Douleurs pelviennes chronique et axe intestin-cerveau : quelles implications du microbiote intestinal ?

Par Claire Cardaillac1,2 Martial Caillaud 2 Michel Neunlist 2

1 Service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction, centre hospitalier universitaire de Nantes, Nantes, France
2 Université de Nantes, Inserm, TENS, The Enteric Nervous System in Gut and Brain Diseases, IMAD, Nantes, France

La douleur pelvienne chronique est fréquente et invalidante, touchant particulièrement les femmes. Elle peut résulter de lésions identifiées, comme l’endométriose, ou de syndromes fonctionnels caractérisés par une hypersensibilité viscérale tels que le syndrome de l’intestin irritable (SII) ou le syndrome douloureux vésical. Dans ces situations, les mécanismes de sensibilisation périphérique et centrale abaissent les seuils douloureux et entretiennent une symptomatologie diffuse et difficile à traiter.

Le microbiote intestinal joue un rôle croissant dans la compréhension de ces douleurs. Par ses interactions avec l’immunité, le système nerveux et le métabolisme, il influence directement l’excitabilité des fibres sensorielles et les circuits de la douleur. Certains métabolites bactériens favorisent l’inflammation et l’hyperexcitabilité neuronale, tandis que d’autres exercent des effets protecteurs via des médiateurs anti-inflammatoires ou opioïdes endogènes.

Dans le SII, une dysbiose caractérisée par la perte de bactéries bénéfiques (Faecalibacterium, Roseburia) et l’augmentation de bactéries opportunistes a été documentée, avec des preuves expérimentales de son rôle causal. Dans l’endométriose, le microbiote intestinal pourrait contribuer à la progression des lésions et à la modulation des oestrogènes, suggérant une interaction bidirectionnelle entre microbiote intestinal et maladie.

Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques : probiotiques, prébiotiques, postbiotiques, voire à la transplantation de microbiote fécal. Bien que les données restent préliminaires, cibler le microbiote représente une stratégie prometteuse pour améliorer la prise en charge des douleurs pelviennes chroniques.

De la nociception à la douleur pelvienne chronique

La douleur est définie comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, qui peut être ou non associée à des lésions tissulaires. On parle de douleur chronique lorsque celle-ci dure plus de trois mois, résiste aux traitements et entraîne une altération des capacités fonctionnelles ainsi que des relations sociales. Dans le cas des douleurs pelviennes chroniques viscérales, elles se caractérisent par des douleurs profondes, lancinantes et diffuses, ce qui rend leur diagnostic compliqué et imprécis. Elles sont particulièrement fréquentes chez les femmes et concernent plusieurs spécialités d’organes : gastro-entérologie, gynécologie, urologie.

La douleur pelvienne chronique peut résulter de lésions organiques comme l’endométriose, ou de syndromes fonctionnels caractérisés par une hypersensibilité viscérale tels que le syndrome de l’intestin irritable (SII) ou le syndrome douloureux vésical. Fréquemment, plusieurs pathologies pelviennes douloureuses sont associées chez un même patient. D’autres peuvent présenter des douleurs invalidantes sans qu’une étiologie précise n’ait pu être mise en évidence. Classiquement, les spécialistes d’organes analysent la douleur comme l’expression d’une lésion unique. Le traitement de la lésion de l’organe est certes nécessaire, mais parfois insuffisant pour soulager les patients présentant des douleurs pelviennes chroniques. Certains patients présentent une symptomatologie particulièrement
riche, associant des troubles de la sensibilité et de la fonction de plusieurs organes pelviens concomitamment. Ces phénomènes sont liés aux mécanismes de sensibilisation apparaissant plusieurs mois ou années après le début des douleurs 1. Cette sensibilisation est caractérisée par un abaissement des seuils de sensibilité induisant des douleurs majorées ou provoquées par des stimulations d’intensité normalement non nociceptive (ex. : intolérance au remplissage du rectum). Une diffusion de la douleur dans le temps est également décrite. En effet, la sensation douloureuse persiste malgré l’arrêt de la stimulation (ex. : douleur post-défécation). Enfin, une diffusion de la douleur au-delà de la zone stimulée est également retrouvée (ex. : douleur lors du remplissage du rectum provoquant des douleurs vésicales).

D’un point de vue physiopathologique, on retrouve des différences entre la douleur physiologique, adaptative, et la douleur chronique. La douleur aiguë survient suite à un stimulus douloureux initial (thermique, pression, variation de pH ou substances algogènes) activant les récepteurs des terminaisons des fibres nociceptives périphériques. Dans le cas des viscères, l’innervation sensorielle est assurée par des nerfs spinaux dont les terminaisons se situent dans la musculeuse et/ou muqueuse des organes et dont les corps cellulaires sont localisés dans les ganglions dorsaux rachidiens 2. Dans des conditions physiologiques, l’activation des récepteurs des fibres afférentes nociceptives Aδ ou C génère un potentiel d’action (PA) traduit au niveau des ganglions dorsaux rachidiens en information nociceptive. Cette information est ensuite transmise vers les neurones spinaux de deuxième ordre de la corne dorsale. Ces neurones de deuxième ordre transmettent les informations au thalamus via notamment les voies spinothalamiques et spinoréticulothalamiques. Au niveau thalamique, le message sera transmis par le troisième neurone à différentes aires corticales (cortex préfrontal, cingulaire, somesthésique ou insulaire). C’est avec ce troisième neurone que la nociception devient douleur avec ses dimensions affectivo-émotionnelle, sensitive, cognitive et comportementale.

Dans le cas de douleurs chroniques viscérales observées par exemple dans le SII ou dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), en particulier en rémission, il a été montré une hypersensibilité des fibres nociceptives intestinales 3.

Cette hypersensibilité pourrait en partie s’expliquer par des altérations de la perméabilité intestinale, augmentant le passage d’antigènes alimentaires ou bactériens, menant à des mécanismes inflammatoires avec un recrutement mastocytaire et la libération de médiateurs
pro-inflammatoires comme l’histamine ou des protéases. Cet environnement inflammatoire participerait à l’hyperexcitabilité des fibres nociceptives, qui contribuent elles-mêmes au maintien du microenvironnement inflammatoire par la libération de neuropeptides (substance P : SP et calcitonin-gene related peptide : CGRP). Ces stimuli répétés conduisent à des changements phénotypiques et d’excitabilité des neurones nociceptifs des dorsalroot ganglion (DRG) appelés sensibilisation périphérique. Au niveau spinal, les PA répétés provenant des neurones des DRG provoquent une augmentation de la libération de neuromédiateurs excitateurs comme le glutamate [4]. Cela conduit à
long terme à un renforcement synaptique par l’augmentation des récepteurs glutamatergiques, couplé à un défaut des systèmes inhibiteurs, menant donc à une sensibilisation des neurones spinaux 4. Ainsi, la sensibilisation centrale est un état pathologique du fonctionnement de la nociception lié à un défaut de sa régulation, avec un renforcement des systèmes facilitateurs et une réduction des systèmes inhibiteurs de la douleur.

Le microbiote, un potentiel modulateur de la douleur

Actuellement, les facteurs responsables de l’hypersensibilité des fibres viscérales sont encore mal connus mais pourraient impliquer le microbiote intestinal (figure 1).

Figure 1 : Mécanismes de la douleur abdominale

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Le microbiote est l’ensemble des microorganismes vivant dans un environnement spécifique chez un hôte. Il est principalement composé de bactéries, mais il comprend aussi des virus, des levures ou des protozoaires. Ces microorganismes peuvent être présents sans avoir d’impact avec leur hôte (commensalisme) ou bien être en interaction étroite avec lui.

Le nombre de bactéries colonisant le corps humain (3.8·1013) est quasiment équivalent au nombre de cellules humaines de l’hôte à l’âge adulte (3.0∙1013) 5. Le microbiote intestinal a un rôle clé dans la communication bidirectionnelle entre l’intestin et différents organes dont
le cerveau. On parle depuis plusieurs années d’axe microbiote-intestin-cerveau. Historiquement, les études se sont focalisées sur le rôle du microbiote dans les troubles gastro-intestinaux (syndrome de l’intestin irritable, maladies inflammatoires intestinales). Plus récemment, il a été reconnu que la dysfonction de cet axe était impliquée dans la physiopathologie de nombreuses autres pathologies comme les maladies métaboliques (obésité, diabète) et neurologiques (autisme, maladie de Parkinson, dépression).

Le microbiote intestinal et le cerveau communiquent entre eux par diverses voies comme, par exemple, le système nerveux vagal, le système immunitaire ou des voies humorales après modulation des fonctions entéroendocrines. De plus, les fibres afférentes nociceptives peuvent directement être modulées par différents métabolites bactériens 6. Les principaux médiateurs identifiés sont les métabolites bactériens (ex. : acides gras à chaînes courtes, acides biliaires secondaires), les neurotransmetteurs ou neuromodulateurs (ex. : GABA) et des produits bactériens (ex. : PAMP, dérivés du tryptophane). En effet, certaines molécules peuvent augmenter l’excitabilité neuronale via l’activation de nocicepteurs, la production de nerve growth factor (NGF) et une augmentation de l’inflammation locale. Cependant, d’autres ont l’effet inverse (ex. : GABA) et peuvent inhiber la transmission du message nociceptif via la production d’opioïdes endogènes ou de médiateurs anti-inflammatoires.

Exemples cliniques : syndrome de l’intestin irritable et endométriose

Syndrome de l'intestin irritable

Le SII est caractérisé par des troubles fonctionnels intestinaux chroniques associant principalement des douleurs abdominales et des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux). Cette affection touche entre 5 et 10 % de la population, dont principalement des jeunes femmes adultes. La physiopathologie du SII est incomplètement comprise, mais il est bien établi qu’il existe
une altération de la communication intestin-cerveau à la base des troubles de la motricité digestive et de l’hypersensibilité viscérale. Au niveau central, on retrouve, chez les patients atteints du SII, une altération du traitement des informations, une hypervigilance et une augmentation de l’anxiété. Le microbiote intestinal a été proposé ces dernières années comme l’un des facteurs étiologiques du SII 7.
En effet, plusieurs études ont mis en évidence des modifications de la composition et de la diversité du microbiote dans le SII.

Une revue systématique a par exemple mis en évidence une diminution du phylum Firmicutes et une augmentation du phylum Bacteroidetes chez les patients atteints de SII avec diarrhée 8.

Une réduction de l’abondance du genre Bifidobacterium a également été retrouvée dans les échantillons de selles et de muqueuses des patients atteints du SII ainsi qu’une augmentation du genre Bacteroides. Une augmentation d’agents pathogènes, comme les familles Escherichia coli et Enterobacterium, a également été retrouvée. En outre, les patients atteints du SII présentaient un enrichissement de
certains taxons bactériens tels que Enterobacteriaceae, Streptococcus, Fusobacteria, Gemella et Rothia, ainsi qu’un appauvrissement des genres bactériens reconnus comme favorables à la santé, tels que Roseburia et Faecalibacterium. Le rôle causal de ces modifications du
microbiote dans le SII a été fortement suggéré suite à la capacité, par transfert de selles de patients SII, d’induire une partie des symptômes des patients dans des modèles précliniques 9. De plus, le rôle de plusieurs médiateurs produits par le microbiote intestinal, tels que le LPS,
des acides gras à chaînes courtes et des acides biliaires secondaires a été évoqué dans les douleurs abdominales chroniques, l’hypersensibilité viscérale et l’inflammation intestinale 10. Ainsi, le microbiote intestinal pourrait être un cofacteur important dans les douleurs abdominales chroniques et l’inflammation associée.

Endométriose

L’endométriose est définie par la greffe de cellules endométriales hors de la cavité utérine, qui pourrait être favorisée par une inflammation pelvienne chronique. Les principaux symptômes rapportés dans l’endométriose sont des symptômes douloureux pelviens chroniques, des troubles gastro-intestinaux et une infertilité. Une revue systématique a analysé les études portant sur l’étude du microbiote intestinal chez les femmes ayant une endométriose et des douleurs pelviennes chroniques 11. Au total, 28 études cliniques et six études animales ont été incluses dans la revue. Dans les études humaines et animales, une augmentation de la diversité du microbiote intestinal a été retrouvée
dans les groupes endométriose. Cependant, il n’y avait pas de consensus clair sur la composition du microbiote associé à l'endométriose. Aucune étude n'a analysé la composition ou la diversité en fonction des caractéristiques de la douleur. 

Les études animales (6/6) soutiennent une relation bidirectionnelle entre le microbiote intestinal et l’apparition et la progression de l’endométriose. En effet, l’induction d’endométriose chez des souris a induit des modifications du microbiote intestinal.

