Obésité

C’est un fléau planétaire qui a presque triplé en l’espace d’un demi-siècle1. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 39 % des adultes de 18 ans et plus sont en surpoids et 13 % sont obèses.
Et si on vous disait que niché au cœur de nos intestins, notre microbiote intestinal, pouvait avoir un impact sur notre appétit, notre poids et notre capacité à stocker les graisses ?2

Le microbiote intestinal

Qu’est-ce que l’obésité ?

Aux origines de l’obésité et du surpoids, on trouve le plus souvent un déséquilibre entre les calories absorbées et celles dépensées par le corps – trop d’apport en graisses et en sucres notamment par rapport aux dépenses énergétiques réelles3,4. L'augmentation excessive de la masse adipeuse qui en résulte peut nuire à la santé et réduire significativement l'espérance de vie3. Les personnes en surpoids ou obèses ont un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires mais aussi de diabète de type 2 5,6. L’obésité est aussi associée à de nombreux cancers (foie, utérus…)6.  L’indice de masse corporelle (IMC) permet d’avoir une indication approximative du surpoids et de l’obésité. Pour un adulte, l’OMS estime qu’il y a surpoids lorsque l’IMC est égal ou supérieur à 25 et obésité lorsque l’IMC est égal ou supérieur à 301.

Et le microbiote dans tout ça ?

Une prédisposition génétique, la sédentarité, le manque de sommeil, des facteurs psychologiques, une alimentation déséquilibrée trop riche en graisses et en sucres... font partie des causes les plus connues de l'obésité. Mais parfois, adopter une hygiène de vie vertueuse qui combine sport et alimentation saine ne suffit pas à éliminer notre excès de poids3. Alors, à qui la faute ?  Récemment, l’étude de la flore intestinale, chez le patient obèse a permis de constater des perturbations dans la composition de son microbiote intestinal. Ce déséquilibre de l’écosystème microbien correspond à une dysbiose. Le saviez-vous ? Des études chez des rongeurs ont montré que si l’on greffe à une souris mince le microbiote d’un patient obèse, elle grossit à son tour8 ! Etonnant ? Ces nouvelles connaissances offrent un espoir pour la découverte de nouveaux traitements. En effet, les personnes obèses auraient un microbiote globalement moins riche et moins diversifié9, avec moins de « bonnes » bactéries comme Akkermansia muciniphila et les bifidobactéries, et davantage de bactéries potentiellement néfastes8 Et dans ces cas, la modification de l'équilibre du microbiote permettrait à l’intestin d’extraire plus efficacement l'énergie de ce qu'on mange, et donc, de favoriser le stockage énergétique chez les personnes obèses ou en surpoids8. 

Des répercussions au-delà de l’intestin

L’équilibre entre les apports et les dépenses énergétiques repose, en partie, sur une communication bidirectionnelle entre l’intestin et le cerveau - ce que les chercheurs nomment l’axe intestin-cerveau10. Cette communication est rendue possible entre les neurones et les bactéries grâce notamment à des molécules « signal » parmi lesquels les « (sidenote: Acides gras à chaîne courte (AGCC) Les acides gras à chaîne courte sont une source d’énergie (carburant) des cellules de l’individu, ils interagissent avec le système immunitaire et sont impliqués dans la communication entre l’intestin et le cerveau.   Silva YP, Bernardi A, Frozza RL. The Role of Short-Chain Fatty Acids From Gut Microbiota in Gut-Brain Communication. Front Endocrinol (Lausanne). 2020;11:25. ) » et les « (sidenote: Neurotransmetteurs Molécules spécifiques qui permettent une communication entre les neurones (les cellules nerveuses du cerveau), mais aussi avec les bactéries du microbiote. Elles sont produites aussi bien par les cellules de l’individu que par les bactéries du microbiote.   Baj A, Moro E, Bistoletti M, Orlandi V, Crema F, Giaroni C. Glutamatergic Signaling Along The Microbiota-Gut-Brain Axis. Int J Mol Sci. 2019;20(6):1482. ) » 5,6,11. Le microbiote intestinal, via ces messagers, aide le cerveau à réguler la balance énergétique, l’appétit et le sentiment de satiété6 mais aussi module l’humeur et le comportement alimentaire9,10. On le voit, microbiote intestinal et obésité sont indissociablement liés ; lorsque le microbiote intestinal est altéré, cela entraîne des perturbations au niveau de la digestion, du système de défense mais aussi avec le cerveau avec qui il communique pour gérer la faim9. A l’instar d’un circuit électrique fermé, les différents « appareils » sont reliés les uns aux autres et permettent aux informations (bonnes ou mauvaises) de circuler entre l’intestin et le cerveau. 

Un microbiote modifié pour maigrir ?

La solution semble couler de source : maigrir et faire fondre ses kilos en prenant soin de son microbiote ! Pas si simple vous diront les experts, à condition de comprendre comment l’alimentation, les probiotiques et les prébiotiques ou encore la transplantation de microbiote fécal (TMF) influencent l’écosystème de notre microbiote intestinal. 

