qui menacent la santé publique.

Xpeer: Interactions médicaments-microbiote intestinal : quelles conséquences sur la santé ?

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Sexualité : la vie secrète du microbiote séminovaginal

Nos microbiotes intimes partagent aussi une vie commune et échangent leurs bactéries lors des rapports non protégés. Or, ce cocktail microbien pourrait influencer la santé reproductive, la fertilité et même les chances de succès des FIV.

Le microbiote vaginal
Actu GP : Endométriose : le microbiote vaginal comme outil prédictif de sévérité ?

Lors d’un rapport sexuel non protégé, on partage aussi des milliers de microorganismes via le sperme et les sécrétions vaginales. Pourtant, pendant des années, les chercheurs ont scruté d’un côté le microbiote vaginal (très étudié), et de l’autre le microbiote du sperme (bien moins étudié) comme s’ils vivaient sur deux planètes différentes. L’idée qu’ils puissent interagir dans un couple sexuellement actif ? À peine effleurée par 14 petites études.

Deux univers très différents mais ouverts aux échanges

Le microbiote séminal des hommes n’a rien à voir avec le microbiote vaginal des femmes : il est généralement plus diversifié, possède une concentration bactérienne plus faible, et un pH légèrement alcalin de 7,5… alors que le microbiote vaginal est peu diversifié, hyper dominé par les lactobacilles et son pH est acide (une conséquence directe de la richesse en lactobacilles, qui sécrètent de acides).

Or, qui dit rapports non protégés, dit échanges de fluides et de bactéries. Les couples de femmes partagent souvent un microbiote vaginal semblable. Les couples homosexuels masculins (les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) se distinguent par un microbiote rectal unique, riche en Prevotella et moins diversifié que les hommes hétérosexuels.

Chez les couples hétérosexuels, ces échanges pourraient avoir des conséquences sur la fertilité. Et ce pour la femme comme pour l’homme. Par exemple, une abondance accrue de Lactobacillus dans le microbiote séminal irait de pair avec des spermatozoïdes plus mobiles et concentrés, mais aussi – revers de la médaille ! – une adhérence des lactobacilles aux spermatozoïdes qui réduirait fertilité.

IST et dysbioses également au menu

Les rapports non protégés participent aux transmissions d’infections (IST) mais aussi viennent perturber l’équilibre des microbiotes intimes ( (sidenote: Dysbiose Déséquilibre de la communauté microbienne, caractérisé par une diminution des bactéries bénéfiques et une augmentation des espèces néfastes, pouvant entraîner des problèmes de santé. ) ).

Prenons l’exemple de la redoutée vaginose bactérienne, liée à une diminution des Lactobacillus et une augmentation de bactéries comme Gardnerella vaginalis. Chez les femmes hétérosexuelles, la hausse du pH vaginal induite par le sperme pourrait être un facteur déclencheur du déséquilibre. Sachez également que la circoncision modifie le microbiote de la peau du pénis, réduisant sa diversité et la présence de bactéries associées à la vaginose bactérienne. De là à dire que cela protège la femme, la science débat encore.

Le saviez-vous ?

La prévalence de la vaginose bactérienne varie selon les pays et les groupes de population, mais elle se situe entre 23 et 29 % selon une revue systématique et méta-analyse récente de la prévalence mondiale chez les femmes en âge de procréer.

Source : Key facts about bacterial vaginosis

Procréation assistée

Les microbiotes du sperme et du vagin pourraient également jouer un rôle dans l’issue d’une (sidenote: Fécondation in vitro (FIV) Technique d'assistance médicale à la procréation durant laquelle la fécondation a lieu en laboratoire, dans une éprouvette (‘in vitro’), et non dans l'utérus de la femme : des ovules prélevés chez la femme après stimulation hormonale sont placés dans une solution nutritive avec les spermatozoïdes prélevés chez l’homme. Les embryons ainsi conçus en laboratoire seront ensuite transférés dans l'utérus de la future mère, via le vagin. Si un embryon s’implante, la grossesse démarre. https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31462
https://medclinics.com/fr/fiv/
https://www.fiv.fr/fecondation-fiv/
)
, certaines bactéries séminales (Acinetobacter) ou vaginales (L. crispatus) rimant avec de meilleures chances de succès. À l'inverse, les bactéries Prevotella et Porphyromonas chez les parents réduisent les chances.

La santé reproductive d’un couple semble donc liée au microbiote dit (sidenote: Microbiote séminovaginal L’ensemble des micro-organismes provenant des écosystèmes séminal et vaginal qui sont transférés et partagés entre les partenaires lors de rapports sexuels non protégés, s’influençant mutuellement et impactant la santé et les fonctions reproductives. ) , encore largement méconnu. Il est grand temps de mieux comprendre comment ces microbiotes dialoguent, cohabitent, et parfois s’affrontent. Car oui : dans un couple, les microbiote intimes partagent aussi une vie commune.