Dans l’étude de Yuan, il n’existait pas de différence précocement après l’induction d’endométriose comparativement à un groupe contrôle. Les différences apparaissaient 21 jours après le début de l’expérience et se majoraient ensuite avec notamment une diminution de la diversité et de la richesse du microbiote dans le groupe endométriose, une augmentation des genres Bifidobacterium, Proteobacteria et Verrucomicrobia, une diminution des phyla Bacteroidetes et Firmicutes ainsi qu’une augmentation du ratio Firmicutes/Bacteroidetes 12. À l’inverse, des traitements ciblant le microbiote comme une antibiothérapie à large spectre a permis de réduire le volume et le poids des lésions d’endométriose, a induit une diminution de la prolifération cellulaire des lésions d’endomètre et des marqueurs inflammatoires
(cytokines, macrophages) 13. Hormis l’inflammation, le microbiote intestinal pourrait contribuer à la physiopathologie de l’endométriose à cause de son rôle dans la régulation du métabolisme oestrogénique. En effet, il existe un microbiote spécifique qui joue un rôle central dans la régulation des hormones et plus particulièrement des oestrogènes appelé estrobolome 11. Cet estrobolome contient des bactéries produisant une bêta-glucuronidase. Cette enzyme modifie les oestrogènes dans leurs formes actives. Ainsi, une perturbation du microbiote intestinal peut être à l’origine d’une augmentation du taux d’oestrogènes circulant et favoriser le développement d’une endométriose. Cependant, dans ces études la modulation de la douleur n’a pas été étudiée.

Perspectives thérapeutiques via le microbiote

Le développement d’approches thérapeutiques visant à moduler la composition ou la fonction du microbiote intestinal est de plus en plus reconnu comme un complément aux thérapies actuelles dans la prise en charge des pathologies chroniques fonctionnelles digestives ou pelviennes. Ces approches visent schématiquement soit à restaurer un microbiote équilibré et fonctionnel (via des interventions nutritionnelles ou des prébiotiques), soit à apporter des bactéries aux effets bénéfiques pour l’hôte (probiotiques). Des combinaisons particulières de probiotiques, ou des espèces et souches spécifiques 14, semblent avoir des effets bénéfiques sur les symptômes globaux
du SII et les douleurs abdominales 15. Des approches symbiotiques combinant pré- et probiotiques sont également employées. De plus, des approches basées sur la transplantation de microbiote fécal suggèrent un potentiel thérapeutique dans les pathologies fonctionnelles telles que le SII 16. Par ailleurs, un nombre croissant d’études suggère que l’efficacité de la réponse à cette transplantation de microbiote fécal dans le SII ou aux traitements probiotiques est influencée par la composition du microbiote du patient receveur.

Dans le cadre de l’endométriose, deux études cliniques randomisées ont suggéré une efficacité des probiotiques dans l’amélioration de la douleur 17, 18, bien que cette efficacité ne perdure pas après la fin de la prise de probiotiques dans l’une d’entre elles.

De manière générale, l’efficacité de ces approches dans la prise en charge des troubles fonctionnels pelviens, bien que démontrée dans certains cas, reste limitée par le faible nombre de patients inclus dans les études et surtout par la diversité et la variabilité des symptômes observés dans ces pathologies, comme révélé dans une revue récente de la littérature 15.

Sources :

1. Woolf CJ. Central sensitization: implications for the diagnosis and treatment of pain. Pain 2011 ; 152 : S2-15.

2. Gebhart GF, Bielefeldt K. Physiology of visceral pain. Compr Physiol 2016 ; 6 : 1609-33.

3. Enck P, Aziz Q, Barbara G, et al. Irritable bowel syndrome. Nat Rev Dis Primers 2016 ; 2 : 16014.

4. Kolhekar R, Gebhart GF. Modulation of spinal visceral nociceptive transmission by NMDA receptor activation in the rat. J Neurophysiol 1996 ; 75 : 2344-53.

5. Sender R, Fuchs S, Milo R. Revised Estimates for the Number of Human and Bacteria Cells in the Body. PLoS Biol 2016 ; 14 : e1002533.

6. Guo R, Chen L-H, Xing C, Liu T. Pain regulation by gut microbiota: molecular mechanisms and therapeutic potential. Br J Anaesth 2019 ; 123 : 637-54.

7. Xiao L, Liu Q, Luo M, Xiong L. Gut Microbiota-Derived Metabolites in Irritable Bowel Syndrome. Front Cell Infect Microbiol 2021 ; 11 : 729346.

8. Zhuang X, Xiong L, Li L, Li M, Chen M Alterations of gut microbiota in patients with irritable bowel syndrome: A systematic review and meta-analysis: Alterations of gut microbiota. J Gastroenterol Hepatol 2017 ; 32 : 28-38.

9. De Palma G, Lynch MDJ, Lu J, et al. Transplantation of fecal microbiota from patients with irritable bowel syndrome alters gut function and behavior in recipient mice. Sci Transl Med 2017 ; 9 : eaaf6397.

10. Defaye M, Gervason S, Altier C, et al. Microbiota: a novel regulator of pain. J Neural Transm 2020 ; 127 : 445-65.

11. Salliss ME, Farland LV, Mahnert ND, Herbst-Kralovetz MM. The role of gut and genital microbiota and the estrobolome in endometriosis, infertility and chronic pelvic pain. Hum Reprod Update 2022 ; 28 : 92-131.

12. Yuan M, Li D, Zhang Z, Sun H, An M, Wang G. Endometriosis induces gut microbiota alterations in mice. Hum Reprod 2018 ; 33 : 607-16.

13. Chadchan SB, Cheng M, Parnell LA, et al. Antibiotic therapy with metronidazole reduces endometriosis disease progression in mice: a potential role for gut microbiota. Hum Reprod 2019 ; 34 : 1106-16.

14. Quigley EM, Fried M, Gwee KA, et al.; Review Team. World Gastroenterology Organisation Global Guidelines Irritable Bowel Syndrome: A Global Perspective Update September 2015. J Clin Gastroenterol 2016 ; 50 : 704-13. 

15. Ford AC, Harris LA, Lacy BE, Quigley EMM, Moayyedi P. Systematic review with meta-analysis: the efficacy of prebiotics, probiotics, synbiotics and antibiotics in irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther 2018 ; 48 : 1044-60.

16. Lahtinen P, Jalanka J, Hartikainen A, et al. Randomised clinical trial: faecal microbiota transplantation versus autologous placebo administered via colonoscopy in irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther 2020 ; 51 : 1321-31.

17. Khodaverdi S, Mohammadbeigi R, Khaledi M, et al. Beneficial Effects of Oral Lactobacillus on Pain Severity in Women Suffering from Endometriosis: A Pilot Placebo-Controlled Randomized Clinical Trial. Int J Fertil Steril
2019 ; 13 : 178-83.

18. Itoh H, Uchida M, Sashihara T, et al. Lactobacillus gasseri OLL2809 is effective especially on the menstrual pain and dysmenorrhea in endometriosis patients: randomized, double-blind,
placebo-controlled study. Cytotechnology 2011 ; 63 : 153-61.

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Comment votre flore intestinale dope ou sabote vos nuits

Vous pensiez que dormir, c'était une affaire de cerveau ? Détrompez-vous. Votre flore intestinale a aussi son mot à dire. Et elle parle beaucoup.

Le microbiote intestinal
Photo: Comment votre flore intestinale dope ou sabote vos nuits

Si vous dormez mal, c'est peut-être la faute… de vos bactéries intestinales. Car votre microbiote intestinal — ces milliards de micro-organismes qui squattent votre ventre — discute en permanence avec votre cerveau, et cette conversation affecte directement la qualité de votre sommeil. 1

Les études n’ont de cesse de trouver des liens entre microbiote intestinal, cerveau et sommeil :

  • les insomniaques et les personnes souffrant d’apnées du sommeil ont une flore intestinale moins diversifiée ;
  • le travail de nuit et le décalage horaire riment souvent avec une inflammation et une perméabilité intestinale accrues ;
  • des déséquilibres du microbiote intestinal sont observés dans plusieurs pathologies communément associées à un mauvais sommeil (dépression, Parkinson, Alzheimer) ; etc.

3 voies de communication

Comment vos bactéries intestinales peuvent-elles échanger avec votre cerveau ?
Vos bactéries intestinales fabriquent

  • de la sérotonine (l'hormone du bonheur),
  • de la mélatonine (l'hormone du sommeil),
  • du GABA (un neurotransmetteur calmant), etc.

qui finissent dans votre sang et atteignent votre cerveau. 

Mais ce n’est pas tout : les bactéries intestinales agissent également sur le nerf vague, une connexion directe entre l'intestin et le cerveau, et influencent les zones cérébrales liées au sommeil. Un microbiote stressé, c'est un cerveau sur les nerfs et une nuit blanche en perspective.
Troisième voie de communication : l'inflammation. Mal dormir déclenche une réaction inflammatoire dans l'intestin, qui fragilise sa paroi, et affecte le système nerveux, dont le cerveau, en retour.

Ainsi, l’axe intestin-cerveau permet une communication bidirectionnelle, avec un risque de cercle vicieux dont vos nuits peuvent faire les frais !

1/10 L’insomnie touche 1 adulte sur 10. ²

2/10 2 adultes sur 10 éprouvent des symptômes occasionnels d’insomnie. ²

Des bactéries anti-insomnie ?

Comment retrouver un sommeil réparateur ? Puisque les somnifères classiques riment avec une liste d'effets secondaires longue comme une nuit sans sommeil, les chercheurs regardent du côté du microbiote pour trouver de nouveaux traitements. 

Ainsi, la médecine du sommeil personnalisée passera peut-être, demain, par votre intestin.

En attendant, bien manger, notamment des aliments riches en fibres, c’est bien nourrir son microbiote intestinal et mettre toutes les chances de son côté pour passer de bonnes nuits. L’adage serait-il « qui dîne (mieux) dort (mieux) » ?

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À la crèche, bébé construit aussi son microbiote intestinal

A la crèche, bébé rencontre ses premiers pairs… et leurs bactéries intestinales, qu’ils vont activement échanger ! Un rôle aussi important dans le développement de leur flore intestinale que l’héritage microbien de leur propre famille !

Le microbiote intestinal

Vous redoutiez que bébé ramène un virus de la crèche ? Vous n'aviez pas tout à fait tort — mais la réalité est bien plus surprenante et réjouissante que ça. Oui, la crèche est un véritable carrefour d'échanges microbiens entre nourrissons. Mais loin d'être une mauvaise nouvelle, c'est en réalité une chance pour leur santé.

Une grande étude scientifique italienne 1 — baptisée microTOUCH-baby — vient de le démontrer. Pendant un an, des chercheurs ont suivi 43 nourrissons dans trois crèches publiques de Trente, en Italie, ainsi que leurs parents, frères, sœurs et animaux de compagnie et le personnel de la crèche, soit 134 participants au total. Ils ont analysé à intervalles réguliers la composition du microbiote intestinal de chacun.

Des bébés très partageurs

Résultat ? Les nourrissons arrivent pour la première fois en crèche avec un microbiote intestinal en partie hérité de leur mère, père et enrichi par une éventuelle fratrie. Et très vite, les bébés commencent à partager leurs bactéries intestinales.

Au bout d'un an, les microorganismes échangés entre camarades de crèche comptent davantage dans la composition de leur flore intestinale que ceux transmis par leurs propres parents. Le réseau de transmission devient de plus en plus complexe au fil des mois : certaines souches bactériennes se propagent d’un parent à un bébé, puis à son camarade de jeu, puis aux parents de ce dernier… comme un jeu de passe-passe invisible.

Garderies végétalisées et microbiote : le pouvoir des fleurs !

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Facteurs d’influence

Les bébés qui ont des frères et sœurs à la maison ont un microbiote plus diversifié et moins enclin à laisser de la place à l’arrivée de nouvelles souches à la crèche : la place est déjà prise ! 

Les nourrissons ayant reçu des antibiotiques voient leur flore s’effondrer transitoirement puis s’enrichir vitesse grand V des bactéries de leurs camarades — comme si leur microbiote, appauvri par le traitement, cherchait à se reconstituer rapidement, bien plus rapidement que ce que l’on observe chez un adulte.

D’autres résultats rassureront les mamans : l’influence sur le microbiote intestinal de l’enfant du mode d’accouchement (voie basse ou césarienne) ou de l’éventuelle administration d’antibiotiques peu avant la naissance semble avoir disparu à 10 mois, âge médian de l’entrée en crèche dans cette étude.

Un accélérateur d’échanges microbiens

En clair : les interactions sociales de la petite enfance participent activement à la construction du microbiote intestinal, qui joue un rôle clé dans la santé à long terme. Alors la prochaine fois que bébé rentre de la crèche avec le nez qui coule, dites-vous qu’il revient aussi avec de précieux nouveaux locataires dans ses intestins !