  • Alimentation: vous l’aurez compris, l’alimentation est le premier facteur de risque d’obésité. C’est aussi le principal levier de modulation du microbiote. Aujourd’hui, aucun lien catégorique n’a été établi entre l’action sur la flore intestinale et l’importance de la perte pondérale12. En revanche, la réponse à un régime alimentaire serait due à la composition initiale de notre microbiote intestinal7,11.
  • Probiotiques : de nombreuses études réalisées chez les animaux montrent que certains probiotiques sortent du lot et auraient des effets sur le profil métabolique, le gain de poids ou encore la satiété chez les rongeurs2,7,13,14. Les résultats sont encourageants chez les humains, même si les données sont moins nombreuses, certains probiotiques spécifiques ont eu un impact sur le poids, l’IMC, le tour de taille, la masse grasse et le profil métabolique2,5,6.
  • Prébiotiques : pour les prébiotiques, les résultats sont divergents chez les humains alors que leurs effets bénéfiques ont été largement démontrés en laboratoire2. Globalement, les études mettent en évidence un effet des prébiotiques sur la satiété7, mais malheureusement sans répercussion sur le poids.2
  • Transplantation de microbiote fécal : d’autres thérapies de modulation du microbiote intestinal sont à l’étude dont la transplantation de microbiote fécal (TMF) utilisée actuellement pour traiter l’infection récidivante à Clostridioides difficile. Les chercheurs évaluent son potentiel bénéfice pour corriger la dysbiose7, agir sur le comportement alimentaire et le métabolisme énergétiques7.
Sources

1  https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight

2  Cerdó T, García-Santos JA, G Bermúdez M, et al. The Role of Probiotics and Prebiotics in the Prevention and Treatment of Obesity. Nutrients. 2019;11(3):635.

3 Blüher M. Obesity: global epidemiology and pathogenesis. Nat Rev Endocrinol. 2019;15(5):288-298.. 

4  Maruvada P, Leone V, Kaplan LM, et al. The Human Microbiome and Obesity: Moving beyond Associations. Cell Host Microbe. 2017;22(5):589-599.

5 Barathikannan K, Chelliah R, Rubab M, et al. Gut Microbiome Modulation Based on Probiotic Application for Anti-Obesity: A Review on Efficacy and Validation. Microorganisms. 2019;7(10):456.

6  Abenavoli L, Scarpellini E, Colica C, et al. Gut Microbiota and Obesity: A Role for Probiotics. Nutrients. 2019;11(11):2690. 

7 Levy M, Kolodziejczyk AA, Thaiss CA, Elinav E. Dysbiosis and the immune system. Nat Rev Immunol. 2017;17(4):219-232.

8 Lee CJ, Sears CL, Maruthur N. Gut microbiome and its role in obesity and insulin resistance. Ann N Y Acad Sci. 2020;1461(1):37-52.

9 Mulders RJ, de Git KCG, Schéle E, et al. Microbiota in obesity: interactions with enteroendocrine, immune and central nervous systems. Obes Rev. 2018;19(4):435-451.

10 Torres-Fuentes C, Schellekens H, Dinan TG, et al. The microbiota-gut-brain axis in obesity. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2017;2(10):747-756.

11 Rastelli M, Knauf C, Cani PD. Gut Microbes and Health: A Focus on the Mechanisms Linking Microbes, Obesity, and Related Disorders. Obesity (Silver Spring). 2018;26(5):792-800.

12 Seganfredo FB, Blume CA, Moehlecke M, et al. Weight-loss interventions and gut microbiota changes in overweight and obese patients: a systematic review. Obes Rev. 2017;18(8):832-851.

13 Lucas N, Legrand R, Deroissart C, et al. Hafnia alvei HA4597 Strain Reduces Food Intake and Body Weight Gain and Improves Body Composition, Glucose, and Lipid Metabolism in a Mouse Model of Hyperphagic Obesity. Microorganisms. 2019;8(1):35.

14 Legrand R, Lucas N, Dominique M, et al. Commensal Hafnia alvei strain reduces food intake and fat mass in obese mice-a new potential probiotic for appetite and body weight management. Int J Obes (Lond). 2020;44(5):1041-1051. 

 

BMI 21.40
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Maladie

Cystite et microbiota

La cystite est une inflammation de la vessie traduisant le plus souvent une infection urinaire. La bactérie Escherichia coli, en provenance de l’intestin, en est la principale responsable. Les femmes sont largement plus touchées que les hommes.

Le microbiote vaginal
Cystitis

45% Près d’1 femme sur 2 indique qu’elle prend des douches vaginales alors qu’il s’agit d’une mauvaise chose pour le microbiote vaginal

La cystite touche 30% des femmes au moins une fois au cours de leur vie, avec un pic de fréquence entre 20 et 30 ans. Elle est 50 fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Les symptômes incluent des brûlures, des besoins pressants d’uriner et des urines troubles et odorantes. Son traitement est simple mais les récidives fréquentes.

Les femmes les plus touchées

Certains facteurs favorisent la survenue d’une cystite chez la femme : la faible longueur de l’urètre, les rapports sexuels, les sondes urinaires, l’incontinence urinaire, la ménopause, la grossesse. Les anomalies anatomiques et le diabète sont également des facteurs de risque. L’excès d’hygiène intime ou l’insuffisance d’hygiène sont aussi impliqués dans l’apparition de la cystite.

Une origine intestinale

Dans 90% des cas, les cystites sont dues aux bactéries Escherichia coli. Ces bactéries présentes naturellement dans le microbiote intestinal, pénètrent dans l’urètre, remontent jusqu’à la vessie et s’y multiplient.

Une prise en charge standardisée 

Le traitement usuel et le plus souvent efficace de la cystite est un antibiotique. Néanmoins les récidives sont fréquentes. Un certain nombre de mesures permettent de les éviter (boire de l’eau, règles d’hygiène…). Des études ont montré l’intérêt d’une prise de probiotiques tels que certains lactobacilles. A noter, la canneberge pourrait avoir un rôle dans la prévention des rechutes de cystites, mais cet effet n’est pas encore clairement démontré. 