Les pratiques à risque pour votre microbiote vaginal

Pour en savoir plus !
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Des lactobacilles producteurs de sérotonine au service du transit intestinal

Certaines souches de lactobacilles intestinaux — Limosilactobacillus mucosae et Ligilactobacillus ruminis — produisent de la sérotonine bioactive qui pourrait contribuer à la santé intestinale, améliorant la densité neuronale colique et normalisant le transit.

La sérotonine est essentielle au système digestif : elle régule des fonctions gastro-intestinales essentielles (péristaltisme, vasodilatation, sensibilité viscérale) et favorise le développement et le maintien du système nerveux entérique. Si la production de sérotonine est en majorité endogène (en 2 étapes : tryptophane -> 5-HTP -> sérotonine), certaines bactéries entériques humaines sont suspectées d’y contribuer. Des scientifiques viennent de les identifier et d'évaluer l'activité physiologique de cette sérotonine microbienne sur l'innervation colique et la motilité intestinale.
 

95 % Environ 95 % du pool de sérotonine de l’organisme provient de l’intestin, où elle est synthétisée, stockée et libérée par les cellules entérochromaffines.

Des lactobacilles producteurs de sérotonine

Les résultats confirment que le microbiote intestinal synthétise de la sérotonine et contribue aux niveaux intestinaux de cette substance : in vitro (cultures anaérobies), le microbiote fécal humain de volontaires sains produit de la sérotonine ; in vivo, on retrouve de la sérotonine dans les selles de souris génétiquement incapables d’en synthétiser dès lors qu’on les dote d’un microbiote. Les bactéries responsables ? Les chercheurs ont identifié un duo de lactobacilles producteurs de sérotonine (nommé Ls), composé de Ligilactobacillus ruminis et de Limosilactobacillus mucosae. Ls ne produit pas de 5-HTP ni de sérotonine à partir du tryptophane (étape 1 de la synthèse), mais produit de la sérotonine en présence de 5-HTP (étape 2). Cette étape 2 de décarboxylation du 5-HTP en sérotonine nécessite la présence simultanée des deux bactéries du consortium.

Effets d’une colonisation intestinale par le duo bactérien

Chez des souris axéniques et incapables de fabriquer de la sérotonine endogène, une colonisation par les seules souches Ls augmente les niveaux de sérotonine entérique, favorise l'innervation colique et le nombre de neurones immunoréactifs à la sérotonine. En revanche, la sérotonine sérique des souris n’est pas modifiée, suggérant que la sérotonine bactérienne régule principalement les fonctions intestinales locales.

La communauté Ls telle qu’isolée produit de la sérotonine in vitro. En revanche, cet effet n’est pas reproduit en conditions de culture avec les souches pures (L. mucosae ou L. ruminis) ni avec leur co-culture reconstituée, alors que cette co-culture augmente la sérotonine fécale in vivo. Cela suggère que la production microbienne de sérotonine peut dépendre de conditions intestinales spécifiques (substrats, pH, oxygène, cofacteurs, interactions microbiennes).

Les cellules entérochromaffines des mammifères synthétisent la sérotonine en 2 étapes à partir de l’acide aminé aromatique tryptophane (Trp) :

1. L’hydroxylation du Trp produit le précurseur de la sérotonine, le 5-hydroxytryptophane (5-HTP). Les tryptophanes hydroxylases (TPH), appartenant à la plus grande famille des hydroxylases d’acides aminés aromatiques (AAAH), réalisent cette première étape, limitante, de la synthèse de la sérotonine. 

2. Le 5-HTP est ensuite décarboxylé par les décarboxylases d’acides aminés aromatiques pour former la sérotonine.

Restaurer la motilité intestinale des patients ?

Enfin, Ls normalise le temps de transit intestinal chez des souris axéniques. Or, chez les patients atteints du syndrome de l’intestin irritable, l'abondance fécale de L. mucosae (mais pas de L. ruminis) s’avère significativement plus faible, par rapport aux témoins sains. Et moins cette bactérie est présente, plus les selles sont dures. Un mécanisme lié au microbiote pourrait-il affecter la biosynthèse locale de sérotonine et la motilité intestinale chez ces patients ? Selon les auteurs, des recherches futures pourraient déterminer si ces bactéries productrices de sérotonine sont capables de restaurer des niveaux physiologiques de sérotonine chez les patients souffrant de troubles de la motilité intestinale.
 

Axe intestin-cerveau : le microbiote intestinal, médiateur de la réponse au stress

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