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La crèche, plateforme d’échanges de microbiote

La transmission du microbiote entre nourrissons est intense durant la première année de crèche, suggérant que les interactions sociales durant la petite enfance sont des moteurs essentiels du développement du microbiote intestinal infantile.

Le microbiote du nourrisson se construit progressivement après sa naissance. Si la mère représente la source principale de microorganismes, elle est loin d’être la seule.

Pour évaluer le rôle des interactions sociales précoces, notamment à la crèche, des chercheurs ont lancé une étude 1 métagénomique longitudinale, microTOUCH-baby, dans 3 crèches publiques de Trente (Italie) : 43 nourrissons, 7 de leurs frères et sœurs, 39 mères et 30 pères, 5 animaux domestiques vivant au domicile et 10 membres du personnel de la crèche y ont participé.

Colonisation microbienne : un facteur déterminant pour la santé pendant les 1 000 premiers jours de vie

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La crèche, carrefour des transmissions

A l’âge de l’entrée en crèche, le microbiome des nourrissons (âge médian à l'admission : 10 mois), très influencé par celui de la mère et du père, diffère encore nettement de celui des adultes. La présence de frères et sœurs à la maison est source d'enrichissement.
En revanche, l'influence des pratiques de naissance (mode d'accouchement, antibiotiques peripartum) sur la diversité microbienne n'est plus statistiquement significative à cet âge.

Dès le premier mois de crèche, débute une transmission de microbiote entre bébés. Huit souches se propagent de manière très efficace : initialement détectées chez un seul nourrisson, elles sont présentes chez plus de la moitié du groupe après quelques mois.

Après 3 mois de crèche, une convergence du microbiote intestinal des nourrissons est observée : la diversité entre enfants diminue (- 7 % durant le premier trimestre) et la proportion de souches acquises auprès des camarades de crèche (28,4 %) finit par surpasser statistiquement celle provenant de la famille (20,0 %).

Au total, l'étude a identifié plus de 565 000 partages de souches en 15 mois, avec des chaînes de transmission complexes. Les animaux de compagnie partagent également des souches avec les bébés, mais de manière plus limitée.

Facteurs influençant l'acquisition

Sans surprise, un traitement antibiotique est le facteur qui influence le plus la transmission : il réduit la rétention des souches existantes mais est suivi d'un influx massif de nouvelles souches, plus marqué chez les bébés que chez les adultes. Ce contexte d’exposition en crèche pourrait contribuer à la récupération rapide de la diversité microbienne après un traitement.

Les bébés ayant des frères et sœurs acquièrent significativement moins de souches à la crèche que les enfants uniques. L'acquisition précoce via la fratrie pourrait "saturer" le potentiel d'acquisition de nouvelles souches.

Enfin, certaines espèces, comme la bénéfique Bifidobacterium longum subsp. infantis typique des enfants allaités, n’est partagée qu’entre les nourrissons de l’étude. D'autres espèces hautement transmissibles incluent des bactéries dégradant les fibres, suggérant que ces transmissions sociales pourraient favoriser un développement sain du microbiote.

Ainsi, les relations sociales, par exemple en crèche, semblent essentielles à la construction du microbiote, agissant, selon les auteurs, comme un « hub d'enrichissement microbien » au-delà du cercle familial.

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Microbiotalk : "Faire tomber les barrières et les tabous dans le domaine de la santé des femmes" - 2026

Briser les tabous : un débat audacieux sur la santé des femmes. De la puberté à des pathologies telles que l'endométriose, des experts internationaux partagent les dernières avancées scientifiques. L'objectif : mieux comprendre les interactions entre le microbiote, les hormones et la santé tout au long de la vie d'une femme, en brisant les tabous qui entourent encore ces sujets essentiels.

Le microbiote vaginal

Malgré un intérêt scientifique croissant, de nombreux aspects de la santé des femmes restent entourés de tabous et de lacunes dans les connaissances. Organisée par le Biocodex Microbiota Institute, cette édition 2026 de Microbiotalk vise à approfondir la compréhension du rôle du microbiote tout au long de la vie d’une femme, de la puberté jusqu’à des pathologies telles que l’endométriose.

Réunissant des experts de premier plan, dont la Pr. Ina Schuppe Koistinen et le Pr. Andrew Horne, cet événement explore des thèmes clés tels que le développement du microbiote vaginal pendant la puberté et les défis actuels liés à la compréhension de l'endométriose et de ses liens avec le microbiote.

En abordant ces questions, ces échanges contribuent à faire progresser les connaissances scientifiques, à mieux sensibiliser le public et à favoriser des discussions plus ouvertes autour de la santé des femmes.

Pr. Ina Schuppe Koistinen

Les premières règles et la découverte de l'équilibre de l'écosystème intime

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Microbiotalk - Website - Schuppe - FR

« Le microbiote est comme une pharmacie interne qui produit de nombreux composants essentiels à notre santé. »

Biographie du professeur Ina Schuppe Koistinen

Ina Schuppe Koistinen, PhD, est chercheuse en microbiologie, professeure agrégée affiliée au Karolinska Institutet et stratège en innovation spécialisée dans les interactions entre les microbes et leurs hôtes et leur rôle dans la santé des femmes, la fertilité et le vieillissement en bonne santé. Ses recherches explorent comment les écosystèmes microbiens influencent l'inflammation, la fonction reproductive, l'intégrité de la barrière épithéliale et les trajectoires de santé à long terme.

Elle est la fondatrice de Beyond Oneness Consulting, qui conseille les entreprises de biotechnologie, de technologie médicale et pharmaceutiques sur la manière de traduire la science du microbiome en interventions cliniquement et commercialement viables. Ina a cofondé et dirigé une start-up de biotechnologie de pointe qui développe des thérapies basées sur le microbiome et a contribué au développement clinique et réglementaire d'approches sans antibiotiques pour traiter la dysbiose vaginale.

Son travail fait le pont entre l'écologie microbienne et la médecine translationnelle afin d'exploiter les microbes bénéfiques pour améliorer la santé reproductive, prolonger la durée de vie en bonne santé et prévenir les maladies inflammatoires chroniques. En plus de son travail scientifique, elle est l'auteure du livre de vulgarisation scientifique Vulva: Facts, Myths, and Life-Changing Insights et une artiste visuelle accomplie dont le travail explore l'intersection entre la biologie et l'expérience humaine.

Discours du professeur Ina Schuppe Koistinen

Un cours accéléré sur le microbiome

Je vais donc commencer par un petit cours accéléré sur le microbiome. Mais de quoi parlons-nous exactement ?

Vous n’y avez peut-être jamais réfléchi, mais les êtres humains n’ont en réalité jamais existé sans microbes. Ceux-ci étaient présents sur Terre bien avant nous et nous nous sommes développés en symbiose totale avec eux. Cela inclut les bactéries, les virus, les archées et d’autres minuscules organismes unicellulaires présents dans notre corps, à l’intérieur comme à la surface.

Nous possédons environ 200 à 20 000 gènes humains, contre peut-être jusqu’à 20 millions de gènes microbiens. Ils sont donc largement plus nombreux que nous. C’est comme une pharmacie interne qui produit de nombreux composants essentiels à notre santé.

Et le plus beau dans tout ça, c’est que nous avons réellement la possibilité d’agir dessus.

  • Nous ne pouvons pas modifier nos gènes.
  • Nous naissons avec eux.
  • Mais nous pouvons en revanche modifier notre microbiome grâce à nos choix de mode de vie, à notre alimentation et à bien d’autres facteurs dont je vais vous parler.

Le microbiome intestinal

Le microbiome le plus étudié est celui de notre intestin. Et dans l’intestin, nous avons environ 1,5 kg de microbes, ce qui représente une quantité énorme. C’est presque le poids de notre cerveau.

D’une part, on considère que plus le microbiome intestinal est diversifié, c’est-à-dire plus il comporte d’espèces différentes, plus nous sommes en bonne santé. Et nous sommes également très différents les uns des autres. Ainsi, nos gènes se recoupent peut-être à 99,9 %, mais au niveau du microbiome, ce recoupement n’atteint qu’environ un tiers. Chacun possède donc une signature très personnelle.

Et le microbiome intestinal influence en réalité toutes les parties du corps.

  • Il influence notre peau,
  • il influence notre cerveau,
  • d’autres organes,
  • ainsi que le vagin.

Comment se met en place le microbiome ?

Ainsi, à la naissance, nous sommes colonisés par les microbes de notre mère. C’est ce que l’on appelle une transmission verticale.

Il existe certes des différences selon que l’on naît par voie vaginale ou par césarienne, mais ces différences tendent à s’estomper entre 2 et 3 ans.

Il existe de très nombreuses sources de colonisation microbienne, comme le lait maternel, par exemple, qui contient jusqu’à 200 espèces différentes de lactobacilles et de bifidobactéries, essentielles à la santé du bébé.

Par la suite, le microbiome reste relativement stable pendant de nombreuses années, à moins de prendre des antibiotiques ou d’être atteint d’infections très graves.

Facteurs influençant le microbiome

Mais de nombreux autres facteurs entrent en ligne de compte, comme notre mode de vie et notre âge.

Par ailleurs :

  • si nous vivons au plus près de la nature,
  • en étroite relation avec la nature,
  • avec les animaux,
  • et la taille de nos familles.

Le microbiome vaginal et la bonne santé

Et, quand on parle du microbiome vaginal, on peut dire qu’un microbiome dominé par les lactobacilles est celui qui est associé à une bonne santé. C’est donc différent de celui de l’intestin.

Mais ces lactobacilles sont en quelque sorte les super-héros du vagin, car ils font baisser le pH et empêchent ainsi les infections ou la prolifération d’autres bactéries ou agents pathogènes.

Ils produisent également d’autres composés antimicrobiens, tels que le peroxyde d’hydrogène ou les bactériocines, qui sont de petits peptides capables de détruire les bactéries. Ils adhèrent fortement à l’épithélium ou à la paroi vaginale et entretiennent également une interaction très étroite avec le système immunitaire.

Les changements au fil des étapes de la vie

Le microbiome vaginal évolue donc au cours de la vie d'une femme ou d'une jeune fille.

À la naissance et pendant l'enfance

Ainsi, à la naissance d’une petite fille, celle-ci a encore dans le sang les taux d’œstrogènes, c’est-à-dire les hormones sexuelles féminines, de sa mère. Or, le microbiome étant fortement influencé par les taux d’œstrogènes, cela aidera la petite fille à développer dans son vagin un microbiome dominé par les lactobacilles.

Mais comme la petite fille n’est pas encore capable de produire ses propres œstrogènes, son microbiome va se diversifier au cours de l’enfance.

La puberté et la période de fertilité

Mais ensuite, à la puberté, lorsque les taux d’œstrogènes augmentent, ce microbiome se reconstitue avec une forte proportion de lactobacilles. Et c’est une bonne chose.

Cette situation se maintient tout au long de la période de fertilité d’une femme, ainsi que pendant la grossesse : avec l’augmentation des taux d’œstrogènes, le microbiome devient plus bénéfique et plus stable, ce qui contribue également à des grossesses saines et à une diminution des complications.

Ménopause

Pendant la ménopause ou avant la ménopause. Par la suite, ces taux diminuent et le microbiome gagne en diversité.

Autres facteurs influençant le microbiome vaginal

Il existe également d'autres facteurs, outre l'œstrogène, qui influencent le microbiome.

Le microbiome intestinal

Il s'agit du microbiote intestinal. En effet, les bactéries présentes dans le vagin proviennent à l'origine de l'intestin. Nous ne comprenons pas encore aujourd'hui les mécanismes précis par lesquels le système immunitaire favorise ce transfert vers le vagin.

Mais un microbiote intestinal sain est essentiel, et celui-ci dépend de notre alimentation. C'est donc un aspect très important.

Menstruation

Les règles en elles-mêmes sont importantes, car en cas de présence de sang dans le vagin, le pH augmente – le sang ayant un pH neutre de sept – et la composition des nutriments disponibles pour les bactéries change. Or, cette situation n'est pas favorable aux lactobacilles.

Grossesse

La grossesse a une influence, comme je l'ai déjà mentionné.

Rapports sexuels

Les rapports sexuels ont la même incidence que le sang menstruel. En cas de rapports non protégés, le pH de l'environnement vaginal change et de nouveaux nutriments y sont introduits.

Mode de vie et hygiène

Le mode de vie et l'hygiène sont très importants.

Je recommande donc toujours :

  • de simplement laver vos parties intimes à l'eau tiède,
  • éventuellement avec un savon doux adapté,
  • et de ne pas utiliser de parfums ni de produits nettoyants agressifs.
  • Et surtout, d'éviter toutes ces techniques de douches vaginales dont on fait beaucoup la promotion dans les publicités.

Maladies et médicaments

Mais aussi les maladies et les médicaments qui agissent sur le microbiome.