Académie du Microbiote Urogénital

Biocodex Microbiota Institute est un partenaire institutionnel de l'Académie du microbiote urogénital (AMUR). L'AMUR a été fondée pour enrichir les connaissances sur le microbiote et développer des approches novatrices visant à prévenir et traiter les troubles de la sphère urogénitale.

Pour en savoir plus sur le microbiote urogénital visitez AMUR 

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Maladie

Maladie coeliaque

La maladie cœliaque est une maladie digestive auto-immune due à une intolérance au gluten. Différents facteurs seraient en jeu dont un déséquilibre de la flore intestinale.

Le microbiote intestinal
Celiac disease

Le gluten est une substance naturellement présente dans le blé, l'orge et le seigle. Contrairement à l'allergie au gluten, l'intolérance apparaît de manière progressive et peut passer inaperçue pendant plusieurs années. Dans les pays occidentaux, entre 0,7 et 2 % de la population seraient touchés.

Une maladie souvent asymptomatique

Sous sa forme classique la maladie cœliaque débute vers l'âge de 6 mois, après l'introduction des premières céréales dans l'alimentation. Diarrhée chronique, manque d'appétit et apathie sont des symptômes classiques. Mais le plus souvent, la maladie cœliaque est asymptomatique.

A l'origine, une prédisposition génétique ?

La maladie cœliaque apparaît chez les personnes ayant une prédisposition génétique. En présence de gluten, leur système immunitaire produit des anticorps s'attaquant à la paroi de l'intestin. Résultat : la digestion est altérée et les nutriments sont moins bien absorbés. D'autres facteurs interviendraient, comme l'âge d'introduction du gluten ou les infections intestinales à répétition. Le microbiote intestinal pourrait en effet jouer un rôle déclenchant et/ou aggravant, selon une hypothèse confortée par l'existence d'une dysbiose chez les patients. Leur flore intestinale contiendrait moins de bactéries bénéfiques et plus de germes potentiellement pathogènes par rapport aux sujets sains. Un régime sans gluten diminuerait ce déséquilibre sans parvenir à le normaliser.

Son diagnostic repose sur l'examen clinique et la présence de signes évocateurs, associés à la recherche d'anticorps spécifiques dans le sang, et par une biopsie (si nécessaire). La prédisposition génétique est mise en évidence par une étude des gènes (typage HLA).

Modifier le microbiote en prévention

Le seul traitement de la maladie cœliaque est l'éviction du gluten à vie. Mais une autre approche, ciblant la dysbiose, suscite l'intérêt des chercheurs. Elle consisterait à modifier le microbiote intestinal pour prévenir le développement de la maladie, en cas de risque génétique élevé, ou pour améliorer les formes sévères, voire réfractaires au régime sans gluten.

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Maladie

Cancers digestifs

Le cancer colorectal et le cancer de l'estomac sont deux cancers digestifs à l'origine desquels le microbiote intestinal joue certainement un rôle essentiel. 

Le microbiote intestinal
stomach cancer

Cancer colorectal, l’importance des facteurs environnementaux 

Avec 694 000 décès par an dans le monde, le cancer colorectal est le 2ème cancer le plus meurtrier. Les facteurs génétiques seraient des causes importantes mais minoritaires de ce cancer digestif, qui devrait son plus lourd tribut aux facteurs environnementaux telles la sédentarité, l'obésité et surtout une alimentation déséquilibrée, cause de dysbiose intestinale. D'ailleurs, l'hypothèse d’un déséquilibre entre des espèces bactériennes délétères et bénéfiques à l'égard de ce cancer est plus que probable.

Longtemps silencieux, le cancer colorectal se manifeste par des troubles persistants ou soudains du transit intestinal : constipation, diarrhée, besoins pressants... 

La recherche de sang dans les selles et la coloscopie constituent les deux principaux moyens de dépistage du cancer colorectal.

Le traitement repose sur la chirurgie, par ablation d'une partie du côlon, parfois complétée par une chimiothérapie ou une radiothérapie. 

Une bactérie en cause dans 80 % des cancers de l'estomac

Si divers facteurs de risque ont été identifiés (tabac, alimentation, antécédents familiaux, prédisposition génétique), la principale cause du cancer de l'estomac est Helicobacter pylori, une bactérie pathogène responsable de gastrite chronique.

Peu spécifiques, les symptômes sont des douleurs gastriques, des nausées et vomissements répétés, une altération de l'état général... Seule une fibroscopie de l'estomac et de l'œsophage permet de confirmer le diagnostic.

La chirurgie constitue le traitement de référence pour les tumeurs localisées, avec une ablation partielle ou totale de l'estomac. Pour les formes localement avancées, les médecins lui associent une chimiothérapie.

La restauration du microbiote, thérapeutique d'avenir ?

L'existence d'un lien entre bactéries et cancers digestifs apparaissant plus que probable, la manipulation du microbiote via des probiotiques et des prébiotiques est une perspective thérapeutique à l'étude.  

Sources

World Cancer Research Fund International, Colorectal cancer statistics http://www.wcrf.org/int/cancer-facts-figures/data-specific-cancers/colorectal-cancer-statistics

GLOBOCAN project, Colorectal Cancer Estimated Incidence, Mortality and Prevalence Worldwide in 2012 

InCA. Estimation nationale de l'incidence et de la mortalité par cancer en France entre 1980 et 2012. InCA, 2013. http://www.e-cancer.fr/content/download/63256/569357/file/Estimation-nationale-incidence-mortalite-par-cancer-France-1980-2012-Partie-1-V2.pdf

Zeller G, Tap J, Voigt AY, et al. Potential of fecal microbiota for early-stage detection of colorectal cancer. Mol Syst Biol 2014 ; 10 : 766.

Le cancer de l'estomac : points clés. Institut national du cancer. http://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-de-l-estomac/Points-cles

Sobhani I, Tap J, Roudot-Thoraval F, Roperch JP, Letulle S, et al. Microbial Dysbiosis in Colorectal Cancer (CRC) Patients. PLOS ONE 2011 ; 6(1): e16393.

Wang LL, Yu XJ, Zhan SH, Jia SJ, et al. Participation of microbiota in the development of gastric cancer. World Journal of Gastroenterology : WJG. 2014 ; 20(17):4948-4952.

Mehta RS, Nishihara R, Cao Y, et al. Association of Dietary Patterns With Risk of Colorectal Cancer Subtypes Classified by Fusobacterium nucleatum in Tumor Tissue [published correction appears in JAMA Oncol. 2019 Apr 1;5(4):579]. JAMA Oncol. 2017;3(7):921-927.

Microbiote intestinal et santé. Inserm, février 2016. http://www.inserm.fr/thematiques/physiopathologie-metabolisme-nutrition/dossiers-d-information/microbiote-intestinal-et-sante

Sobhani I, Amiot A, Le Baleur Y, et al. Microbial dysbioses and colon carcinogenesis: could colon cancer be considered a bacteria-related disease? Ther Adv Gastroenterol 2013 ; 6 : 215-29.

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Xpeer: Interactions médicaments-microbiote intestinal : quelles conséquences sur la santé ?

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Qui est le professeur Guarner ?

  • Le Dr Francisco Guarner est diplômé en médecine et en chirurgie et est spécialisé dans les maladies digestives.
  • Il développe son activité professionnelle dans le Service de Pathologie Digestive de l'Hôpital Universitaire Vall d'Hebró.
  • Il a été chercheur à Liver United au Kings College Hospital de Londres et chercheur au département de recherche sur les prostaglandines de Welcome Research Laboratories.
  • Il est actuellement membre du Centre de recherche biomédicale du réseau des maladies hépatiques et digestives en tant que chercheur principal du groupe des maladies inflammatoires de l'intestin et membre du conseil d'administration de l'Association scientifique internationale des probiotiques et des prébiotiques.
  • Il est également président du conseil d'administration de la Société espagnole des probiotiques et prébiotiques, membre du comité des lignes directrices et des publications du WGO-OMGE (Organisation mondiale de gastroentérologie) et membre du comité directeur de l'International Human Microbiome Consortium ( IHMC).

Divulgation des conflits d'intérêts : Francisco Guarner reçoit des fonds de recherche d'Abbvie, de Takeda et d'AB-Biotics, ainsi que des honoraires de consultation de l'Institut Danone, de Sanofi, de Biocodex, d'Actial, de Menarini et d'Ordesa.

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Les antibiotiques constituent une découverte scientifique extraordinaire qui permet de sauver des millions de vies, mais leur utilisation excessive et injustifiée suscite désormais de grandes inquiétudes pour la santé, notamment en raison de l'apparition de résistance aux antibiotiques et de dysbioses. Lisons la page consacrée à cette question.

Le rôle ambivalent des antibiotiques

En détruisant les bactéries responsables des infections ils impactent aussi le …

Qu'est-ce que la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens ?

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L’antibioprophylaxie intrapartum pour traiter une infection à SGB

Revue de presse

Par le Pr. Ener Cagri DINLEYICI
Service de pédiatrie, Faculté de médecine de l’Université Eskişehir Osmangazi, Eskisehir, Turquie

Photo : Intrapartum antibiotic prophylaxis for gbs infection

Un autre facteur de risque précoce important ayant un impact sur la composition du microbiote intestinal du nourrisson

Au cours de la petite enfance, la composition du microbiote a une influence importante sur la programmation immunologique et métabolique précoce qui peut prédisposer les enfants au risque de développer des maladies plus tard au cours de la vie. Les 1 000 premiers jours de vie représentent une période critique pour la vie entière et les événements précoces (mode d’accouchement, naissance prématurée, méthodes d’alimentation et consommation d’antibiotiques) peuvent avoir un impact sur le microbiote intestinal et nasopharyngé.

Des études ultérieures récentes et prévues visent à évaluer d’autres facteurs de risque éventuels pendant la grossesse et après la période de la petite enfance. L’administration intrapartum d’antibiotiques est largement employée dans le monde entier pour la prévention des infections maternelles associées aux accouchements par césarienne et la prévention/gestion des infections streptococciques du groupe B (SGB).

L’étude récente menée par Stearns et al., publiée dans Scientific Reports [1], est un exemple important des effets des antibiotiques sur la composition à long terme du microbiote intestinal des nourrissons allaités, nés à terme et en bonne santé. Dans cette étude, les auteurs ont décrit la composition du microbiote chez 53 nourrissons nés par voie basse n’ayant pas été exposés aux antibiotiques, 14 nourrissons ayant été exposés à une antibioprophylaxie intrapartum des infections à SGB et 7 nourrissons nés par césarienne, au Canada.