Risques liés à de faibles taux de lactobacilles

Ainsi, les femmes présentant une carence en lactobacilles dans le vagin courent un risque accru de maladies gynécologiques. Et également de complications obstétricales. C’est pourquoi ce sujet est si important.

Et c’est pourquoi il est si important que les jeunes filles comme Camille comprennent que nous devons prendre soin de notre microbiome et le préserver au mieux.

Nous sommes ainsi protégées contre :

  • les infections
  • une fertilité réduite ou des difficultés à tomber enceinte
  • les complications de grossesse
  • les maladies inflammatoires pelviennes
  • les tumeurs malignes pouvant résulter d’infections par le HPV, par exemple
  • les infections urinaires.

Dynamique du microbiome pendant les règles

Nous avons donc étudié en détail, pendant les règles, comment le microbiome évolue et quelles en sont les dynamiques.

Voici une illustration tirée d’une publication récente de notre laboratoire, où nous avons pu mettre en évidence, en bleu, la présence de lactobacilles dans le vagin. On y voit également des échantillons prélevés chez différentes femmes. Chaque jour du cycle menstruel, on constate qu’une grande partie des femmes présente un microbiome stable, dominé par les lactobacilles.

Mais il y en a aussi une partie qui présente :

  • Une dysbiose. 
  • Ou une sorte de basculement vers des bactéries plus pathogènes pendant les règles.
  • Donc pendant les règles.
  • Et d’autres encore présentent un microbiome dysbiotique pendant toute la durée des règles.

Il est donc très important de comprendre ces dynamiques et ces fluctuations, en particulier lors de la prescription de médicaments et de traitements, car le microbiome n’est pas un environnement statique.

Points à retenir

Le message que je retiens donc ici est le suivant :

  • N’oublions pas que nous sommes des écosystèmes.
  • Le microbiome est un facteur clé de notre santé et de notre longévité.
  • Les microbiomes intestinal et vaginal régulent effectivement l’immunité, le métabolisme et la fonction de barrière.
  • Et c’est pourquoi ils sont si importants pour notre santé.
  • Un déséquilibre du microbiome favorise donc l’inflammation, le risque de maladie, ainsi qu’un vieillissement accéléré.
  • Nous avons la possibilité d’influencer notre microbiome par nos choix de mode de vie, mais celui-ci est également façonné par nos taux hormonaux et l’environnement dans lequel nous vivons.
  • Le meilleur soutien pour le microbiome est une alimentation riche en légumes et en fibres alimentaires, ainsi qu’en aliments fermentés qui favorisent notre microbiote.
  • Et le vagin, en soi, est un organe extraordinaire.
  • Il se nettoie et se protège en effet tout seul grâce à des pertes naturelles et à un microbiote vaginal équilibré.
  • Il est donc important que nous en prenions toutes bien soin.
Session questions-réponses avec le professeur Ina Schuppe Koistinen

Question n°1

Dans l’assemblée, il y a beaucoup de parents d’adolescentes et d’adolescents, ainsi que de nombreuses personnes derrière leur écran, et nous aimerions savoir, de votre point de vue, quels sont les messages les plus importants que les parents et les adolescents devraient connaître sur le microbiome vaginal à la puberté ?

Réponse de l'experte

Je pense que le message le plus important est que les filles doivent être attentives aux pertes vaginales. Et ces pertes changent pendant la préadolescence et la puberté. Il faut aussi éviter de se laver avec des détergents très agressifs qui détruisent le microbiome. Le mieux est vraiment de laisser le vagin faire son travail lui-même, car les pertes ont un rôle nettoyant. Et si nous détruisons cet environnement avec des parfums ou des produits conçus, d’une certaine manière, pour faire honte au corps féminin, nous allons simplement détruire cet équilibre. Il faut donc le traiter avec douceur et préserver cet équilibre.


Question n°2 

Vous avez parlé des pertes vaginales et peut-être aussi de l’odeur, mais comment peut-on aider une adolescente à comprendre ce qui est “normal” et à savoir quand elle devrait consulter un médecin ?

Réponse de l'experte

Oui, c’est très difficile. Et je pense que, de manière générale, comme vous l’avez indiqué sur votre diapositive d’introduction, il faut briser les tabous. Nous n’en parlons pas, mais nous devons en parler, car si nous n’apprenons pas à nos filles ce qui est normal, comment pourraient-elles le savoir ? En général, s’il y a une odeur très, très forte, des démangeaisons ou d’autres symptômes gênants, alors il faut consulter un médecin et non pas simplement se laver davantage, utiliser plus de savon et toutes ces choses qui paraissent intuitives mais qui sont en réalité contre-productives pour le microbiome.


Question n°3

Si vous deviez donner un ou deux conseils simples pour aider à protéger le microbiome pendant l’adolescence, quels seraient-ils ?

Réponse de l'experte

Oui, j’ai déjà mentionné ces conseils. Éviter les parfums et les savons, je pense que c’est le plus important. Et aussi, simplement, ne pas avoir honte. Il faut considérer cela comme une partie naturelle de son corps et ne pas croire toutes les absurdités que l’on voit sur les réseaux sociaux, comme l’idée que le vagin devrait sentir l’ananas. Il y a tellement de désinformation à ce sujet. N’y croyez pas.


Question n°4

Vous avez aussi mentionné dans votre intervention qu’il existe de nombreux facteurs qui influencent le microbiote vaginal. Comment les hormones et les premières règles façonnent-elles ce microbiote ? Est-ce une sorte d’équilibre ? Que se passe-t-il exactement ?

Réponse de l'experte

Pendant la puberté, les taux d’estrogènes, c’est-à-dire les hormones sexuelles féminines dans le sang, augmentent. Et ces estrogènes font en sorte que les cellules qui tapissent le vagin produisent davantage de glycogène. Or le glycogène est un nutriment pour les lactobacilles. En quelque sorte, la biologie est conçue pour favoriser la croissance des lactobacilles afin de protéger le vagin. C’est un processus naturel. Et nous devrions simplement le laisser se faire.

3 messages clés

  • Le corps humain fonctionne comme un écosystème, au sein duquel les microbiotes intestinal et vaginal jouent un rôle central dans la régulation de l'immunité, du métabolisme et des barrières protectrices qui influencent la santé globale.
     
  • L'équilibre microbien est constamment influencé par les hormones, le mode de vie et les facteurs environnementaux, et tout déséquilibre peut contribuer à l'inflammation et à un risque accru de maladies.
     
  • Il est important de soutenir le microbiote dès le plus jeune âge grâce à des habitudes saines, telles qu'une alimentation variée et riche en fibres, tandis que le vagin maintient naturellement sa protection et son équilibre grâce à son propre microbiote.

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Pr. Andrew Horne

L'endométriose : mieux la comprendre pour briser les tabous et agir

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Microbiotalk - Website - Horne - FR

« Et bien que des études à plus grande échelle commencent à voir le jour, nous ne disposons pas encore d'un profil microbiologique cohérent, si l'on peut dire, de l'endométriose. »

Biographie du professeur Andrew Horne

Professeur de gynécologie et de sciences de la reproduction à l'université d'Édimbourg, le professeur Horne est directeur du Centre pour la santé reproductive et gynécologue consultant honoraire au sein du NHS Lothian. Expert de renom dans le domaine de l'endométriose et des douleurs pelviennes, il a publié plus de 200 articles évalués par des pairs. Il est président de la Société mondiale de l'endométriose, administrateur d'Endometriosis UK et conseiller spécialisé auprès du médecin-chef de l'Écosse pour l'obstétrique et la gynécologie.

Discours du professeur Andrew Horne

Endométriose : définition et prévalence

J'espère donc que tout le monde ici a déjà entendu parler de l'endométriose, d'autant plus que nous sommes actuellement dans le mois de sensibilisation à l'endométriose. Mais je pense surtout que c'est parce qu'il s'agit d'une affection très courante : on estime qu'elle touche une femme sur dix, ainsi que les personnes de sexe féminin à la naissance. Cela représente environ 190 millions de personnes dans le monde.

L'endométriose est une affection caractérisée par la présence de tissu, semblable à la muqueuse utérine, à l'extérieur de l'utérus ; ce tissu peut se trouver pratiquement n'importe où dans le corps, notamment sous le diaphragme. On peut le trouver au niveau du nombril. Il peut même se trouver dans les poumons.


Principaux sous-types pelviens

Mais c'est dans le bassin que l'endométriose se manifeste le plus souvent, et on distingue trois sous-types pelviens.

  • La forme la plus courante, qui représente environ 80 % des cas que nous observons, est appelée « endométriose péritonéale superficielle ». Il s’agit de lésions d’endométriose diffuses situées autour de la paroi pelvienne.
  • L'endométriose peut également se manifester sous forme de maladie ovarienne. Il s'agit d'une forme kystique d'endométriose, souvent appelée « kystes au chocolat » en raison du sang altéré qu'ils contiennent. Ces kystes apparaissent sur les ovaires.
  • Il existe également une forme profonde de la maladie. L'endométriose profonde est une affection plus fibrotique et nodulaire qui touche souvent l'intestin ou la vessie.


Symptômes et affections associées

L'endométriose peut entraîner un grand nombre de symptômes différents. Les plus connus sont sans doute les symptômes douloureux.

  • Les règles douloureuses sont souvent très intenses et invalidantes.
  • Douleurs en dehors des règles.
  • Douleurs lors des rapports sexuels.
  • Douleurs pendant les règles.
  • Douleurs lors de la défécation.

Mais elle peut également entraîner toute une série d’autres symptômes, tels que la diarrhée et la constipation, d’autres troubles urinaires, de la fatigue, une dépression ; environ un tiers des personnes atteintes d’endométriose souffrent d’infertilité et ont des difficultés à tomber enceintes.

Elle est également associée à d'autres affections gynécologiques, telles que l'adénomyose et les fibromes. Elle est associée à d'autres affections douloureuses chroniques, à d'autres affections inflammatoires et, à un âge plus avancé, elle peut exposer les personnes à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires ainsi que certains types de cancer.

Approches diagnostiques

Le diagnostic de l'endométriose repose sur plusieurs approches différentes ; les antécédents médicaux et l'examen clinique jouent un rôle important. L'imagerie est essentielle. Une laparoscopie, ou chirurgie mini-invasive, est souvent nécessaire. Elle est réalisée sous anesthésie générale afin de visualiser la lésion et, souvent, de prélever une biopsie.

Il existe par ailleurs un certain nombre de nouveaux tests qui pourraient, espère-t-on, remplacer la laparoscopie, procédure invasive. La salive et le sang, en particulier, ont fait l'objet d'études.


Limites du diagnostic actuel

Mais l’un des problèmes liés au diagnostic de l’endométriose est qu’aucune de ces approches n’est particulièrement efficace.

Ainsi, par exemple :

  • Les antécédents cliniques et l’examen physique ne permettent pas de distinguer les trois sous-types d’endométriose que vous pouvez voir ici.
  • L'imagerie n'est efficace que pour les lésions ovariennes et profondes, et ne permet pas de détecter les lésions péritonéales superficielles.
  • La chirurgie, bien sûr, dépend des possibilités d'accès.
  • Les délais d'attente pour une intervention chirurgicale sont souvent très longs pour les patientes.
  • Même avec une laparoscopie, il arrive que la maladie ne soit pas détectée ou que des lésions microscopiques soient difficiles à repérer.

La biopsie n’est pas non plus toujours utile. Elle peut être faussée par des artefacts, et environ 50 % des biopsies réalisées pour l’endométriose ne permettent pas de confirmer la maladie.

Je sais que de nombreux travaux ont été menés sur différents biomarqueurs, mais malheureusement, aucun d’entre eux n’a encore été validé au point de pouvoir être intégré à la pratique clinique à l’heure actuelle.


Le parcours diagnostique

Ainsi, les patientes atteintes d'endométriose doivent souvent faire face à ce terrible parcours diagnostique qui s'étend sur une longue période, estimée à environ huit ans dans la plupart des pays du monde.

Il se peut donc qu’elles :

  • consultent plusieurs professionnels de santé différents dans le cadre des soins primaires ;
  • se rendent éventuellement aux urgences ;
  • avant de consulter effectivement un spécialiste, un gynécologue.

Et même lorsqu’elles consultent un gynécologue, elles peuvent être amenées à subir plusieurs examens d’imagerie. Elles peuvent être amenées à consulter d’autres spécialistes avant d’obtenir un diagnostic définitif. Et surtout, avant de bénéficier d’un traitement adapté à leur pathologie.


Approches thérapeutiques

Alors, comment diagnostique-t-on l’endométriose ? Eh bien, on peut la diagnostiquer de manière spécifique à la maladie, si vous voulez. Cela peut se faire soit par chirurgie – il s’agit d’une chirurgie laparoscopique, ou « chirurgie par le trou de serrure », visant à retirer les lésions –, soit par divers traitements hormonaux.