Dans l’ensemble, le microbiote intestinal des nourrissons nés par voie basse n’ayant pas été exposés à une antibioprophylaxie intrapartum différait significativement de celui des nourrissons nés par voie basse mais ayant été exposés à une antibioprophylaxie intrapartum des infections à SGB ou des nourrissons nés par césarienne (également exposés à une antibioprophylaxie intrapartum). En ce qui concerne les résultats de cette étude, le microbiote fécal des nourrissons exposés à une antibioprophylaxie intrapartum présentait une diversité alpha significativement moindre, et l’antibioprophylaxie intrapartum pour l’exposition au SGB pendant un accouchement par voie basse pourrait affecter les taux de Bifidobacterium (retard d’expansion) au cours des12 premières semaines de vie. Cette étude a également montré que la colonisation du microbiote intestinal des nourrissons différait en termes de distribution des bactéries comme dans la majorité des études publiées sur l’effet du mode d’accouchement sur la composition du microbiote intestinal.

Cette étude a révélé qu’une antibioprophylaxie intrapartum des infections à SGB avait une incidence sur tous les aspects de l’écologie microbienne de l’intestin y compris la richesse, la diversité, la structure communautaire des espèces et l’abondance des genres de bactéries colonisatrices. Les résultats de cette étude ont également montré qu’une antibioprophylaxie administrée pour quelque raison que ce soit pourrait affecter la composition du microbiote intestinal des nourrissons et ce résultat a souligné l’importance d’avoir recours aux antibiotiques de manière appropriée.

En 2016, Cassidy-Bushrow et ses collaborateurs ont publié les interactions entre une infection à SGB de la mère et le microbiote intestinal des nourrissons [2]. Dans cette étude menée dans le cadre d’une cohorte de naissances à risque général basée sur la population, des échantillons de selles ont été recueillis dans les couches des nourrissons âgés de 1 et 6 mois. Les auteurs ont montré que le statut SGB de la mère était statistiquement et significativement associé à la composition bactérienne intestinale au 6e mois et que les nourrissons nés de mères positives au SGB présentaient un enrichissement important en Clostridiaceae, Ruminococcoceae et Enterococcaceae au 6e mois. Mazzola et al. ont également démontré les conséquences à court terme d’une antibioprophylaxie intrapartum chez la mère administrée dans le but de prévenir une infection à SGB sur la population microbienne fécale des nourrissons, en particulier chez les nourrissons allaités [3].

Une altération de la composition du microbiote a été associée à l’obésité, aux allergies, aux maladies inflammatoires de l’intestin, au cancer du côlon ; d’autres études sont nécessaires pour la définition (le cas échéant) des effets de causalité. Ces résultats mettent également en évidence les besoins médicaux non satisfaits en termes d’immunisation maternelle avec des vaccins éventuels contre le SGB.

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Revue de presse

Focus sur la semaine asie-pacifique des maladies digestives

Retour de congrès

Par le Pr. Uday C Ghoshal
Département de gastro-entérologie, SGPGI, Lucknow, Inde

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La compréhension du système digestif et des troubles intestinaux s’est récemment améliorée grâce à l’acquisition de connaissances sur le microbiote intestinal (MI) et la dysbiose [1]. Lors de ce congrès, plusieurs aspects du MI ont été présentés et sont évoqués dans cet article.

Description du microbiote intestinal

Considéré comme un véritable organe, le MI comprend 10 fois plus de microorganismes (1014) que de cellules humaines dans notre corps (1013). Il exerce différentes fonctions parmi lesquelles : la digestion des aliments, le métabolisme des médicaments et des toxines, la synthèse de vitamines, un effet de barrière vis-à-vis des bactéries pathogènes, une modulation des fonctions immunitaires, neuro-hormonales et du système nerveux central [2]. Compte tenu de ses nombreuses fonctions, on peut en déduire que son altération est associée à plusieurs maladies et que sa modulation peut être bénéfique.

Rôle du microbiote intestinal dans le cancer colorectal

L’association entre microorganismes et cancer est connue (Figure 1) [3]. Des données récentes suggèrent que la dysbiose pourrait jouer un rôle dans le cancer colorectal. Le microbiote fécal des patients présentant une polypose colique ressemble à celui des patients présentant un cancer colorectal. Alors que Clostridium spp., Bacteroides et Bifidobacterium spp. sont associées au cancer colorectal, les bactéries productrices d’acide lactique (par ex. : Lactobacillus spp. ou Eubacterium aerofaciens) sont négativement associées au cancer colorectal. La production de méthane et de H2S (sulfure d’hydrogène) associée au microbiote intestinal, et la présence de Streptococcus bovis pourraient jouer un rôle dans le développement du cancer colorectal. Par ailleurs, il a récemment été suggéré que l’obésité pourrait être liée au MI, et celle-ci constitue un facteur de prédisposition au cancer colorectal.

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Microbiote intestinal et obésité

L’extraction des calories des aliments dépend non seulement de la fonction digestive de l’intestin grêle, mais également de l’extraction des calories mal absorbées par le microbiote colique. Alors que la présence de Firmicutes est associée à une extraction plus importante des calories, les Bacteroidetes ont un effet opposé [4]. Il a été démontré que le microbiote fécal des personnes obèses était différent de celui des personnes non obèses. Dans une étude de cohorte rétrospective menée au Royaume-Uni chez 21 714 nourrissons, 1 306 (6 %) sont devenus obèses à l’âge de 4 ans. Selon les analyses de régression logistique tenant compte du contexte familial, l’exposition aux antibiotiques avant l’âge de 2 ans a été associée au développement de l’obésité et le nombre de cycles d’antibiotique était corrélé avec le développement de l’obésité [5].