La raison d’être de l’utilisation des hormones est la suivante : nous savons que l’endométriose est une affection dépendante des œstrogènes. Il a été démontré que l’administration d’hormones qui inhibent la production d’œstrogènes par les ovaires permettait de soulager les symptômes douloureux associés à cette affection.

Parallèlement, nous proposons souvent des stratégies de prise en charge de la douleur, notamment des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des neuromodulateurs tels que la nortriptyline et la prégabaline, ainsi que des thérapies complémentaires, si vous préférez, comme la kinésithérapie ou les traitements psychologiques. Les patientes ont également souvent recours à des appareils de relaxation musculaire, à des compresses chaudes ou froides, ainsi qu’à des changements alimentaires, dont je parlerai dans un instant.


Chirurgie

Examinons donc tout d’abord la chirurgie de l’endométriose.

Eh bien, bien qu’elle soit réalisée par laparoscopie, cette intervention peut prendre la forme d’une excision ou d’une ablation, par exemple à l’aide de laser, de fil ou de chaleur. Et il existe un débat très animé, notamment sur Internet, pour savoir laquelle de ces approches est la meilleure. Heureusement, à l’heure actuelle, nous ne disposons d’aucune preuve permettant de privilégier l’une par rapport à l’autre.

L'autre problème lié à la chirurgie est bien sûr qu'elle comporte des risques.

  • Il faut subir une anesthésie générale.
  • Il existe ensuite un risque de complications au moment de l'intervention.
  • L'intervention elle-même peut même exposer les patientes à un risque de développer des douleurs postopératoires chroniques.

L'autre problème est que la chirurgie ne constitue pas un remède contre l'endométriose : environ 30 % des patientes n'en tirent aucun bénéfice. À cela s'ajoute un taux de récidive élevé, pouvant atteindre 50 % dans les cinq ans.


Traitements hormonaux

Qu'en est-il des traitements hormonaux contre l'endométriose ?

Il existe en effet toute une gamme de traitements hormonaux pouvant être utilisés. Parmi ceux-ci, on trouve les contraceptifs combinés, les progestatifs, ainsi que les agonistes et antagonistes de la GnRH. Ils peuvent être administrés selon différentes modalités.

Mais :

  • Aucune hormone en particulier n'est considérée comme plus efficace qu'une autre.
  • Elles ne sont efficaces que lorsqu'elles sont prises.
  • Elles ont toutes des effets secondaires variés.
  • Elles sont toutes contraceptives.

Et il s’agit souvent d’une population de jeunes femmes qui souhaitent peut-être fonder une famille et ne veulent pas prendre un traitement qui ne préserve pas leur fertilité.

Nous avons mené une enquête auprès de patientes à travers tout le Royaume-Uni : un peu plus de 1 500 patientes ont répondu à cette enquête, dans laquelle nous leur posions des questions sur ces traitements hormonaux. Voici le nuage de mots issu de la question que nous leur avons posée : « Quelle hormone ou quel médicament vous a le plus aidée ? ». Comme vous pouvez le constater, bien qu’il existe un grand nombre de traitements différents, aucun ne se détache particulièrement. En réalité, les données suggèrent que les traitements hormonaux actuels laissent environ 50 % des patientes souffrant de douleurs persistantes ou récurrentes.


Autogestion et alimentation

Il n’est donc peut-être pas surprenant que les patientes se tournent vers d’autres stratégies de prise en charge, notamment des stratégies d’autogestion, telles que la modification de leur alimentation.

Il y a tout juste trois ans, nous avons mené une autre enquête auprès d’un peu moins de 3 000 personnes atteintes d’endométriose à travers le monde. On constate qu’elles ont recours à différentes approches consistant à supprimer certains aliments de leur régime alimentaire — ce qui n’est peut-être pas surprenant —, notamment l’alcool, la caféine, le sucre raffiné et les aliments ultra-transformés.

On constate également que ces approches semblent avoir eu un effet sur la réduction de certains de leurs symptômes douloureux.


Recherche sur le microbiote intestinal

C'est donc sans surprise qu'on s'est intéressé aux bactéries intestinales du microbiome et à l'endométriose.

Si l’on examine les études menées à ce jour, en se concentrant tout d’abord sur les études animales, la plupart d’entre elles ont utilisé des modèles d’endométriose induite. Cela s’explique en grande partie par le fait que les souris, par exemple, l’animal le plus couramment étudié, ne développent pas spontanément d’endométriose, car elles n’ont pas de règles. Il faut donc mettre au point un modèle de menstruation chez la souris, puis, à partir de ce modèle, induire l’endométriose.

L'autre problème que posent ces études est le suivant :

  • Elles se concentrent principalement sur l'évolution de la maladie et non sur le soulagement des symptômes.
  • Elles recourent également à un large éventail d'approches différentes.
  • Il y a donc peu de cohérence.
  • Bien que certains traitements prometteurs aient été proposés, les études qui les étayent ne tiennent pas compte des indicateurs de bien-être ou de comportement.

Si l’on examine les études menées chez l’homme portant sur le microbiome intestinal, on constate qu’il n’y en a eu qu’un petit nombre à ce jour, et que la plupart d’entre elles n’ont porté que sur un petit nombre de patientes. Il est donc difficile d’en tirer des conclusions générales.

Et là encore, tout comme pour les études animales, une multitude d’approches différentes ont été utilisées. Et bien que des études de plus grande envergure voient le jour, nous ne disposons pas encore d’un profil microbiomique cohérent, si l’on peut dire, de l’endométriose.


Étude ENDO 1000

Mais je pense que les choses sont en train de changer. Et l’une des études que nous menons à Édimbourg vise justement à y remédier. Il s’agit de l’étude ENDO 1000. Vous pouvez scanner les codes QR ci-dessous si vous souhaitez en savoir un peu plus à ce sujet et suivre l’étude sur les réseaux sociaux.

Dans le cadre de cette étude, notre objectif est de recruter un millier de personnes présentant des symptômes associés à l’endométriose. Nous avons lancé cette étude en janvier de cette année. Nous allons ensuite travailler en étroite collaboration avec elles pendant deux ans.

Elles noteront :

  • leurs symptômes,
  • les traitements qu'elles suivent,
  • ainsi que tout changement concernant leur état de santé, sur notre application Endo1000.

Parallèlement, nous prélèverons des échantillons biologiques :

  • De la salive pour analyser leur profil génétique. 
  • Du sang pour évaluer leur profil inflammatoire. 
  • De l'urine, des selles et un prélèvement vaginal pour étudier leur microbiome et leur métabolome.

L'idée est de regrouper toutes les informations recueillies via l'application, issues de l'analyse de ces échantillons biologiques, avec les données que nous collecterons également à partir d'une montre connectée, notamment sur l'activité physique et les habitudes de sommeil, afin de constituer une vaste base de données que nous pourrons exploiter pour identifier des tendances susceptibles de contribuer à la mise au point d'un nouveau test de diagnostic non invasif de l'endométriose.

Mais je pense surtout que cela nous aidera à identifier les schémas permettant de déterminer les meilleures stratégies médicales, chirurgicales et d'autogestion pour cette pathologie.

Session questions-réponses avec le professeur Andrew Horne

Question n°1

L’endométriose peut prendre des années à être diagnostiquée, mais chez les femmes, quels sont les principaux signes d’alerte auxquels il faut prêter attention ?

Réponse de l'expert

Je pense que l’un des éléments les plus importants, comme vous venez de le mentionner, est cette forme de normalisation de la douleur. Si vous avez des symptômes douloureux qui nuisent à votre capacité à travailler ou à avoir une vie sociale, il est vraiment important de consulter. En termes de symptômes pouvant faire penser à l’endométriose : des symptômes qui suivent un schéma cyclique, donc qui peuvent être liés au cycle menstruel, peuvent constituer un signe d’alerte.


Question n°2

Comment une personne peut-elle comprendre quelle option pourrait lui convenir le mieux ?

Réponse de l'expert

Cela dépend un peu des symptômes qui sont les plus importants pour elle et du moment où elle se trouve dans son parcours de vie. Si la douleur est le symptôme principal, elle pourra s’orienter vers la chirurgie ou certains traitements hormonaux. Mais bien sûr, si la fertilité est un enjeu pour elle. La chirurgie peut être utile pour certains types d’endométriose, mais souvent les patientes doivent recourir à une FIV. Je suis toujours très positif sur cet aspect de la maladie lorsqu’une personne reçoit un premier diagnostic, car nous devons souligner que deux tiers des personnes concevront spontanément, sans aucune aide, si elles ont une endométriose. Le tiers restant suit souvent un traitement par FIV, ce qui est bien sûr une démarche importante, mais la FIV chez les patientes atteintes d’endométriose est généralement très efficace. Il y a donc de l’espoir.


Question n°3

Selon vous, quelle serait la prochaine étape de la recherche ?

Réponse de l'expert

Je pense qu’il s’agit de mener des études de plus grande ampleur, un peu comme ENDO 1000, afin d’essayer de réellement définir le profil du microbiome dans l’endométriose puis d’examiner évidemment ce profil. Et ce profil pourrait être utilisé, comme je le dis, dans le diagnostic. Mais je pense surtout qu’il pourrait permettre d’atténuer les symptômes associés à la maladie.


Question n°4

Les symptômes se chevauchent parfois avec ceux du SII. Selon vous, le microbiome pourrait-il faire partie du lien entre les deux affections ?

Réponse de l'expert

Oui. Je veux dire qu’environ 20 à 40 % des patientes ayant reçu un diagnostic d’endométriose présentent également un syndrome de l’intestin irritable. Il existe donc clairement un lien. Et je pense que le microbiome intestinal est l’endroit le plus naturel où chercher ce lien.

3 messages clés

  • Seules quelques études menées chez l'homme ont examiné le lien entre les bactéries intestinales et l'endométriose.
     
  • La plupart des études existantes portent sur des groupes de patientes restreints et hétérogènes et recourent à des méthodes et des mesures différentes, ce qui rend les résultats difficiles à comparer et limite la fiabilité des conclusions.
     
  • Les recherches actuelles n'ont pas encore permis d'identifier une signature cohérente du microbiome intestinal associée à l'endométriose, bien que quelques études de plus grande envergure commencent à voir le jour.

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Microbiotalk : "Faire tomber les barrières et les tabous dans le domaine de la santé des femmes" - 2025

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2025: Ce que les femmes savent (et ignorent) de leur microbiote vaginal

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Remarque: ces échanges se sont déroulés en anglais et ont été traduits dans d'autres langues à l'aide de l'intelligence artificielle. 

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Le lait maternel façonne-t-il le « résistome » du nourrisson ?

L'allaitement maternel est universellement recommandé. Mais quelles bactéries vivantes le lait transmet-il réellement, et peuvent-elles remodeler le résistome intestinal du nourrisson ? La métagénomique au niveau des souches apporte désormais une réponse à ces deux questions, avec des implications directes pour le conseil périnatal.

Les conseils en matière d'allaitement maternel reposaient depuis longtemps sur un choix binaire : allaitement maternel ou lait maternisé. Une étude phare publiée dans Nature Communications par Ferretti, Allert et al. remet totalement en cause cette vision simpliste 1.

En recourant à la (sidenote: Séquençage métagénomique shotgun Il s'agit d'une méthode de séquençage haute résolution qui analyse tout le matériel génétique de chaque microbe présent dans un échantillon. Contrairement aux techniques plus anciennes qui se contentent d'identifier les familles de bactéries, ce séquençage permet une identification précise jusqu'au niveau de l'espèce et révèle les gènes fonctionnels que possèdent ces bactéries. )  sur 507 échantillons provenant de 195 couples mère-nourrisson, l'équipe a suivi les bactéries non seulement au niveau de l'espèce, mais aussi au niveau de la souche ; une résolution génétique nécessaire pour prouver la transmission, et non pas simplement la déduire. Leurs conclusions redéfinissent l'allaitement maternel comme une intervention microbienne active, spécifique à certaines souches, ayant des conséquences mesurables sur le (sidenote: Résistome L'ensemble complet des gènes de résistance aux antimicrobiens (ARG) présents dans un microbiome. Dans cette étude, le résistome intestinal des nourrissons a été fortement influencé par le lait maternel, même chez les nourrissons n'ayant jamais reçu d'antibiotiques. )  de l'enfant.

Quand une seule espèce assure la cohésion du microbiome

Bifidobacterium longum était présent dans 98,2 % des échantillons de selles de nourrissons à l'âge d'un mois, mais la prévalence à elle seule ne rend pas compte de son rôle. Les nourrissons dont l'intestin était dominé par B. longum, et en particulier par sa sous-espèce B. longum subsp. infantis, ont conservé une composition du microbiome nettement plus stable entre un et six mois que ceux dont l'intestin était dominé par d'autres espèces.
Le mécanisme est spécifique : B. longum subsp. infantis possède le système enzymatique nécessaire pour dégrader les oligosaccharides du lait maternel (HMO), ce qui lui confère un avantage concurrentiel décisif dans l'intestin des nourrissons allaités.
Son abondance relative moyenne est passée de 3,2 % à un mois à 23,8 % à six mois. Les nourrissons dont l'intestin n'était pas dominé par les bifidobactéries ont présenté la plus grande volatilité.

Conclusion clinique : la durée de l'allaitement maternel n'est pas seulement une variable nutritionnelle ; c'est un facteur déterminant de la composition du microbiome.

Douze cas de transmission confirmés, et ce qu’ils révèlent sur l’axe intestin-lait

Douze cas de partage au niveau de la souche entre le lait maternel et l'intestin du nourrisson ; même espèce, empreinte génétique identique ; démontrent que le lait maternel constitue une véritable voie de transmission.
Les taxons partagés comprenaient des commensaux (B. longum, B. bifidum), des espèces associées à l'intestin (Phocaeicola vulgatus) et des résidents buccaux typiques tels que Streptococcus salivarius et Rothia mucilaginosa, ces deux dernières suggérant une colonisation rétrograde depuis la cavité buccale du nourrisson vers le lait pendant la tétée, un axe bidirectionnel biologiquement plausible.

Most notable was the detection of Klebsiella pneumoniae as a confirmed shared strain. No infants showed clinical manifestations, consistent with silent commensal carriage; nonetheless, this finding signals that culture-independent, strain-level milk surveillance may add meaningful risk stratification in high-risk neonatal settings beyond what standard culture screens can offer.

Delivery mode compounds this picture: 19.4% of infant gut strains at one month persisted to six months, and vaginally born infants retained significantly more of them than those born by C-section (p = 0.018), evidence that birth mode shapes not just early colonisation, but the durability of the microbial community across the first half-year of life.

Antibiotique et césarienne : quel impact pour le microbiote du nourrisson ?

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Le résistome est héréditaire et l'allaitement maternel peut le moduler

Tous les nourrissons étaient porteurs de gènes de résistance aux antibiotiques (GRA) à l'âge d'un mois, y compris les 67 % chez lesquels aucune exposition aux antibiotiques n'avait été enregistrée avant, pendant ou après la naissance. Des classes de résistance à la tétracycline, aux MLS (macrolides-lincosamides-streptogramines), aux aminoglycosides et aux bêta-lactamines étaient toutes présentes. Il ne s'agit pas d'un signe d'échec clinique ; il s'agit de l'écologie de base de l'intestin néonatal humain, constituée par des mécanismes indépendants de la pression sélective des antibiotiques et largement invisibles lors des bilans cliniques standard.

Cette étude apporte un éclairage sur l'axe de transmission et, surtout, propose une mesure préventive modifiable. Les paires mère-enfant partageaient significativement plus de gènes de résistance aux antibiotiques (ARG) que les pseudo-paires permutées (p < 0,016). Les gènes partagés dominants étaient MACB (classe MLS), ACRD (aminoglycoside) et TETQ (tétracycline). Le partage était le plus élevé chez les deux paires présentant des événements confirmés de transmission de souches, ce qui fournit une explication cohérente sur le plan mécanistique. Pourtant, les nourrissons dont l'intestin était dominé par des bifidobactéries portaient nettement moins de gènes de résistance aux antibiotiques que ceux dominés par d'autres espèces (p = 7,6 × 10^(−10)).

Les implications pratiques sont évidentes : favoriser la colonisation par les Bifidobacterium grâce à l'allaitement maternel exclusif et, lorsque cela est indiqué, à la prise de probiotiques contenant B. longum subsp. infantis permet non seulement d'enrichir le microbiome, mais aussi de réduire le résistome.

Les cliniciens disposent désormais de données, tant au niveau des souches qu'au niveau du résistome, qui montrent que la manière dont les conseils en matière d'allaitement sont dispensés et leur durée ont des conséquences qui vont bien au-delà de la simple nutrition.

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Votre lait maternel nourrit le microbiome de votre bébé

Votre lait maternel n'est pas seulement un aliment, c'est un écosystème vivant. Chaque tétée apporte des bactéries directement dans l'intestin de votre bébé. De récentes découvertes scientifiques permettent désormais de déterminer précisément quelles bactéries s'y installent et façonnent la santé de votre enfant de l'intérieur.

Le microbiote intestinal

Vous savez déjà que le lait maternel est extraordinaire. Mais des scientifiques viennent de révéler quelque chose qui va bien au-delà de la simple nutrition : votre lait regorge de bactéries, et ces bactéries se retrouvent directement dans l’intestin de votre bébé, s’y installent et commencent à façonner sa santé dès les premières semaines de vie.
Une nouvelle étude majeure 1 publiée dans Nature Communications, qui a suivi 195 couples mère-bébé pendant six mois, a utilisé une technologie suffisamment puissante pour distinguer les « empreintes » bactériennes individuelles et les a suivies, une par une, du lait jusqu'au bébé.

Ce petit habitant qui fait tout tenir ensemble

Parmi toutes les bactéries identifiées par les scientifiques, une se démarquait : Bifidobacterium longum. Elle était présente dans l’intestin de 98 bébés sur 100 à l’âge d’un mois.
Mais ce qui la rend remarquable, ce n’est pas seulement sa prévalence, c’est son action. Les bébés dont l'intestin était dominé par cette espèce, en particulier une sous-espèce appelée B. longum subsp. infantis, présentaient un microbiome intestinal qui restait remarquablement stable au cours des mois suivants.
Il s'est stabilisé, plutôt que de fluctuer. Pourquoi ? Parce que cette bactérie a développé une capacité particulière à décomposer les sucres naturels du lait maternel, des sucres qui, semble-t-il désormais, existent précisément pour la nourrir.

Plus les mères allaitaient exclusivement longtemps, plus cette espèce prospérait. Chez les bébés qui avaient arrêté plus tôt, les communautés qui s'installaient étaient moins stables. Ce que vous donnez à manger à votre bébé détermine qui s'installe et qui reste.

Avertissement

Au Biocodex Microbiota Institute, nous sommes conscients que l'allaitement maternel, y compris l'allaitement prolongé, n'est pas toujours possible ou adapté à toutes les mères et à toutes les familles. Cet article a pour objectif de partager les dernières découvertes scientifiques sur le sujet, tout en respectant la diversité des parcours d'alimentation et des situations individuelles.

De votre lait à leur intestin : une transmission directe

C'est là que la recherche devient véritablement stupéfiante. Grâce à une technique capable de distinguer des « jumeaux » bactériens – des souches si proches qu'elles semblent identiques aux tests classiques –, les scientifiques ont découvert quelque chose qui n'avait jamais été confirmé auparavant avec une telle précision : la souche exacte détectée dans le lait maternel a également été retrouvée, quelques semaines plus tard, dans l'intestin de son bébé. Il ne s'agissait pas simplement d'une espèce similaire, mais d'une identité génétique identique. Vos bactéries connaissent l'adresse de votre bébé, et elles s'y rendent d'elles-mêmes.

Ils ont également fait une découverte inattendue concernant le sens de la circulation. Certaines bactéries communes appartenaient à des espèces que l'on trouve habituellement dans la bouche, ce qui suggère que lorsque votre bébé tète, des microbes présents dans sa bouche se retrouvent dans le lait. L'allaitement maternel n'est pas un transfert à sens unique. Il s'agit d'un échange entre deux microbiomes, qui s'effectue dans les deux sens à chaque tétée.
Le mode d'accouchement laisse également son empreinte ici. Les bébés nés par voie vaginale ont conservé leurs bactéries intestinales nettement plus longtemps ; à six mois, leur communauté microbienne ressemblait davantage à celle qu'ils avaient à un mois.
Les bébés nés par césarienne présentaient un tableau plus fluctuant, avec moins de souches persistantes. Aucune de ces conclusions n'est définitive. Mais la manière dont un bébé vient au monde façonne le microbiome qu'il portera tout au long de sa vie.

Microbiote infantile : les inconvénients de la césarienne réduits par l’allaitement ?

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Les gènes dont votre bébé était porteur à la naissance 

Tous les bébés participant à l'étude, y compris les deux tiers qui n'avaient jamais reçu le moindre antibiotique, étaient porteurs de gènes liés à la résistance aux antibiotiques. Cela peut sembler alarmant. Ce n'est pourtant pas le cas. Ces gènes, désignés collectivement sous le nom de « résistome », constituent une caractéristique normale et ancestrale de l'intestin humain, bien plus ancienne que les antibiotiques eux-mêmes. Ce que les scientifiques cherchaient simplement à comprendre, c'était d'où provenait le résistome d'un nouveau-né.

Resistome

L'ensemble des gènes de résistance aux antibiotiques présents dans un microbiome. Anciens et courants, ces gènes existaient bien avant la mise au point des antibiotiques. Les bébés en sont porteurs dès la naissance. Cette étude montre que l'allaitement maternel contribue à les maintenir sous contrôle.

La réponse réside, en grande partie, dans le lait maternel. Les mères et leurs bébés partageaient bien plus de gènes de résistance entre eux que les couples sans lien de parenté, ce qui prouve clairement que l'alimentation constitue une voie de transmission. Mais voici ce qui importe le plus : les bébés dont l'intestin était dominé par les Bifidobacterium, précisément les bactéries que le lait maternel favorise, possédaient nettement moins de gènes de résistance que ceux dont la flore microbienne était différente. 

L'allaitement maternel ne se contente pas de favoriser le développement d'un microbiome florissant. Il élimine activement un microbiome moins souhaitable. Chaque tétée est, au sens biologique le plus littéral du terme, un acte de protection.

Antibiotiques : quels impacts sur le microbiote et notre santé ?

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Douleur abdominale chronique chez l’enfant : et s’il s’agissait du SII ?

“Maman, papa, j’ai mal au ventre…”. Coup de bluff pour éviter l’école ou véritable maladie ? Si les douleurs abdominales sont récurrentes (plus de 4 jours par mois, depuis plus de deux mois), peut-être s’agit-il du syndrome de l’intestin irritable, ou SII.

Balayons d’entrée de jeu certaines croyances. Non, le SII n’est pas dans la tête de l’enfant : c’est un trouble réel et reconnu. Non, il n’est pas dû à une mauvaise alimentation, même si certains déséquilibres peuvent l’exacerber. Non, il n’est pas la faute des parents. Non, ce n’est pas une maladie grave et encore moins un cancer.

Une fois ces points posés, comment reconnaître les symptômes ? Quand consulter un professionnel de santé ? Quelles solutions existent ? Les réponses ci-dessous.

Le microbiote intestinal Le syndrome de l’intestin irritable (SII) TFI Adulte / Enfant
SII

Définition, épidémiologie, symptômes & diagnostic

Qu’est-ce que le SII chez l’enfant ?

Le SII est un trouble du fonctionnement de l’intestin, qui ne s’explique par aucune anomalie identifiable (lésion, maladie…) 1,2. Bref, tout semble bien aller dans le ventre de la petite Louise, et pourtant, elle a réellement mal.

Ce qui distingue la douleur abdominale du SII des autres maux de ventre ? En premier lieu, sa récurrence : plus de 4 jours par mois, depuis plus de deux mois. Mais pas seulement : les symptômes sont liés au fait d’aller à la selle et/ou à un changement des selles en fréquence et/ou apparence (critères de Rome IV 3).

Votre adolescent Raphaël est souvent constipé et vous ne savez pas comment distinguer le SII d’une constipation fonctionnelle ? C’est pourtant simple : dans le cas du SII, la douleur ne disparaît pas avec la fin de l’épisode de constipation 2.

Quel impact sur la vie de l’enfant… et de la famille ?

Bien que sans gravité, le SII impacte fortement la qualité de vie des enfants : absentéisme scolaire, difficultés de concentration et de mémoire, renoncement aux activités sportives, isolement social, moral en berne, troubles du sommeil et fatigue, etc.

Toute la cellule familiale se trouve bouleversée, que ce soit émotionnellement (forte anxiété), économiquement (coût du traitement, nuits courtes des parents et rendez-vous médicaux qui impactent leur emploi) ou en termes d’organisation (renoncement à certaines activités, temps dédié au diagnostic et traitement) 2,4,5,6.

Le SII des enfants impacte fortement la vie professionnelle des parents : la perte de productivité au travail des parents représente presque un quart du coût de la prise en charge dans l’Union européenne. 2

1 enfant sur 20 touché

Louise et Raphaël sont loin d’être des cas isolés. Dans le monde, on estime qu’un enfant sur 9 souffre d’un trouble fonctionnel abdominal, et qu’un enfant sur 20 souffre spécifiquement de SII, le sous type le plus fréquent de ces troubles chez les enfants 7.