Autres syndromes métaboliques

La stéatose hépatique non alcoolique (SHNA) et le syndrome métabolique peuvent être associés à une dysbiose, comprenant une augmentation du nombre de bactéries présentes dans la région haute de l’intestin [6]. Une étude non contrôlée et trois études cas-témoins ont montré que la surprolifération bactérienne de l’intestin grêle était associée à une SHNA [6]. Deux études ont montré une plus faible abondance relative de Bacteroidetes, et une plus grande abondance de C. coccoides et de Prevotella chez les patients présentant une SHNA. Une extraction plus importante des calories des glucides complexes non absorbés, une résistance à l’insuline et une production endogène d’alcool peuvent contribuer à la pathogenèse de la SHNA due à la dysbiose. Le MI joue un rôle important dans le métabolisme du glucose, la résistance à l’insuline, le diabète, et a une incidence sur son traitement. Le microbiote fécal des patients atteints de diabète est différent de celui de la population-contrôle [4]. Il a été montré qu’il était un facteur de régulation important de la glycémie après l’ingestion de différents aliments, indépendamment de l’exercice physique, ou du mode de vie [7]. La metformine, un agent hypoglycémique oral, peut en partie agir en altérant le microbiote intestinal. Bien que les études sur le rôle du microbiote dans la coronaropathie soient rares et les résultats mitigés, de nouvelles données suggèrent qu’il pourrait jouer un rôle dans cette maladie.

Usage abusif d’antibiotiques en asie

L’usage d’antibiotiques est important en Asie et la mise en place de politiques encourageant un usage approprié laisse à désirer, avec un risque d’apparition de microorganismes super-résistants aux antibiotiques. Cet usage abusif s’explique par une disponibilité illimitée et des indications non appropriées comme le rhume ou la gastro-entérite aiguë. Les probiotiques, lorsqu’ils sont indiqués, peuvent aider à limiter l’usage abusif d’antibiotiques.

Manipulation du microbiote intestinal par des agents autres que les antibiotiques

Alors que la modulation du microbiote par la rifaximine est bien connue, les probiotiques et la transplantation fécale sont potentiellement intéressants pour prendre en charge les pathologies associées à la dysbiose. Les probiotiques peuvent être prescrits de façon concomitante en cas de traitement d’éradication d’Helicobacter pylori. Des méta-analyses ont montré que l’administration concomitante de probiotiques pouvait restaurer l’eubiose et augmentait [2] les taux d’éradication en raison de la diminution des effets indésirables et d’une meilleure observance [9].

À partir de 23 essais contrôlés randomisés, l’American College of Gastroenterology a recommandé le recours aux probiotiques pour améliorer les ballonnements et flatulences dans le syndrome de l’intestin irritable [8]. Une revue Cochrane a montré l’utilité des probiotiques dans la prévention de la diarrhée associée à Clostridium difficile [9]. Une méta-analyse a montré que les probiotiques à base de plusieurs espèces induisaient et maintenaient une rémission dans la rectocolite hémorragique, alors que les données sur la maladie de Crohn sont limitées [10].

Orientations futures

Dans le but de former un consortium Asie- Pacifique sur le MI, similaire aux groupes européens et nord-américains, et afin d’examiner les données actuelles dans la région Asie-Pacifique, un consensus a été récemment élaboré et publié [9]. Les principales conclusions de ce consensus sont les suivantes : un nombre croissant de données étaye le potentiel thérapeutique des probiotiques dans la modulation des fonctions gastro-intestinales et le soulagement des symptômes de ces troubles, mais d’autres recherches sont nécessaires [9].

Sources

1 Ghoshal UC, Ghoshal U. Small Intestinal Bacterial Overgrowth and Other Intestinal Disorders. Gastroenterol Clin North Am. 2017;46(1):103-120.

2 Ghoshal UC, Shukla R, Ghoshal U, et al. The gut microbiota and irritable bowel syndrome: friend or foe?. Int J Inflam. 2012;2012:151085.

3 Wroblewski LE, Peek RM Jr, Coburn LA. The Role of the Microbiome in Gastrointestinal Cancer. Gastroenterol Clin North Am. 2016;45(3):543-556.

4 Sohail MU, Althani A, Anwar H, et al. Role of the Gastrointestinal Tract Microbiome in the Pathophysiology of Diabetes Mellitus. J Diabetes Res. 2017;2017:9631435.

5 Scott FI, Horton DB, Mamtani R, et al. Administration of Antibiotics to Children Before Age 2 Years Increases Risk for Childhood Obesity. Gastroenterology. 2016;151(1):120-129.e5. 

6 Ghoshal UC, Baba CS, Ghoshal U, et al. Low-grade small intestinal bacterial overgrowth is common in patients with non-alcoholic steatohepatitis on quantitative jejunal aspirate culture. Indian J Gastroenterol. 2017;36(5):390-399.

7 Zeevi D, Korem T, Zmora N, et al. Personalized Nutrition by Prediction of Glycemic Responses. Cell. 2015;163(5):1079-1094.

8 Chey WD. SYMPOSIUM REPORT: An Evidence-Based Approach to IBS and CIC: Applying New Advances to Daily Practice: A Review of an Adjunct Clinical Symposium of the American College of Gastroenterology Meeting October 16, 2016 • Las Vegas, Nevada. Gastroenterol Hepatol (N Y). 2017;13(2 Suppl 1):1-16.

9 Derwa Y, Gracie DJ, Hamlin PJ, Ford AC. Systematic review with meta-analysis: the efficacy of probiotics in inflammatory bowel disease. Aliment Pharmacol Ther. 2017;46(4):389-400.

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Retour congrès

Rapport du 30e congrès européen sur helicobacter

Retour de congrès

Par le Pr. Francis Mégraud
Laboratoire de Bactériologie, CHU Pellegrin, Bordeaux, France

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Le 30e congrès du groupe d’étude européen sur Helicobacter et le microbiote (European Helicobacter & Microbiota Study Group) s’est tenu du 7 au 9 septembre 2017 à Bordeaux, où la première rencontre de ce groupe avait eu lieu en 1988. L’addition du thème du microbiote intestinal a constitué une évolution importante, avec notamment un cours post-universitaire sur « Antibiothérapie et intestin - Nouveaux concepts », un cours magistral sur le microbiote et plusieurs sessions et ateliers sur le sujet.

L’apport determinant de la culturomique

La première présentation du cours post-universitaire a été faite par D. Raoult (Marseille), qui a revisité le concept du microbiote intestinal à l’aide de la culturomique. En effet, les études utilisant le séquençage de l’ADNr 16S et la métagénomique ont ouvert la voie mais présentent des limites telles que des discordances survenant au niveau de l’extraction de l’ADN, de l’analyse du séquençage bio-informatique, ainsi que des partenaires minoritaires non détectés. C’est pour ces raisons que le concept de culturomique a émergé, permettant la découverte d’un nombre important de nouvelles espèces bactériennes, d’Archea et également de grands virus, qui ne pouvaient pas être détectés par le biais d’analyses métagénomiques. Cette approche qui était extrêmement lourde au début (200 milieux de culture différents utilisés) est maintenant plus pratique dans son laboratoire en utilisant seulement 17 milieux de culture tout en permettant la découverte de nouveaux micro-organismes chaque semaine.

Microbiote et antibiotiques

La seconde présentation était également fascinante. M. Blaser (New York, États- Unis) a présenté le lien suspecté entre les perturbations du microbiote intestinal et plusieurs maladies chroniques dont l’étiologie est encore incertaine telles que l’asthme, l’obésité, le diabète, les maladies inflammatoires de l’intestin… La prévalence de ces maladies est en augmentation dans le monde entier et reflète le recours accru aux antibiotiques. Des données sont maintenant disponibles montrant que les bactéries qui ont coévolué avec l’homme sont essentielles à son bon état de santé. Il existe une tranche d’âge pendant laquelle le microbiote se met en place (0 à 3 ans) et la consommation d’antibiotiques à cet âge peut entraîner la disparition d’une partie du microbiote et donc de la diversité bactérienne qui est un critère de santé important. Des expériences menées chez la souris ont montré que les antibiotiques peuvent modifier la composition du microbiote intestinal, ce qui entraîne une augmentation de l’adiposité, une modification de la réponse immunitaire et favorise le développement de plusieurs maladies.

Après la description de l’état actuel de la dysbiose intestinale associée à plusieurs maladies, une approche intéressante a consisté à envisager comment limiter l’impact des antibiotiques sur le microbiote intestinal. Une première approche consiste à ajouter des probiotiques aux traitements antibiotiques mais tous les probiotiques ne sont pas égaux. Saccharomyces boulardii est le chef de file dans ce domaine. Toutes les études ont montré un effet bénéfique de cette levure sur la diarrhée associée aux antibiotiques. Parmi les lactobacilles, il existe une espèce émergente à cet égard : Lactobacillus rhamnosus GG telle que développée par H. Sokol.

De nouvelles approches

Il existe actuellement des approches autres que les probiotiques pour prévenir la dysbiose intestinale qui ont été présentées par A. Andremont. En effet, les antibiotiques sont absorbés dans l’intestin grêle et leurs effets négatifs sur le microbiote intestinal se produisent essentiellement dans le côlon. Ainsi, des premières tentatives ont été faites pour apporter la β-lactamase dans le côlon pour éviter l’effet des antibiotiques β-lactamines, puis d’autres alternatives utilisant spécifiquement un charbon actif absorbant. Des expériences menées chez la souris et le chien ont été couronnées de succès, en particulier pour les antibiotiques du groupe des fluoroquinolones. Une fois qu’une dysbiose est établie, une restauration est possible à l’aide de la transplantation de microbiote fécal (TMF). La TMF allogénique est capable de guérir une infection à Clostridium difficile. La transplantation autologue pourrait être une option en cas de traitement antibiotique planifié et serait plus acceptable étant donné que le risque d’être exposé à un agent pathogène inconnu pourrait être évité. La TMF nécessite une législation commune en Europe et une normalisation du processus.

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Le contenu de selles de nourrissons ayant des coliques induit une hypersensibilité viscérale chez la souris

Article commenté - rubrique enfant

Par le Pr. Emmanuel Mas
Gastro-entérologie et nutrition, Hôpital des Enfants, Toulouse, France

Photo : Stool contents of colicky infants induce visceral hypersensitivity in mice

Commentaire de l’article original d'Eutamène et al. (Neurogastroenterol Motil 2017)

La physiopathologie des coliques infantiles est mal comprise, bien que plusieurs études rapportent une dysbiose du microbiote intestinal chez les nourrissons souffrant de coliques. Nous avions pour objectif de tester l’hypothèse selon laquelle la dysbiose liée aux coliques est associée à une hypersensibilité viscérale déclenchée par une altération du contenu intraluminal.