Les jeunes Asiatiques pourraient être plus touchés que les Européens ou Américains, mais la différence reste ténue et pourrait ne relever que d’une interprétation différente des critères de diagnostic 7.

5,8 % La prévalence mondiale du syndrome de l’intestin irritable. ⁷

Les facteurs de risque

Le risque de souffrir de SII dépend ² :

  • de l’âge : les 8-12 ans sont une mauvaise période à passer, mais une fois sa 12e bougie soufflée, Louise peut espérer une résolution spontanée avec le temps ;
  • du sexe : les filles pourraient être davantage concernées (mais ce point ne fait pas consensus), peut-être en raison d’un effet hormonal ;
  • d’un éventuel antécédent de prématurité, asthme ou eczéma qui semblent associés à un risque accru.

Mais surtout, le SII de Louise ou de Raphaël est en général le résultat de plusieurs facteurs combinés, à commencer par des facteurs psychologiques (anxiété liée à l’école ou aux relations avec les autres, expériences difficiles…) qui peuvent rendre l’enfant plus sensible aux douleurs abdominales.

Louise a souffert d’infections digestives, comme une gastro-entérite, d’allergies alimentaires ? Raphaël aime un peu trop les aliments trop gras, trop épicés ou sucrés ? Cela pourrait déclencher ou aggraver leurs symptômes 2.

Le challenge du diagnostic chez l’enfant

Faute de marqueurs spécifiques, le diagnostic du SII de l’enfant repose, comme chez l’adulte, sur l’évaluation de symptômes cliniques 2,8.

Mais premier écueil : les symptômes sont variables d’un enfant à l’autre, au point que le SII a été classée en 4 sous-types (voir menu déroulant). 

Autres difficultés : la jeune Louise peut avoir du mal à mettre des mots sur ses symptômes et l’adolescent Raphaël se sentir gêné à l’idée d’en parler, tandis que leurs parents risquent de sur- ou sous-interpréter les paroles de leur enfant selon leur stress, leur propre vécu, etc. Avec à la clé un risque de sous-diagnostic.

Enfin, il existe d’indéniables différences culturelles face à la douleur et vis-à-vis du transit intestinal 2,8.

Ainsi, alors que le SII est le trouble fonctionnel digestif le plus fréquent chez l’enfant, sa difficulté de diagnostic induit souvent une longue, douloureuse et coûteuse errance pour les familles.

Sous-types du syndrome de l’intestin irritable (SII ou IBS en anglais) et leurs critères de diagnostic, selon les critères de Rome IV :

IBS-C : constipation prédominante

Plus d’un quart (25 %) des selles correspondent à une constipation sévère (noisettes dures et difficiles à évacuer) ou légère à modérée (boudin grumeleux), et moins d’un quart (25 %) à une diarrhée légère (selle avec morceaux mous, bords irréguliers, aspect pâteux) ou sévère (selles liquides sans morceaux solides).

IBS-D : diarrhée prédominante

Plus d’un quart (25 %) des selles correspondent à une diarrhée légère (selle avec morceaux mous, bords irréguliers, aspect pâteux) ou sévère (selles liquides sans morceaux solides), et moins d’un quart (25 %) à une constipation sévère (noisettes dures et difficiles à évacuer) ou légère à modérée (boudin grumeleux).

IBS-M : alternance constipation-diarrhée

Plus d’un quart (25 %) des selles correspondent à une constipation sévère (noisettes dures et difficiles à évacuer) ou légère à modérée (boudin grumeleux), et plus d’un quart (25 %) à une diarrhée légère (selle avec morceaux mous, bords irréguliers, aspect pâteux) ou sévère (selles liquides sans morceaux solides).

IBS-U : non classé

Patients répondant aux critères diagnostiques du SII, mais dont le transit intestinal ne peut être classé de manière précise dans l’un des trois groupes ci-dessus.

Les sous-catégories du SII sont très importantes dans la prise en charge des enfants concernés. 2

D’où viennent ces douleurs ? Ce que dit la science aujourd’hui

Une origine encore très floue

Les mécanismes à l’origine des troubles fonctionnels abdominaux pédiatriques en général, et du SII en particulier, restent encore mal compris en 2025. La théorie dominante suggère que le SII résulte d’un dérèglement de l’axe de communication intestin-cerveau 9.

Deux mécanismes ont été proposés 2 :

  • Le modèle Top-down (du haut vers le bas) suggère que la maladie commence dans le cerveau : les symptômes de Louise seraient déclenchés par son anxiété, qui conduit son cerveau à envoyer des signaux anormaux à l'intestin, entraînant ses douleurs, problèmes de transit et des changements dans le microbiote intestinal ;
  • Le modèle Bottom-up (du bas vers le haut) propose que tout commence dans l'intestin : la maladie de Louise aurait été déclenchée par une infection gastro-intestinale qui aurait généré des messages nerveux d'alerte au cerveau quant à la douleur.

Si les deux modèles coexistent sans doute (interaction bidirectionnelle entre le cerveau et l'intestin) chez Louise une fois la maladie installée, il reste difficile de savoir lequel des deux a initié la maladie 2.

Le microbiote : une pièce du puzzle parmi d’autres

Qu’il soit la cause (modèle Bottom-up) ou la conséquence (modèle Top-down) de la genèse du SII de Louise, le microbiote intestinal représente aujourd’hui une piste de recherche majeure. Plusieurs observations expliquent cet intérêt :

  • le microbiote intestinal de Louise influence sa digestion, son immunité et sa communication intestin-cerveau ;
  • il est moins diversifié et certaines bactéries sont plus présentes : ce déséquilibre est appelé dysbiose 2,10,11; 
  • un simple transfert du microbiote de Louise à des souris sans flore suffit à déclencher des symptômes chez les rongeurs (sensibilité viscérale, modification du transit…) 2.

Pour autant, le SII reste et demeure une pathologie multifactorielle : la flore n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus complexe.

Pr. Premysl Bercik

« Ces dix dernières années, une attention particulière a été accordée au microbiote intestinal, suspecté de jouer un rôle essentiel dans le SII. »

Pr. Premysl Bercik

Des études supplémentaires restent nécessaires, notamment chez l’enfant, pour confirmer le rôle du microbiote intestinal et peut-être un jour, dresser le portrait-robot des bactéries intestinales liées à la maladie, voire identifier la « signature microbienne » propre à chaque enfant afin d'individualiser le traitement en fonction 2. Parce que le traitement dont a besoin Louise n’est pas le même que celui de Raphaël.

Ce que cela signifie pour les parents

Le microbiote intestinal représente donc un levier potentiel 12 à intégrer dans une approche thérapeutique multidisciplinaire et individualisé 2,8.

Une alimentation riche en fibres, le recours à des probiotiques spécifiques (pour soutenir des bactéries bénéfiques) ou à des antibiotiques (pour tuer des bactéries pathogènes), représentent autant de stratégies pouvant aider Louise ou Raphaël, toujours sous supervision médicale 8,9.

Comment peut-on aider un enfant qui souffre de SII ?

Du diagnostic aux prises de décisions thérapeutiques

La prise en charge efficace du SII de Louise exige un diagnostic précis : anamnèse détaillée (antécédents, médicaments, aspects sociaux et psychologiques), examen physique visant à exclure les troubles organiques 2,8.

Le sous-type de SII (le SII de Louise est-elle prédominée par la constipation, la diarrhée, un mixte des deux ou inclassable ?) doit être identifié : il dictera l'approche thérapeutique et la personnalisation du traitement au fil du temps 2,8.

La diagnostic posé, Louise et sa famille doivent participer, avec le corps médical, aux prises de décision : un dialogue étroit avec l’enfant et son entourage améliorent la réussite de la prise en charge.

L’éducation [des familles] doit porter sur la nature du diagnostic, l’importance de la connexion entre l’intestin et le cerveau, les effets du mode de vie et d’autres facteurs déclenchants, ainsi qu’un aperçu des approches et options thérapeutiques possibles. 13

Une prise en charge pluridisciplinaire

Les approches combinant plusieurs thérapies, en complément d’éventuelles stratégies médicamenteuses, sont celles qui offrent les meilleurs résultats 2, 5, 8, 13 :

  • Psychologie : écoute et dialogue enfant-parent-clinicien 13
  • Hypnothérapie à domicile ou non 14, thérapie cognitivo-comportementale (TCC), neurostimulation 13
  • Diététique : approche individualisée, centrée sur l’enfant, intégrant les conseils d'un diététicien, favorisant les fibres évitant les régimes restrictifs irréalistes à son âge 13
  • Probiotiques, et plus spécifiquement des lactobacilles comme Lactobacillus rhamnosus GG 5,13 ou L. reuteri 4, et prébiotiques pour nourrir sélectivement les bonnes bactéries ;
  • Hygiène de vie : exercice physique, régularité du sommeil.

La prise en charge des enfants atteints de SII peut inclure des stratégies non pharmacologiques (régime alimentaire, interventions psychologiques, fibres spécifiques et probiotiques) ainsi que des stratégies pharmacologiques, à condition qu’elles soient adaptées aux symptômes du patient, ce qui nécessite souvent une approche multidisciplinaire. 8

A éviter :

  • l’automédication et/ou un dosage et une durée dépassant les conseils locaux (ex. laxatifs répétés) ;
  • les cercles vicieux : l’anxiété parentale, qui augmente avec la sévérité des symptômes de l’enfant, compromet le traitement. 2

Quand consulter un professionnel de santé ? ¹³

  • ​​​​​​Lorsque les douleurs sont récurrentes (plus de 4 jours par mois, depuis plus de deux mois), pour établir un diagnostic
  • Lorsque la qualité de vie de l’enfant est impactée (absentéisme scolaire, isolement, dépression…)
  • Avant d’initier tout auto-traitement (régime alimentaire ou probiotique)
  • En cas d’utilisation prolongée d’antidouleurs ou laxatifs en vente libre 
  • En cas d’inquiétudes du parent (même en l’absence de signes d’alerte)

Le diagnostic du SII se fait par votre médecin ou pédiatre : il pourra évaluer la situation, rassurer votre enfant et proposer une prise en charge adaptée. Si votre enfant souffre de douleurs abdominales fréquentes, parlez-en à un professionnel de santé : il pourra vous guider vers les solutions les plus adaptées.

Patients stories : vivre avec le Syndrome de l'Intestin Irritable (SII)

Recommandé par notre communauté

Signes d'alerte nécessitant une consultation rapide

  • Antécédents familiaux de maladie inflammatoire chronique de l’intestin, de maladie cœliaque ou d’ulcère gastro-duodénal
  • Douleur abdominale persistante à droite
  • Difficulté à avaler, douleur lors de la déglutition
  • Vomissements persistants
  • Saignement digestif
  • Diarrhée nocturne
  • Arthrite
  • Plaie ou fissure autour de l’anus
  • Perte de poids involontaire
  • Ralentissement de la croissance staturale
  • Retard pubertaire
  • Fièvre inexpliquée

À savoir

L'objectif du Biocodex Microbiota Institute est de sensibiliser le grand public et les professionnels de santé au microbiote humain. Il n'a pas pour vocation de fournir des avis médicaux. Pour toute question ou demande, veuillez consulter un professionnel de la santé.

Sources

1. Vermeijden NK, de Silva L, Manathunga S, et al Epidemiology of Pediatric Functional Abdominal Pain Disorders: A Meta-Analysis. Pediatrics. 2025 Feb 1;155(2):e2024067677. doi: 10.1542/peds.2024-067677. 

2. Devanarayana NM, Rajindrajith S. Irritable bowel syndrome in children: Current knowledge, challenges and opportunities. World J Gastroenterol. 2018 Jun 7;24(21):2211-2235. doi: 10.3748/wjg.v24.i21.2211. 

3. Rome Foundation. Appendix A: Rome IV Diagnostic Criteria for FGIDs. Available from: https://theromefoundation.org/rome-iv/rome-iv-criteria/. [Last concult: 2026 Jan 20]

4. Romano C, Ferrau' V, Cavataio F, Iacono G, Spina M, Lionetti E, Comisi F, Famiani A, Comito D. Lactobacillus reuteri in children with functional abdominal pain (FAP). J Paediatr Child Health. 2014 Oct;50(10):E68-71. doi: 10.1111/j.1440-1754.2010.01797.x. 

5. Kianifar H, Jafari SA, Kiani M, et al. Probiotic for irritable bowel syndrome in pediatric patients: a randomized controlled clinical trial. Electron Physician. 2015 Sep 16;7(5):1255-60. doi: 10.14661/1255.

6. Vernon-Roberts A, Alexander I, Day AS. Systematic Review of Pediatric Functional Gastrointestinal Disorders (Rome IV Criteria). J Clin Med. 2021 Oct 29;10(21):5087. doi: 10.3390/jcm10215087.

7. Vermeijden NK, de Silva L, Manathunga S, Spoolder D, Korterink J, Vlieger A, Rajindrajith S, Benninga M. Epidemiology of Pediatric Functional Abdominal Pain Disorders: A Meta-Analysis. Pediatrics. 2025 Feb 1;155(2):e2024067677. doi: 10.1542/peds.2024-067677.

8. Di Nardo G, Barbara G, et al. Italian guidelines for the management of irritable bowel syndrome in children and adolescents : Joint Consensus from the Italian Societies of: Gastroenterology, Hepatology and Pediatric Nutrition (SIGENP), Pediatrics (SIP), Gastroenterology and Endoscopy (SIGE) and Neurogastroenterology and Motility (SINGEM). Ital J Pediatr. 2024 Mar 14;50(1):51. doi: 10.1186/s13052-024-01607-y.

9. Gordon M, Sinopoulou V, Tabbers M et al. Psychosocial Interventions for the Treatment of Functional Abdominal Pain Disorders in Children: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Pediatr. 2022 Jun 1;176(6):560-568. doi: 10.1001/jamapediatrics.2022.0313. 

10. Saulnier DM, Riehle K, Mistretta TA et al. Gastrointestinal microbiome signatures of pediatric patients with irritable bowel syndrome. Gastroenterology. 2011 Nov;141(5):1782-91. doi: 10.1053/j.gastro.2011.06.072.

11. Hollister EB, Oezguen N, Chumpitazi BP, et al. (2019). Leveraging Human Microbiome Features to Diagnose and Stratify Children with Irritable Bowel Syndrome. J Mol Diagn. 2019 May;21(3):449-461. doi: 10.1016/j.jmoldx.2019.01.006.

12. Baştürk A, Artan R, Yılmaz A. Efficacy of synbiotic, probiotic, and prebiotic treatments for irritable bowel syndrome in children: A randomized controlled trial. Turk J Gastroenterol. 2016 Sep;27(5):439-443. doi: 10.5152/tjg.2016.16301. 

13. Groen J, Gordon M, Chogle A, et al. ESPGHAN/NASPGHAN guidelines for treatment of irritable bowel syndrome and functional abdominal pain-not otherwise specified in children aged 4–18 years. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2025 Aug;81(2):442-471. doi:10.1002/jpn3.70070.

14. Rutten JMTM, Vlieger AM, Frankenhuis C et al. Home-Based Hypnotherapy Self-exercises vs Individual Hypnotherapy With a Therapist for Treatment of Pediatric Irritable Bowel Syndrome, Functional Abdominal Pain, or Functional Abdominal Pain Syndrome: A Randomized Clinical Trial. JAMA Pediatr. 2017 May 1;171(5):470-477. doi: 10.1001/jamapediatrics.2017.0091.

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Comment le microbiote intestinal agit sur la qualité du sommeil

Le microbiote intestinal et le sommeil entretiennent des interactions bidirectionnelles via des voies métaboliques, neuronales et immunitaires. La porte ouverte à de nouvelles stratégies thérapeutiques en cas de sommeil altéré ?

L’axe intestin-cerveau

Et s’il existait une association bidirectionnelle entre le sommeil et l’intestin ? Pour aller plus loin que les simples études de corrélation, une revue1 plonge dans la littérature explorant l’axe microbiote–intestin–cerveau et son rôle dans la régulation du sommeil, afin de résumer les mécanismes potentiels reliant la composition et les fonctions du microbiote intestinal aux perturbations du sommeil.
 

18 % La prévalence estimée de l’apnée obstructive du sommeil (OSA) dans la population adulte est de 18 %.

10 % La prévalence estimée de l’insomnie dans la population adulte est de 10 %.

3 % La prévalence estimée du syndrome des jambes sans repos (RLS) dans la population adulte est de 3 %.

Troubles du sommeil et axe intestin-cerveau

Divers troubles du sommeil sont associés à des altérations de la composition du microbiote intestinal et de ses métabolites :
- Les insomniaques affichent une réduction de la diversité microbienne, avec (même si cela varie d’une étude à l’autre), le recul de certaines bactéries (comme les Ruminococcaceae) corrélé à une baisse de leurs métabolites (moins d’acides biliaires secondaires, produits par bactéries à partir des acides biliaires du foie).
- Une moindre diversité est également observée chez les patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil, et une transplantation de microbiote fécal (FMT) de sujets souffrant d'hypoxie peut altérer les cycles de sommeil d’animaux sains.
- Le travail de nuit et le décalage horaire provoqueraient également des changements notables du microbiote, augmentant la perméabilité intestinale et l'inflammation.
- La narcolepsie pourrait être liée à un déséquilibre entre microbiotes immunosuppresseurs et immunostimulateurs.
- Dans le syndrome des jambes sans repos, une prolifération bactérienne dans l'intestin grêle pourrait être impliquée.

Des dysbioses sont également observées dans des pathologies associées à des troubles du sommeil : dans le trouble dépressif majeur, la composition du microbiote intestinal est corrélée à la qualité du sommeil ; dans la maladie de Parkinson, des études de (sidenote: Randomisation mendélienne Approche qui exploite la variabilité génétique naturelle pour tester des relations causales entre un facteur biologique (ex. cholestérol, vitamine D, IMC) et une maladie (ex. infarctus). Pour ce faire, les chercheurs utilisent les variants génétiques associés au facteur biologique recherché (ex. patients avec allèles augmentant le LDL-cholestérol vs patients sans) pour tester s’il existe une relation causale entre le facteur biologique (LDL cholestérol) et la maladie (infarctus). La distribution aléatoire des allèles dans la population réduit les biais (facteurs de confusion, etc.), imitant certains avantages d’un essai randomisé. ) ont suggéré une association causale avec des bactéries intestinales ; dans la maladie d'Alzheimer, les troubles du sommeil seraient directement associés à l'accumulation de protéine bêta amyloïde, en parallèle de modifications de la flore bactérienne qui constitueraient des biomarqueurs potentiels de diagnostic voire de traitement.

0,03 % La prévalence estimée de la narcolepsie dans la population adulte est de 0,03 %.

>50% Plus d’une personne sur 2 atteinte de démence (dont la maladie d’Alzheimer) souffre d’insomnie.²

Une communication bidirectionnelle

La revue présente en outre trois grandes voies de communication bidirectionnelles via lesquelles l’axe microbiote–intestin–cerveau coordonnerait le sommeil :
- Voies métaboliques et endocriniennes : les acides biliaires secondaires et les (sidenote: Acides Gras à Chaîne Courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau. Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) produits par les bactéries influencent le sommeil via la circulation systémique. Par ailleurs, le microbiote produit ou régule des molécules clés du cycle veille-sommeil comme le GABA, la sérotonine, le tryptophane et la mélatonine.
- Voies neuronales : les bactéries intestinales et leurs métabolites impactent le système nerveux entérique et interagissent avec les voies du nerf vague pour influencer les régions et circuits cérébraux liés au sommeil. De plus, le microbiote et ses métabolites modulent la réponse au stress et la rythmicité de la corticostérone, influençant l'hyperactivité de l'éveil.
- Voies immunitaires : la privation de sommeil déclenche une inflammation systémique et intestinale, compromettant la barrière intestinale et affectant le système nerveux central.

Le saviez-vous ?

  • Dans les pays d’Europe à hauts revenus, l’apnée obstructive du sommeil (OSA) est le trouble du sommeil le plus coûteux (184 milliards d’euros), suivie de l’insomnie (158 milliards d’euros), du syndrome des jambes sans repos (RLS) (79 milliards d’euros), de la narcolepsie (905 millions d’euros) et du trouble du comportement en sommeil paradoxal (RBD) (436 millions d’euros). Les coûts directs et indirects représentent respectivement 48 % et 52 % du total, aucune donnée n’étant disponible concernant les coûts liés aux soins informels.3
     
  • Les troubles du sommeil sont très fréquents chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, jusqu’à 98 % des patients en présentant à un moment donné. Le trouble du comportement en sommeil paradoxal (RBD) est observé chez environ 46 % des patients atteints de la maladie de Parkinson.
     
  • Le syndrome des jambes sans repos (RLS) touche 15 à 20 % des patients atteints de la maladie de Parkinson, bien qu’un RLS survenant tôt dans la vie ne prédispose pas au développement ultérieur de la maladie de Parkinson. Cependant, un RLS sévère peut représenter un signal précoce de la maladie. 

Modifier le microbiote pour améliorer le sommeil

Parce que les traitements traditionnels des troubles du sommeil s’accompagnent souvent d’effets secondaires, les thérapies ciblant le microbiote représentent des stratégies prometteuses :

La science serait-elle en route vers une médecine de précision du sommeil ?
 

Microbiote intestinal et troubles du sommeil : vers une approche thérapeutique basée sur la modulation microbienne ?

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Vitiligo : le microbiote intestinal au cœur du stress oxydatif cutané

Le microbiote intestinal jouerait un rôle important dans l’initiation et la progression du vitiligo. L’acide hippurique, métabolite du microbiote, serait un médiateur clé du stress oxydatif… et un potentiel biomarqueur voire une cible thérapeutique ?

Maladie auto-immune cutanée, le vitiligo se caractérise par la destruction des mélanocytes, entraînant des tâches dépigmentées. Or, le stress oxydatif cutané, facteur clé de la progression de la maladie, semble sous influence du microbiote intestinal. Décryptage d’une publication qui décortique les mécanismes à l’œuvre.1

Un stress oxydatif en lien avec le microbiote intestinal

Première étape du travail des chercheurs : l'analyse de lésions chez des patients et dans un modèle murin. Elle montre, au niveau des zones dépigmentées, une surexpression de gènes liés au stress oxydatif et aux réponses aux espèces réactives de l'oxygène (ROS). De quoi confirmer que ces processus sont cruciaux dans la pathogenèse de la maladie.

Étape suivante : les chercheurs découvrent que les souris atteintes de vitiligo présentent une accumulation importante de ROS dans la peau, et des anomalies mitochondriales dans leurs mélanocytes. L’élimination du microbiote intestinal par des antibiotiques a réduit l’accumulation anormale de ROS et les anomalies mitochondriales des mélanocytes, avec à la clé une amélioration significative de la dépigmentation. Ainsi, le microbiote intestinal régulerait directement l'état de stress oxydatif de la peau.

Le vitiligo dans le monde

  • La prévalence mondiale du vitiligo diagnostiqué par un médecin ou un dermatologue au cours de la vie est estimée à 0,36 % dans la population générale, à 0,67 % dans la population adulte et à 0,24 % dans la population enfantine.2
  • Chez les adultes, les estimations de prévalence varient de 0,43 % en Asie de l’Est à 0,98 % en Europe centrale.2
  • Chez les enfants, la prévalence du vitiligo varie de 0,16 % en Asie de l’Est à 0,35 % en Asie du Sud et 0,35 % en Europe centrale.2
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Du microbiote intestinal à la peau

Les travaux suivants des chercheurs montrent que le microbiote des souris vitiligo est déséquilibré (augmentation des Clostridiales, diminution des Verrucomicrobiae). Le transfert de ce microbiote dysbiotique (par cohabitation des animaux ou transplantation fécale) aggrave la dépigmentation. À l'inverse, l'administration de probiotiques freine la progression de la maladie, suggérant une piste thérapeutique.

Mais comment se fait le lien entre le microbiote intestinal et la peau ? L'analyse métabolomique de tissus fécaux, sanguins et cutanés de souris a permis d’identifier un élément clé : l'acide hippurique, métabolite dérivé du microbiote, s'accumulerait de manière excessive dans les selles, le sérum et la peau des souris vitiligo. Des injections d'acide hippurique suffisent à reproduire l'accumulation de ROS et à aggraver la dépigmentation chez les souris. Et chez l’homme ? Les taux sériques d'acide hippurique s’avèrent plus élevés chez les patients atteints de vitiligo.

Une hypothèse mécanistique

D’où l’hypothèse du mécanisme suivant : chez les souris vitiligo, la barrière de la muqueuse intestinale serait affaiblie (diminution des cellules caliciformes responsables de la production de mucus, et de l'épaisseur de la muqueuse), ce qui augmenterait la perméabilité intestinale. Cette porosité faciliterait le passage de l'acide hippurique dans la circulation sanguine, puis vers la peau. L'acide hippurique induirait le stress oxydatif en se liant directement à deux protéines (NOS2 et MAPK14), cette interaction moléculaire directe favorisait alors la production de ROS dans les tissus cutanés.

Ainsi, la dysbiose intestinale orchestrerait le stress oxydatif cutané dans le vitiligo, via l'acide hippurique. Ces résultats laissent également espérer un rôle des probiotiques pour ralentir la maladie.

Les bactéries intestinales convertissent les hormones du stress en progestatifs : l’étonnant rôle de l’hydrogène

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