Des échantillons de matières fécales issus de 7 nourrissons souffrant de coliques et 7 nourrissons n’en souffrant pas ont été étudiés. Les surnageants fécaux ont été perfusés dans le côlon de souris C57/Bl6 (n = 10/échantillon). La sensibilité viscérale des animaux a ensuite été évaluée en enregistrant la réponse de leurs muscles abdominaux à une distension colorectale par électromyographie (EMG). Les activités des protéases à sérine et à cystéine ont été évaluées dans les surnageants fécaux à l’aide de substrats spécifiques. La composition du microbiote fécal des nourrissons a été analysée par extraction de l’ADN et pyroséquençage du gène codant l’ARNr 16S.

Les surnageants fécaux des nourrissons souffrant de coliques ont déclenché une activité EMG plus importante que ceux des nourrissons ne souffrant pas de coliques en réponse à de plus grands volumes de distension colorectale et globalement, selon une évaluation basée sur l’aire sous la courbe de l’EMG pour tous les volumes de distension colorectale. La durée des pleurs des nourrissons corrélait fortement avec l’activité EMG chez les souris. La richesse et la diversité phylogénétique du microbiote étaient augmentées dans le groupe souffrant de coliques, sans présenter d’altérations importantes de la composition microbienne. Seules Bacteroides vulgatus et Bilophila wadsworthia étaient augmentées dans le groupe souffrant de coliques. L’abondance de Bacteroides vulgatus corrélait positivement avec la sensibilité viscérale. Aucune différence n’a été observée au niveau des activités des protéases.

Que sait-on déjà à ce sujet ?

Les coliques du nourrisson font partie des troubles fonctionnels gastro-intestinaux et sont définies par les critères de Rome. La physiopathologie est encore mal connue même si un mécanisme douloureux intestinal est suspecté. Des études suggèrent qu’une perturbation du microbiote intestinal, une augmentation de la perméabilité intestinale et une inflammation intestinale de bas grade seraient impliquées dans l’hypersensibilité viscérale. Ces facteurs interviennent dans la physiopathologie du syndrome de l’intestin irritable. Dans ce syndrome, une anomalie de la balance protéases/ antiprotéases participe à l’hypersensibilité viscérale et à l’inflammation de bas grade

Quels sont les principaux résultats apportés par cette étude ?

Cette étude avait pour objectif de rechercher si une perturbation du microbiote intestinal, associée à une augmentation des protéases intestinales, était capable d’induire une hypersensibilité viscérale. Des nourrissons en allaitement maternel âgés de 1 à 4 mois ont été inclus. Il n’y avait pas de différence concernant la durée de la grossesse, le poids de naissance et les antécédents familiaux d’allergie, entre le groupe colique (n = 7) et le groupe contrôle (n = 7). Par définition (critères de Rome III), seule la durée de pleurs différait, en moyenne de 240 ± 95,95 minutes (colique) versus 24,04 ± 19,65 minutes (contrôle).

Les lavements rectaux de selles de nourrissons avec coliques ont induit une hypersensibilité viscérale significative lors de la distension rectale avec des volumes plus importants (+ 55 %, p < 0,001 à 0,06 mL ; + 27 %, p < 0,001 à 0,08 mL et + 19 %, p < 0,001 à 0,1 mL) (Figure 1), mais également en réponse globale (augmentation de l’aire sous la courbe de + 33 %, p < 0,001). En outre, il existait une corrélation positive avec la durée des pleurs à ces volumes de distension (Figure 2).

En revanche, il n’y avait pas de différence au niveau des quantités de protéases (sérine, trypsine-like et élastase-like) entre les deux groupes.

Enfin, l’analyse du microbiote a montré une augmentation de diversité et une abondance augmentée de Bacteroides vulgatus et de Bilophila wadsworthia chez les enfants ayant des coliques du nourrisson. L’abondance relative de B. vulgatus était associée positivement à l’hypersensibilité des souris (p = 0,021) et non significativement à la durée des pleurs (p = 0,067).

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Points clés

  • Les selles de nourrissons ayant des coliques déclenchent une hypersensibilité viscérale, comme dans le cadre du syndrome de l’intestin irritable.

  • Des études complémentaires sont nécessaires pour déterminer les composés impliqués, leur mécanisme d’action et leur lien avec une perturbation du microbiote intestinal.

Quelles sont les conséquences en pratique ?

Cette étude montre qu’un composant contenu dans les selles de nourrisson ayant des coliques est capable de déclencher une hypersensibilité viscérale chez la souris. Il pourrait s’agir d’une augmentation d’un composé nociceptif ou d’une diminution d’un composé antinociceptif. Il ne s’agit pas d’une perturbation de la balance protéolytique, mais il est possible que ce composé soit induit par un microbiote intestinal différent. Toutefois, il est nécessaire de réaliser des études complémentaires afin d’identifier quel pourrait être ce composé et quel serait le mécanisme d’action.

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Conclusion

Le transfert de selles de nourrissons ayant des coliques par lavement à des souris est capable d’induire une hypersensibilité viscérale. Ceci est en faveur d’un mécanisme douloureux abdominal et de l’implication, directe ou indirecte, du microbiote intestinal dans la physiopathologie des coliques du nourrisson. Ce modèle pourrait être utilisé afin de déterminer quelles sont les voies métaboliques modifiées par une perturbation du microbiote intestinal et impliquées dans les coliques du nourrisson.

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